La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. Aucune traduction française du 西遊記 n’est dans le domaine public : le roman est absent du Wikisource français, et les deux traductions intégrales existantes (Louis Avenol, 1957 ; André Lévy, 1991) sont sous droits. Le texte français ci-dessous a donc été établi à partir du seul chinois de 1592, chapitre par chapitre, par le modèle OpenAI gpt-5.6-sol, puis relu ; le chinois en regard, lui, est recopié verbatim et permet de le contrôler caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.
Chapitre 46 Les voies hétérodoxes usent de violence et bafouent la Loi véritable ; — Le Singe de l’esprit manifeste sa sainteté et anéantit tous les maléfices.
外道弄強欺正法心猿顯聖滅諸邪
Les voies hétérodoxes usent de violence et bafouent la Loi véritable ;
Le Singe de l’esprit manifeste sa sainteté et anéantit tous les maléfices.
話說那國王見孫行者有呼龍使聖之法,即將關文用了寶印,便要遞與唐僧,放行西路。那三個道士慌得拜倒在金鑾殿上啟奏。那皇帝即下龍位,御手忙攙道:「國師今日行此大禮,何也?」道士說:「陛下,我等至此匡扶社稷,保國安民,苦歷二十年來今日這和尚弄法力,抓了丟去,敗了我們聲名。陛下以一場之雨,就恕殺人之罪,可不輕了我等也?望陛下且留住他的關文,讓我兄弟與他再賭一賭,看是何如?」那國王著實昏亂,東說向東,西說向西,真個收了關文,道:「國師,你怎麼與他賭?」虎力大仙道:「我與他賭坐禪。」國王道:「國師差矣。那和尚乃禪教出身,必然先會禪機,才敢奉旨求經,你怎與他賭此?」大仙道:「我這坐禪,比常不同,有一異名,教做雲梯顯聖。」國王道:「何為雲梯顯聖?」大仙道:「要一百張桌子,五十張作一禪臺,一張一張疊將起去,不許手攀而上,亦不用梯凳而登,各駕一朵雲頭,上臺坐下,約定幾個時辰不動。」
Le roi, voyant que le pèlerin Sun possédait le pouvoir d’appeler les dragons et de commander aux divinités, apposa aussitôt son sceau précieux sur le laissez-passer et voulut le rendre au moine des Tang pour le laisser poursuivre sa route vers l’ouest. Affolés, les trois taoïstes se prosternèrent dans la salle du Trône d’Or et présentèrent une requête. L’empereur descendit aussitôt de son trône et les releva vivement de ses propres mains : « Pourquoi mes Précepteurs du royaume accomplissent-ils aujourd’hui devant moi une si grande révérence ? » Les taoïstes répondirent : « Votre Majesté, nous sommes venus soutenir l’État, protéger le royaume et assurer la paix du peuple. Après vingt années de peines, voici qu’aujourd’hui ce moine a usé de ses pouvoirs pour nous ravir la victoire et ruiner notre réputation. Votre Majesté lui pardonne le crime d’avoir tué des hommes pour la seule raison qu’il a fait tomber une averse : n’est-ce pas nous traiter avec trop de légèreté ? Nous supplions Votre Majesté de retenir encore son laissez-passer et de permettre à mes frères et à moi de lui lancer un nouveau défi. Nous verrons alors ce qu’il en sera. » Le roi était en vérité fort dépourvu de jugement : disait-on est, il allait vers l’est ; disait-on ouest, il allait vers l’ouest. Il reprit donc réellement le laissez-passer et demanda : « Précepteur du royaume, quelle épreuve veux-tu lui proposer ? » Le Grand Immortel Huli répondit : « Je veux me mesurer à lui en méditation assise. » Le roi dit : « Vous vous trompez, Précepteur. Ce moine est issu de l’école de la méditation ; il doit nécessairement en connaître les subtilités, sans quoi il n’aurait pas osé recevoir l’ordre d’aller chercher les écritures. Comment pourriez-vous rivaliser avec lui dans ce domaine ? » Le Grand Immortel répondit : « Ma méditation assise diffère de la pratique ordinaire. Elle porte un nom particulier : Manifestation de sainteté sur une échelle de nuages. » Le roi demanda : « Qu’entendez-vous par là ? » Le Grand Immortel répondit : « Il faut cent tables, cinquante pour chacune des deux estrades de méditation. On les empile l’une sur l’autre ; sans avoir le droit de grimper avec les mains ni d’utiliser échelle ou escabeau, chacun monte sur un nuage, atteint le sommet de son estrade et s’y assied. On convient alors de rester immobile pendant un certain nombre d’heures. »
國王見此有些難處,就便傳旨問道:「那和尚,我國師要與你賭『雲梯顯聖』坐禪,那個會麼?」行者聞言,沉吟不答。八戒道:「哥哥,怎麼不言語?」行者道:「兄弟,實不瞞你說。若是踢天弄井、攪海翻江、擔山趕月、換斗移星諸般巧事,我都幹得;就是砍頭剁腦、剖腹剜心、異樣騰那卻也不怕;但說坐禪,我就輸了。我那裡有這坐性?你就把我鎖在鐵柱子上,我也要上下爬蹅,莫想坐得住。」三藏忽的開言道:「我會坐禪。」行者歡喜道:「卻好,卻好。可坐得多少時?」三藏道:「我幼年遇方上禪僧講道,那性命根本上,定性存神,在死生關裡,也坐二三個年頭。」行者道:「師父若坐二三年,我們就不取經罷。多也不上二三個時辰,就下來了。」三藏道:「徒弟呀,卻是不能上去。」行者道:「你上前答應,我送你上去。」
Le roi, jugeant l’épreuve quelque peu difficile, fit aussitôt demander par décret : « Moine, mon Précepteur du royaume veut rivaliser avec toi dans la méditation assise dite Manifestation de sainteté sur une échelle de nuages. Quelqu’un parmi vous sait-il la pratiquer ? » À ces mots, le pèlerin demeura pensif sans répondre. Bajie demanda : « Frère, pourquoi ne dis-tu rien ? » Le pèlerin répondit : « Frère, je ne te cacherai pas la vérité. Qu’il s’agisse de frapper le ciel et bouleverser les puits, de troubler les mers et retourner les fleuves, de porter des montagnes et poursuivre la lune, de déplacer la Grande Ourse et changer les étoiles, je sais tout faire. Même s’il faut me trancher la tête, me couper le crâne, m’ouvrir le ventre, m’arracher le cœur ou accomplir d’étranges métamorphoses, je ne crains rien. Mais s’il est question de méditation assise, je suis battu. Comment aurais-je la patience de rester assis ? Même si tu m’enchaînais à une colonne de fer, je ne cesserais de grimper de haut en bas : inutile d’espérer me voir tenir en place. » Sanzang prit soudain la parole : « Moi, je sais méditer assis. » Ravi, le pèlerin dit : « Voilà qui tombe bien ! Combien de temps peux-tu rester assis ? » Sanzang répondit : « Dans ma jeunesse, j’ai reçu l’enseignement d’un maître de méditation accompli. En fixant ma nature et en conservant mon esprit à la racine même de la vie, jusque dans le passage entre mort et naissance, je pourrais demeurer assis deux ou trois années. » Le pèlerin dit : « Maître, si vous restez assis deux ou trois ans, autant renoncer à chercher les écritures ! Deux ou trois heures tout au plus suffiront avant de redescendre. » Sanzang dit : « Mon disciple, le problème est que je ne peux pas monter là-haut. » Le pèlerin répondit : « Avancez-vous et acceptez l’épreuve ; je vous y porterai. »
那長老果然合掌當胸道:「貧僧會坐禪。」國王教傳旨,立禪臺。國家有倒山之力,不消半個時辰,就設起兩座臺,在金鑾殿左右。
Le vénérable joignit donc les paumes devant sa poitrine et déclara : « Ce pauvre religieux sait méditer assis. » Le roi ordonna par décret d’ériger les estrades de méditation. Un royaume dispose de forces capables de renverser les montagnes : en moins d’une demi-heure, deux estrades furent dressées de part et d’autre de la salle du Trône d’Or.
