Lavis à l’encre : Sun Wukong, le Roi Singe, debout au sommet d’un piton rocheux au-dessus d’une mer de nuages, vêtu d’une tunique ceinte, un cerceau d’or autour de la tête et son long bâton de fer à la main ; des pics émergent au loin.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

La Pérégrination vers l’Ouest

Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe

Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. Aucune traduction française du 西遊記 n’est dans le domaine public : le roman est absent du Wikisource français, et les deux traductions intégrales existantes (Louis Avenol, 1957 ; André Lévy, 1991) sont sous droits. Le texte français ci-dessous a donc été établi à partir du seul chinois de 1592, chapitre par chapitre, par le modèle OpenAI gpt-5.6-sol, puis relu ; le chinois en regard, lui, est recopié verbatim et permet de le contrôler caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 46 Les voies hétérodoxes usent de violence et bafouent la Loi véritable ; — Le Singe de l’esprit manifeste sa sainteté et anéantit tous les maléfices.

Les voies hétérodoxes usent de violence et bafouent la Loi véritable ;

Le Singe de l’esprit manifeste sa sainteté et anéantit tous les maléfices.

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Le roi, voyant que le pèlerin Sun possédait le pouvoir d’appeler les dragons et de commander aux divinités, apposa aussitôt son sceau précieux sur le laissez-passer et voulut le rendre au moine des Tang pour le laisser poursuivre sa route vers l’ouest. Affolés, les trois taoïstes se prosternèrent dans la salle du Trône d’Or et présentèrent une requête. L’empereur descendit aussitôt de son trône et les releva vivement de ses propres mains : « Pourquoi mes Précepteurs du royaume accomplissent-ils aujourd’hui devant moi une si grande révérence ? » Les taoïstes répondirent : « Votre Majesté, nous sommes venus soutenir l’État, protéger le royaume et assurer la paix du peuple. Après vingt années de peines, voici qu’aujourd’hui ce moine a usé de ses pouvoirs pour nous ravir la victoire et ruiner notre réputation. Votre Majesté lui pardonne le crime d’avoir tué des hommes pour la seule raison qu’il a fait tomber une averse : n’est-ce pas nous traiter avec trop de légèreté ? Nous supplions Votre Majesté de retenir encore son laissez-passer et de permettre à mes frères et à moi de lui lancer un nouveau défi. Nous verrons alors ce qu’il en sera. » Le roi était en vérité fort dépourvu de jugement : disait-on est, il allait vers l’est ; disait-on ouest, il allait vers l’ouest. Il reprit donc réellement le laissez-passer et demanda : « Précepteur du royaume, quelle épreuve veux-tu lui proposer ? » Le Grand Immortel Huli répondit : « Je veux me mesurer à lui en méditation assise. » Le roi dit : « Vous vous trompez, Précepteur. Ce moine est issu de l’école de la méditation ; il doit nécessairement en connaître les subtilités, sans quoi il n’aurait pas osé recevoir l’ordre d’aller chercher les écritures. Comment pourriez-vous rivaliser avec lui dans ce domaine ? » Le Grand Immortel répondit : « Ma méditation assise diffère de la pratique ordinaire. Elle porte un nom particulier : Manifestation de sainteté sur une échelle de nuages. » Le roi demanda : « Qu’entendez-vous par là ? » Le Grand Immortel répondit : « Il faut cent tables, cinquante pour chacune des deux estrades de méditation. On les empile l’une sur l’autre ; sans avoir le droit de grimper avec les mains ni d’utiliser échelle ou escabeau, chacun monte sur un nuage, atteint le sommet de son estrade et s’y assied. On convient alors de rester immobile pendant un certain nombre d’heures. »

