La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 59 Tang Sanzang trouve sa route barrée par la Montagne des Flammes ; — Le pèlerin Sun tente une première fois d’obtenir l’Éventail en Feuille de Bananier.
唐三藏路阻火焰山孫行者一調芭蕉扇
Tang Sanzang trouve sa route barrée par la Montagne des Flammes ;
Le pèlerin Sun tente une première fois d’obtenir l’Éventail en Feuille de Bananier.
若干種性本來同,海納無窮。千思萬慮終成妄,般般色色和融。有日功完行滿,圓明法性高隆。休教差別走西東,緊鎖牢籠。收來安放丹爐內,煉得金烏一樣紅。朗朗輝輝嬌艷,任教出入乘龍。
Toutes les espèces et toutes les natures sont, à l’origine, identiques ;
La mer accueille l’infini.
Mille pensées et dix mille soucis finissent tous en illusions ;
Toutes formes et toutes apparences se fondent en harmonie.
Un jour, quand l’œuvre sera achevée et la pratique accomplie,
La nature de la Loi, ronde et lumineuse, s’élèvera dans sa plénitude.
Ne laisse plus les distinctions courir d’est en ouest ;
Verrouille solidement la cage.
Recueille-les et dépose-les dans le four d’alchimie ;
Tu les affineras jusqu’à les rendre aussi rouges que le Corbeau d’Or.
Éclatantes, resplendissantes, belles et radieuses,
Elles pourront entrer et sortir à leur gré, portées par le dragon.
話表三藏遵菩薩教旨,收了行者,與八戒、沙僧剪斷二心,鎖籠猿馬,同心戮力,趕奔西天。說不盡光陰似箭,日月如梭。歷過了夏月炎天,卻又值三秋霜景。但見那:
Le récit rapporte que Sanzang, obéissant aux instructions du bodhisattva, avait repris le pèlerin Sun. Avec Bajie et le moine Sha, ils avaient tranché leur double volonté, enfermé sous clef le singe de l’esprit et le cheval de la pensée, puis, unis de cœur et d’efforts, s’étaient hâtés vers le Ciel occidental. Impossible de dire combien le temps passa : les jours fuyaient comme des flèches, les mois couraient comme la navette. Ils avaient traversé les chaleurs de l’été et voici qu’ils rencontraient les paysages givrés des trois mois d’automne. On voyait alors :
薄雲斷絕西風緊,鶴鳴遠岫霜林錦。光景正蒼涼,山長水更長。征鴻來北塞,玄鳥歸南陌。客路怯孤單,衲衣容易寒。
Les nuages légers se déchirent, le vent d’ouest se fait âpre ;
Les grues crient sur les lointains sommets, les bois givrés se parent de brocart.
Le paysage est tout empreint de désolation ;
Les montagnes s’allongent, les eaux s’étendent plus loin encore.
Les oies voyageuses arrivent des frontières du Nord ;
Les hirondelles regagnent les chemins du Sud.
Sur la route, le voyageur redoute la solitude ;
Sous la robe monastique, le froid se fait vite sentir.
師徒四眾進前行處,漸覺熱氣蒸人。三藏勒馬道:「如今正是秋天,卻怎返有熱氣?」八戒道:「原來不知。西方路上有個斯哈哩國,乃日落之處,俗呼為天盡頭。若到申酉時,國王差人上城,擂鼓吹角,混雜海沸之聲。日乃太陽真火,落於西海之間,如火淬水,接聲滾沸。若無鼓角之聲混耳,即振殺城中小兒。此地熱氣蒸人,想必到日落之處也。」大聖聽說,忍不住笑道:「獃子莫亂談。若論斯哈哩國,正好早哩。似師父朝三暮二的這等擔閣,就從小至老,老了又小,老小三生,也還不到。」八戒道:「哥啊!據你說,不是日落之處,為何這等酷熱?」沙僧道:「想是天時不正,秋行夏令故也。」他三個正都爭講,只見那路傍有座莊院,乃是紅瓦蓋的房舍,紅磚砌的垣牆,紅油門扇,紅漆板榻,一片都是紅的。三藏下馬道:「悟空,你去那人家問個消息,看那炎熱之故何也?」
Les quatre voyageurs poursuivirent leur marche et sentirent peu à peu une chaleur étouffante. Sanzang retint son cheval et dit : « Nous sommes à présent en automne ; comment se fait-il que la chaleur soit revenue ? » Bajie répondit : « Vous ne le savez donc pas ? Sur la route de l’Ouest se trouve le royaume de Sihali, là même où le soleil se couche, et que le peuple appelle le Bout du Ciel. Aux heures shen et you, le roi envoie des hommes sur les remparts battre le tambour et sonner du cor, afin que leur vacarme se mêle au grondement de la mer en ébullition. Le soleil est le feu véritable du Grand Yang ; lorsqu’il tombe dans la mer occidentale, c’est comme du fer brûlant trempé dans l’eau, et tout bouillonne avec fracas. Si le bruit des tambours et des cors ne couvrait pas ce grondement, les petits enfants de la ville en mourraient tous, ébranlés. Puisque la chaleur nous étouffe ici, nous devons approcher du lieu où se couche le soleil. » En entendant cela, le Grand Saint ne put retenir un rire : « Idiot, ne débite pas de sottises. Quant au royaume de Sihali, il est encore bien loin ! Avec les retards que le maître nous impose, trois le matin et deux le soir, même s’il passait de l’enfance à la vieillesse, puis de la vieillesse à l’enfance, durant trois existences de jeunes et de vieux, il n’y arriverait toujours pas. » Bajie dit : « Frère ! Si, comme tu le prétends, ce n’est pas le lieu où se couche le soleil, pourquoi fait-il si terriblement chaud ? » Le moine Sha dit : « Sans doute la saison est-elle déréglée, et l’automne suit-il les ordonnances de l’été. » Tous trois discutaient encore lorsqu’ils aperçurent au bord de la route un domaine : les bâtiments étaient couverts de tuiles rouges, les murs bâtis de briques rouges, les battants de la porte enduits d’huile rouge et les bancs de bois laqués de rouge ; tout n’y était que rouge. Sanzang descendit de cheval et dit : « Wukong, va demander des nouvelles à ces gens et renseigne-toi sur la cause de cette chaleur. »
大聖收了金箍棒,整肅衣裳,扭捏作個斯文氣象,綽下大路,徑至門前觀看。那門裡忽然走出一個老者,但見他:
Le Grand Saint rangea le bâton cerclé d’or, rajusta ses vêtements et se donna, non sans affectation, l’air d’un homme de lettres. Il quitta la grand-route et se rendit droit devant la porte pour l’examiner. Soudain, un vieillard en sortit. Voici quelle était son apparence :
穿一領黃不黃紅不紅的葛布深衣,戴一頂青不青皂不皂的篾絲涼帽。手中拄一根彎不彎直不直暴節竹杖,足下踏一雙新不新舊不舊𢯌靸䩺鞋。面似紅銅,鬚如白練。兩道壽眉遮碧眼,一張咍口露金牙。
Il portait une longue robe de toile de chanvre, ni jaune ni rouge ;
Il avait un chapeau d’été en lamelles de bambou, ni bleu ni noir.
Sa main s’appuyait sur une canne de bambou noueux, ni courbe ni droite ;
Ses pieds chaussaient des souliers à talon rabattu, ni neufs ni vieux.
Son visage ressemblait au cuivre rouge ;
Sa barbe, à une pièce de soie blanche.
Deux longs sourcils de vieillesse couvraient ses yeux d’azur ;
Sa bouche grande ouverte découvrait des dents d’or.
那老者猛擡頭,看見行者,吃了一驚,拄著竹杖,喝道:「你是那裡來的怪人?在我這門首何幹?」行者答禮道:「老施主休怕我,我不是甚麼怪人。貧僧是東土大唐欽差上西方求經者。師徒四人,適至寶方,見天氣蒸熱,一則不解其故,二來不知地名,特拜問指教一二。」那老者卻才放心,笑云:「長老勿罪。我老漢一時眼花,不識尊顏。」行者道:「不敢。」老者又問:「令師在那條路上?」行者道:「那南首大路上立的不是?」老者教:「請來,請來。」行者歡喜,把手一招,三藏即同八戒、沙僧,牽白馬,挑行李近前,都對老者作禮。
Le vieillard releva brusquement la tête et, en voyant le pèlerin Sun, fut saisi d’effroi. Appuyé sur sa canne de bambou, il cria : « D’où viens-tu, étrange créature ? Que fais-tu devant ma porte ? » Le pèlerin Sun le salua et répondit : « Vénérable bienfaiteur, n’ayez pas peur de moi : je ne suis nullement une créature étrange. Ce pauvre religieux appartient à la mission envoyée par ordre impérial du grand empire Tang des terres orientales pour aller chercher les écritures dans l’Ouest. Nous sommes quatre, maître et disciples, et venons d’arriver en votre noble contrée. Comme nous ignorons d’une part la cause de cette chaleur étouffante, et d’autre part le nom du lieu, je suis spécialement venu solliciter vos lumières. » Le vieillard se rassura enfin et dit en souriant : « Vénérable, veuillez me pardonner. Ma vue s’est troublée un instant et je n’ai pas reconnu votre noble visage. » Le pèlerin Sun répondit : « Vous êtes trop bon. » Le vieillard demanda encore : « Sur quelle route se trouve votre maître ? » Le pèlerin Sun répondit : « N’est-ce pas lui que l’on voit debout sur la grand-route, au sud ? » Le vieillard dit : « Invitez-le à venir, invitez-le donc. » Ravi, le pèlerin Sun fit un signe de la main. Sanzang s’approcha aussitôt avec Bajie et le moine Sha, menant le cheval blanc et portant les bagages ; tous saluèrent le vieillard.