那虎力大仙下殿,立於階心,將身一縱,踏一朵席雲,徑上西邊臺上坐下。行者拔一根毫毛,變做假像,陪著八戒、沙僧,立於下面;他卻作五色祥雲,把唐僧撮起空中,徑至東邊臺上坐下;他又斂祥光,變作一個蟭蟟蟲,飛在八戒耳朵邊道:「兄弟,仔細看著師父,再莫與老孫替身說話。」那獃子笑道:「理會得,理會得。」
Le Grand Immortel Huli descendit de la salle et se plaça au milieu des degrés. D’un bond, il monta sur un nuage large comme une natte et gagna directement le sommet de l’estrade occidentale, où il s’assit. Le pèlerin arracha un poil, le changea en une fausse image de lui-même et la laissa en bas auprès de Bajie et du moine Sha. Quant à lui, il se transforma en un nuage faste aux cinq couleurs, souleva le moine des Tang dans les airs et le porta directement sur l’estrade orientale, où celui-ci s’assit. Puis il rétracta son éclat de bon augure, se changea en un minuscule insecte et vola près de l’oreille de Bajie : « Frère, veille attentivement sur le Maître et surtout, ne parle pas à ma doublure. » L’Idiot répondit en riant : « J’ai compris, j’ai compris. »
卻說那鹿力大仙在繡墩上坐看多時,他兩個在高臺上不分勝負,這道士就助他師兄一功:將腦後短髮拔了一根,捻著一團,彈將上去,徑至唐僧頭上,變作一個大臭蟲,咬住長老。那長老先前覺癢,然後覺疼。原來坐禪的不許動手,動手算輸。一時間疼痛難禁,他縮著頭,就著衣襟擦癢。八戒道:「不好了,師父羊兒風發了。」沙僧道:「不是,是頭風發了。」行者聽見道:「我師父乃志誠君子,他說會坐禪,斷然會坐;說不會,只是不會。君子家,豈有謬乎?你兩個休言,等我上去看看。」
Cependant, le Grand Immortel Luli, assis depuis longtemps sur un tabouret brodé à les observer, vit que les deux adversaires demeuraient à égalité sur leurs hautes estrades. Le taoïste décida donc d’aider son frère aîné. Il arracha un court cheveu de sa nuque, le roula en boule et le lança en l’air. Le cheveu alla droit sur la tête du moine des Tang et se changea en une grosse punaise puante, qui mordit le vénérable. Celui-ci éprouva d’abord une démangeaison, puis une douleur. Or, dans la méditation assise, il était interdit de remuer les mains : qui les remuait avait perdu. Au bout d’un moment, incapable de supporter la douleur, il rentra la tête et se frotta contre le bord de sa robe pour se gratter. Bajie dit : « Cela va mal, le Maître a une crise d’épilepsie ! » Le moine Sha répondit : « Non, c’est son mal de tête qui le reprend. » En les entendant, le pèlerin dit : « Mon maître est un homme sincère et droit. S’il dit savoir méditer assis, il le sait certainement ; s’il disait ne pas le savoir, c’est qu’il ne le saurait pas. Comment un homme de bien pourrait-il mentir ? Taisez-vous tous les deux et laissez-moi monter voir. »
好行者,嚶的一聲,飛在唐僧頭上,只見有豆粒大小一個臭蟲叮他師父,慌忙用手捻下,替師父撓撓摸摸。那長老不疼不癢,端坐上面。行者暗想道:「和尚頭光,虱子也安不得一個,如何有此臭蟲?想是那道士弄的玄虛,害我師父。哈哈,枉自也不見輸贏,等老孫去弄他一弄!」這行者飛將上去,金殿獸頭上落下,搖身一變,變作一條七寸長的蜈蚣,徑來道士鼻凹裡叮了一下。那道士坐不穩,一個觔斗,翻將下去,幾乎喪了性命,幸虧大小官員人多救起。國王大驚,即著當駕太師領他往文華殿裡梳洗去了。行者仍駕祥雲,將師父馱下階前,已是長老得勝。
L’excellent pèlerin poussa un léger bourdonnement et vola sur la tête du moine des Tang. Il aperçut une punaise puante grosse comme un grain de soja, qui mordait son maître. Il la saisit vivement de la main, puis gratta et massa l’endroit atteint. Libéré de toute douleur et de toute démangeaison, le vénérable demeura parfaitement assis. Le pèlerin songea : « Un moine a le crâne rasé, où même un pou ne saurait se loger ; comment cette punaise est-elle arrivée là ? Ce doit être quelque tour de ce taoïste pour nuire à mon maître. Ha, ha ! Comme cela, on ne verra jamais qui l’emporte. Que le vieux Sun aille donc le tourmenter un peu ! » Le pèlerin s’envola, se posa sur une tête de bête sculptée du palais d’or, secoua son corps et se changea en un scolopendre long de sept pouces. Il alla piquer le taoïste au creux du nez. Celui-ci perdit son assiette et tomba de l’estrade la tête la première, manquant de peu y laisser la vie ; heureusement, les nombreux fonctionnaires, grands et petits, le relevèrent. Terrifié, le roi ordonna aussitôt au Grand Précepteur de service de le conduire à la Salle de la Gloire Littéraire pour qu’il s’y remette en ordre. Le pèlerin reprit alors son nuage faste, transporta son maître au pied des degrés, et le vénérable fut déclaré vainqueur.
那國王只教放行。鹿力大仙又奏道:「陛下,我師兄原有暗風疾,因到了高處,冒了天風,舊疾舉發,故令和尚得勝。且留下他,等我與他賭隔板猜枚。」國王道:「怎麼叫做『隔板猜枚』?」鹿力道:「貧道有隔板知物之法,看那和尚可能夠?他若猜得過我,讓他出去;猜不著,憑陛下問擬罪名,雪我昆仲之恨,不污了二十年保國之恩也。」真個那國王十分昏亂,依此讒言,即傳旨:將一硃紅漆的櫃子,命內官擡到宮殿。教娘娘放上件寶貝。須臾擡出,放在白玉階前,教僧道:「你兩家各賭法力,猜那櫃中是何寶貝。」
Le roi ne songeait plus qu’à les laisser partir. Mais le Grand Immortel Luli présenta une nouvelle requête : « Votre Majesté, mon frère aîné souffrait déjà d’une maladie des vents cachés. Arrivé en hauteur, il a été exposé au vent céleste, qui a réveillé son ancien mal ; c’est pourquoi le moine a remporté la victoire. Retenez-le encore et laissez-moi rivaliser avec lui à deviner les objets derrière une cloison. » Le roi demanda : « En quoi consiste cette épreuve ? » Luli répondit : « Ce pauvre taoïste possède l’art de reconnaître les objets à travers une cloison. Voyons si le moine en est capable. S’il devine mieux que moi, laissez-le sortir du royaume ; s’il se trompe, que Votre Majesté lui attribue le crime qu’elle jugera bon. Ainsi sera vengée la haine de mes frères et ne sera pas déshonoré le bienfait de vingt années passées à protéger le royaume. » Le roi était véritablement plongé dans une extrême confusion. Il suivit ces paroles perfides et ordonna qu’un coffre laqué de vermillon fût apporté dans la salle du palais par les eunuques, puis qu’une impératrice y déposât un trésor. Peu après, le coffre fut descendu et placé devant les degrés de jade blanc. Le roi dit aux moines et aux taoïstes : « Puisque vous rivalisez de pouvoirs, devinez quel trésor se trouve dans ce coffre. »
三藏道:「徒弟,櫃中之物,如何得知?」行者斂祥光,還變作蟭蟟蟲,釘在唐僧頭上道:「師父放心,等我去看看來。」好大聖,輕輕飛到櫃上,爬在那櫃腳之下,見有一條板縫兒。他鑽將進去,見一個紅漆丹盤,內放一套宮衣,乃是山河社稷襖、乾坤地理裙。用手拿起來,抖亂了,咬破舌尖上,一口血哨噴將去,叫聲:「變!」即變作一件破爛流丟一口鐘。臨行又撒上一泡臊溺。卻還從板縫裡鑽出來,飛在唐僧耳朵上道:「師父,你只猜是破爛流丟一口鐘。」三藏道:「他教猜寶貝哩,流丟是件甚寶貝?」行者道:「莫管他,只猜著便是。」
Sanzang demanda : « Mon disciple, comment savoir ce que renferme le coffre ? » Le pèlerin rétracta son éclat faste, reprit la forme d’un minuscule insecte et se posa sur la tête du moine des Tang : « Maître, soyez sans crainte ; attendez que j’aille voir. » L’excellent Grand Saint vola doucement jusqu’au coffre et rampa sous l’un de ses pieds, où il découvrit une fente entre deux planches. Il s’y glissa et vit un plateau rouge laqué, sur lequel était posé un costume de cour : la Veste des Monts, des Fleuves et de l’Empire, avec la Jupe du Ciel, de la Terre et de la Géographie. Il les prit, les secoua pour les mettre en désordre, se mordit le bout de la langue et cracha dessus une giclée de sang en criant : « Changez-vous ! » Le costume devint aussitôt une vieille cape entièrement déchirée. Avant de partir, il l’arrosa encore d’un jet d’urine malodorante. Puis il ressortit par la fente, vola jusqu’à l’oreille du moine des Tang et dit : « Maître, devinez simplement que c’est une vieille cape déchirée. » Sanzang répondit : « Il faut deviner un trésor. En quoi une vieille cape serait-elle un trésor ? » Le pèlerin dit : « Peu importe ; il suffit de deviner juste. »
