La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 18 Au monastère de Guanyin, le moine des Tang échappe au péril ; — Au village des Gao, le Grand Saint terrasse le démon.
觀音院唐僧脫難高老莊大聖除魔
Au monastère de Guanyin, le moine des Tang échappe au péril ;
Au village des Gao, le Grand Saint terrasse le démon.
行者辭了菩薩,按落雲頭,將袈裟掛在香柟樹上,掣出棒來,打入黑風洞裡,那洞裡那得一個小妖。原來是他見菩薩出現,降得那老怪就地打滾,急急都散走了。行者一發行兇,將他那幾層門上都積了乾柴,前前後後,一齊發火,把個黑風洞燒做個紅風洞,卻拿了袈裟,駕祥光,轉回直北。
Le Voyageur prit congé du bodhisattva, abaissa son nuage et suspendit la robe monastique à un nanmu odorant. Puis, tirant son bâton, il pénétra en frappant dans la Grotte du Vent Noir, où il ne trouva pas le moindre petit démon. En effet, lorsque ceux-ci avaient vu apparaître le bodhisattva et soumettre le vieux monstre, qui s’était roulé à terre, ils s’étaient tous enfuis à la hâte. Le Voyageur donna alors libre cours à sa violence : il entassa du bois sec devant les différentes portes, mit le feu partout à la fois, devant comme derrière, et transforma la Grotte du Vent Noir en une grotte de vent rouge. Puis il reprit la robe monastique et, porté par une lumière auspicieuse, repartit droit vers le nord.
話說那三藏望行者急忙不來,心甚疑惑:不知是請菩薩不至,不知是行者託故而逃。正在那胡猜亂想之中,只見半空中彩霧燦燦,行者忽墜階前跪道:「師父,袈裟來了。」三藏大喜。眾僧亦無不歡悅道:「好了,好了,我等性命今日方才得全了。」三藏接了袈裟道:「悟空,你早間去時,原約到飯罷晌午,如何此時日西方回?」行者將那請菩薩施變化降妖的事情,備陳了一遍。三藏聞言,遂設香案,朝南禮拜罷,道:「徒弟啊,既然有了佛衣,可快收拾包裹去也。」行者道:「莫忙,莫忙。今日將晚,不是走路的時候,且待明日早行。」眾僧們一齊跪下道:「孫老爺說得是。一則天晚,二來我等有些願心兒,今幸平安,有了寶貝,待我還了願,請老爺散了福,明早再送西行。」行者道:「正是,正是。」你看那些和尚都傾囊倒底,把那火裡搶出的餘資,各出所有,整頓了些齋供,燒了些平安無事的紙,念了幾卷消災解厄的經。當晚事畢。
Or Sanzang, voyant que le Voyageur tardait à revenir, était fort inquiet : il ignorait si Guanyin avait refusé de venir ou si le Voyageur avait pris prétexte de sa mission pour s’enfuir. Tandis qu’il se perdait ainsi en conjectures, il aperçut soudain, dans les airs, une brume multicolore étincelante ; le Voyageur descendit devant les marches, s’agenouilla et dit : « Maître, voici la robe monastique. » Sanzang fut transporté de joie, et tous les moines s’écrièrent avec allégresse : « Tout est bien, tout est bien ! C’est aujourd’hui seulement que nos vies sont enfin sauves. » Sanzang reçut la robe et demanda : « Wukong, lorsque tu es parti ce matin, tu avais promis de revenir après le repas de midi. Pourquoi ne rentres-tu qu’à présent, alors que le soleil décline à l’ouest ? » Le Voyageur lui relata en détail comment il avait invité Guanyin à intervenir, et comment elle s’était métamorphosée pour soumettre le démon. Après l’avoir entendu, Sanzang fit dresser une table à encens, se prosterna en direction du sud, puis dit : « Disciple, puisque nous avons retrouvé l’habit du Bouddha, hâtons-nous de préparer nos bagages et de partir. » Le Voyageur répondit : « Rien ne presse, rien ne presse. Le jour touche à sa fin ; ce n’est plus l’heure de prendre la route. Attendons demain matin. » Tous les moines s’agenouillèrent ensemble et dirent : « Le seigneur Sun a raison. D’abord, il se fait tard ; ensuite, nous avons quelques vœux à acquitter. Puisque nous sommes heureusement sains et saufs et que le trésor est retrouvé, laissez-nous accomplir nos vœux et vous inviter, seigneurs, à partager les offrandes. Demain matin, nous vous reconduirons sur la route de l’Ouest. » Le Voyageur répondit : « Voilà qui est juste, voilà qui est juste. » Voyez ces moines vider leurs bourses jusqu’au fond : chacun donna ce qu’il possédait encore des biens sauvés de l’incendie. Ils préparèrent des offrandes végétariennes, brûlèrent du papier votif pour remercier de la paix retrouvée et récitèrent plusieurs livres de sutras afin d’écarter les calamités et de dissiper les épreuves. Les cérémonies s’achevèrent dans la soirée.
次早,方刷扮了馬匹,包裹了行囊出門,眾僧遠送方回。行者引路而去,正是那春融時節,但見那:
Le lendemain matin, ils pansèrent et équipèrent enfin le cheval, emballèrent leurs bagages et franchirent la porte. Les moines les accompagnèrent fort loin avant de revenir. Le Voyageur ouvrit la marche. C’était précisément la saison où le printemps adoucit toute chose ; on voyait :
草襯玉驄蹄跡軟,柳搖金線露華新。桃杏滿林爭豔麗,薜蘿遶徑放精神。沙堤日暖鴛鴦睡,山澗花香蛺蝶馴。這般秋去冬殘春過半,不知何年行滿得真文。
Dans l’herbe, les sabots du coursier de jade laissaient une douce empreinte ; les saules agitaient leurs fils d’or, tout frais de rosée.
Pêchers et abricotiers emplissaient les bois et rivalisaient de splendeur ; lianes et plantes grimpantes bordaient les sentiers et déployaient leur vigueur.
Sur la digue sablonneuse chauffée par le soleil dormaient les canards mandarins ; dans les ravins parfumés de fleurs, les papillons se laissaient approcher.
Ainsi l’automne était parti, l’hiver avait pris fin et le printemps était déjà à moitié passé : en quelle année leur voyage s’achèverait-il et obtiendraient-ils les véritables Écritures ?