老者見三藏丰姿標致,八戒、沙僧相貌奇稀,又驚又喜。只得請入裡坐,教小的們看茶,一壁廂辦飯。三藏聞言,起身稱謝道:「敢問公公:貴處遇秋,何返炎熱?」老者道:「敝地喚做火焰山,無春無秋,四季皆熱。」三藏道:「火焰山卻在那邊?可阻西去之路?」老者道:「西方卻去不得。那山離此有六十里遠,正是西方必由之路,卻有八百里火焰,四週圍寸草不生。若過得山,就是銅腦蓋,鐵身軀,也要化成汁哩。」三藏聞言,大驚失色,不敢再問。
Le vieillard vit l’allure élégante de Sanzang et l’aspect singulier de Bajie et du moine Sha ; il fut à la fois surpris et ravi. Il ne put que les inviter à entrer et à s’asseoir, ordonna aux serviteurs d’apporter du thé et, dans le même temps, de préparer le repas. À ces mots, Sanzang se leva pour le remercier et demanda : « Puis-je vous demander, bon monsieur, pourquoi l’automne ramène en votre noble contrée une telle chaleur ? » Le vieillard répondit : « Notre humble région se nomme la Montagne des Flammes. Elle ne connaît ni printemps ni automne, et les quatre saisons y sont toutes brûlantes. » Sanzang demanda : « De quel côté se trouve donc la Montagne des Flammes ? Barre-t-elle la route vers l’ouest ? » Le vieillard répondit : « On ne peut justement pas aller vers l’ouest. Cette montagne, distante d’ici de soixante lis, se trouve sur l’unique route qui y conduit ; ses flammes s’étendent sur huit cents lis, et pas un brin d’herbe ne pousse aux alentours. Pour la franchir, eût-on le crâne de cuivre et le corps de fer, on n’en serait pas moins fondu en jus. » À ces mots, Sanzang pâlit d’effroi et n’osa plus poser de questions.
只見門外一個少年男子,推一輛紅車兒,住在門傍,叫聲:「賣糕。」大聖拔根毫毛,變個銅錢,問那人買糕。那人接了錢,不論好歹,揭開車兒上衣裹,熱氣騰騰,拿出一塊糕,遞與行者。行者托在手中,好似火裡燒的灼炭,煤爐內的紅釘。你看他左手倒在右手,右手換在左手,只道:「熱熱熱,難吃難吃!」那男子笑道:「怕熱,莫來這裡,這裡是這等熱。」行者道:「你這漢子好不明理。常言道:『不冷不熱,五穀不結。』他這等熱得很,你這糕粉自何而來?」那人道:「若知糕粉米,敬求鐵扇仙。」行者道:「鐵扇仙怎的?」那人道:「鐵扇仙有柄芭蕉扇,求得來,一扇息火,二扇生風,三扇下雨。我們就布種,及時收割,故得五穀養生;不然,誠寸草不能生也。」
On vit alors, devant la porte, un jeune homme pousser une petite charrette rouge. Il s’arrêta sur le côté et cria : « Des gâteaux à vendre ! » Le Grand Saint arracha un poil, le changea en sapèque et demanda à acheter un gâteau. Sans se soucier de rien, l’homme prit la monnaie, souleva l’étoffe qui couvrait la charrette et en sortit, au milieu d’une vapeur brûlante, un gâteau qu’il tendit au pèlerin Sun. Celui-ci le reçut sur sa paume : on aurait dit un charbon ardent tiré du feu ou un clou rougi dans un brasero. Voyez-le passer le gâteau de sa main gauche à la droite, puis de la droite à la gauche, tout en répétant : « Chaud, chaud, chaud ! Impossible à manger ! » L’homme rit : « Si vous craignez la chaleur, ne venez pas ici. Chez nous, il fait toujours aussi chaud. » Le pèlerin Sun répondit : « Tu es bien déraisonnable. Comme dit le proverbe : “Sans froid ni chaleur, les cinq céréales ne nouent pas leurs grains.” Mais avec une chaleur pareille, d’où te vient la farine de ces gâteaux ? » L’homme répondit : « Pour savoir d’où viennent le riz et la farine des gâteaux, il faut s’adresser respectueusement à l’Immortelle à l’Éventail de Fer. » Le pèlerin Sun demanda : « Que fait donc cette Immortelle à l’Éventail de Fer ? » L’homme répondit : « Elle possède un Éventail en Feuille de Bananier. Si nous parvenons à l’obtenir, le premier coup éteint le feu, le deuxième lève le vent et le troisième fait tomber la pluie. Nous pouvons alors semer, puis récolter à temps, et ainsi obtenir les cinq céréales qui nous nourrissent. Sans cela, pas un seul brin d’herbe ne pourrait véritablement pousser. »
行者聞言,急抽身走入裡面,將糕遞與三藏道:「師父放心,且莫隔年焦著。吃了糕,我與你說。」長老接糕在手,向本宅老者道:「公公請糕。」老者道:「我家的茶飯未奉,敢吃你糕?」行者笑道:「老人家,茶飯倒不必賜,我問你:鐵扇仙在那裡住?」老者道:「你問他怎的?」行者道:「適才那賣糕人說,此仙有柄芭蕉扇。求將來,一扇息火,二扇生風,三扇下雨,你這方布種收割,才得五穀養生。我欲尋他討來搧息火燄山過去,且使這方依時收種,得安生也。」老者道:「固有此說,你們卻無禮物,恐那聖賢不肯來也。」三藏道:「他要甚禮物?」老者道:「我這裡人家,十年拜求一度。四豬四羊、花紅表裡、異香時果、雞鵝美酒,沐浴虔誠,拜到那仙山,請他出洞,至此施為。」行者道:「那山坐落何處?喚甚地名?有幾多里數?等我問他要扇子去。」老者道:「那山在西南方,名喚翠雲山。山中有一仙洞,名喚芭蕉洞。我這裡眾信人等去拜仙山,往回要走一月,計有一千四百五六十里。」行者笑道:「不打緊,就去就來。」那老者道:「且住,吃些茶飯,辦些乾糧,須得兩人做伴。那路上沒有人家,又多狼虎,非一日可到,莫當耍子。」行者笑道:「不用,不用。我去也。」說一聲,忽然不見。那老者慌張道:「爺爺呀!原來是騰雲駕霧的神人也。」
À ces mots, le pèlerin Sun fit vivement demi-tour, rentra dans la maison et tendit le gâteau à Sanzang en disant : « Maître, rassurez-vous et ne vous consumez pas d’avance. Mangez ce gâteau, puis je vous expliquerai. » Le vénérable prit le gâteau et dit au vieillard de la maison : « Bon monsieur, je vous invite à en manger. » Le vieillard répondit : « Je ne vous ai pas encore offert le thé ni le repas de ma maison ; comment oserais-je manger votre gâteau ? » Le pèlerin Sun rit : « Vieil ami, nul besoin de nous servir thé et repas. Mais dites-moi : où demeure l’Immortelle à l’Éventail de Fer ? » Le vieillard demanda : « Pourquoi vous informez-vous d’elle ? » Le pèlerin Sun répondit : « L’homme qui vendait les gâteaux vient de dire que cette immortelle possède un Éventail en Feuille de Bananier. Quand on parvient à l’obtenir, le premier coup éteint le feu, le deuxième lève le vent et le troisième fait tomber la pluie ; alors seulement les gens d’ici peuvent semer, récolter et obtenir les cinq céréales qui les nourrissent. Je veux aller lui demander cet éventail pour éteindre les flammes de la montagne et poursuivre notre route ; par la même occasion, cette région pourra semer et récolter en saison, et vivre en paix. » Le vieillard répondit : « La chose est bien telle qu’on vous l’a dite ; mais comme vous n’avez aucun présent, je crains que cette sainte personne ne consente pas à venir. » Sanzang demanda : « Quels présents exige-t-elle ? » Le vieillard répondit : « Les familles d’ici vont la supplier une fois tous les dix ans. Il faut quatre porcs et quatre moutons, des soieries rouges pour l’endroit et l’envers d’un vêtement, des parfums rares, des fruits de saison, des poulets, des oies et du bon vin. Après s’être baignés et purifiés, les fidèles se rendent pieusement sur la montagne de l’immortelle, la prient de sortir de sa grotte et l’invitent à venir ici exercer son pouvoir. » Le pèlerin Sun demanda : « Où se trouve cette montagne ? Quel est son nom ? Combien de lis faut-il parcourir ? Je vais lui demander son éventail. » Le vieillard répondit : « Cette montagne se trouve au sud-ouest et se nomme la Montagne des Nuages d’Émeraude. Elle abrite une grotte d’immortelle appelée la Grotte de la Feuille de Bananier. Les fidèles d’ici qui vont rendre hommage à cette montagne mettent un mois pour l’aller et le retour, soit quelque mille quatre cent cinquante ou mille quatre cent soixante lis. » Le pèlerin Sun rit : « Ce n’est rien ; j’y vais et je reviens. » Le vieillard dit : « Attendez donc. Prenez d’abord du thé et un repas, préparez des provisions et faites-vous accompagner par deux personnes. Il n’y a aucune habitation sur la route, et les loups comme les tigres y abondent. Vous ne pourrez arriver en un jour ; ne prenez pas cela pour un jeu. » Le pèlerin Sun rit : « Inutile, inutile. J’y vais. » À peine eut-il parlé qu’il disparut soudain. Le vieillard s’écria, bouleversé : « Grand-père ! C’était donc un homme divin qui chevauche les nuées et conduit les brumes ! »
且不說這家子供奉唐僧加倍。卻說那行者霎時徑到翠雲山,按住祥光,正自找尋洞口,只聞得丁丁之聲,乃是山林內一個樵夫伐木。行者即趨步至前,又聞得他道:
Laissons cette famille redoubler d’attentions envers le moine des Tang. Quant au pèlerin Sun, il arriva en un instant droit à la Montagne des Nuages d’Émeraude, retint sa lumière propice et se mit à chercher l’entrée de la grotte. Il entendit alors des coups résonner dans la forêt : c’était un bûcheron qui abattait du bois. Le pèlerin Sun s’avança rapidement et l’entendit encore réciter :
「雲際依依認舊林,斷崖荒草路難尋。西山望見朝來雨,南澗歸時渡處深。」
Au bord des nuages, je reconnais avec émotion mon ancienne forêt ;
Parmi les falaises brisées et les herbes sauvages, le sentier est difficile à retrouver.