唐僧進前一步,正要猜,那鹿力大仙道:「我先猜,那櫃裡是山河社稷襖、乾坤地理裙。」唐僧道:「不是,不是,櫃裡是件破爛流丟一口鐘。」國王道:「這和尚無禮,敢笑我國中無寶,猜甚麼流丟一口鐘。」教:「拿了!」那兩班校尉就要動手。慌得唐僧合掌高呼:「陛下,且赦貧僧一時,待打開櫃看。端的是寶,貧僧領罪;如不是寶,卻不屈了貧僧也?」國王教打開看。當駕官即開了,捧出丹盤來看,果然是件破爛流丟一口鐘。國王大怒道:「是誰放上此物?」龍座後面閃上三宮皇后道:「我主,是梓童親手放的山河社稷襖、乾坤地理裙,卻不知怎麼變成此物?」國王道:「御妻請退,寡人知之。宮中所用之物,無非是緞絹綾羅,那有此甚麼流丟?」教:「擡上櫃來,等朕親藏一寶貝,再試如何。」那皇帝即轉後宮,把御花園裡仙桃樹上結得一個大桃子,有碗來大小,摘下,放在櫃內,又擡下叫猜。
Le moine des Tang fit un pas en avant et s’apprêtait à répondre lorsque le Grand Immortel Luli déclara : « Je devine le premier. Le coffre renferme la Veste des Monts, des Fleuves et de l’Empire, ainsi que la Jupe du Ciel, de la Terre et de la Géographie. » Le moine des Tang dit : « Non, non. Il contient une vieille cape déchirée. » Le roi s’écria : « Ce moine est insolent ! Il ose se moquer de notre royaume comme s’il ne possédait aucun trésor, et parle d’une vieille cape déchirée ! Saisissez-le ! » Les officiers des deux rangs allaient mettre la main sur lui. Affolé, le moine des Tang joignit les paumes et cria : « Votre Majesté, accordez encore un instant de grâce à ce pauvre religieux et faites ouvrir le coffre. Si c’est réellement un trésor, j’accepterai mon châtiment ; mais si ce n’en est pas un, ce pauvre religieux n’aura-t-il pas été accusé injustement ? » Le roi ordonna d’ouvrir le coffre. L’officier de service l’ouvrit aussitôt et présenta le plateau rouge : c’était bel et bien une vieille cape déchirée. Furieux, le roi demanda : « Qui a déposé cet objet ? » Les trois impératrices du palais surgirent derrière le trône du dragon, et l’une d’elles dit : « Mon souverain, votre épouse y a placé de ses propres mains la Veste des Monts, des Fleuves et de l’Empire, ainsi que la Jupe du Ciel, de la Terre et de la Géographie. J’ignore comment elles ont pu devenir cet objet. » Le roi répondit : « Que mon épouse impériale se retire ; je comprends ce qui s’est passé. Les objets employés dans le palais sont tous de satin, de soie, de damas ou de gaze : comment pourrait-on y trouver pareille guenille ? » Il ordonna : « Rapportez le coffre. Nous allons y cacher nous-même un trésor et les mettre de nouveau à l’épreuve. » L’empereur regagna l’arrière du palais, cueillit sur un pêcher immortel du jardin impérial une grosse pêche large comme un bol, la plaça dans le coffre, puis le fit redescendre pour une nouvelle devinette.
唐僧道:「徒弟啊,又來猜了。」行者道:「放心,等我再去看看。」又嚶的一聲,飛將去,還從板縫兒鑽進去,見是一個桃子,正合他意。即現了原身,坐在櫃裡,將桃子一頓口啃得乾乾淨淨,連兩邊腮凹兒都啃淨了,將核兒安在裡面。仍變蟭蟟蟲,飛將出去,釘在唐僧耳朵上道:「師父,只猜是個桃核子。」長老道:「徒弟啊,休要弄我。先前不是口快,幾乎拿去典刑。這番須猜寶貝方好。桃核子是甚寶貝?」行者道:「休怕,只管贏他便了。」
Le moine des Tang dit : « Mon disciple, il faut encore deviner. » Le pèlerin répondit : « Soyez sans crainte, laissez-moi retourner voir. » Il poussa de nouveau un léger bourdonnement, s’envola et se glissa encore par la fente entre les planches. Voyant que c’était une pêche, il en fut enchanté. Il reprit aussitôt sa forme véritable, s’assit dans le coffre et dévora la pêche jusqu’à ce qu’il n’en restât absolument rien, rongeant même toute la chair logée dans les deux creux du noyau. Il remit celui-ci sur le plateau, se changea de nouveau en minuscule insecte, ressortit en volant et se posa à l’oreille du moine des Tang : « Maître, devinez simplement que c’est un noyau de pêche. » Le vénérable répondit : « Mon disciple, ne te joue pas de moi ! Tout à l’heure, pour avoir parlé trop vite, j’ai failli être traîné au supplice. Cette fois, il faut vraiment deviner un trésor. Quel trésor serait un noyau de pêche ? » Le pèlerin dit : « Ne craignez rien ; contentez-vous de l’emporter sur eux. »
三藏正要開言,聽得那羊力大仙道:「貧道先猜,是一顆仙桃。」三藏猜道:「不是桃,是個光桃核子。」那國王喝道:「是朕放的仙桃,如何是核?三國師猜著了。」三藏道:「陛下,打開來看就是。」當駕官又擡上去打開,捧出丹盤,果然是一個核子,皮肉俱無。國王見了,心驚道:「國師,休與他賭鬥了,讓他去罷。寡人親手藏的仙桃,如今只是一核子,是甚人吃了?想是有鬼神暗助他也。」八戒聽說,與沙僧微微冷笑道:「還不知他是會吃桃子的積年哩。」
Sanzang allait parler lorsqu’il entendit le Grand Immortel Yangli déclarer : « Ce pauvre taoïste devine le premier : c’est une pêche immortelle. » Sanzang répondit : « Ce n’est pas une pêche, mais un noyau entièrement dépouillé. » Le roi cria : « C’est nous qui avons placé cette pêche immortelle ! Comment serait-ce un noyau ? Le troisième Précepteur du royaume a deviné juste. » Sanzang dit : « Votre Majesté n’a qu’à faire ouvrir le coffre pour le voir. » L’officier de service le fit de nouveau apporter et ouvrir, puis présenta le plateau rouge : il ne s’y trouvait en effet qu’un noyau, sans peau ni chair. Saisi d’effroi, le roi dit : « Précepteurs du royaume, cessez de rivaliser avec lui et laissez-le partir. J’ai caché cette pêche immortelle de mes propres mains, et voici qu’il n’en reste qu’un noyau. Qui donc l’a mangée ? Des esprits ou des divinités doivent secrètement l’assister. » En l’entendant, Bajie et le moine Sha ricanèrent doucement : « Il ignore encore que celui-là mange des pêches depuis bien des années ! »
正話間,只見那虎力大仙從文華殿梳洗了,走上殿道:「陛下,這和尚有搬運抵物之術。擡上櫃來,我破他術法,與他再猜。」國王道:「國師還要猜甚?」虎力道:「術法只抵得物件,卻抵不得人身。將這道童藏在裡面,管教他抵換不得。」這小童果藏在櫃裡,掩上櫃蓋,擡將下去,教:「那和尚再猜,這三番是甚寶貝?」
Ils parlaient encore lorsque le Grand Immortel Huli, revenu de la Salle de la Gloire Littéraire après s’être remis en ordre, entra dans la salle et dit : « Votre Majesté, ce moine possède un art de transport qui lui permet de substituer un objet à un autre. Faites rapporter le coffre : je briserai son sortilège et lui proposerai une nouvelle devinette. » Le roi demanda : « Précepteur du royaume, que voulez-vous encore lui faire deviner ? » Huli répondit : « Son art peut remplacer un objet, mais non un être humain. Cachons ce jeune novice taoïste dans le coffre : je garantis qu’il ne pourra pas le substituer. » Le jeune garçon fut donc caché dans le coffre. On rabattit le couvercle, puis on le descendit en demandant : « Que le moine devine encore quel trésor s’y trouve pour cette troisième épreuve ! »
三藏道:「又來了!」行者道:「等我再去看看。」嚶的又飛去,鑽入裡面,見是一個小童兒。好大聖,他卻有見識,果然是騰那天下少,似這伶俐世間稀。他就搖身一變,變作個老道士一般容貌,進櫃裡,叫聲:「徒弟。」童兒道:「師父,你從那裡來的?」行者道:「我使遁法來的。」童兒道:「你來有甚麼教誨?」行者道:「那和尚看見你進櫃來了,他若猜個道童,卻不又輸了?是特來和你計較計較:剃了頭,我們猜和尚罷。」童兒道:「但憑師父處治,只要我們贏他便了;若是再輸與他,不但低了聲名,又恐朝廷不敬重了。」行者道:「說得是。我兒過來,贏了他,我重重賞你。」將金箍棒就變作一把剃頭刀,摟抱著那童兒,口裡叫道:「乖乖,忍著疼,莫放聲,等我與你剃頭。」須臾,剃下髮來,窩作一團,塞在那櫃腳紇絡裡。收了刀兒,摸著他的光頭道:「我兒,頭便像個和尚,只是衣裳不趁。脫下來,我與你變一變。」那道童穿的一領蔥白色雲頭花絹繡錦沿邊的鶴氅,真個脫下來。被行者吹一口仙氣,叫:「變!」即變做一件土黃色的直裰兒,與他穿了。卻又拔下兩根毫毛,變作一個木魚兒,遞在他手裡道:「徒弟,須聽著:但叫道童,千萬莫出去;若叫和尚,你就與我頂開櫃蓋,敲著木魚,念一卷佛經鑽出來,方得成功也。」童兒道:「我只會念《三官經》、《北斗經》、《消災經》,不會念佛家經。」行者道:「你可會念佛?」童兒道:「阿彌陀佛,那個不會念?」行者道:「也罷,也罷,就念佛,省得我又教你。切記著,我去也。」還變蟭蟟蟲,鑽出去,飛在唐僧耳輪邊道:「師父,你只猜是個和尚。」三藏道:「這番他準贏了。」行者道:「你怎麼定得?」三藏道:「經上有云:『佛、法、僧三寶。』和尚卻也是一寶。」