師徒們行了五七日荒路,忽一日天色將晚,遠遠的望見一村人家。三藏道:「悟空,你看那壁廂有座山莊相近,我們去告宿一宵,明日再行何如?」行者道:「且等老孫去看看吉凶,再作區處。」那師父挽住絲韁,這行者定睛觀看,真個是:
Maître et disciple cheminèrent cinq ou sept jours par des routes désertes. Un soir, alors que le jour allait finir, ils aperçurent au loin les maisons d’un village. Sanzang dit : « Wukong, regarde : il y a là-bas un domaine tout proche. Allons-y demander l’hospitalité pour la nuit, et nous repartirons demain. Qu’en dis-tu ? » Le Voyageur répondit : « Que le vieux Sun aille d’abord voir si l’endroit est propice ou funeste ; nous déciderons ensuite. » Le maître retint les rênes de soie tandis que le Voyageur regardait attentivement. C’était bien là :
竹籬密密,茅屋重重。參天野樹迎門,曲水溪橋映戶。道傍楊柳綠依依,園內花開香馥馥。此時那夕照沉西,處處山林喧鳥雀;晚煙出爨,條條道徑轉牛羊。又見那食飽雞豚眠屋角,醉酣鄰叟唱歌來。
Des haies de bambou serrées, des chaumières en rangs pressés. De grands arbres sauvages montant jusqu’au ciel accueillaient les visiteurs devant les portes ; les ponts sur les ruisseaux sinueux se reflétaient devant les maisons. Au bord du chemin, les saules verdoyaient avec grâce ; dans les jardins, les fleurs épanouies répandaient leur parfum. À cette heure, le soleil couchant s’enfonçait à l’ouest et, partout dans les bois des montagnes, criaient les oiseaux ; la fumée du repas du soir s’élevait des foyers, tandis que, sur chaque sentier, revenaient bœufs et moutons. On voyait encore les poules et les porcs repus dormir au coin des maisons, et de vieux voisins ivres arriver en chantant.
行者看罷道:「師父請行,定是一村好人家,正可借宿。」那長老催動白馬,早到街衢之口。又見一個少年,頭裹綿布,身穿藍襖,持傘背包,斂褌劄褲,腳踏著一雙三耳草鞋,雄糾糾的,出街忙走。行者順手一把扯住道:「那裡去?我問你一個信兒:此間是甚麼地方?」那個人只管苦掙,口裡嚷道:「我莊上沒人,只是我好問信?」行者陪著笑道:「施主莫惱。『與人方便,自己方便。』你就與我說說地名何害?我也可解得你的煩惱。」那人掙不脫手,氣得亂跳道:「蹭蹬,蹭蹬。家長的屈氣受不了,又撞著這個光頭,受他的清氣。」行者道:「你有本事,劈開我的手,你便就去了也罷。」那人左扭右扭,那裡扭得動,卻似一把鐵鈐拑住一般。氣得他丟了包袱,撇了傘,兩隻手雨點似來抓行者。行者把一隻手扶著行李,一隻手抵住那人,憑他怎麼支吾,只是不能抓著。行者愈加不放,急得爆燥如雷。三藏道:「悟空,那裡不有人來了?你再問那人就是,只管扯住他怎的?放他去罷。」行者笑道:「師父不知,若是問了別人沒趣,須是問他,才有買賣。」那人被行者扯住不放,只得說出道:「此處乃是烏斯藏國界之地,喚做高老莊。一莊人家有大半姓高,故此喚做高老莊。你放了我去罷。」行者又道:「你這樣行裝,不是個走近路的。你實與我說,你要往那裡去,端的所幹何事,我才放你。」
Après avoir regardé, le Voyageur dit : « Maître, avançons. C’est assurément un bon village, où nous pourrons fort bien loger. » Le vénérable pressa son cheval blanc et atteignit bientôt l’entrée de la rue. Ils virent alors un jeune homme, la tête enveloppée d’une étoffe de coton, vêtu d’une veste bleue, un parapluie à la main et un paquet sur le dos. Il avait retroussé son vêtement et serré son pantalon aux jambes, portait une paire de sandales de paille à trois attaches et sortait d’un pas vaillant, fort pressé. Le Voyageur étendit la main et l’empoigna : « Où vas-tu ? Je voudrais te demander un renseignement : quel est cet endroit ? » L’homme se débattit de toutes ses forces en criant : « N’y a-t-il donc personne dans mon village ? Pourquoi faut-il que ce soit moi qu’on interroge ? » Le Voyageur lui dit en souriant : « Bienfaiteur, ne vous fâchez pas. Qui facilite les choses aux autres se les facilite à soi-même. Quel mal y a-t-il à me dire le nom de ce lieu ? Peut-être pourrai-je aussi vous délivrer de vos soucis. » Incapable de se dégager, l’homme sautait de rage : « Quelle malchance, quelle malchance ! Je ne peux déjà supporter les humiliations de mon maître, et voilà que je rencontre ce crâne rasé qui vient encore me tourmenter ! » Le Voyageur dit : « Si tu en as la force, arrache-toi à ma main, et je te laisserai partir. » L’homme se tordit à gauche et à droite, mais ne put bouger davantage que s’il avait été pris dans une tenaille de fer. Furieux, il jeta son paquet, abandonna son parapluie et se mit à griffer le Voyageur des deux mains, aussi dru qu’une pluie battante. D’une main, le Voyageur soutenait les bagages ; de l’autre, il maintenait l’homme à distance, et celui-ci avait beau se démener, il ne pouvait l’atteindre. Le Voyageur refusait plus que jamais de le lâcher, et l’autre, exaspéré, grondait comme le tonnerre. Sanzang dit : « Wukong, ne vois-tu pas quelqu’un venir là-bas ? Tu n’auras qu’à interroger cette personne. Pourquoi t’obstiner à retenir cet homme ? Laisse-le partir. » Le Voyageur répondit en riant : « Maître, vous ne comprenez pas. Interroger quelqu’un d’autre ne nous apporterait rien ; c’est à lui qu’il faut parler pour que l’affaire soit bonne. » Comme le Voyageur ne le lâchait toujours pas, l’homme dut enfin déclarer : « Nous sommes ici sur le territoire du royaume de Wusizang, dans un endroit appelé le village des Gao. Plus de la moitié des familles du village portent le nom de Gao, et c’est pourquoi on l’appelle ainsi. Maintenant, laisse-moi partir. » Le Voyageur reprit : « Avec cet équipement, tu ne vas certainement pas faire un court trajet. Dis-moi franchement où tu te rends et ce que tu vas y faire ; alors seulement je te relâcherai. »