En regardant la montagne de l’Ouest, j’ai vu ce matin venir la pluie ;
Quand je rentrerai par le ravin du Sud, le gué sera profond.
行者近前作禮道:「樵哥,問訊了。」那樵子撇了柯斧,答禮道:「長老何往?」行者道:「敢問樵哥,這可是翠雲山?」樵子道:「正是。」行者道:「有個鐵扇仙的芭蕉洞,在何處?」樵子笑道:「這芭蕉洞雖有,卻無個鐵扇仙,只有個鐵扇公主,又名羅剎女。」行者道:「人言他有一柄芭蕉扇,能熄得火焰山,敢是他麼?」樵子道:「正是,正是。這聖賢有這件寶貝,善能熄火,保護那方人家,故此稱為鐵扇仙。我這裡人家用不著他,只知他叫做羅剎女,乃大力牛魔王妻也。」
Le pèlerin Sun s’approcha et salua : « Frère bûcheron, je vous présente mes respects. » Le bûcheron posa sa hache et lui rendit son salut : « Où allez-vous, vénérable ? » Le pèlerin Sun demanda : « Puis-je vous demander, frère bûcheron, si c’est bien ici la Montagne des Nuages d’Émeraude ? » Le bûcheron répondit : « C’est bien elle. » Le pèlerin Sun demanda : « Où se trouve la Grotte de la Feuille de Bananier de l’Immortelle à l’Éventail de Fer ? » Le bûcheron rit : « Il existe bien une Grotte de la Feuille de Bananier, mais aucune Immortelle à l’Éventail de Fer. Il y a seulement une Princesse à l’Éventail de Fer, que l’on appelle aussi la Femme-Rakshasa. » Le pèlerin Sun demanda : « On dit qu’elle possède un Éventail en Feuille de Bananier capable d’éteindre la Montagne des Flammes. Est-ce bien elle ? » Le bûcheron répondit : « C’est elle, c’est elle. Cette sainte personne possède ce trésor, qui sait merveilleusement éteindre le feu et protège les habitants de cette région ; voilà pourquoi ils l’appellent l’Immortelle à l’Éventail de Fer. Ici, nous n’avons pas besoin d’elle et la connaissons seulement sous le nom de Femme-Rakshasa. C’est l’épouse du puissant Roi-Démon Buffle. »
行者聞言,大驚失色,心中暗想道:「又是冤家了。當年伏了紅孩兒,說是這廝養的。前在那解陽山破兒洞遇他叔子,尚且不肯與水,要作報仇之意;今又遇他父母,怎生借得這扇子耶?」樵子見行者沉思默慮,嗟嘆不已,便笑道:「長老,你出家人,有何憂疑?這條小路兒向東去,不尚五六里,就是芭蕉洞,休得心焦。」行者道:「不瞞樵哥說,我是東土唐朝差往西天求經的唐僧大徒弟,前年在火雲洞,曾與羅剎之子紅孩兒有些言語,但恐羅剎懷仇不與,故生憂疑。」樵子道:「大丈夫鑒貌辨色,只以求扇為名,莫認往時之溲話,管情借得。」行者聞言,深深唱個大喏道:「謝樵哥教誨,我去也。」
À ces mots, le pèlerin Sun pâlit d’effroi et se dit en secret : « Voilà encore une ennemie. Jadis, lorsque j’ai soumis Hong Haier, on m’a dit qu’il était le fils de cet individu. Plus récemment, sur la Montagne qui Libère le Yang, j’ai rencontré son frère cadet dans la Grotte de l’Enfant Brisé : il refusait même de me donner de l’eau et voulait se venger. À présent, je rencontre encore le père et la mère ; comment pourrai-je emprunter cet éventail ? » Voyant le pèlerin Sun plongé dans ses réflexions, soupirer sans fin et se tourmenter en silence, le bûcheron lui dit en riant : « Vénérable, vous êtes un religieux qui a quitté sa famille ; qu’avez-vous à craindre ou à soupçonner ? Prenez ce petit sentier vers l’est : à moins de cinq ou six lis se trouve la Grotte de la Feuille de Bananier. Ne vous inquiétez pas. » Le pèlerin Sun répondit : « Je ne vous cacherai rien, frère bûcheron. Je suis le premier disciple du moine des Tang envoyé par la cour des Tang des terres orientales chercher les écritures au Ciel de l’Ouest. Il y a deux ans, dans la Grotte des Nuages de Feu, j’ai eu quelques démêlés avec Hong Haier, le fils de la Rakshasa. Je crains seulement qu’elle ne garde rancune et refuse de me prêter l’éventail ; voilà pourquoi je m’inquiète. » Le bûcheron répondit : « Un homme de cœur sait observer les visages et discerner les dispositions. Contentez-vous de demander l’éventail et ne reparlez pas de ces vieilles histoires fâcheuses : je vous garantis qu’elle vous le prêtera. » À ces mots, le pèlerin Sun s’inclina profondément et dit : « Merci, frère bûcheron, pour votre enseignement. J’y vais. »
遂別了樵夫,徑至芭蕉洞口。但見那兩扇門緊閉牢關,洞外風光秀麗。好去處!正是那:
Il prit donc congé du bûcheron et se rendit droit à l’entrée de la Grotte de la Feuille de Bananier. Les deux battants en étaient solidement clos, mais le paysage alentour était d’une beauté exquise. Quel lieu admirable ! C’était bien ainsi :
山以石為骨,石作土之精。煙霞含宿潤,苔蘚助新青。嵯峨勢聳欺蓬島,幽靜花香若海瀛。幾樹喬松棲野鶴,數株衰柳語山鶯。誠然是千年古跡,萬載仙蹤。碧梧鳴彩鳳,活水隱蒼龍。曲逕蓽蘿垂掛,石梯藤葛攀籠。猿嘯翠巖忻月上,鳥啼高樹喜晴空。兩林竹蔭涼如雨,一逕花濃沒繡絨。時見白雲來遠岫,略無定體漫隨風。
La montagne a la pierre pour ossature ;
La pierre est l’essence de la terre.
Brumes et nuées retiennent l’humidité de la nuit ;
Mousses et lichens avivent la verdure nouvelle.
Ses escarpements altiers s’élèvent à défier l’île de Penglai ;
Dans sa paix profonde, le parfum des fleurs évoque les îles de l’océan.
Sur quelques hauts pins nichent des grues sauvages ;
Dans plusieurs saules flétris chantent les loriots des montagnes.
Ce sont véritablement des vestiges vieux de mille ans,
Les traces d’immortels de dix mille âges.
Sur les sterculiers verts chantent des phénix diaprés ;
Dans les eaux vives se cachent des dragons azurés.
Aux sentiers sinueux pendent lianes et salsepareilles ;
Autour des degrés de pierre s’enroulent vignes et plantes grimpantes.