Sanzang dit : « Encore une fois ! » Le pèlerin répondit : « Laissez-moi retourner voir. » Avec un nouveau bourdonnement, il s’envola, entra dans le coffre et y trouva un jeune garçon. L’excellent Grand Saint avait vraiment du discernement : rares sous le ciel étaient ses métamorphoses, et sans égale au monde son habileté. Il secoua son corps, prit l’apparence d’un vieux taoïste et entra dans le coffre en appelant : « Mon disciple ! » Le garçon demanda : « Maître, d’où venez-vous ? » Le pèlerin répondit : « Je suis venu par l’art de l’évasion. » Le garçon demanda : « Quel enseignement venez-vous me donner ? » Le pèlerin répondit : « Ce moine t’a vu entrer dans le coffre. S’il devine qu’il s’y trouve un novice taoïste, n’aurons-nous pas encore perdu ? Je suis spécialement venu en discuter avec toi : rasons-toi la tête, et nous lui ferons deviner que tu es un moine. » Le garçon dit : « Que le Maître fasse de moi ce qu’il veut, pourvu que nous l’emportions. Si nous perdons encore, non seulement notre réputation sera abaissée, mais je crains aussi que la cour cesse de nous respecter. » Le pèlerin répondit : « Tu as raison. Viens ici, mon enfant ; si nous l’emportons, je te récompenserai généreusement. » Il changea le bâton cerclé d’or en rasoir, prit le garçon dans ses bras et lui dit : « Sois sage, supporte la douleur sans faire de bruit, pendant que je te rase la tête. » En un instant, il lui rasa les cheveux, les roula en boule et les fourra dans un recoin au pied du coffre. Il rangea le rasoir, caressa le crâne nu du garçon et dit : « Mon enfant, ta tête ressemble maintenant à celle d’un moine, mais tes vêtements ne conviennent pas. Ôte-les et je vais les transformer. » Le novice taoïste portait une robe de plumes en soie fleurie vert pâle, ornée de nuages et bordée de brocart ; il l’ôta réellement. Le pèlerin souffla dessus une haleine immortelle et cria : « Change-toi ! » Elle devint aussitôt une robe droite couleur de terre jaune, qu’il lui fit enfiler. Puis il arracha deux poils, les changea en poisson de bois et le lui tendit : « Mon disciple, écoute bien. Si l’on appelle un novice taoïste, ne sors surtout pas. Mais si l’on appelle un moine, soulève le couvercle du coffre, frappe le poisson de bois, récite un texte bouddhique et sors : alors nous aurons réussi. » Le garçon répondit : « Je sais seulement réciter le Livre des Trois Officiers, le Livre de la Grande Ourse et le Livre de l’Éloignement des Calamités ; je ne connais aucun texte bouddhique. » Le pèlerin demanda : « Sais-tu invoquer le Bouddha ? » Le garçon répondit : « Amitābha ! Qui ne saurait le faire ? » Le pèlerin dit : « Cela suffira. Invoque donc le Bouddha, cela m’évitera de t’enseigner autre chose. Souviens-t’en bien. Je m’en vais. » Il se changea de nouveau en minuscule insecte, ressortit, vola près du pavillon de l’oreille du moine des Tang et dit : « Maître, devinez simplement que c’est un moine. » Sanzang répondit : « Cette fois, il est certain qu’ils gagneront. » Le pèlerin demanda : « Comment pouvez-vous l’affirmer ? » Sanzang répondit : « Il est dit dans les écritures : “Le Bouddha, la Loi et la Communauté sont les Trois Trésors.” Un moine est donc lui aussi un trésor. »
正說處,只見那虎力大仙道:「陛下,第三番是個道童。」只管叫,他那裡肯出來。三藏合掌道:「是個和尚。」八戒盡力高叫道:「櫃裡是個和尚。」那童兒忽的頂開櫃蓋,敲著木魚,念著佛,鑽出來。喜得那兩班文武齊聲喝采。諕得那三個道士拑口無言。
Tandis qu’ils parlaient, le Grand Immortel Huli déclara : « Votre Majesté, la troisième fois, il s’agit d’un novice taoïste. » Il eut beau l’appeler, le garçon ne voulut pas sortir. Sanzang joignit les paumes et dit : « C’est un moine. » Bajie cria de toutes ses forces : « Il y a un moine dans le coffre ! » Le garçon souleva soudain le couvercle, frappa son poisson de bois, invoqua le Bouddha et sortit du coffre. Les fonctionnaires civils et militaires des deux rangs applaudirent tous d’une seule voix, tandis que les trois taoïstes, terrifiés, demeuraient bouche close et sans un mot.
國王道:「這和尚是有鬼神輔佐。怎麼道士入櫃,就變做和尚?縱有待詔跟進去,也只剃得頭便了,如何衣服也能趁體,口裡又會念佛?國師啊,讓他去罷。」虎力大仙道:「陛下,左右是棋逢對手,將遇良材。貧道將鍾南山幼時學的武藝,索性與他賭一賭。」國王道:「有甚麼武藝?」虎力道:「弟兄三個,都有些神通:會砍下頭來,又能安上;剖腹剜心,還再長完;滾油鍋裡,又能洗澡。」國王大驚道:「此三事都是尋死之路。」虎力道:「我等有此法力,才敢出此朗言,斷要與他賭個才休。」那國王叫道:「東土的和尚,我國師不肯放你,還要與你賭砍頭、剖腹、下滾油鍋洗澡哩。」
Le roi dit : « Ce moine est assisté par des esprits et des divinités. Comment un taoïste entré dans le coffre a-t-il pu devenir un moine ? Même si un barbier de la cour s’y était glissé avec lui, il aurait seulement pu lui raser la tête ; comment ses vêtements pourraient-ils lui aller si bien, et comment saurait-il en outre invoquer le Bouddha ? Précepteurs du royaume, laissez-le partir. » Le Grand Immortel Huli répondit : « Votre Majesté, nous sommes comme deux joueurs d’échecs de force égale, comme deux bons généraux qui se rencontrent. Ce pauvre taoïste veut aller jusqu’au bout et rivaliser avec lui dans les arts qu’il apprit autrefois au mont Zhongnan. » Le roi demanda : « De quels arts s’agit-il ? » Huli répondit : « Mes deux frères et moi possédons quelques pouvoirs surnaturels. Nous pouvons nous faire trancher la tête et la remettre en place ; nous faire ouvrir le ventre et arracher le cœur, puis redevenir entiers ; nous pouvons même nous baigner dans une marmite d’huile bouillante. » Terrifié, le roi dit : « Ces trois épreuves conduisent toutes à la mort. » Huli répondit : « C’est parce que nous possédons ces pouvoirs que nous osons parler aussi franchement. Nous ne nous arrêterons pas avant de nous être mesurés à lui. » Le roi appela : « Moine venu des terres orientales, mes Précepteurs du royaume refusent de te laisser partir. Ils veulent encore rivaliser avec toi en se faisant trancher la tête, ouvrir le ventre et plonger dans une marmite d’huile bouillante. »
行者正變作蟭蟟蟲,往來報事,忽聽此言,即收了毫毛,現出本相,哈哈大笑道:「造化,造化,買賣上門了。」八戒道:「這三件都是喪性命的事,怎麼說買賣上門?」行者道:「你還不知我的本事。」八戒道:「哥哥,你只像這等變化騰那也夠了,怎麼還有這等本事?」行者道:「我啊:
Le pèlerin, toujours changé en minuscule insecte pour aller et venir porter les nouvelles, entendit soudain ces paroles. Il récupéra aussitôt son poil, reprit sa forme véritable et éclata de rire : « Quelle chance ! Quelle chance ! L’affaire vient d’elle-même à ma porte ! » Bajie demanda : « Ces trois épreuves coûtent toutes la vie ; pourquoi dis-tu qu’une affaire vient à ta porte ? » Le pèlerin répondit : « Tu ne connais toujours pas mes capacités. » Bajie dit : « Frère, toutes tes métamorphoses et tes tours sont déjà bien suffisants. Comment peux-tu encore posséder de tels talents ? » Le pèlerin répondit : « Moi… »
砍下頭來能說話,剁了臂膊打得人。斬去腿腳會走路,剖腹還平妙絕倫。就似人家包匾食,一捻一個就囫圇。油鍋洗澡更容易,只當溫湯滌垢塵。」
La tête tranchée, je peux parler ; les bras coupés, je peux encore frapper.