這人無奈,只得以實情告訴道:「我是高太公的家人,名叫高才。我那太公有個老女兒,年方二十歲,更不曾配人。三年前被一個妖精占了,那妖整做了這三年女婿。我太公不悅,說道:『女兒招了妖精,不是長法:一則敗壞家門,二則沒個親家來往。』一向要退這妖精。那妖精那裡肯退,轉把女兒關在他後宅,將有半年,再不放出與家內人相見。我太公與了我幾兩銀子,教我尋訪法師,拿那妖怪。我這些時不曾住腳,前前後後,請了有三四個人,都是不濟的和尚,膿包的道士,降不得那妖精。剛才罵了我一場,說我不會幹事。又與了我五錢銀子做盤纏,教我再去請好法師降他。不期撞著你這個紇刺星扯住,誤了我走路,故此裡外受氣,我無奈,才與你叫喊。不想你又有些拿法,我掙不過你,所以說此實情。你放我走罷。」行者道:「你的造化,我有營生,這才是湊四合六的勾當。你也不須遠行,莫要花費了銀子。我們不是那不濟的和尚,膿包的道士,其實有些手段,慣會拿妖。這正是:『一來照顧郎中,二來又醫得眼好。』煩你回去上覆你那家主,說我們是東土駕下差來的御弟聖僧,往西天拜佛求經者,善能降妖縛怪。」高才道:「你莫誤了我。我是一肚子氣的人,你錯哄了我,沒甚手段,拿不住那妖精,卻不又帶累我來受氣?」行者道:「管教不誤了你,你引我到你家門首去來。」那人也無計奈何,真個提著包袱,拿了傘,轉步回身,領他師徒到於門首道:「二位長老,你且在馬臺上略坐坐,等我進去報主人知道。」行者才放了手,落擔牽馬,師徒們坐立門傍等候。
L’homme, à bout de ressources, dut lui dire la vérité : « Je suis un serviteur du vénérable Gao et je m’appelle Gao Cai. Notre maître a une dernière fille, âgée de vingt ans, qui n’a encore jamais été mariée. Il y a trois ans, un démon s’en est emparé et s’est imposé depuis comme son gendre. Mon maître n’en est pas satisfait. Il dit : “Avoir donné ma fille à un démon n’est pas une situation durable : premièrement, cela déshonore la famille ; deuxièmement, nous n’avons aucune parenté avec laquelle entretenir des relations.” Depuis longtemps, il veut rompre cette union. Mais le démon refuse de s’en aller ; au contraire, il a enfermé la jeune fille dans les appartements du fond et, depuis bientôt six mois, ne la laisse plus voir personne de la famille. Mon maître m’a donné quelques taëls d’argent et m’a chargé de chercher un maître en arts magiques pour capturer le monstre. Tout ce temps, je n’ai cessé de courir. J’ai fait venir successivement trois ou quatre personnes, mais ce n’étaient que des moines incapables et des taoïstes bons à rien, qui n’ont pu soumettre le démon. À l’instant, mon maître m’a copieusement injurié en disant que je ne savais rien faire. Il m’a encore donné cinq dixièmes de taël pour mes frais et m’a ordonné de repartir inviter un véritable maître afin de dompter le monstre. Mais voilà que je tombe sur ton astre de malheur, qui m’empoigne et retarde mon voyage. C’est pourquoi, accablé de reproches au-dedans comme au-dehors, je n’ai pu m’empêcher de crier contre toi. Comme tu sembles toi-même connaître quelque art et que je ne pouvais t’échapper, je t’ai dit la vérité. Maintenant, laisse-moi partir. » Le Voyageur répondit : « Quelle chance pour toi ! J’ai justement de quoi m’occuper : voilà une affaire où tout s’accorde à merveille. Tu n’as pas besoin d’aller plus loin ni de dépenser ton argent. Nous ne sommes pas de ces moines incapables ni de ces taoïstes bons à rien. Nous possédons réellement quelques moyens et sommes experts à capturer les démons. C’est bien ce qu’on dit : d’une part on donne sa pratique au médecin, et d’autre part on obtient de lui la guérison. Retourne donc informer ton maître que nous sommes un saint moine, frère de l’empereur, envoyé par le trône de les Terres de l’Est, et son disciple ; nous allons au Ciel d’Occident adorer le Bouddha et quérir les Écritures, et nous excellons à soumettre les démons et à ligoter les monstres. » Gao Cai dit : « Ne me trompe pas. J’ai déjà le ventre plein de colère. Si tu m’abuses et que, faute de moyens, tu ne puisses capturer le démon, ce sera encore moi qui en pâtirai et recevrai les reproches. » Le Voyageur répondit : « Je te garantis que je ne te trompe pas. Conduis-moi devant la porte de ta maison. » Ne sachant que faire d’autre, l’homme ramassa son paquet et son parapluie, fit demi-tour et conduisit le maître et son disciple jusqu’à la porte. Il leur dit : « Vénérables, asseyez-vous un instant sur le banc près de la borne aux chevaux, pendant que j’entre avertir le maître. » Le Voyageur le lâcha enfin, posa les bagages et prit le cheval par la bride. Maître et disciple attendirent près de la porte, l’un assis, l’autre debout.