Les singes crient sur les falaises vertes, ravis de voir monter la lune ;
Les oiseaux chantent dans les grands arbres, heureux du ciel serein.
L’ombre des deux bosquets de bambous est fraîche comme la pluie ;
Sur l’unique sentier, les fleurs épaisses engloutissent le velours brodé.
Parfois, des nuages blancs viennent des lointains sommets ;
Sans forme jamais fixe, ils dérivent au gré du vent.
行者上前叫:「牛大哥,開門,開門。」呀的一聲,洞門開了,裡邊走出一個毛兒女,手中提著花籃,肩上擔著鋤子。真個是一身藍縷無妝飾,滿面精神有道心。行者上前迎著合掌道:「女童,累你轉報公主一聲:我本是取經的和尚,在西方路上,難過火焰山,特來拜借芭蕉扇一用。」那毛女道:「你是那寺裡和尚?叫甚名字?我好與你通報。」行者道:「我是東土來的,叫做孫悟空和尚。」
Le pèlerin Sun s’avança et cria : « Grand frère Buffle, ouvre la porte ! Ouvre la porte ! » Avec un grincement, la porte de la grotte s’ouvrit et une jeune servante aux cheveux défaits en sortit, un panier de fleurs à la main et une houe sur l’épaule. Elle portait réellement des vêtements en lambeaux, sans le moindre ornement, mais son visage rayonnait de vigueur et son cœur suivait la Voie. Le pèlerin Sun alla à sa rencontre, joignit les paumes et dit : « Jeune fille, veuillez annoncer à la princesse qu’un moine en quête des écritures, ne pouvant franchir la Montagne des Flammes sur la route de l’Ouest, est spécialement venu solliciter l’usage de son Éventail en Feuille de Bananier. » La jeune servante demanda : « De quel monastère êtes-vous ? Quel est votre nom ? Ainsi pourrai-je vous annoncer. » Le pèlerin Sun répondit : « Je viens des terres orientales et je suis le moine Sun Wukong. »
那毛女即便回身,轉於洞內,對羅剎跪下道:「奶奶,洞門外有個東土來的孫悟空和尚,要見奶奶,拜求芭蕉扇,過火焰山一用。」那羅剎聽見「孫悟空」三字,便似撮鹽入火,火上澆油,骨都都紅生臉上,惡狠狠怒發心頭。口中罵道:「這潑猴!今日來了。」叫:「丫鬟,取披掛,拿兵器來。」隨即取了披掛,拿兩口青鋒寶劍,整束出來。行者在洞外閃過,偷看怎生打扮。只見他:
La jeune servante fit aussitôt demi-tour et rentra dans la grotte. Elle s’agenouilla devant la Rakshasa et dit : « Maîtresse, un moine venu des terres orientales et nommé Sun Wukong se trouve devant la grotte. Il désire voir maîtresse et sollicite l’Éventail en Feuille de Bananier afin de franchir la Montagne des Flammes. » En entendant les trois syllabes « Sun Wukong », la Rakshasa fut comme du sel jeté dans le feu, comme de l’huile versée sur les flammes. Son visage devint rouge et bouillonnant, tandis qu’une colère féroce jaillissait dans son cœur. Elle jura : « Maudit singe ! Le voilà donc venu aujourd’hui ! » Puis elle cria : « Servante, apporte mon armure et mes armes ! » Elle revêtit aussitôt son équipement, prit deux précieuses épées aux lames d’azur, acheva de s’apprêter et sortit. Le pèlerin Sun, caché à l’extérieur de la grotte, l’observa à la dérobée pour voir comment elle était vêtue. Voici ce qu’il vit :
頭裹團花手帕,身穿納錦雲袍。腰間雙束虎觔絛,微露繡裙偏綃。鳳嘴弓鞋三寸,龍鬚膝褲金銷。手提寶劍怒聲高,兇比月婆容貌。
Sa tête était enveloppée d’un foulard couvert de fleurs rondes ;
Son corps portait une robe de brocart aux motifs de nuages.
Deux cordons en tendons de tigre ceignaient sa taille ;
Ils laissaient entrevoir sa jupe brodée de gaze oblique.
Ses souliers arqués à bec de phénix mesuraient trois pouces ;
Des fils d’or ornaient ses pantalons de soie à moustaches de dragon.
Les précieuses épées à la main, elle criait avec colère ;
Son visage était plus farouche que celui de la vieille Lune.
那羅剎出門,高叫道:「孫悟空何在?」行者上前,躬身施禮道:「嫂嫂,老孫在此奉揖。」羅剎咄的一聲道:「誰是你的嫂嫂?那個要你奉揖?」行者道:「尊府牛魔王,當初曾與老孫結義,乃七兄弟之親。今聞公主是牛大哥令正,安得不以嫂嫂稱之?」羅剎道:「你這潑猴!既有兄弟之親,如何坑陷我子?」行者佯問道:「令郎是誰?」羅剎道:「我兒是號山枯松澗火雲洞聖嬰大王紅孩兒。被你傾了,我們正沒處尋你報仇,你今上門納命,我肯饒你?」行者滿臉陪笑道:「嫂嫂原來不察理,錯怪了老孫。你令郎因是捉了師父,要蒸要煮,幸虧了觀音菩薩收他去,救出我師。他如今現在菩薩處做善財童子,實受了菩薩正果,不生不滅,不垢不淨,與天地同壽,日月同庚。你倒不謝老孫保命之恩,返怪老孫,是何道理?」羅剎道:「你這個巧嘴的潑猴!我那兒雖不傷命,再怎生得到我的跟前,幾時能見一面?」行者笑道:「嫂嫂要見令郎,有何難處?你且把扇子借我,搧息了火,送我師父過去,我就到南海菩薩處請他來見你,就送扇子還你,有何不可?那時節,你看他可曾損傷一毫?如有些須之傷,你也怪得有理;如比舊時標致,還當謝我。」羅剎道:「潑猴!少要饒舌,伸過頭來,等我砍上幾劍:若受得疼痛,就借扇子與你;若忍耐不得,教你早見閻君。」行者叉手向前,笑道:「嫂嫂切莫多言。老孫伸著光頭,任尊意砍上多少,但沒氣力便罷。是必借扇子用用。」那羅剎不容分說,雙手掄劍,照行者頭上乒乒乓乓,砍有十數下,這行者全不認真。羅剎害怕,回頭要走。行者道:「嫂嫂那裡去?快借我使使。」那羅剎道:「我的寶貝原不輕借。」行者道:「既不肯借,吃你老叔一棒。」
La Rakshasa sortit et cria d’une voix forte : « Où est Sun Wukong ? » Le pèlerin Sun s’avança, s’inclina et la salua : « Belle-sœur, le vieux Sun est ici pour vous présenter ses respects. » La Rakshasa s’exclama : « Qui est ta belle-sœur ? Qui veut de tes respects ? » Le pèlerin Sun répondit : « Le Roi-Démon Buffle, votre noble époux, s’était jadis lié par serment avec le vieux Sun ; nous formions une fraternité de sept compagnons. J’apprends aujourd’hui, princesse, que vous êtes l’honorable épouse de mon grand frère Buffle : comment pourrais-je ne pas vous appeler belle-sœur ? » La Rakshasa répondit : « Maudit singe ! Puisque vous étiez liés comme des frères, pourquoi as-tu causé la perte de mon fils ? » Le pèlerin Sun feignit de demander : « Qui est votre fils ? » La Rakshasa répondit : « Mon fils est Hong Haier, le Roi Saint-Enfant de la Grotte des Nuages de Feu, au Ravin des Pins Flétris, sur le Mont Hao. Tu l’as perdu, et nous ne savions justement où te chercher pour nous venger. Maintenant que tu viens toi-même livrer ta vie à ma porte, crois-tu que je vais t’épargner ? » Le pèlerin Sun répondit avec un sourire conciliant : « Belle-sœur, vous ignorez les faits et accusez à tort le vieux Sun. Votre fils avait capturé mon maître et voulait le cuire à la vapeur ou le faire bouillir. Heureusement, le bodhisattva Guanyin l’a recueilli et a délivré mon maître. Votre fils est maintenant auprès du bodhisattva en qualité de Garçon aux Biens, et il a véritablement obtenu auprès de lui le juste fruit : il ne naît ni ne meurt, n’est ni souillé ni pur, vivra aussi longtemps que le ciel et la terre, et aura le même âge que le soleil et la lune. Au lieu de remercier le vieux Sun de lui avoir sauvé la vie, vous m’en faites grief : quelle raison y a-t-il à cela ? » La Rakshasa répondit : « Maudit singe à la langue habile ! Mon fils n’a certes pas perdu la vie, mais comment reviendra-t-il jamais auprès de moi ? Quand pourrai-je le revoir ne serait-ce qu’une fois ? » Le pèlerin Sun rit : « Belle-sœur, si vous voulez revoir votre fils, où est la difficulté ? Prêtez-moi d’abord l’éventail. J’éteindrai le feu et conduirai mon maître au-delà de la montagne ; ensuite, je me rendrai auprès du bodhisattva de la mer du Sud et lui demanderai d’autoriser votre fils à venir vous voir, puis je vous rendrai l’éventail. Pourquoi cela ne conviendrait-il pas ? Vous pourrez alors vérifier