Les jambes abattues, je sais marcher ; le ventre ouvert, je redeviens intact à merveille.
Comme lorsqu’on façonne chez soi des raviolis, une simple pression et chacun redevient entier.
Me baigner dans l’huile est encore plus facile : ce n’est pour moi qu’une eau tiède qui lave la poussière et les souillures.
八戒、沙僧聞言,呵呵大笑。
En l’entendant, Bajie et le moine Sha éclatèrent de rire.
行者上前道:「陛下,小和尚會砍頭。」國王道:「你怎麼會砍頭?」行者道:「我當年在寺裡修行,曾遇著一個方上禪和子,教我一個砍頭法,不知好也不好,如今且試試新。」國王笑道:「那和尚年幼不知事,砍頭那裡好試新?頭乃六陽之首,砍下即便死矣。」虎力道:「陛下,正要他如此,方才出得我們之氣。」那昏君信他言語,即傳旨,教設殺場。
Le pèlerin s’avança et dit : « Votre Majesté, ce petit moine sait se faire trancher la tête. » Le roi demanda : « Comment peux-tu savoir faire cela ? » Le pèlerin répondit : « Autrefois, quand je pratiquais dans un monastère, je rencontrai un maître de méditation accompli qui m’enseigna une méthode pour se faire trancher la tête. J’ignore si elle est bonne ou mauvaise ; profitons-en aujourd’hui pour l’essayer. » Le roi rit : « Ce jeune moine ne sait vraiment pas ce qu’il dit ! Comment essayer pour la première fois de se faire trancher la tête ? La tête est le sommet des six principes yang : sitôt coupée, on meurt. » Huli dit : « Votre Majesté, c’est précisément ce que nous voulons ; ainsi seulement pourrons-nous apaiser notre colère. » Le souverain aveuglé crut ses paroles et ordonna aussitôt de préparer le lieu d’exécution.
一聲傳旨,即有羽林軍三千,擺列朝門之外。國王教:「和尚先去砍頭。」行者欣然應道:「我先去,我先去。」拱著手,高呼道:「國師,恕大膽,占先了。」拽回頭,往外就走。唐僧一把扯住道:「徒弟呀,仔細些,那裡不是耍處。」行者道:「怕他怎的?撒了手,等我去來。」
À peine le décret transmis, trois mille soldats de la Garde des Plumes se rangèrent devant les portes de la cour. Le roi ordonna : « Que le moine aille se faire trancher la tête le premier. » Le pèlerin accepta joyeusement : « J’irai le premier ! J’irai le premier ! » Les mains jointes en salut, il cria : « Précepteur du royaume, pardonnez mon audace : je prends la première place. » Il tourna la tête et se dirigea vers la sortie. Le moine des Tang le saisit et dit : « Mon disciple, sois prudent ; ce n’est pas un endroit où l’on plaisante. » Le pèlerin répondit : « Que pourrais-je craindre d’eux ? Lâchez-moi et attendez mon retour. »
那大聖徑至殺場裡面,被劊子手撾住了,綑做一團,按在那土墩高處,只聽喊一聲:「開刀!」颼的把個頭砍將下來。又被劊子手一腳踢了去,好似滾西瓜一般,滾有三四十步遠近。行者腔子中更不出血。只聽得肚裡叫聲:「頭來!」慌得鹿力大仙見有這般手段,即念咒語,教本坊土地、神祗:「將人頭扯住,待我贏了和尚,奏了國王,與你把小祠堂蓋作大廟宇,泥塑像改作正金身。」原來那些土地、神祗因他有五雷法,也服他使喚,暗中真個把行者頭按住了。行者又叫聲:「頭來!」那頭一似生根,莫想得動。行者心焦,捻著拳,掙了一掙,將綑的繩子就皆掙斷,喝聲:「長!」颼的腔子內長出一個頭來。諕得那劊子手個個心驚,羽林軍人人膽戰。那監斬官急走入朝奏道:「萬歲,那小和尚砍了頭,又長出一顆來了。」八戒冷笑道:「沙僧,那知哥哥還有這般手段。」沙僧道:「他有七十二般變化,就有七十二個頭哩。」
Le Grand Saint se rendit directement au lieu d’exécution. Les bourreaux le saisirent, le ligotèrent en boule et le maintinrent sur un haut tertre de terre. On entendit crier : « Frappez ! » et, dans un sifflement, sa tête fut tranchée. Un bourreau la chassa encore d’un coup de pied ; pareille à une pastèque qui roule, elle alla jusqu’à trente ou quarante pas. Pas une goutte de sang ne sortit du cou du pèlerin. On entendit seulement une voix monter de son ventre : « Tête, reviens ! » Le Grand Immortel Luli, affolé en voyant pareil pouvoir, récita aussitôt une formule et ordonna aux dieux du Sol et aux divinités locales : « Retenez cette tête. Lorsque j’aurai vaincu le moine, je présenterai une requête au roi pour que vos petits sanctuaires soient rebâtis en grands temples, et que vos statues d’argile soient remplacées par de véritables effigies dorées. » Comme ces dieux du Sol et ces divinités étaient soumis à ses ordres en raison de sa maîtrise de la Loi des Cinq Tonnerres, ils immobilisèrent réellement la tête du pèlerin en secret. Celui-ci cria encore : « Tête, reviens ! » Mais la tête semblait avoir pris racine et ne pouvait plus bouger. Impatient, le pèlerin serra les poings et donna une secousse qui rompit toutes ses cordes, puis cria : « Pousse ! » Dans un sifflement, une nouvelle tête lui poussa sur le cou. Tous les bourreaux en furent saisis d’effroi, et chacun des soldats de la Garde des Plumes trembla de peur. L’officier chargé de surveiller l’exécution courut faire son rapport à la cour : « Longue Vie, le petit moine s’est fait trancher la tête, mais une nouvelle lui a poussé ! » Bajie ricana : « Moine Sha, qui aurait cru que notre frère possédait encore un tel pouvoir ? » Le moine Sha répondit : « Puisqu’il possède soixante-douze métamorphoses, il doit aussi avoir soixante-douze têtes. »
說不了,行者走來,叫聲:「師父。」三藏大喜道:「徒弟,辛苦麼?」行者道:「不辛苦,倒好耍子。」八戒道:「哥哥,可用刀瘡藥麼?」行者道:「你是摸摸看,可有刀痕?」那獃子伸手一摸,就笑得呆呆睜睜道:「妙哉,妙哉!卻也長得完全,截疤兒也沒些兒。」
À peine avait-il fini de parler que le pèlerin revint et appela : « Maître ! » Sanzang, transporté de joie, demanda : « Mon disciple, as-tu beaucoup souffert ? » Le pèlerin répondit : « Pas du tout ; c’était même amusant. » Bajie demanda : « Frère, as-tu besoin d’un remède pour les blessures de sabre ? » Le pèlerin répondit : « Touche donc et vois s’il reste une cicatrice. » L’Idiot tendit la main, palpa son cou, puis ouvrit de grands yeux stupéfaits en riant : « Merveilleux ! Merveilleux ! Tout a parfaitement repoussé ; il ne reste pas même la moindre trace de coupure. »
兄弟們正都歡喜,又聽得國王叫領關文:「赦你無罪。快去,快去。」行者道:「關文雖領,必須國師也赴曹砍砍頭,也當試新去來。」國王道:「大國師,那和尚也不肯放你哩。你與他賭勝,且莫諕了寡人。」虎力也只得去,被幾個劊子手也綑翻在地,幌一幌,把頭砍下,一腳也踢將去,滾了有三十餘步。他腔子裡也不出血,也叫一聲:「頭來!」行者即忙拔下一根毫毛,吹口仙氣,叫:「變!」變作一條黃犬,跑入場中,把那道士頭一口銜來,徑跑到御水河邊丟下不題。
Les frères se réjouissaient encore lorsqu’ils entendirent le roi ordonner que le laissez-passer leur fût remis : « Je te pardonne tout crime. Pars vite, pars vite ! » Le pèlerin dit : « Même si nous recevons notre laissez-passer, il faut aussi que le Précepteur du royaume se rende au lieu d’exécution pour se faire trancher la tête et essayer à son tour cette nouveauté. » Le roi dit : « Premier Précepteur du royaume, ce moine refuse lui aussi de vous laisser partir. Puisque vous avez voulu rivaliser avec lui, prenez garde de ne pas nous effrayer. » Huli dut donc s’y rendre. Plusieurs bourreaux le ligotèrent et le renversèrent à terre ; d’un mouvement de leur lame, ils lui tranchèrent la tête, puis la chassèrent aussi d’un coup de pied. Elle roula sur plus de trente pas. Aucun sang ne sortit non plus de son cou, et il cria : « Tête, reviens ! » Le pèlerin arracha aussitôt un poil, souffla dessus une haleine immortelle et cria : « Change-toi ! » Le poil devint un chien jaune, qui courut sur le terrain, saisit la tête du taoïste dans sa gueule et l’emporta jusqu’à la Rivière des Eaux Impériales, où il la jeta. N’en parlons plus.