那高才入了大門,徑往中堂上走,可可的撞見高太公。太公罵道:「你那個蠻皮畜生!怎麼不去尋人,又回來做甚?」高才放下包、傘道:「上告主人公得知:小人才行出街口,忽撞見兩個和尚:一個騎馬,一個挑擔。他扯住我不放,問我那裡去。我再三不曾與他說及,他纏得沒奈何,不得脫手,遂將主人公的事情,一一說與他知。他卻十分歡喜,要與我們拿那妖怪哩。」高老道:「是那裡來的?」高才道:「他說是東土駕下差來的御弟聖僧,前往西天拜佛求經的。」太公道:「既是遠來的和尚,怕不真有些手段。他如今在那裡?」高才道:「現在門外等候。」
Gao Cai franchit la grande porte et se dirigea droit vers la salle centrale, où il tomba précisément sur le vénérable Gao. Celui-ci l’injuria : « Espèce de brute à la peau dure ! Pourquoi n’es-tu pas allé chercher quelqu’un ? Que viens-tu encore faire ici ? » Gao Cai posa son paquet et son parapluie : « Que mon maître veuille bien m’entendre. À peine avais-je atteint le bout de la rue que j’ai rencontré deux moines : l’un montait à cheval et l’autre portait les bagages. Celui-ci m’a retenu et m’a demandé où j’allais. J’ai refusé plusieurs fois de lui répondre, mais il m’a tellement harcelé que je n’ai pu lui échapper. J’ai donc fini par lui raconter toute l’affaire de mon maître. Il s’en est montré ravi et veut capturer le monstre pour nous. » Le vieux Gao demanda : « D’où viennent-ils ? » Gao Cai répondit : « Il dit qu’ils viennent de les Terres de l’Est : c’est un saint moine, frère de l’empereur, envoyé par le trône pour aller au Ciel d’Occident adorer le Bouddha et quérir les Écritures. » Le vénérable Gao dit : « Puisque ce sont des moines venus de si loin, ils doivent bien posséder quelques véritables moyens. Où sont-ils à présent ? » Gao Cai répondit : « Ils attendent devant la porte. »
那太公即忙換了衣服,與高才出來迎接,叫聲:「長老。」三藏聽見,急轉身,早已到了面前。那老者戴一頂烏綾巾,穿一領蔥白蜀錦衣,踏一雙糙米皮的犢子靴,繫一條黑綠絛子,出來笑語相迎,便叫:「二位長老,作揖了。」三藏還了禮,行者站著不動。那老者見他相貌兇醜,便就不敢與他作揖。行者道:「怎麼不唱老孫喏?」那老兒有幾分害怕,叫高才道:「你這小廝卻不弄殺我也?家裡現有一個醜頭怪腦的女婿打發不開,怎麼又引這個雷公來害我?」行者道:「老高,你空長了許大年紀,還不省事。若專以相貌取人,乾淨錯了。我老孫醜自醜,卻有些本事。替你家擒得妖精,捉得鬼魅,拿住你那女婿,還了你女兒,便是好事,何必諄諄以相貌為言?」太公見說,戰兢兢的,只得強打精神,叫聲:「請進。」這行者見請,才牽了白馬,教高才挑著行李,與三藏進去。他也不管好歹,就把馬拴在敞廳柱上,扯過一張退光漆交椅,叫師父坐下。他又扯過一張椅子,坐在傍邊。那高老道:「這個小長老,倒也家懷。」行者道:「你若肯留我住得半年,還家懷哩。」
Le vénérable changea aussitôt de vêtements et sortit avec Gao Cai pour accueillir les visiteurs en appelant : « Vénérables ! » À ces mots, Sanzang se retourna vivement ; le vieillard était déjà devant lui. Il portait une coiffe de soie noire, une robe de brocart du Sichuan d’un blanc verdâtre, une paire de bottines en cuir couleur de riz brun et une cordelière vert sombre. Il s’avança en souriant pour les recevoir : « Mes deux vénérables, je vous salue. » Sanzang lui rendit son salut, mais le Voyageur demeura debout sans bouger. Voyant son visage farouche et laid, le vieillard n’osa pas le saluer. Le Voyageur demanda : « Pourquoi ne salues-tu pas le vieux Sun ? » Quelque peu effrayé, le vieillard dit à Gao Cai : « Petit valet, veux-tu donc ma mort ? J’ai déjà chez moi un gendre à la tête monstrueuse dont je n’arrive pas à me débarrasser ; pourquoi m’amènes-tu encore ce dieu du Tonnerre pour me tourmenter ? » Le Voyageur répondit : « Vieux Gao, tu as atteint un âge avancé, mais tu manques encore de jugement. Si tu ne juges les gens que sur leur apparence, tu te trompes du tout au tout. Le vieux Sun est laid, certes, mais il possède quelques talents. S’il capture pour ta famille le démon, s’empare de l’esprit malfaisant, maîtrise ton gendre et te rend ta fille, ce sera une bonne action. Pourquoi revenir sans cesse sur son apparence ? » À ces paroles, le vénérable trembla de peur, mais dut rassembler son courage et dire : « Veuillez entrer. » Invité de la sorte, le Voyageur prit seulement alors le cheval blanc par la bride, ordonna à Gao Cai de porter les bagages et entra avec Sanzang. Sans se soucier des convenances, il attacha le cheval à un pilier de la grande salle ouverte, tira à lui un fauteuil pliant au vernis poli et y fit asseoir son maître. Puis il en prit un autre et s’assit à côté. Le vieux Gao observa : « Ce jeune vénérable se met fort à son aise. » Le Voyageur répondit : « Si tu voulais bien me garder ici six mois, je me mettrais encore plus à mon aise. »
坐定,高老問道:「適間小价說,二位長老是東土來的?」三藏道:「便是。貧僧奉朝命往西天拜佛求經,因過寶莊,特借一宿,明日早行。」高老道:「二位原是借宿的,怎麼說會拿怪?」行者道:「因是借宿,順便拿幾個妖怪兒耍耍的。動問府上有多少妖怪?」高老道:「天哪!還吃得有多少哩,只這一個妖怪女婿,已被他磨慌了。」行者道:「你把那妖怪的始末,有多大手段,從頭兒說說我聽,我好替你拿他。」高老道:「我們這莊上,自古至今,也不曉得有甚麼鬼祟魍魎,邪魔作耗。只是老拙不幸,不曾有子,止生三個女兒:大的喚名香蘭,第二的名玉蘭,第三的名翠蘭。那兩個從小兒配與本莊人家。止有小的個要招個女婿,指望他與我同家過活,做個養老女婿,撐門抵戶,做活當差。不期三年前,有一個漢子,模樣兒倒也精緻。他說是福陵山上人家,姓豬,上無父母,下無兄弟,願與人家做個女婿。我老拙見是這般一個無根無絆的人,就招了他。一進門時,倒也勤謹:耕田耙地,不用牛具;收割田禾,不用刀杖;昏去明來,其實也好。只是一件,有些會變嘴臉。」行者道:「怎麼樣變?」高老道:「初來時是一條黑胖漢,後來就變做一個長嘴大耳朵的獃子,腦後又有一溜鬃毛,身體粗糙怕人,頭臉就像個豬的模樣。食腸卻又甚大:一頓要吃三五斗米飯,早間點心也得百十個燒餅才夠。喜得還吃齋素;若再吃葷酒,便是老拙這些家業田產之類,不上半年,就吃個罄淨。」三藏道:「只因他做得,所以吃得。」高老道:「吃還是件小事。他如今又會弄風,雲來霧去,走石飛砂,諕得我一家並左鄰右舍,俱不得安生。又把那翠蘭小女關在後宅子裡,一發半年也不曾見面,更不知死活如何。因此知他是個妖怪,要請個法師與他去退去退。」