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Le roi, jugeant l’épreuve quelque peu difficile, fit aussitôt demander par décret : « Moine, mon Précepteur du royaume veut rivaliser avec toi dans la méditation assise dite Manifestation de sainteté sur une échelle de nuages. Quelqu’un parmi vous sait-il la pratiquer ? » À ces mots, le pèlerin demeura pensif sans répondre. Bajie demanda : « Frère, pourquoi ne dis-tu rien ? » Le pèlerin répondit : « Frère, je ne te cacherai pas la vérité. Qu’il s’agisse de frapper le ciel et bouleverser les puits, de troubler les mers et retourner les fleuves, de porter des montagnes et poursuivre la lune, de déplacer la Grande Ourse et changer les étoiles, je sais tout faire. Même s’il faut me trancher la tête, me couper le crâne, m’ouvrir le ventre, m’arracher le cœur ou accomplir d’étranges métamorphoses, je ne crains rien. Mais s’il est question de méditation assise, je suis battu. Comment aurais-je la patience de rester assis ? Même si tu m’enchaînais à une colonne de fer, je ne cesserais de grimper de haut en bas : inutile d’espérer me voir tenir en place. » Sanzang prit soudain la parole : « Moi, je sais méditer assis. » Ravi, le pèlerin dit : « Voilà qui tombe bien ! Combien de temps peux-tu rester assis ? » Sanzang répondit : « Dans ma jeunesse, j’ai reçu l’enseignement d’un maître de méditation accompli. En fixant ma nature et en conservant mon esprit à la racine même de la vie, jusque dans le passage entre mort et naissance, je pourrais demeurer assis deux ou trois années. » Le pèlerin dit : « Maître, si vous restez assis deux ou trois ans, autant renoncer à chercher les écritures ! Deux ou trois heures tout au plus suffiront avant de redescendre. » Sanzang dit : « Mon disciple, le problème est que je ne peux pas monter là-haut. » Le pèlerin répondit : « Avancez-vous et acceptez l’épreuve ; je vous y porterai. »

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Le vénérable joignit donc les paumes devant sa poitrine et déclara : « Ce pauvre religieux sait méditer assis. » Le roi ordonna par décret d’ériger les estrades de méditation. Un royaume dispose de forces capables de renverser les montagnes : en moins d’une demi-heure, deux estrades furent dressées de part et d’autre de la salle du Trône d’Or.

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Le Grand Immortel Huli descendit de la salle et se plaça au milieu des degrés. D’un bond, il monta sur un nuage large comme une natte et gagna directement le sommet de l’estrade occidentale, où il s’assit. Le pèlerin arracha un poil, le changea en une fausse image de lui-même et la laissa en bas auprès de Bajie et du moine Sha. Quant à lui, il se transforma en un nuage faste aux cinq couleurs, souleva le moine des Tang dans les airs et le porta directement sur l’estrade orientale, où celui-ci s’assit. Puis il rétracta son éclat de bon augure, se changea en un minuscule insecte et vola près de l’oreille de Bajie : « Frère, veille attentivement sur le Maître et surtout, ne parle pas à ma doublure. » L’Idiot répondit en riant : « J’ai compris, j’ai compris. »

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Cependant, le Grand Immortel Luli, assis depuis longtemps sur un tabouret brodé à les observer, vit que les deux adversaires demeuraient à égalité sur leurs hautes estrades. Le taoïste décida donc d’aider son frère aîné. Il arracha un court cheveu de sa nuque, le roula en boule et le lança en l’air. Le cheveu alla droit sur la tête du moine des Tang et se changea en une grosse punaise puante, qui mordit le vénérable. Celui-ci éprouva d’abord une démangeaison, puis une douleur. Or, dans la méditation assise, il était interdit de remuer les mains : qui les remuait avait perdu. Au bout d’un moment, incapable de supporter la douleur, il rentra la tête et se frotta contre le bord de sa robe pour se gratter. Bajie dit : « Cela va mal, le Maître a une crise d’épilepsie ! » Le moine Sha répondit : « Non, c’est son mal de tête qui le reprend. » En les entendant, le pèlerin dit : « Mon maître est un homme sincère et droit. S’il dit savoir méditer assis, il le sait certainement ; s’il disait ne pas le savoir, c’est qu’il ne le saurait pas. Comment un homme de bien pourrait-il mentir ? Taisez-vous tous les deux et laissez-moi monter voir. »

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L’excellent pèlerin poussa un léger bourdonnement et vola sur la tête du moine des Tang. Il aperçut une punaise puante grosse comme un grain de soja, qui mordait son maître. Il la saisit vivement de la main, puis gratta et massa l’endroit atteint. Libéré de toute douleur et de toute démangeaison, le vénérable demeura parfaitement assis. Le pèlerin songea : « Un moine a le crâne rasé, où même un pou ne saurait se loger ; comment cette punaise est-elle arrivée là ? Ce doit être quelque tour de ce taoïste pour nuire à mon maître. Ha, ha ! Comme cela, on ne verra jamais qui l’emporte. Que le vieux Sun aille donc le tourmenter un peu ! » Le pèlerin s’envola, se posa sur une tête de bête sculptée du palais d’or, secoua son corps et se changea en un scolopendre long de sept pouces. Il alla piquer le taoïste au creux du nez. Celui-ci perdit son assiette et tomba de l’estrade la tête la première, manquant de peu y laisser la vie ; heureusement, les nombreux fonctionnaires, grands et petits, le relevèrent. Terrifié, le roi ordonna aussitôt au Grand Précepteur de service de le conduire à la Salle de la Gloire Littéraire pour qu’il s’y remette en ordre. Le pèlerin reprit alors son nuage faste, transporta son maître au pied des degrés, et le vénérable fut déclaré vainqueur.