卻說那道士連叫三聲,人頭不到,怎似行者的手段,長不出來,腔子中,骨都都紅光迸出。可憐空有喚雨呼風法,怎比長生果正仙。須臾,倒在塵埃。眾人觀看,乃是一隻無頭的黃毛虎。
Le taoïste appela trois fois de suite, mais sa tête ne revint pas. Comme il n’avait pas les pouvoirs du pèlerin, il ne put en faire pousser une nouvelle, et une lumière rouge jaillit à gros bouillons de son cou. Le malheureux possédait en vain l’art d’appeler la pluie et de commander au vent : comment aurait-il pu égaler un véritable immortel ayant obtenu le fruit de la longue vie ? En un instant, il s’effondra dans la poussière. Lorsque la foule regarda, elle vit que c’était un tigre au pelage jaune et sans tête.
那監斬官又來奏:「萬歲,大國師砍下頭來,不能長出,死在塵埃,是一隻無頭的黃毛虎。」國王聞奏,大驚失色,目不轉睛,看那兩個道士。鹿力起身道:「我師兄已是命倒祿絕了,如何是隻黃虎?這都是那和尚憊懶,使的掩樣法兒,將我師兄變作畜類。我今定不饒他,定要與他賭那剖腹剜心。」
L’officier chargé de surveiller l’exécution revint présenter son rapport : « Longue Vie, le premier Précepteur du royaume n’a pu faire repousser sa tête après qu’elle eut été tranchée. Il est mort dans la poussière : c’est un tigre jaune sans tête. » À cette annonce, le roi pâlit d’effroi et fixa sans ciller les deux autres taoïstes. Luli se leva et dit : « La destinée de mon frère aîné était arrivée à son terme et ses mérites étaient épuisés, mais comment serait-il un tigre jaune ? Tout cela vient de ce moine malfaisant, qui a employé un sort d’illusion pour changer mon frère en bête. Cette fois, je ne lui pardonnerai certainement pas : je veux rivaliser avec lui en nous ouvrant le ventre et en nous arrachant le cœur. »
國王聽說,方才定性回神。又叫:「小和尚,二國師還要與你賭哩。」行者道:「小和尚久不吃煙火食,前日西來,忽遇齋公家勸飯,多吃了幾個饝饝,這幾日腹中作痛,想是生蟲,正欲借陛下之刀,剖開肚皮,拿出臟腑,洗淨脾胃,方好上西天見佛。」國王聽說,教:「拿他赴曹。」那許多人攙的攙,扯的扯。行者展脫手道:「不用人攙,自家走去。但一件:不許縛手,我好用手洗刷臟腑。」國王傳旨,教:「莫綁他手。」
À ces paroles, le roi reprit enfin ses esprits. Il appela de nouveau : « Petit moine, le deuxième Précepteur du royaume veut encore rivaliser avec toi. » Le pèlerin répondit : « Depuis longtemps, ce petit moine ne mange plus de nourriture cuite au feu. Avant-hier, alors que je venais de l’ouest, je rencontrai soudain un pieux bienfaiteur qui m’offrit à manger ; j’avalai quelques petits pains de trop, et depuis plusieurs jours mon ventre me fait souffrir. Des vers ont dû y naître. Je voulais justement emprunter le couteau de Votre Majesté pour m’ouvrir le ventre, en retirer les viscères, nettoyer ma rate et mon estomac, afin de pouvoir ensuite gagner le Ciel occidental et voir le Bouddha. » Le roi ordonna : « Conduisez-le au lieu d’exécution. » De nombreux hommes voulurent le soutenir ou le tirer, mais le pèlerin se dégagea : « Nul besoin de me soutenir, j’irai seul. Une seule chose : ne me liez pas les mains, afin que je puisse laver mes viscères. » Le roi transmit l’ordre de ne pas lui attacher les mains.
行者搖搖擺擺,徑至殺場。將身靠著大樁,解開衣帶,露出肚腹。那劊子手將一條繩套在他膊項上,一條繩紮住他腿足,把一口牛耳短刀幌一幌,著肚皮下一割,搠個窟窿。這行者雙手爬開肚腹,拿出腸臟來,一條條理夠多時,依然安在裡面,照舊盤曲。捻著肚皮,吹口仙氣,叫:「長!」依然長合。
Le pèlerin se rendit en se dandinant jusqu’au lieu d’exécution. Il s’adossa au grand poteau, dénoua sa ceinture et découvrit son ventre. Le bourreau lui passa une corde autour des épaules et du cou, lui lia les jambes avec une autre, puis agita un court couteau en forme d’oreille de bœuf. Il lui entailla le bas du ventre et y perça une ouverture. Le pèlerin écarta de ses deux mains les parois de son abdomen, en retira ses intestins et ses viscères, puis les démêla un à un pendant un bon moment. Il les remit ensuite à l’intérieur et les enroula comme auparavant. Pinçant la peau de son ventre, il souffla une haleine immortelle et cria : « Referme-toi ! » La plaie se referma entièrement.
國王大驚,將他那關文捧在手中道:「聖僧莫誤西行,與你關文去罷。」行者笑道:「關文小可,也請二國師剖剖剜剜,何如?」國王對鹿力說:「這事不與寡人相干,是你要與他做對頭的,請去,請去。」鹿力道:「寬心,料我決不輸與他。」
Le roi, frappé de stupeur, prit le laissez-passer dans ses mains et dit : « Saint moine, ne retardez plus votre voyage vers l’ouest. Prenez votre laissez-passer et partez. » Le pèlerin répondit en riant : « Le laissez-passer est peu de chose. Que le deuxième Précepteur du royaume vienne lui aussi se faire ouvrir le ventre et arracher le cœur. Qu’en dites-vous ? » Le roi dit à Luli : « Cette affaire ne nous regarde pas. C’est toi qui as voulu devenir son adversaire. Vas-y donc, vas-y. » Luli répondit : « Soyez sans inquiétude : je ne perdrai certainement pas contre lui. »
你看他也像孫大聖,搖搖擺擺,徑入殺場。被劊子手套上繩,將牛耳短刀唿喇的一聲,割開肚腹。他也拿出肝腸,用手理弄。行者即拔一根毫毛,吹口仙氣,叫:「變!」即變作一隻餓鷹,展開翅爪,颼的把他五臟心肝,盡情抓去,不知飛向何方受用。這道士弄做一個空腔破肚淋漓鬼,少臟無腸浪蕩魂。那劊子手蹬倒大樁,拖屍來看,呀!原來是一隻白毛角鹿。
Voyez-le : imitant le Grand Saint Sun, il entra en se dandinant sur le lieu d’exécution. Les bourreaux lui passèrent les cordes, puis, dans un bruit sec, ouvrirent son ventre avec le court couteau en forme d’oreille de bœuf. Lui aussi sortit son foie et ses intestins pour les arranger de ses mains. Le pèlerin arracha alors un poil, souffla dessus une haleine immortelle et cria : « Change-toi ! » Le poil devint aussitôt un aigle affamé qui déploya ailes et serres et, dans un sifflement, emporta tous ses viscères, son cœur et son foie. Nul ne sut où il s’envola pour les dévorer. Le taoïste ne fut plus qu’un spectre au ventre béant et à la poitrine vide, une âme errante sans viscères ni intestins. Les bourreaux abattirent le grand poteau et traînèrent le cadavre pour l’examiner. Ah ! C’était en réalité un cerf à cornes et au pelage blanc.