s’il a subi le moindre dommage. S’il porte la plus petite blessure, vous aurez raison de m’accuser ; mais s’il est plus beau qu’autrefois, il vous faudra encore me remercier. » La Rakshasa dit : « Maudit singe ! Assez bavardé. Tends la tête et laisse-moi t’assener quelques coups d’épée. Si tu supportes la douleur, je te prêterai l’éventail ; si tu ne peux l’endurer, tu iras bien vite voir le Seigneur Yan. » Le pèlerin Sun joignit les mains et s’avança en riant : « Belle-sœur, ne parlons plus. Le vieux Sun vous présente son crâne nu : frappez autant qu’il vous plaira, et ne vous arrêtez que lorsque vous n’aurez plus de force. Mais prêtez-moi absolument l’éventail. » Sans lui permettre d’en dire davantage, la Rakshasa brandit ses épées à deux mains et frappa le pèlerin Sun sur la tête à grands coups retentissants, plus d’une dizaine de fois. Or celui-ci n’en tint aucun compte. Effrayée, la Rakshasa se retourna pour partir. Le pèlerin Sun demanda : « Où allez-vous, belle-sœur ? Vite, prêtez-le-moi pour que je m’en serve. » La Rakshasa répondit : « Mon trésor ne se prête pas si aisément. » Le pèlerin Sun dit : « Puisque tu refuses, goûte un coup de bâton de ton vieil oncle ! »
好猴王,一隻手扯住,一隻手去耳內掣出棒來,幌一幌,有碗來粗細。那羅剎掙脫手,舉劍來迎。行者隨又掄棒便打。兩個在翠雲山前,不論親情,卻只講仇隙。這一場好殺:
Quel Roi des Singes ! D’une main, il la saisit et, de l’autre, tira son bâton de son oreille. Il le secoua, et l’arme devint aussi grosse qu’un bol. La Rakshasa s’arracha à son étreinte et leva ses épées pour lui faire face. Le pèlerin Sun fit aussitôt tournoyer son bâton et frappa. Devant la Montagne des Nuages d’Émeraude, tous deux ne tinrent plus compte de leur parenté et ne parlèrent que de leur inimitié. Ce fut un beau combat :
裙釵本是修成怪,為子懷仇恨潑猴。行者雖然生狠怒,因師路阻讓娥流。先言拜借芭蕉扇,不展驍雄耐性柔。羅剎無知掄劍砍,猴王有意說親由。女流怎與男兒鬥,到底男剛壓女流。這個金箍鐵棒多兇猛,那個霜刃青鋒甚緊稠。劈面打,照頭丟,恨苦相持不罷休。左擋右遮施武藝,前迎後架騁奇謀。卻才鬥到沉酣處,不覺西方墜日頭。羅剎忙將真扇子,一搧揮動鬼神愁。
Cette femme parée avait cultivé la Voie jusqu’à devenir un monstre ;
Par haine pour son fils, elle en voulait au maudit singe.
Bien que le pèlerin Sun fût saisi d’une violente colère,
Pour son maître dont la route était barrée, il ménageait cette femme.
Il avait d’abord demandé respectueusement l’Éventail en Feuille de Bananier ;
Sans déployer sa vaillance, il s’était armé d’une douce patience.
La Rakshasa insensée brandissait ses épées pour le frapper ;
Le Roi des Singes cherchait à dessein à rappeler leur parenté.
Comment une femme aurait-elle lutté contre un homme ?
À la fin, la vigueur masculine domina la femme.
Chez l’un, le bâton de fer cerclé d’or était d’une terrible violence ;
Chez l’autre, les lames glacées aux tranchants d’azur frappaient dru.
Ils attaquent de face,
Ils lancent leurs coups vers la tête ;
Acharnés par la haine, ils se tiennent tête sans relâche.
Parant à gauche et couvrant à droite, ils déploient leur art martial ;
Affrontant devant et bloquant derrière, ils rivalisent de merveilleux stratagèmes.
À peine le combat atteignait-il toute son intensité
Que, sans qu’ils s’en aperçussent, le soleil sombrait déjà à l’ouest.
La Rakshasa s’empressa de sortir le véritable éventail ;
D’un seul coup, elle le brandit, et démons comme dieux en frémirent.
那羅剎女與行者相持到晚,見行者棒重,卻又解數周密,料鬥他不過,即便取出芭蕉扇,幌一幌,一扇陰風,把行者搧得無影無形,莫想收留得住。這羅剎得勝回歸。
La Femme-Rakshasa tint tête au pèlerin Sun jusqu’au soir. Voyant combien son bâton était lourd et combien ses passes étaient précises, elle comprit qu’elle ne pourrait le vaincre. Elle sortit donc l’Éventail en Feuille de Bananier, l’agita et, d’un seul coup, souleva un vent de yin qui emporta le pèlerin Sun sans laisser de lui ni ombre ni forme : impossible même d’espérer lui résister. Victorieuse, la Rakshasa regagna sa demeure.
那大聖飄飄蕩蕩,左沉不能落地,右墜不得存身。就如旋風翻敗葉,流水淌殘花。滾了一夜,直至天明,方才落在一座山上,雙手抱住一塊峰石。定性良久,仔細觀看,卻才認得是小須彌山。大聖長嘆一聲道:「好利害婦人!怎麼就把老孫送到這裡來了?我當年曾記得在此處告求靈吉菩薩降黃風怪救我師父。那黃風嶺至此直南上有三千餘里,今在西路轉來,乃東南方隅,不知有幾萬里。等我下去問靈吉菩薩一個消息,好回舊路。」
Le Grand Saint flottait et dérivait ; il s’enfonçait à gauche sans pouvoir toucher terre, retombait à droite sans trouver où se poser. Il était pareil aux feuilles mortes qu’un tourbillon retourne, aux fleurs flétries qu’emporte l’eau courante. Il roula ainsi toute la nuit et ne retomba qu’à l’aube sur une montagne, où ses deux mains s’agrippèrent à un rocher du sommet. Il reprit longuement ses esprits, observa attentivement les lieux et reconnut enfin le mont Petit-Sumeru. Le Grand Saint poussa un long soupir : « Quelle redoutable femme ! Comment le vieux Sun a-t-il pu être envoyé jusqu’ici ? Je me souviens qu’autrefois, en ce lieu même, j’avais sollicité le bodhisattva Lingji pour qu’il soumît le Monstre du Vent Jaune et sauvât mon maître. La Crête du Vent Jaune se trouvait à plus de trois mille lis droit au sud d’ici. Comme nous avons depuis tourné vers la route de l’Ouest, elle doit maintenant se trouver au sud-est, à je ne sais combien de dizaines de milliers de lis. Je vais descendre demander mon chemin au bodhisattva Lingji, afin de regagner notre ancienne route. »
正躊躇間,又聽得鐘聲響亮,急下山坡,徑至禪院。那門前道人認得行者的形容,即入裡面報道:「前年來請菩薩去降黃風怪的那個毛臉大聖又來了。」菩薩知是悟空,連忙下寶座相迎,入內施禮道:「恭喜,取經來耶?」悟空答道:「正好未到,早哩,早哩。」靈吉道:「既未曾得到雷音,何以回顧荒山?」行者道:「自上年蒙盛情降了黃風怪,一路上不知歷過多少苦楚。今到火焰山,不能前進,詢問土人,說有個鐵扇仙,芭蕉扇搧得火滅,老孫特去尋訪。原來那仙是牛魔王的妻,紅孩兒的母。他說我把他兒子做了觀音菩薩的童子,不得常見,恨我為仇,不肯借扇,與我爭鬥。他見我的棒重難撐,遂將扇子把我一搧,搧得我悠悠蕩蕩,直至於此,方才落住。故此輕造禪院,問個歸路。此處到火焰山,不知有多少里數?」靈吉笑道:「那婦人喚名羅剎女,又叫做鐵扇公主。他的那芭蕉扇本是崑崙山後,自混沌開闢以來,天地產成的一個靈寶,乃太陰之精葉,故能滅火氣。假若搧著人,要飄八萬四千里,方息陰風。我這山到火焰山,只有五萬餘里,此還是大聖有留雲之能,故止住了;若是凡人,正好不得住也。」行者道:「利害,利害!我師父卻怎生得度那方?」靈吉道:「大聖放心。此一來,也是唐僧的緣法,合教大聖成功。」行者道:「怎見成功?」靈吉道:「我當年受如來教旨,賜我一粒定風丹、一柄飛龍杖。飛龍杖已降了風魔。這定風丹尚未曾見用,如今送了大聖,管教那廝搧你不動,你卻要了扇子,搧息火,卻不就立此功也?」行者低頭作禮,感謝不盡。那菩薩即於衣袖中取出一個錦袋兒,將那一粒定風丹,與行者安在衣領裡邊,將針線緊緊縫了。送行者出門道:「不及留款。往西北上去,就是羅剎的山場也。」