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Le roi ne songeait plus qu’à les laisser partir. Mais le Grand Immortel Luli présenta une nouvelle requête : « Votre Majesté, mon frère aîné souffrait déjà d’une maladie des vents cachés. Arrivé en hauteur, il a été exposé au vent céleste, qui a réveillé son ancien mal ; c’est pourquoi le moine a remporté la victoire. Retenez-le encore et laissez-moi rivaliser avec lui à deviner les objets derrière une cloison. » Le roi demanda : « En quoi consiste cette épreuve ? » Luli répondit : « Ce pauvre taoïste possède l’art de reconnaître les objets à travers une cloison. Voyons si le moine en est capable. S’il devine mieux que moi, laissez-le sortir du royaume ; s’il se trompe, que Votre Majesté lui attribue le crime qu’elle jugera bon. Ainsi sera vengée la haine de mes frères et ne sera pas déshonoré le bienfait de vingt années passées à protéger le royaume. » Le roi était véritablement plongé dans une extrême confusion. Il suivit ces paroles perfides et ordonna qu’un coffre laqué de vermillon fût apporté dans la salle du palais par les eunuques, puis qu’une impératrice y déposât un trésor. Peu après, le coffre fut descendu et placé devant les degrés de jade blanc. Le roi dit aux moines et aux taoïstes : « Puisque vous rivalisez de pouvoirs, devinez quel trésor se trouve dans ce coffre. »

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Sanzang demanda : « Mon disciple, comment savoir ce que renferme le coffre ? » Le pèlerin rétracta son éclat faste, reprit la forme d’un minuscule insecte et se posa sur la tête du moine des Tang : « Maître, soyez sans crainte ; attendez que j’aille voir. » L’excellent Grand Saint vola doucement jusqu’au coffre et rampa sous l’un de ses pieds, où il découvrit une fente entre deux planches. Il s’y glissa et vit un plateau rouge laqué, sur lequel était posé un costume de cour : la Veste des Monts, des Fleuves et de l’Empire, avec la Jupe du Ciel, de la Terre et de la Géographie. Il les prit, les secoua pour les mettre en désordre, se mordit le bout de la langue et cracha dessus une giclée de sang en criant : « Changez-vous ! » Le costume devint aussitôt une vieille cape entièrement déchirée. Avant de partir, il l’arrosa encore d’un jet d’urine malodorante. Puis il ressortit par la fente, vola jusqu’à l’oreille du moine des Tang et dit : « Maître, devinez simplement que c’est une vieille cape déchirée. » Sanzang répondit : « Il faut deviner un trésor. En quoi une vieille cape serait-elle un trésor ? » Le pèlerin dit : « Peu importe ; il suffit de deviner juste. »

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Le moine des Tang fit un pas en avant et s’apprêtait à répondre lorsque le Grand Immortel Luli déclara : « Je devine le premier. Le coffre renferme la Veste des Monts, des Fleuves et de l’Empire, ainsi que la Jupe du Ciel, de la Terre et de la Géographie. » Le moine des Tang dit : « Non, non. Il contient une vieille cape déchirée. » Le roi s’écria : « Ce moine est insolent ! Il ose se moquer de notre royaume comme s’il ne possédait aucun trésor, et parle d’une vieille cape déchirée ! Saisissez-le ! » Les officiers des deux rangs allaient mettre la main sur lui. Affolé, le moine des Tang joignit les paumes et cria : « Votre Majesté, accordez encore un instant de grâce à ce pauvre religieux et faites ouvrir le coffre. Si c’est réellement un trésor, j’accepterai mon châtiment ; mais si ce n’en est pas un, ce pauvre religieux n’aura-t-il pas été accusé injustement ? » Le roi ordonna d’ouvrir le coffre. L’officier de service l’ouvrit aussitôt et présenta le plateau rouge : c’était bel et bien une vieille cape déchirée. Furieux, le roi demanda : « Qui a déposé cet objet ? » Les trois impératrices du palais surgirent derrière le trône du dragon, et l’une d’elles dit : « Mon souverain, votre épouse y a placé de ses propres mains la Veste des Monts, des Fleuves et de l’Empire, ainsi que la Jupe du Ciel, de la Terre et de la Géographie. J’ignore comment elles ont pu devenir cet objet. » Le roi répondit : « Que mon épouse impériale se retire ; je comprends ce qui s’est passé. Les objets employés dans le palais sont tous de satin, de soie, de damas ou de gaze : comment pourrait-on y trouver pareille guenille ? » Il ordonna : « Rapportez le coffre. Nous allons y cacher nous-même un trésor et les mettre de nouveau à l’épreuve. » L’empereur regagna l’arrière du palais, cueillit sur un pêcher immortel du jardin impérial une grosse pêche large comme un bol, la plaça dans le coffre, puis le fit redescendre pour une nouvelle devinette.