慌得那監斬官又來奏道:「二國師晦氣,正剖腹時,被一隻餓鷹將臟腑肝腸都刁去了,死在那裡。原身是個白毛角鹿也。」國王害怕道:「怎麼是個角鹿?」那羊力大仙又奏道:「我師兄既死,如何得現獸形?這都是那和尚弄術法坐害我等。等我與師兄報仇者。」國王道:「你有甚麼法力贏他?」羊力道:「我與他賭下滾油鍋洗澡。」國王便教取一口大鍋,滿著香油,教他兩個賭去。行者道:「多承下顧。小和尚一向不曾洗澡,這兩日皮膚燥癢,好歹盪盪去。」
Affolé, l’officier chargé de surveiller l’exécution revint faire son rapport : « Le deuxième Précepteur du royaume a connu un triste sort. Au moment où on lui ouvrait le ventre, un aigle affamé a emporté ses viscères, son foie et ses intestins. Il est mort sur place, et sa forme véritable est celle d’un cerf blanc à cornes. » Effrayé, le roi demanda : « Comment peut-il être un cerf à cornes ? » Le Grand Immortel Yangli présenta une nouvelle requête : « Puisque mon frère aîné est mort, comment pourrait-il révéler une forme animale ? Tout cela vient des sortilèges dont ce moine use pour nous nuire. Laissez-moi venger mes frères. » Le roi demanda : « Quel pouvoir possèdes-tu pour le vaincre ? » Yangli répondit : « Je rivaliserai avec lui en nous baignant dans une marmite d’huile bouillante. » Le roi ordonna donc d’apporter une grande marmite, de la remplir d’huile parfumée et de les laisser s’affronter. Le pèlerin dit : « Je vous remercie de votre obligeance. Voilà longtemps que ce petit moine ne s’est pas baigné ; depuis deux jours, sa peau est sèche et le démange. Il lui faut absolument aller se tremper un peu. »
那當駕官果安下油鍋,架起乾柴,燃著烈火,將油燒滾,教和尚先下去。」行者合掌道:「不知文洗,武洗?」國王道:「文洗如何?武洗如何?」行者道:「文洗不脫衣服,似這般叉著手,下去打個滾,就起來,不許污壞了衣服,若有一點油膩算輸。武洗要取一張衣架,一條手巾,脫了衣服,跳將下去,任意翻觔斗,豎蜻蜓,當耍子洗也。」國王對羊力說:「你要與他文洗,武洗?」羊力道:「文洗恐他衣服是藥鍊過的,隔油。武洗罷。」
L’officier de service installa réellement la marmite, empila dessous du bois sec et alluma un feu violent. Quand l’huile se mit à bouillir, il ordonna au moine d’y descendre le premier. Le pèlerin joignit les paumes et demanda : « Dois-je prendre un bain civil ou un bain martial ? » Le roi demanda : « Qu’est-ce qu’un bain civil, et qu’est-ce qu’un bain martial ? » Le pèlerin répondit : « Pour le bain civil, on garde ses vêtements. Les mains croisées comme ceci, on descend faire une roulade, puis on ressort, sans avoir le droit de tacher ses habits. La moindre trace d’huile fait perdre l’épreuve. Pour le bain martial, il faut apporter un portant et une serviette ; on se déshabille, on saute dans la marmite et l’on s’y amuse à faire autant de culbutes et d’équilibres sur la tête que l’on veut. » Le roi demanda à Yangli : « Veux-tu prendre avec lui un bain civil ou un bain martial ? » Yangli répondit : « Pour le bain civil, je crains que ses vêtements n’aient été traités par quelque procédé alchimique qui les protège de l’huile. Choisissons le bain martial. »
行者又上前道:「恕大膽,屢次占先了。」你看他脫了布直裰,褪了虎皮裙,將身一縱,跳在鍋內,翻波鬥浪,就似負水一般頑耍。八戒見了,咬著指頭對沙僧道:「我們也錯看了這猴子了。平時間劖言訕語,鬥他耍子,怎知他有這般真實本事。」他兩個唧唧噥噥,誇獎不盡。
Le pèlerin s’avança encore : « Pardonnez mon audace ; j’ai pris la première place à plusieurs reprises. » Voyez-le retirer sa robe de toile et sa jupe en peau de tigre, puis bondir dans la marmite. Il y souleva des vagues et brassa les flots, s’amusant comme s’il flottait sur l’eau. À cette vue, Bajie se mordit le doigt et dit au moine Sha : « Nous nous sommes trompés sur ce singe. D’ordinaire, nous le provoquons par nos railleries et nos sarcasmes, simplement pour nous amuser avec lui ; qui aurait cru qu’il possédait de si véritables pouvoirs ? » Tous deux chuchotèrent sans se lasser de faire son éloge.
行者望見,心疑道:「那獃子笑我哩。正是『巧者多勞拙者閑』。老孫這般舞弄,他倒自在。等我作成他綑一繩,看他可怕?」正洗浴,打個水花,淬在油鍋底上,變作個棗核釘兒,再也不起來了。
Le pèlerin les aperçut et pensa avec méfiance : « Cet Idiot doit se moquer de moi. Comme on dit : “L’habile se donne beaucoup de peine, tandis que le maladroit reste oisif.” Le vieux Sun accomplit ici tous ces tours pendant que lui se tient bien tranquille. Je vais lui tendre un piège et voir s’il prendra peur. » Tout en se baignant, il fit jaillir une éclaboussure, plongea jusqu’au fond de la marmite et se changea en un petit clou gros comme un noyau de jujube. Il ne remonta plus.
那監斬官近前又奏:「萬歲,小和尚被滾油烹死了。」國王大喜,教撈上骨骸來看。劊子手將一把鐵笊籬在油鍋裡撈。原來那笊籬眼稀,行者變得釘小,往往來來,從眼孔漏下去了,那裡撈得著。又奏道:「和尚身微骨嫩,俱炸化了。」國王教:「拿三個和尚下去。」兩邊校尉見八戒面兇,先揪翻,把背心綑了。
L’officier chargé de surveiller l’exécution s’avança et présenta un nouveau rapport : « Longue Vie, le petit moine a été cuit à mort dans l’huile bouillante. » Le roi fut ravi et ordonna qu’on repêchât ses os pour les examiner. Le bourreau plongea dans la marmite une grande écumoire de fer. Mais les trous en étaient larges et le clou en lequel le pèlerin s’était changé était minuscule : il allait et venait en passant à travers les ouvertures, si bien qu’on ne put le repêcher. L’officier rapporta encore : « Le corps du moine était frêle et ses os tendres ; tout a fondu dans la friture. » Le roi ordonna : « Saisissez les trois autres moines ! » Trouvant Bajie d’aspect féroce, les officiers placés des deux côtés commencèrent par le renverser et lui lièrent les mains derrière le dos.
慌得三藏高叫:「陛下,赦貧僧一時。我那個徒弟自從歸教,歷歷有功。今日衝撞國師,死在油鍋之內,奈何先死者為神。我貧僧怎敢貪生?正是天下官員也管著天下百姓。陛下若教臣死,臣豈敢不死?只望寬恩,賜我半盞涼漿水飯、三張紙馬,容到油鍋前,燒此一陌紙,也表我師徒一念,那時再領罪也。」國王聞言道:「也是,那中華人多有義氣。」命取些漿飯、黃錢與他。果然取了,遞與唐僧。
Affolé, Sanzang cria : « Votre Majesté, accordez encore un instant de grâce à ce pauvre religieux. Depuis qu’il s’est soumis à l’enseignement, mon disciple a accumulé les mérites tout au long du chemin. Aujourd’hui, pour avoir offensé le Précepteur du royaume, il est mort dans cette marmite d’huile. Or celui qui meurt le premier devient un esprit. Comment ce pauvre religieux oserait-il s’attacher à la vie ? De même que tous les fonctionnaires sous le ciel gouvernent les populations du monde, si Votre Majesté ordonne à son sujet de mourir, comment oserait-il refuser ? Je sollicite seulement votre généreuse faveur : accordez-moi un demi-bol d’eau de riz fermentée avec un peu de nourriture, ainsi que trois chevaux de papier. Permettez-moi d’aller devant la marmite, d’y brûler une liasse de monnaie funéraire et d’exprimer ainsi les sentiments qui unissent maître et disciple. Ensuite, j’accepterai mon châtiment. » Le roi répondit : « Soit. Les gens de l’Empire du Milieu ont souvent un profond sens du devoir. » Il ordonna qu’on lui apportât de la nourriture, de l’eau de riz et de la monnaie de papier. Tout fut réellement préparé et remis au moine des Tang.
唐僧教沙和尚同去,行至階下,有幾個校尉把八戒揪著耳朵,拉在鍋邊。三藏對鍋祝曰:「徒弟孫悟空:
Le moine des Tang demanda au moine Sha de l’accompagner. Lorsqu’ils arrivèrent au bas des degrés, plusieurs officiers tenaient Bajie par les oreilles et le traînaient au bord de la marmite. Sanzang adressa cette prière à la marmite : « Mon disciple Sun Wukong… »
自從受戒拜禪林,護我西來恩愛深。指望同時成大道,何期今日你歸陰。生前只為求經意,死後還存念佛心。萬里英魂須等候,幽冥做鬼上雷音。」
Depuis que tu reçus les préceptes et rejoignis la communauté de méditation, profonde fut ta bonté en me protégeant sur la route de l’ouest.
J’espérais que nous accomplirions ensemble la Grande Voie ; comment aurais-je prévu qu’aujourd’hui tu rejoindrais le royaume des ombres ?
De ton vivant, tu ne songeais qu’à chercher les écritures ; après ta mort, garde encore un cœur qui invoque le Bouddha.
Que ton âme héroïque m’attende au terme des dix mille lis : même fantôme aux enfers, monte avec nous à Leiyin.