Une fois tous assis, le vieux Gao demanda : « Mon serviteur disait à l’instant que vous veniez tous deux de les Terres de l’Est ? » Sanzang répondit : « C’est exact. Ce pauvre religieux a reçu de la cour l’ordre d’aller au Ciel d’Occident adorer le Bouddha et quérir les Écritures. Comme nous passions par votre honorable domaine, nous désirions seulement y emprunter un gîte pour la nuit avant de repartir demain matin. » Le vieux Gao demanda : « Vous étiez donc venus chercher un gîte ; pourquoi avez-vous dit savoir capturer les monstres ? » Le Voyageur répondit : « Puisque nous demandons l’hospitalité, nous pouvons en profiter pour capturer quelques démons, par divertissement. Puis-je vous demander combien de monstres se trouvent dans votre maison ? » Le vieux Gao s’écria : « Ciel ! Comment pourrions-nous en supporter plusieurs ? Ce seul gendre démoniaque nous a déjà tourmentés jusqu’à l’affolement. » Le Voyageur dit : « Raconte-moi depuis le début l’origine de ce démon et l’étendue de ses pouvoirs, afin que je sache comment le capturer pour toi. » Le vieux Gao répondit : « Depuis les temps anciens jusqu’à aujourd’hui, notre village n’avait jamais connu de fantômes, de mauvais esprits ni de démons venus y semer le trouble. Mais, dans mon malheur, je n’ai pas eu de fils et seulement trois filles. L’aînée se nomme Xianglan, la deuxième Yulan et la troisième Cuilan. Les deux premières ont été mariées dès leur jeunesse à des familles de ce village. Pour la dernière, je voulais prendre un gendre dans ma maison, afin qu’il vécût avec moi, prît soin de mes vieux jours, soutînt la famille et accomplît les travaux et les corvées. Or, voici trois ans, arriva un homme d’assez belle apparence. Il disait venir du mont du Tertre des Bénédictions et porter le nom de famille Zhu. Il n’avait ni parents au-dessus de lui, ni frères au-dessous, et souhaitait devenir gendre dans une famille. Voyant qu’il était ainsi sans racines ni attaches, je l’ai accueilli. À son arrivée, il se montra fort diligent : pour labourer et herser les champs, il n’avait besoin d’aucun bœuf ; pour moissonner les céréales, d’aucune lame ni d’aucun outil. Il partait au crépuscule et revenait à l’aube ; en vérité, tout allait fort bien. Seulement, il sait quelque peu changer de visage. » Le Voyageur demanda : « Comment change-t-il ? » Le vieux Gao répondit : « À son arrivée, c’était un gros homme noir. Par la suite, il est devenu un benêt au long groin et aux grandes oreilles, avec une rangée de soies sur la nuque. Son corps est grossier et effrayant, et sa tête comme son visage ressemblent à ceux d’un porc. Son appétit est en outre énorme : à chaque repas, il lui faut trois à cinq boisseaux de riz, et, pour sa collation du matin, cent galettes cuites au four lui suffisent à peine. Heureusement, il ne mange que des aliments végétariens. S’il buvait du vin et mangeait aussi de la viande, tous mes biens, terres et domaines seraient entièrement dévorés en moins de six mois. » Sanzang dit : « S’il mange autant, c’est qu’il travaille autant. » Le vieux Gao reprit : « Manger n’est encore qu’un détail. À présent, il sait aussi soulever le vent ; il arrive dans les nuages et repart dans la brume, faisant rouler les pierres et voler le sable. Toute ma famille, ainsi que nos voisins de droite et de gauche, en sont épouvantés et ne connaissent plus la paix. Il a de plus enfermé ma jeune Cuilan dans les appartements du fond. Voilà six mois entiers que nous ne l’avons pas vue et nous ignorons même si elle est vivante ou morte. C’est ainsi que nous avons compris qu’il était un démon et que nous voulons faire venir un maître en arts magiques pour le chasser et rompre l’union. »
行者道:「這個何難?老兒你管放心,今夜管情與你拿住,教他寫了退親文書,還你女兒如何?」高老大喜道:「我為招了他不打緊,壞了我多少清名,疏了我多少親眷。但得拿住他,要甚麼文書?就煩與我除了根罷。」行者道:「容易,容易。入夜之時,就見好歹。」
Le Voyageur dit : « Où est la difficulté ? Vieillard, sois tranquille : cette nuit même, je te garantis que je le capturerai. Je lui ferai rédiger un acte de répudiation et te rendrai ta fille. Qu’en dis-tu ? » Le vieux Gao s’écria avec joie : « Ce n’est pas seulement de l’avoir pris pour gendre qui importe : il a gravement entaché ma réputation et éloigné tant de mes parents ! Si vous pouvez le capturer, à quoi bon un acte ? Je vous en prie, extirpez-le définitivement pour moi. » Le Voyageur répondit : « Ce sera facile, facile. À la nuit, nous verrons ce qu’il en est. »
老兒十分歡喜,才教展抹桌椅,擺列齋供。齋罷將晚,老兒問道:「要甚兵器?要多少人隨?趁早好備。」行者道:「兵器我自有。」老兒道:「二位只是那根錫杖,錫杖怎麼打得那個妖精?」行者隨於耳內取出一個繡花針來,捻在手中,迎風幌了一幌,就是碗來粗細的一根金箍鐵棒,對著高老道:「你看這條棍子,比你家兵器如何?可打得這怪否?」高老又道:「既有兵器,可要人跟?」行者道:「我不用人,只是要幾個年高有德的老兒,陪我師父清坐閑敘,我好撇他而去。等我把那妖精拿來,對眾取供,替你除了根罷。」那老兒即喚家僮,請了幾個親故朋友。一時都到,相見已畢,行者道:「師父,你放心穩坐,老孫去也。」