Tandis qu’il hésitait encore, il entendit résonner une cloche. Il descendit précipitamment la pente et se rendit droit au monastère chan. Le religieux qui gardait la porte reconnut l’apparence du pèlerin Sun et rentra aussitôt annoncer : « Le Grand Saint au visage velu, qui était venu il y a deux ans prier le bodhisattva d’aller soumettre le Monstre du Vent Jaune, est revenu. » Sachant qu’il s’agissait de Wukong, le bodhisattva descendit promptement de son précieux trône pour l’accueillir. Une fois à l’intérieur, il le salua et demanda : « Félicitations ! Revenez-vous après avoir obtenu les écritures ? » Wukong répondit : « Je suis bien loin d’y être arrivé ; c’est encore tôt, bien trop tôt. » Lingji demanda : « Puisque vous n’avez pas encore atteint le monastère du Tonnerre, pourquoi êtes-vous revenu vers cette montagne déserte ? » Le pèlerin Sun répondit : « Depuis que, l’an dernier, grâce à votre grande bonté, le Monstre du Vent Jaune a été soumis, je ne sais combien d’épreuves nous avons traversées sur la route. Nous sommes maintenant arrivés à la Montagne des Flammes et ne pouvons avancer. J’ai interrogé les habitants, qui m’ont parlé d’une Immortelle à l’Éventail de Fer dont l’Éventail en Feuille de Bananier peut éteindre le feu. Le vieux Sun est allé tout exprès la trouver. Or cette immortelle est l’épouse du Roi-Démon Buffle et la mère de Hong Haier. Elle m’en veut d’avoir fait de son fils le garçon du bodhisattva Guanyin, de sorte qu’elle ne peut plus le voir à sa guise. Elle me hait comme un ennemi, refuse de me prêter l’éventail et a engagé le combat avec moi. Voyant que mon bâton était trop lourd pour qu’elle pût lui résister, elle m’a donné un coup d’éventail qui m’a fait dériver jusqu’ici, où j’ai enfin pu retomber. C’est pourquoi j’ai pris la liberté de venir dans votre monastère demander le chemin du retour. Combien de lis y a-t-il d’ici à la Montagne des Flammes ? » Lingji répondit en riant : « Cette femme se nomme la Femme-Rakshasa, mais on l’appelle aussi Princesse à l’Éventail de Fer. Son Éventail en Feuille de Bananier est un trésor spirituel produit par le ciel et la terre derrière le mont Kunlun, depuis que le chaos fut ouvert et séparé. C’est une feuille formée de l’essence du Grand Yin, et voilà pourquoi elle peut éteindre le souffle du feu. Si elle en évente quelqu’un, celui-ci doit parcourir quatre-vingt-quatre mille lis avant que le vent de yin ne s’apaise. De ma montagne à la Montagne des Flammes, il n’y a qu’un peu plus de cinquante mille lis. Si le Grand Saint a pu s’arrêter ici, c’est qu’il possède l’aptitude à retenir les nuées ; un homme ordinaire n’aurait jamais pu s’immobiliser. » Le pèlerin Sun s’exclama : « Redoutable, redoutable ! Mais comment mon maître pourra-t-il traverser cette région ? » Lingji répondit : « Grand Saint, rassurez-vous. Votre venue tient elle aussi aux affinités karmiques du moine des Tang : il est prévu que le Grand Saint accomplisse ce mérite. » Le pèlerin Sun demanda : « Comment l’accomplirai-je ? » Lingji répondit : « Jadis, sur l’ordre du Tathāgata, je reçus une Pilule qui Fixe le Vent et un Bâton du Dragon Volant. Le Bâton du Dragon Volant a déjà servi à soumettre le démon du vent, mais la Pilule qui Fixe le Vent n’a encore jamais été employée. Je la donne aujourd’hui au Grand Saint : je vous garantis que cette créature ne pourra plus vous faire bouger avec son éventail. Vous obtiendrez alors celui-ci, éteindrez le feu et aurez ainsi accompli ce mérite. » Le pèlerin Sun baissa la tête et le salua, sans pouvoir assez le remercier. Le bodhisattva tira alors de sa manche un petit sachet de brocart, prit la Pilule qui Fixe le Vent et la plaça à l’intérieur du col du pèlerin Sun, où il la cousit solidement avec du fil et une aiguille. Puis il le reconduisit à la porte en disant : « Je n’ai pas le temps de vous retenir pour vous offrir à manger. Partez vers le nord-ouest : vous retrouverez le domaine de la Rakshasa. »
行者辭了靈吉,駕觔斗雲,徑返翠雲山,頃刻而至。使鐵棒打著洞門叫道:「開門,開門!老孫來借扇子使使哩。」慌得那門裡女童即忙來報:「奶奶,借扇子的又來了。」羅剎聞言,心中悚懼道:「這潑猴真有本事。我的寶貝搧著人,要去八萬四千里,方能停止;他怎麼才吹去,就回來也?這番等我一連搧他兩三扇,教他找不著歸路。」急縱身,結束整齊,雙手提劍,走出門來道:「孫行者,你不怕我,又來尋死?」行者笑道:「嫂嫂勿得慳吝,是必借我使使,保得唐僧過山,就送還你。我是個志誠有餘的君子,不是那借物不還的小人。」羅剎又罵道:「潑猢猻!好沒道理,沒分曉。奪子之仇,尚未報得;借扇之意,豈得如心?你不要走,吃我老娘一劍。」大聖公然不懼,使鐵棒劈手相迎。他兩個往往來來,戰經五七回合,羅剎女手軟難掄,孫行者身強善敵。他見事勢不諧,即取扇子,望行者搧了一扇,行者巍然不動。行者收了鐵棒,笑吟吟的道:「這番不比那番,任你怎麼搧來,老孫若動一動,就不算漢子。」那羅剎又搧兩扇。果然不動。羅剎慌了,急收寶貝轉回,走入洞裡,將門緊緊關上。
Le pèlerin Sun prit congé de Lingji, enfourcha le nuage-culbute et retourna droit à la Montagne des Nuages d’Émeraude, qu’il atteignit en un instant. Frappant la porte de la grotte avec son bâton de fer, il cria : « Ouvrez ! Ouvrez ! Le vieux Sun vient emprunter l’éventail ! » La jeune servante à l’intérieur courut en toute hâte annoncer : « Maîtresse, celui qui voulait emprunter l’éventail est revenu. » À ces mots, la Rakshasa frémit intérieurement : « Ce maudit singe est vraiment capable. Quand mon trésor emporte quelqu’un, il doit parcourir quatre-vingt-quatre mille lis avant de s’arrêter. Comment se fait-il qu’à peine chassé par le vent, il soit déjà revenu ? Cette fois, je vais lui donner deux ou trois coups de suite, afin qu’il ne puisse jamais retrouver son chemin. » Elle bondit, rajusta soigneusement sa tenue, saisit ses deux épées et sortit en demandant : « Pèlerin Sun, tu ne me crains donc pas, pour revenir chercher la mort ? » Le pèlerin Sun répondit en riant : « Belle-sœur, ne soyez pas avare. Prêtez-le-moi absolument. Dès que le moine des Tang aura franchi la montagne, je vous le rendrai. Je suis un homme de cœur d’une parfaite sincérité, et non un misérable qui emprunte sans rendre. » La Rakshasa l’injuria de nouveau : « Maudit macaque ! Tu n’as ni raison ni discernement. Je n’ai pas encore vengé l’enlèvement de mon fils ; comment ton désir d’emprunter l’éventail pourrait-il être satisfait ? Ne t’enfuis pas et goûte l’épée de ta vieille mère ! » Le Grand Saint ne montra aucune crainte et lui opposa ouvertement son bâton de fer. Ils allèrent et vinrent pendant cinq à sept passes. La Femme-Rakshasa avait les bras trop faibles pour continuer à manier ses épées, tandis que le pèlerin Sun, robuste et habile au combat, lui résistait aisément. Voyant que la situation lui était défavorable, elle sortit l’éventail et en donna un coup vers le pèlerin Sun, qui demeura majestueusement immobile. Celui-ci rangea son bâton de fer et dit avec un large sourire : « Cette fois n’est pas comme la précédente. Évente-moi autant qu’il te plaira : si le vieux Sun bouge seulement d’un pouce, il ne mérite pas d’être appelé un homme. » La Rakshasa donna encore deux coups. Il ne bougea réellement pas. Saisie de panique, elle rangea précipitamment son trésor, fit demi-tour, rentra dans la grotte et en ferma solidement la porte.