八戒聽見道:「師父,不是這般祝了。──沙和尚,你替我奠漿飯,等我禱。」那獃子綑在地下,氣呼呼的道:「闖禍的潑猴子,無知的弼馬溫;該死的潑猴子,油烹的弼馬溫。猴兒了帳,馬溫斷根。」孫行者在油鍋底上,聽得那獃子亂罵,忍不住現了本相,赤淋淋的站在油鍋底道:「饢糟的夯貨!你罵那個哩?」唐僧見了道:「徒弟,諕殺我也!」沙僧道:「大哥乾淨推佯死慣了。」
En l’entendant, Bajie dit : « Maître, ce n’est pas ainsi qu’il faut prier. Moine Sha, verse à ma place l’offrande d’eau de riz et laisse-moi prononcer la prière. » L’Idiot, ligoté à terre, déclama d’un ton furieux : « Maudit singe qui attires le malheur ! Bimawen (« palefrenier céleste ») ignorant ! Maudit singe qui méritais la mort ! Bimawen (« palefrenier céleste ») cuit dans l’huile ! Le singe a réglé son compte, le palefrenier céleste a perdu sa lignée ! » Au fond de la marmite, le pèlerin Sun entendit l’Idiot l’accabler d’injures. Incapable de se contenir, il reprit sa forme véritable et se dressa, tout ruisselant, au fond de la marmite : « Lourdaud gavé d’ordures ! Qui es-tu en train d’insulter ? » En le voyant, le moine des Tang s’écria : « Mon disciple, tu m’as fait mourir de peur ! » Le moine Sha dit : « Notre frère a vraiment pris l’habitude de feindre la mort. »
慌得那兩班文武上前來奏道:「萬歲,那和尚不曾死,又在油鍋裡鑽出來了。」監斬官恐怕虛誑朝廷,卻又奏道:「死是死了,只是日期犯兇,小和尚來顯魂哩。」行者聞言大怒,跳出鍋來,揩了油膩,穿上衣服,掣出棒,撾過監斬官,著頭一下,打做了肉團,道:「我顯甚麼魂哩?」諕得多官連忙解了八戒,跪地哀告:「恕罪,恕罪。」國王走下龍座,行者上殿扯住道:「陛下不要走,且教你三國師也下下油鍋去。」那皇帝戰戰兢兢道:「三國師,你救朕之命,快下鍋去,莫教和尚打我。」
Affolés, les fonctionnaires civils et militaires des deux rangs s’avancèrent pour faire leur rapport : « Longue Vie, le moine n’est pas mort ; il vient de ressortir de la marmite d’huile. » Craignant d’avoir trompé la cour, l’officier chargé de surveiller l’exécution présenta une autre explication : « Il est bien mort, mais comme la date était néfaste, le petit moine revient manifester son âme. » À ces mots, le pèlerin entra dans une grande colère. Il sauta hors de la marmite, essuya l’huile, remit ses vêtements, tira son bâton, saisit l’officier et lui en asséna un coup sur la tête, le réduisant en une masse de chair : « Quelle âme serais-je donc venu manifester ? » Terrifiés, les nombreux fonctionnaires détachèrent vivement Bajie, puis s’agenouillèrent en implorant : « Pardonnez notre faute ! Pardonnez notre faute ! » Le roi descendit de son trône du dragon, mais le pèlerin monta dans la salle et le retint : « Votre Majesté, ne partez pas. Ordonnez d’abord à votre troisième Précepteur du royaume de descendre lui aussi dans la marmite d’huile. » Tremblant de tous ses membres, l’empereur dit : « Troisième Précepteur du royaume, sauvez-nous ! Descendez vite dans la marmite et ne laissez pas le moine nous frapper. »
羊力下殿,照依行者脫了衣服,跳下油鍋,也那般支吾洗浴。行者放了國王,近油鍋邊,叫燒火的添柴。卻伸手探了一把,呀!那滾油都冰冷。心中暗想道:「我洗時滾熱,他洗時卻冷。我曉得了,這不知是那個龍王,在此護持他哩。」急縱身跳在空中,念聲「唵」字咒語,把那北海龍王喚來:「我把你這個帶角的蚯蚓,有鱗的泥鰍!你怎麼助道士,冷龍護住鍋底,教他顯聖贏我?」諕得那龍王喏喏連聲道:「敖順不敢相助。大聖原來不知,這個孽畜苦修行了一場,脫得本殼,卻只是五雷法真受,其餘都屣了傍門,難歸仙道。這個是他在小茅山學來的『大開剝』。那兩個已是大聖破了他法,現了本相。這一個也是他自己煉的冷龍,只好哄瞞世俗之人耍子,怎瞞得大聖?小龍如今收了他冷龍,管教他骨碎皮焦。」行者道:「趁早收了,免打。」那龍王化一陣旋風,到油鍋邊,將冷龍捉下海去不題。
Yangli descendit de la salle, ôta ses vêtements à l’exemple du pèlerin et sauta dans la marmite d’huile. Lui aussi s’y agita comme s’il se baignait. Le pèlerin relâcha le roi, s’approcha de la marmite et ordonna aux hommes chargés du feu d’ajouter du bois. Puis il plongea la main dans l’huile. Ah ! Toute cette huile prétendument bouillante était glacée. Il songea : « Quand je me baignais, elle était brûlante ; quand c’est lui, elle devient froide. Je comprends : je ne sais quel Roi-Dragon le protège ici. » Il bondit aussitôt dans les airs, récita la formule du caractère « Om » et fit venir Ao Shun, Roi-Dragon de la mer du Nord : « Espèce de ver de terre cornu, de loche couverte d’écailles ! Pourquoi aides-tu ce taoïste ? Tu as placé un dragon froid sous la marmite afin qu’il manifeste sa sainteté et me batte ! » Terrifié, le Roi-Dragon multiplia les salutations : « Ao Shun n’oserait pas lui venir en aide. Le Grand Saint ignore ce qui se passe. Cette créature malfaisante s’est soumise à une longue ascèse et a réussi à se défaire de son enveloppe originelle ; mais seule sa transmission de la Loi des Cinq Tonnerres est authentique. Pour tout le reste, elle s’est engagée dans des voies latérales et ne saurait rejoindre la Voie des immortels. Il a appris au mont Xiaomao cette technique appelée Grand Dépouillement. Le Grand Saint a déjà brisé les pouvoirs des deux autres et leur a fait révéler leur forme véritable. Celui-ci a lui-même dressé ce dragon froid ; cela suffit à tromper les gens ordinaires et à les divertir, mais comment pourrait-il tromper le Grand Saint ? Ce petit dragon va maintenant reprendre son dragon froid : je garantis que ses os voleront en éclats et que sa peau brûlera. » Le pèlerin dit : « Reprends-le vite, si tu veux éviter les coups. » Le Roi-Dragon se changea en un tourbillon, gagna le bord de la marmite, saisit le dragon froid et l’emporta dans la mer. N’en parlons plus.
行者下來,與三藏、八戒、沙僧立在殿前,見那道士在滾油鍋裡打掙,爬不出來。滑了一跌,霎時間骨脫皮焦肉爛。
Le pèlerin redescendit et se tint devant la salle avec Sanzang, Bajie et le moine Sha. Ils virent le taoïste se débattre dans la marmite d’huile bouillante sans pouvoir en sortir. Il glissa et retomba ; en un instant, ses os se déboîtèrent, sa peau brûla et sa chair se décomposa.
監斬官又來奏道:「萬歲,三國師煠化了也。」那國王滿眼垂淚,手撲著御案,放聲大哭道:
L’officier chargé de surveiller l’exécution vint encore présenter son rapport : « Longue Vie, le troisième Précepteur du royaume a lui aussi fondu dans la friture. » Les yeux pleins de larmes, le roi frappa de la main la table impériale et éclata en sanglots :
「人身難得果然難,不遇真傳莫煉丹。空有驅神咒水術,卻無延壽保生丸。圓明混,怎涅槃?徒用心機命不安。早覺這般輕折挫,何如秘食穩居山?」
Il est difficile, vraiment difficile, d’obtenir un corps humain ; sans rencontrer la transmission véritable, gardez-vous de pratiquer l’alchimie.
On possède en vain l’art de commander aux esprits et d’enchanter les eaux, si l’on n’a pas la pilule qui prolonge les jours et préserve la vie.
Quand la parfaite clarté se trouble, comment atteindre le nirvana ? On épuise en vain son esprit et l’existence demeure sans paix.
Si j’avais su plus tôt qu’ils périraient si facilement, mieux aurait valu qu’ils vécussent cachés dans les montagnes, se nourrissant en sûreté.
這正是:
C’est bien ce que disent ces vers :
點金煉汞成何濟,喚雨呼風總是空!
À quoi bon changer la pierre en or et raffiner le mercure ? Appeler la pluie et commander au vent, tout cela n’est que vide !
畢竟不知師徒們怎的維持,且聽下回分解。
On ignore finalement comment le maître et ses disciples se tirèrent de cette situation. Écoutez-en l’explication au prochain chapitre.