Le vieillard, au comble de la joie, ordonna seulement alors de nettoyer les tables et les sièges et d’y disposer un repas végétarien. Après le repas, comme le soir approchait, il demanda : « De quelles armes aurez-vous besoin ? Combien d’hommes devront vous accompagner ? Il faut nous préparer pendant qu’il en est encore temps. » Le Voyageur répondit : « J’ai ma propre arme. » Le vieillard dit : « Vous n’avez à vous deux que ce bâton de pèlerin. Comment pourrait-il servir à frapper ce démon ? » Le Voyageur tira alors de son oreille une aiguille à broder, la tint entre ses doigts et l’agita face au vent : elle devint aussitôt un bâton de fer cerclé d’or aussi épais qu’un bol. Le montrant au vieux Gao, il dit : « Regarde ce bâton. Que vaut-il auprès des armes de ta maison ? Pourra-t-il frapper ce monstre ? » Le vieux Gao demanda encore : « Puisque vous avez une arme, faut-il que des hommes vous suivent ? » Le Voyageur répondit : « Je n’ai besoin de personne. Je demande seulement que quelques vieillards honorables et vertueux tiennent compagnie à mon maître, conversent paisiblement avec lui et me permettent ainsi de le laisser ici. J’irai capturer le démon, puis je l’amènerai devant tous pour recueillir ses aveux et l’extirper définitivement pour toi. » Le vieillard appela aussitôt ses domestiques et fit inviter quelques parents et amis. Tous furent bientôt réunis. Après les salutations, le Voyageur dit : « Maître, demeurez assis sans inquiétude. Le vieux Sun s’en va. »
你看他揝著鐵棒,扯著高老道:「你引我去後宅子裡妖精的住處看看。」高老遂引他到後宅門首。行者道:「你去取鑰匙來。」高老道:「你且看看,若是用得鑰匙,卻不請你了。」行者笑道:「你那老兒年紀雖大,卻不識耍。我把這話兒哄你一哄,你就當真。」走上前,摸了一摸,原來是銅汁灌的鎖子。狠得他將金箍棒一搗,搗開門扇,裡面卻黑洞洞的。行者道:「老高,你去叫你女兒一聲,看他可在裡面?」那老兒硬著膽叫道:「三姐姐!」那女兒認得是他父親的聲音,才少氣無力的應了一聲道:「爹爹,我在這裡哩。」行者閃金睛,向黑影裡仔細看時,你道他怎生模樣?但見那:
Voyez-le empoigner son bâton de fer et tirer le vieux Gao par le bras : « Conduis-moi dans les appartements du fond, afin que je voie où habite le démon. » Le vieux Gao le mena devant la porte de l’arrière-cour. Le Voyageur dit : « Va chercher la clef. » Le vieux Gao répondit : « Regarde donc : si une clef pouvait servir, je ne vous aurais pas demandé de venir. » Le Voyageur rit : « Malgré ton grand âge, tu ne sais pas reconnaître une plaisanterie. Je voulais simplement te taquiner avec ces mots, et tu les as pris au sérieux. » Il s’avança et tâta la porte : la serrure avait été scellée avec du cuivre fondu. Il abattit violemment le bâton cerclé d’or et fracassa les battants. À l’intérieur régnait une obscurité profonde. Le Voyageur dit : « Vieux Gao, appelle ta fille et vois si elle est là. » Rassemblant son courage, le vieillard cria : « Troisième demoiselle ! » Reconnaissant la voix de son père, la jeune fille répondit enfin, d’une voix faible et sans souffle : « Père, je suis ici. » Le Voyageur fit briller ses prunelles d’or et scruta attentivement les ténèbres. Savez-vous quelle apparence elle avait ? On voyait :
雲鬢亂堆無掠,玉容未洗塵淄。一片蘭心依舊,十分嬌態傾頹。櫻唇全無氣血,腰肢屈屈偎偎。愁蹙蹙,蛾眉淡;瘦怯怯,語聲低。
Ses cheveux de nuage s’entassaient en désordre, sans avoir été peignés ; son visage de jade, resté sans toilette, était souillé de poussière. Son cœur d’orchidée demeurait intact, mais toute sa grâce délicate s’était flétrie. Ses lèvres de cerise avaient perdu toute couleur, et sa taille ployée se recroquevillait. Accablée de chagrin, elle fronçait ses pâles sourcils de phalène ; amaigrie et craintive, elle parlait à voix basse.
他走來看見高老,一把扯住,抱頭大哭。行者道:「且莫哭,且莫哭。我問你,妖怪往那裡去了?」女子道:「不知往那裡去。這些時,天明就去,入夜方來。雲雲霧霧,往回不知何所。因是曉得父親要祛退他,他也常常防備,故此昏來朝去。」行者道:「不消說了。老兒,你帶令愛往前邊宅裡,慢慢的敘闊,讓老孫在此等他。他若不來,你卻莫怪;他若來了,定與你剪草除根。」那老高歡歡喜喜的把女兒帶將前去。
Elle s’avança, aperçut le vieux Gao, se jeta sur lui et pleura à grands sanglots dans ses bras. Le Voyageur dit : « Ne pleure pas, ne pleure pas. Dis-moi plutôt où est allé le démon. » La jeune fille répondit : « Je ne sais où il va. Depuis quelque temps, il part dès l’aube et ne revient qu’à la nuit. Il s’en va dans les nuages et la brume, sans que je sache d’où il vient ni où il retourne. Comme il sait que mon père veut le chasser et rompre notre union, il demeure sans cesse sur ses gardes ; c’est pourquoi il arrive au soir et repart au matin. » Le Voyageur dit : « Il est inutile d’en dire davantage. Vieillard, ramène ta fille dans la demeure de devant et prenez le temps de vous raconter ce qui s’est passé durant votre séparation. Laisse le vieux Sun l’attendre ici. S’il ne vient pas, ne m’en fais aucun reproche ; mais s’il vient, je t’en débarrasserai à coup sûr jusqu’à la racine. » Tout heureux, le vieux Gao emmena sa fille vers l’avant de la maison.
行者卻弄神通,搖身一變,變得就如那女子一般,獨自個坐在房裡等那妖精。不多時,一陣風來,真個是走石飛砂。好風:
Le Voyageur mit alors en œuvre ses pouvoirs : il secoua le corps et se transforma exactement à l’image de la jeune fille. Puis il s’assit seul dans la chambre pour attendre le démon. Peu après, une rafale se leva, faisant véritablement rouler les pierres et voler le sable. Quel vent prodigieux !
起初時微微蕩蕩,向後來渺渺茫茫。微微蕩蕩乾坤大,渺渺茫茫無阻礙。凋花折柳勝揌麻,倒樹摧林如拔菜。翻江攪海鬼神愁,裂石崩山天地怪。啣花糜鹿失來蹤,摘果猿猴迷在外。七層鐵塔侵佛頭,八面幢幡傷寶蓋。金梁玉柱起根搖,房上瓦飛如燕塊。舉棹梢公許願心,開船忙把豬羊賽。當坊土地棄祠堂,四海龍王朝上拜。海邊撞損夜叉船,長城刮倒半邊塞。
Au commencement, il flottait doucement ; par la suite, il devint immense et confus.