行者見他閉了門,卻就弄個手段,拆開衣領,把定風丹噙在口中。搖身一變,變作一個蟭蟟蟲兒,從他門隙處鑽進。只見羅剎叫道:「渴了,渴了,快拿茶來。」近侍女童,即將香茶一壺,沙沙的滿斟一碗,沖起茶沫漕漕。行者見了歡喜,嚶的一翅,飛在茶沫之下。那羅剎渴極,接過茶,兩三氣都吃了。行者已到他肚腹之內,現原身,厲聲高叫道:「嫂嫂,借扇子我使使。」羅剎大驚失色,叫:「小的們,關了前門否?」俱說:「關了。」他又說:「既關了門,孫行者如何在家裡叫喚?」女童道:「在你身上叫哩。」羅剎道:「孫行者,你在那裡弄術哩?」行者道:「老孫一生不會弄術,都是些真手段,實本事,已在尊嫂尊腹之內耍子,已見其肺肝矣。我知你也饑渴了,我先送你個坐碗兒解渴。」卻就把腳往下一登。那羅剎小腹之中疼痛難禁,坐於地下叫苦。行者道:「嫂嫂休得推辭,我再送你個點心充饑。」又把頭往上一頂。那羅剎心痛難禁,只在地上打滾,疼得他面黃唇白,只叫:「孫叔叔饒命。」
La voyant fermer la porte, le pèlerin Sun recourut à un procédé. Il décousit son col, prit la Pilule qui Fixe le Vent dans sa bouche, secoua son corps et se changea en un minuscule moucheron, qui se glissa par une fente de la porte. Il entendit la Rakshasa crier : « J’ai soif, j’ai soif ! Apportez vite du thé. » Une jeune servante qui se tenait près d’elle apporta aussitôt une théière de thé parfumé, remplit une tasse à ras bord dans un bruissement et fit monter une épaisse écume. Ravi à cette vue, le pèlerin Sun battit une fois des ailes et vola sous l’écume du thé. La Rakshasa, mourant de soif, prit la tasse et l’avala en deux ou trois gorgées. Le pèlerin Sun était déjà parvenu dans son ventre. Il reprit sa forme véritable et cria d’une voix terrible : « Belle-sœur, prête-moi ton éventail ! » La Rakshasa pâlit d’effroi et demanda : « Servantes, avez-vous bien fermé la porte de devant ? » Toutes répondirent : « Elle est fermée. » Elle reprit : « Si la porte est fermée, comment le pèlerin Sun peut-il crier dans la maison ? » La jeune servante répondit : « Il crie depuis votre corps. » La Rakshasa demanda : « Pèlerin Sun, où te caches-tu pour exercer tes artifices ? » Le pèlerin Sun répondit : « De toute sa vie, le vieux Sun n’a jamais employé d’artifices. Ce ne sont que véritables moyens et réelles capacités. Je m’amuse déjà dans le noble ventre de ma noble belle-sœur, et j’ai vu son foie comme ses poumons. Je sais que tu as faim et soif ; je vais d’abord t’offrir un petit bol pour étancher ta soif. » Là-dessus, il donna un coup de pied vers le bas. La Rakshasa, incapable de supporter la douleur dans son bas-ventre, s’assit par terre en gémissant. Le pèlerin Sun dit : « Belle-sœur, ne refusez donc pas ; je vais encore vous offrir une collation pour apaiser votre faim. » Il donna alors un coup de tête vers le haut. La Rakshasa ne put supporter la douleur qui lui déchirait le cœur. Elle se roula sur le sol, le visage jaune et les lèvres blanches, en criant sans cesse : « Oncle Sun, épargne ma vie ! »
行者卻才收了手腳道:「你才認得叔叔麼?我看牛大哥情上,且饒你性命。快將扇子拿來我使使。」羅剎道:「叔叔,有扇,有扇,你出來拿了去。」行者道:「拿扇子我看了出來。」羅剎即叫女童拿一柄芭蕉扇,執在傍邊。行者探到喉嚨之上見了道:「嫂嫂,我既饒你性命,不在腰肋之下搠個窟窿出來,還自口出。你把口張三張兒。」那羅剎果張開口。行者還作個蟭蟟蟲,先飛出來,丁在芭蕉扇上。那羅剎不知,連張三次,叫:「叔叔出來罷。」行者化原身,拿了扇子,叫道:「我在此間不是?謝借了,謝借了。」拽開步,往前便走。小的們連忙開了門,放他出洞。
Alors seulement, le pèlerin Sun ramena ses mains et ses pieds et demanda : « Tu reconnais donc enfin ton oncle ? Par égard pour mon grand frère Buffle, je vais t’épargner la vie. Apporte vite l’éventail pour que je m’en serve. » La Rakshasa répondit : « Mon oncle, j’ai un éventail, j’en ai un ! Sortez le prendre et emportez-le. » Le pèlerin Sun répondit : « Apporte-le d’abord, que je le voie, et je sortirai. » La Rakshasa ordonna aussitôt à une jeune servante d’apporter un Éventail en Feuille de Bananier et de le tenir à côté d’elle. Le pèlerin Sun remonta jusqu’à sa gorge, vit l’éventail et dit : « Belle-sœur, puisque je t’épargne la vie, je ne vais pas percer un trou sous tes côtes pour sortir, mais repasserai par ta bouche. Ouvre-la trois fois. » La Rakshasa ouvrit donc la bouche. Le pèlerin Sun se changea de nouveau en moucheron, sortit le premier et se posa sur l’Éventail en Feuille de Bananier. La Rakshasa ne s’en aperçut pas. Après avoir ouvert la bouche trois fois de suite, elle appela : « Mon oncle, sortez donc. » Le pèlerin Sun reprit sa forme véritable, saisit l’éventail et dit : « Ne suis-je pas ici ? Merci de me l’avoir prêté, merci ! » Il allongea le pas et partit droit devant lui. Les servantes s’empressèrent d’ouvrir la porte et le laissèrent sortir de la grotte.
這大聖撥轉雲頭,徑回東路,霎時按落雲頭,立在紅磚壁下。八戒見了,歡喜道:「師父,師兄來了,來了。」三藏即與本莊老者同沙僧出門接著,同至舍內。把芭蕉扇靠在旁邊道:「老官兒,可是這個扇子?」老者道:「正是,正是。」唐僧喜道:「賢徒有莫大之功。求此寶貝,甚勞苦了。」行者道:「勞苦倒也不說。那鐵扇仙,你道是誰?那廝原來是牛魔王的妻,紅孩兒的母,名喚羅剎女,又喚鐵扇公主。我尋到洞外借扇,他就與我講起仇隙,把我砍了幾劍。是我使棒嚇他,他就把扇子搧了我一下,飄飄蕩蕩,直刮到小須彌山。幸見靈吉菩薩,送了我一粒定風丹,指與歸路。復至翠雲山,又見羅剎女。羅剎女又使扇子,搧我不動,他就回洞。是老孫變作一個蟭蟟蟲,飛入洞去。那廝正討茶吃,是我又鑽在茶沫之下,到他肚裡,做起手腳。他疼痛難禁,不住口的叫我做叔叔饒命,情願將扇借與我。我卻饒了他,拿將扇來。待過了火焰山,仍送還他。」三藏聞言,感謝不盡。
Le Grand Saint fit tourner son nuage et reprit directement la route de l’est. En un instant, il abaissa son nuage et se posa au pied du mur de briques rouges. En le voyant, Bajie s’écria, ravi : « Maître, notre frère aîné est revenu ! Il est revenu ! » Sanzang sortit aussitôt à sa rencontre avec le vieillard du domaine et le moine Sha, puis tous rentrèrent dans la maison. Le pèlerin Sun appuya l’Éventail en Feuille de Bananier sur le côté et demanda : « Bon monsieur, est-ce bien cet éventail ? » Le vieillard répondit : « C’est lui, c’est bien lui. » Le moine des Tang dit avec joie : « Digne disciple, ton mérite est immense. Tu as dû peiner grandement pour obtenir ce trésor. » Le pèlerin Sun répondit : « Je ne parlerai pas de mes peines. Mais savez-vous qui est cette Immortelle à l’Éventail de Fer ? Cette créature est l’épouse du Roi-Démon Buffle et la mère de Hong Haier. Elle se nomme la Femme-Rakshasa et porte aussi le titre de Princesse à l’Éventail de Fer. Je suis allé devant sa grotte lui emprunter l’éventail, mais elle a reparlé de notre inimitié et m’a assené plusieurs coups d’épée. Quand j’ai brandi mon bâton pour lui faire peur, elle m’a donné un coup d’éventail et m’a emporté, flottant et dérivant, jusqu’au mont Petit-Sumeru. Heureusement, j’y ai rencontré le bodhisattva Lingji, qui m’a donné une Pilule qui Fixe le Vent et indiqué le chemin du retour. Je suis revenu à la Montagne des Nuages d’Émeraude et j’ai de nouveau rencontré la Femme-Rakshasa. Elle s’est encore servie de son éventail, mais n’a pu me faire bouger, et elle est rentrée dans sa grotte. Le vieux Sun s’est alors changé en un minuscule moucheron et s’est glissé à l’intérieur. Cette créature demandait justement du thé ; je me suis caché sous l’écume et suis entré dans son ventre. Là, j’ai commencé à remuer mains et pieds. Incapable de supporter la douleur, elle n’a cessé de m’appeler son oncle et de me supplier de lui laisser la vie, en promettant de me prêter l’éventail. Je l’ai donc épargnée et ai emporté celui-ci. Quand nous aurons franchi la Montagne des Flammes, je le lui rendrai. » À ce récit, Sanzang ne cessa de lui exprimer sa gratitude.