Doucement flottant, il emplissait le vaste univers ; immense et confus, il ne rencontrait nul obstacle.
Il flétrissait les fleurs et brisait les saules plus aisément qu’on ne carde le chanvre ; il renversait les arbres et ravageait les bois comme on arrache des légumes.
Il retournait les fleuves et bouleversait les mers, affligeant fantômes et dieux ; il fendait les rochers et abattait les montagnes, stupéfiant le Ciel et la Terre.
Les cerfs qui tenaient des fleurs dans leur gueule perdaient le chemin du retour ; les singes partis cueillir des fruits s’égaraient au-dehors.
La pagode de fer à sept étages allait heurter la tête du Bouddha ; de tous côtés, bannières et étendards endommageaient les dais précieux.
Poutres d’or et colonnes de jade tremblaient jusqu’à leurs fondations ; les tuiles s’envolaient des toits comme des vols d’hirondelles.
Les bateliers levaient leurs rames et prononçaient des vœux ; avant d’appareiller, ils se hâtaient d’offrir porcs et moutons.
Les dieux locaux abandonnaient leurs sanctuaires ; les Rois-Dragons des Quatre Mers se prosternaient vers le ciel.
Sur le rivage, il fracassait les vaisseaux des yakshas ; à la Grande Muraille, il renversait la moitié des fortifications.
那陣狂風過處,只見半空裡來了一個妖精,果然生得醜陋:黑臉短毛,長喙大耳;穿一領青不青、藍不藍的梭布直裰,繫一條花布手巾。行者暗笑道:「原來是這個買賣。」好行者,卻不迎他,也不問他,且睡在床上推病,口裡哼哼嘖嘖的不絕。那怪不識真假,走進房,一把摟住,就要親嘴。行者暗笑道:「真個要來弄老孫哩。」即使個拿法,托著那怪的長嘴,叫做個小跌。漫頭一抖,撲的摜下床來。那怪爬起來,扶著床邊道:「姐姐,你怎麼今日有些怪我?想是我來得遲了?」行者道:「不怪,不怪。」那妖道:「既不怪我,怎麼就丟我這一跌?」行者道:「你怎麼就這等樣小家子,就摟我親嘴?我因今日有些不自在;若每常好時,便起來開門等你了。你可脫了衣服睡是。」那怪不解其意,真個就去脫衣。行者跳起來,坐在淨桶上。那怪依舊復來床上摸一把,摸不著人,叫道:「姐姐,你往那裡去了?請脫衣服睡罷。」行者道:「你先睡,等我出個恭來。」那怪果先解衣上床。
Lorsque la rafale furieuse fut passée, on vit un démon arriver dans les airs. Il était réellement d’une grande laideur : visage noir couvert de poils courts, long groin et grandes oreilles. Il portait une robe droite de grosse toile, d’une couleur qui n’était ni tout à fait verte ni tout à fait bleue, et avait noué autour de la taille un foulard de tissu bariolé. Le Voyageur rit intérieurement : « Voilà donc à qui nous avons affaire. » Cet excellent Voyageur ne l’accueillit ni ne l’interrogea ; il resta couché sur le lit, feignant d’être malade et gémissant sans arrêt. Le monstre, incapable de distinguer le vrai du faux, entra dans la chambre, le saisit dans ses bras et voulut l’embrasser sur la bouche. Le Voyageur pensa en riant : « Il veut réellement prendre ses plaisirs avec le vieux Sun ! » Il exécuta aussitôt une prise, soutint le long groin du monstre et lui fit un petit croc-en-jambe. D’une secousse de la tête, il le précipita lourdement au bas du lit. Le monstre se releva, s’appuya au bord du lit et demanda : « Ma sœur, pourquoi m’en veux-tu aujourd’hui ? Est-ce parce que je suis rentré tard ? » Le Voyageur répondit : « Je ne t’en veux pas, je ne t’en veux pas. » Le démon demanda : « Si tu ne m’en veux pas, pourquoi m’as-tu jeté ainsi à terre ? » Le Voyageur répondit : « Pourquoi te conduis-tu comme un homme sans manières, en me prenant aussitôt dans tes bras pour m’embrasser ? Aujourd’hui, je ne me sens pas très bien. En temps ordinaire, quand je vais bien, je me lève pour t’attendre devant la porte. Déshabille-toi donc et couche-toi. » Le monstre, sans comprendre son intention, se mit véritablement à ôter ses vêtements. Le Voyageur bondit alors du lit et s’assit sur la chaise percée. Le monstre revint près du lit et tâta encore une fois, mais ne trouva personne. Il appela : « Ma sœur, où es-tu allée ? Viens donc te déshabiller et te coucher. » Le Voyageur répondit : « Couche-toi le premier ; je vais seulement satisfaire un besoin naturel. » Le monstre ôta donc ses vêtements et se mit au lit avant lui.
行者忽然嘆口氣,道聲:「造化低了。」那怪道:「你惱怎的?造化怎麼得低的?我得到了你家,雖是吃了些茶飯,卻也不曾白吃你的:我也曾替你家掃地通溝、搬磚運瓦、築土打牆、耕田耙地、種麥插秧、創家立業。如今你身上穿的錦,戴的金,四時有花果享用,八節有蔬菜烹煎,你還有那些兒不趁心處,這般短嘆長吁,說甚麼造化低了?」行者道:「不是這等說。今日我的父母隔著牆,丟磚料瓦的,甚是打我罵我哩。」那怪道:「他打罵你怎的?」行者道:「他說我和你做了夫妻,你是他門下一個女婿,全沒些兒禮體。這樣個醜嘴臉的人,又會不得姨夫,又見不得親戚,又不知你雲來霧去,端的是那裡人家,姓甚名誰,敗壞他清德,玷辱他門風,故此這般打罵,所以煩惱。」那怪道:「我雖是有些兒醜陋,若要俊,卻也不難。我一來時,曾與他講過,他願意方才招我。今日怎麼又說起這話?我家住在福陵山雲棧洞。我以相貌為姓,故姓豬,官名叫做豬剛鬣。他若再來問你,你就以此話與他說便了。」
Le Voyageur poussa soudain un soupir et dit : « Mon destin est bien misérable. » Le monstre demanda : « Pourquoi es-tu contrariée ? En quoi ton destin est-il misérable ? Depuis que je suis arrivé dans ta famille, j’ai certes mangé un peu de votre thé et de votre riz, mais je ne l’ai pas fait gratuitement. Pour votre maison, j’ai balayé le sol et dégagé les fossés, transporté briques et tuiles, tassé la terre et élevé les murs, labouré et hersé les champs, semé le blé et repiqué le riz ; j’ai fondé et fait prospérer le domaine. Aujourd’hui, tu portes du brocart sur le corps et de l’or sur la tête ; en toute saison, tu jouis de fleurs et de fruits, et à chacune des huit fêtes, tu as des légumes à faire cuire. Que peut-il encore te manquer pour que tu pousses ainsi soupir sur soupir en disant que ton destin est misérable ? » Le Voyageur répondit : « Ce n’est pas de cela que je parle. Aujourd’hui, de l’autre côté du mur, mes parents me lançaient des briques et des tuiles ; ils m’ont durement battue et injuriée. » Le monstre demanda : « Pourquoi t’ont-ils battue et injuriée ? » Le Voyageur répondit : « Ils disent que, puisque nous sommes devenus mari et femme, tu es leur gendre, mais que tu ne respectes aucune convenance. Avec un visage aussi laid, tu ne fréquentes pas leurs autres gendres, tu ne te montres pas à leurs parents, et nul ne sait où tu vas ni d’où tu viens dans tes nuages et ta brume, de quelle famille tu es, ni quel est ton nom. Tu ternis leur vertu et déshonores leur maison. Voilà pourquoi ils me battent et m’injurient ainsi, et pourquoi je suis affligée. » Le monstre répondit : « Je suis certes un peu laid, mais si je voulais être beau, cela ne me serait pas difficile. Quand je suis arrivé, je lui ai expliqué la situation, et il ne m’a accueilli qu’après y avoir consenti. Pourquoi reparle-t-il de cela aujourd’hui ? Ma demeure se trouve dans la Grotte de la Passerelle des Nuages, sur le mont du Tertre des Bénédictions. J’ai pris mon apparence pour nom de famille, et me nomme donc Zhu ; mon nom officiel est Zhu Ganglie. S’il t’interroge encore, tu n’auras qu’à lui répondre ainsi. »
行者暗喜道:「那怪卻也老實,不用動刑,就供得這等明白。既有了地方、姓名,不管怎的也拿住他。」行者道:「他要請法師來拿你哩。」那怪笑道:「睡著,睡著,莫睬他。我有天罡數的變化,九齒的釘鈀,怕甚麼法師、和尚、道士?就是你老子有虔心,請下九天蕩魔祖師下界,我也曾與他做過相識,他也不敢怎的我。」行者道:「他說請一個五百年前大鬧天宮姓孫的齊天大聖,要來拿你哩。」那怪聞得這個名頭,就有三分害怕道:「既是這等說,我去了罷,兩口子做不成了。」行者道:「你怎的就去?」那怪道:「你不知道,那鬧天宮的弼馬溫有些本事,只恐我弄他不過,低了名頭,不像模樣。」
Le Voyageur se réjouit intérieurement : « Ce monstre est vraiment honnête. Sans même qu’on le mette à la question, il a tout avoué si clairement. Maintenant que je connais son domicile et son nom, quoi qu’il arrive, je pourrai le capturer. » Il dit alors : « Mon père veut inviter un maître en arts magiques pour t’arrêter. » Le monstre rit : « Dors, dors, ne fais pas attention à lui. Je possède les trente-six transformations des Astres Directeurs et un râteau à neuf dents. Pourquoi craindrais-je quelque maître, moine ou taoïste que ce soit ? Même si ton père, dans toute sa ferveur, faisait descendre en ce monde le Patriarche Exterminateur des Démons des Neuf Cieux, je l’ai autrefois connu personnellement et il n’oserait rien me faire. » Le Voyageur reprit : « Il dit qu’il va inviter le Grand Saint Égal du Ciel, celui qui porte le nom de Sun et qui sema le trouble au Palais Céleste il y a cinq cents ans, pour venir te capturer. » En entendant ce nom, le monstre prit peur pour une bonne part : « S’il en est ainsi, je préfère partir. Nous ne pourrons plus vivre en époux. » Le Voyageur demanda : « Pourquoi partirais-tu donc ? » Le monstre répondit : « Tu l’ignores : ce Bimawen qui sema le trouble au Palais Céleste possède quelques talents. Je crains seulement de ne pouvoir lui tenir tête, d’y perdre ma réputation et de faire piètre figure. »
說罷,套上衣服,開了門,往外就走。被行者一把扯住,將自己臉上抹了一抹,現出原身,喝道:「好妖怪,那裡走!你擡頭看看我是那個?」那怪轉過眼來,看見行者咨牙徠嘴,火眼金睛,磕頭毛臉,就是個活雷公相似。慌得他手麻腳軟,劃剌的一聲,掙破了衣服,化狂風脫身而去。行者急上前,掣鐵棒,望風打了一下。那怪化萬道火光,徑轉本山而去。行者駕雲,隨後趕來,叫聲:「那裡走!你若上天,我就趕到斗牛宮;你若入地,我就追至枉死獄。」
Sur ces mots, il enfila ses vêtements, ouvrit la porte et voulut sortir. Mais le Voyageur l’empoigna, se passa une main sur le visage, reprit son apparence véritable et cria : « Beau démon, où vas-tu ? Lève la tête et regarde qui je suis ! » Le monstre tourna les yeux et vit le Voyageur montrer les crocs et retrousser les lèvres, avec ses prunelles de feu aux pupilles d’or, son front bas et sa face velue : on aurait dit le Seigneur du Tonnerre en personne. Pris de panique, les mains engourdies et les jambes molles, il se dégagea d’un coup en déchirant ses vêtements, se changea en vent furieux et s’enfuit. Le Voyageur bondit à sa suite, tira son bâton de fer et frappa dans le vent. Le monstre se transforma en dix mille traînées de feu et retourna droit vers sa montagne. Le Voyageur monta sur un nuage et le poursuivit en criant : « Où vas-tu ? Si tu montes au ciel, je te poursuivrai jusqu’au Palais de la Grande Ourse et du Bouvier ; si tu entres sous terre, je te traquerai jusqu’à la Prison des Morts injustes ! »
咦!畢竟不知這一去趕至何方,有何勝敗,且聽下回分解。
Ah ! Mais où cette poursuite les conduira-t-elle finalement, et qui l’emportera ou sera vaincu ? Écoutez les explications au prochain chapitre.