師徒們俱拜辭老者,一路西來。約行有四十里遠近,漸漸酷熱蒸人。沙僧只叫:「腳底烙得慌。」八戒又道:「爪子燙得痛。」馬比尋常又快,只因他熱難停,十分躁進。行者道:「師父且請下馬,兄弟們莫走。等我搧息了火,待風雨之後,地土冷些,再過山去。」行者果舉扇,徑至火邊,盡力一搧,那山上火光烘烘騰起;再一扇,更著百倍;又一扇,那火足有千丈之高,漸漸燒著身體。行者急回,已將兩股毫毛燒淨。徑跑至唐僧面前叫:「快回去,快回去。火來了,火來了。」
Maître et disciples prirent tous congé du vieillard et poursuivirent vers l’ouest. Après avoir parcouru environ quarante lis, ils sentirent peu à peu une chaleur suffocante. Le moine Sha ne cessait de crier : « La plante de mes pieds brûle ! » Bajie disait de son côté : « Mes pattes me font mal tant elles sont brûlantes ! » Le cheval allait plus vite qu’à l’ordinaire, car la chaleur l’empêchait de s’arrêter et le faisait avancer avec une extrême agitation. Le pèlerin Sun dit : « Maître, descendez un moment de cheval. Mes frères, n’avancez plus. Je vais éteindre le feu avec l’éventail ; après le vent et la pluie, quand le sol aura refroidi, nous franchirons la montagne. » Le pèlerin Sun leva effectivement l’éventail, se rendit droit au bord du feu et donna un coup de toutes ses forces. Aussitôt, les flammes s’élevèrent en grondant sur la montagne. Il en donna un deuxième : elles devinrent cent fois plus violentes. Il en donna un troisième : les flammes montèrent à mille toises et commencèrent à lui brûler le corps. Le pèlerin Sun s’enfuit précipitamment, mais les poils de ses deux cuisses étaient déjà entièrement brûlés. Il courut droit devant le moine des Tang en criant : « Vite, retournons en arrière ! Vite ! Le feu arrive ! Le feu arrive ! »
那師父爬上馬,與八戒、沙僧,復東來有二十餘里,方才歇下,道:「悟空,如何了呀?」行者丟下扇子道:「不停當,不停當,被那廝哄了。」三藏聽說,愁促眉尖,悶添心上,止不住兩淚交流,只道:「怎生是好?」八戒道:「哥哥,你急急忙忙叫回去是怎麼說?」行者道:「我將扇子搧了一下,火光烘烘;第二扇,火氣愈盛;第三扇,火頭飛有千丈之高。若是跑得不快,把毫毛都燒盡矣。」八戒笑道:「你常說雷打不傷,火燒不損,如今何又怕火?」行者道:「你這獃子,全不知事。那時節用心防備,故此不傷;今日只為搧息火光,不曾捻避火訣,又未使護身法,所以把兩股毫毛燒了。」沙僧道:「似這般火盛,無路通西,怎生是好?」八戒道:「只揀無火處走便罷。」三藏道:「那方無火?」八戒道:「東方、南方、北方俱無火。」又問:「那方有經?」八戒道:「西方有經。」三藏道:「我只欲往有經處去哩。」沙僧道:「有經處有火,無火處無經,誠是進退兩難。」
Le maître remonta sur son cheval et repartit vers l’est avec Bajie et le moine Sha. Ils parcoururent plus de vingt lis avant de pouvoir s’arrêter. Sanzang demanda : « Wukong, que s’est-il donc passé ? » Le pèlerin Sun jeta l’éventail à terre et répondit : « Cela ne va pas, cela ne va pas ! Cette créature m’a trompé. » À ces mots, Sanzang fronça les sourcils de chagrin, sentit l’affliction envahir son cœur et ne put retenir les larmes qui coulèrent de ses yeux. Il répétait seulement : « Qu’allons-nous faire ? » Bajie demanda : « Frère, pourquoi nous as-tu rappelés si précipitamment ? » Le pèlerin Sun répondit : « Quand j’ai donné le premier coup d’éventail, les flammes ont grondé ; au deuxième, le feu a redoublé ; au troisième, il s’est élevé à mille toises. Si je ne m’étais pas enfui assez vite, tous mes poils auraient brûlé. » Bajie rit : « Tu dis toujours que la foudre ne peut te blesser et que le feu ne peut t’endommager. Pourquoi le crains-tu aujourd’hui ? » Le pèlerin Sun répondit : « Idiot, tu ne comprends vraiment rien. Les autres fois, je me tenais sur mes gardes, voilà pourquoi je n’étais pas blessé. Aujourd’hui, je ne pensais qu’à éteindre les flammes : je n’ai pas récité la formule qui protège du feu ni employé la méthode qui défend le corps. C’est pourquoi les poils de mes deux cuisses ont brûlé. » Le moine Sha dit : « Avec un feu aussi violent, aucune route ne mène à l’ouest. Qu’allons-nous faire ? » Bajie répondit : « Il nous suffit de choisir une région où il n’y a pas de feu. » Sanzang demanda : « Dans quelle direction n’y en a-t-il pas ? » Bajie répondit : « Il n’y en a ni à l’est, ni au sud, ni au nord. » Sanzang demanda encore : « Dans quelle direction sont les écritures ? » Bajie répondit : « Elles sont à l’ouest. » Sanzang dit : « Je veux seulement aller là où se trouvent les écritures. » Le moine Sha conclut : « Là où sont les écritures, il y a le feu ; là où il n’y a pas de feu, il n’y a pas d’écritures. Nous sommes véritablement pris entre l’impossibilité d’avancer et celle de reculer. »
師徒們正自胡談亂講,只聽得有人叫道:「大聖不須煩惱,且來吃些齋飯再議。」四眾回看時,見一老人,身披飄風氅,頭頂偃月冠,手持龍頭杖,足踏鐵靿靴。後帶著一個雕嘴魚腮鬼,鬼頭上頂著一個銅盆,盆內有些蒸餅糕糜、黃糧米飯。在於西路下躬身道:「我本是火焰山土地,知大聖保護聖僧,不能前進,特獻一齋。」行者道:「吃齋小可,這火光幾時滅得,讓我師父過去?」土地道:「要滅火光,須求羅剎女借芭蕉扇。」行者去路旁拾起扇子道:「這不是?那火光越搧越著,何也?」土地看了,笑道:「此扇不是真的,被他哄了。」行者道:「如何方得真的?」那土地又控背躬身,微微笑道:
Maître et disciples discutaient encore à tort et à travers lorsqu’ils entendirent quelqu’un appeler : « Grand Saint, ne vous tourmentez pas. Venez d’abord prendre un repas maigre, puis nous aviserons. » Les quatre voyageurs se retournèrent et virent un vieillard vêtu d’un manteau flottant au vent, coiffé d’une couronne en lune couchée, tenant une canne à tête de dragon et chaussé de bottes à tiges de fer. Derrière lui venait un démon au bec d’aigle et aux joues de poisson, qui portait sur la tête une bassine de cuivre. Elle contenait des petits pains cuits à la vapeur, des gâteaux, de la bouillie et du riz jaune. Le vieillard se tenait sur la route de l’ouest et s’inclina en disant : « Je suis le dieu du Sol de la Montagne des Flammes. Sachant que le Grand Saint protège le saint moine mais ne peut avancer, je suis venu spécialement vous offrir ce repas maigre. » Le pèlerin Sun répondit : « Manger n’est qu’une petite affaire. Quand ces flammes pourront-elles s’éteindre afin de laisser passer mon maître ? » Le dieu du Sol répondit : « Pour éteindre les flammes, il faut demander à la Femme-Rakshasa de prêter son Éventail en Feuille de Bananier. » Le pèlerin Sun ramassa l’éventail au bord de la route et demanda : « N’est-ce pas celui-ci ? Plus je l’emploie, plus le feu s’embrase. Pourquoi donc ? » Le dieu du Sol l’examina et dit en riant : « Cet éventail n’est pas le véritable. Elle vous a trompé. » Le pèlerin Sun demanda : « Comment obtenir le véritable ? » Le dieu du Sol courba de nouveau le dos, s’inclina et dit avec un léger sourire :
若還要借真蕉扇,須是尋求大力王。
Si tu veux emprunter le véritable Éventail en Feuille de Bananier, il te faut aller trouver le Roi de la Grande Force.
畢竟不知大力王有甚緣故,且聽下回分解。
On ignore encore quel lien existe avec le Roi de la Grande Force ; écoutez les explications du prochain chapitre.