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Le moine des Tang dit : « Mon disciple, il faut encore deviner. » Le pèlerin répondit : « Soyez sans crainte, laissez-moi retourner voir. » Il poussa de nouveau un léger bourdonnement, s’envola et se glissa encore par la fente entre les planches. Voyant que c’était une pêche, il en fut enchanté. Il reprit aussitôt sa forme véritable, s’assit dans le coffre et dévora la pêche jusqu’à ce qu’il n’en restât absolument rien, rongeant même toute la chair logée dans les deux creux du noyau. Il remit celui-ci sur le plateau, se changea de nouveau en minuscule insecte, ressortit en volant et se posa à l’oreille du moine des Tang : « Maître, devinez simplement que c’est un noyau de pêche. » Le vénérable répondit : « Mon disciple, ne te joue pas de moi ! Tout à l’heure, pour avoir parlé trop vite, j’ai failli être traîné au supplice. Cette fois, il faut vraiment deviner un trésor. Quel trésor serait un noyau de pêche ? » Le pèlerin dit : « Ne craignez rien ; contentez-vous de l’emporter sur eux. »

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Sanzang allait parler lorsqu’il entendit le Grand Immortel Yangli déclarer : « Ce pauvre taoïste devine le premier : c’est une pêche immortelle. » Sanzang répondit : « Ce n’est pas une pêche, mais un noyau entièrement dépouillé. » Le roi cria : « C’est nous qui avons placé cette pêche immortelle ! Comment serait-ce un noyau ? Le troisième Précepteur du royaume a deviné juste. » Sanzang dit : « Votre Majesté n’a qu’à faire ouvrir le coffre pour le voir. » L’officier de service le fit de nouveau apporter et ouvrir, puis présenta le plateau rouge : il ne s’y trouvait en effet qu’un noyau, sans peau ni chair. Saisi d’effroi, le roi dit : « Précepteurs du royaume, cessez de rivaliser avec lui et laissez-le partir. J’ai caché cette pêche immortelle de mes propres mains, et voici qu’il n’en reste qu’un noyau. Qui donc l’a mangée ? Des esprits ou des divinités doivent secrètement l’assister. » En l’entendant, Bajie et le moine Sha ricanèrent doucement : « Il ignore encore que celui-là mange des pêches depuis bien des années ! »

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Ils parlaient encore lorsque le Grand Immortel Huli, revenu de la Salle de la Gloire Littéraire après s’être remis en ordre, entra dans la salle et dit : « Votre Majesté, ce moine possède un art de transport qui lui permet de substituer un objet à un autre. Faites rapporter le coffre : je briserai son sortilège et lui proposerai une nouvelle devinette. » Le roi demanda : « Précepteur du royaume, que voulez-vous encore lui faire deviner ? » Huli répondit : « Son art peut remplacer un objet, mais non un être humain. Cachons ce jeune novice taoïste dans le coffre : je garantis qu’il ne pourra pas le substituer. » Le jeune garçon fut donc caché dans le coffre. On rabattit le couvercle, puis on le descendit en demandant : « Que le moine devine encore quel trésor s’y trouve pour cette troisième épreuve ! »

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Sanzang dit : « Encore une fois ! » Le pèlerin répondit : « Laissez-moi retourner voir. » Avec un nouveau bourdonnement, il s’envola, entra dans le coffre et y trouva un jeune garçon. L’excellent Grand Saint avait vraiment du discernement : rares sous le ciel étaient ses métamorphoses, et sans égale au monde son habileté. Il secoua son corps, prit l’apparence d’un vieux taoïste et entra dans le coffre en appelant : « Mon disciple ! » Le garçon demanda : « Maître, d’où venez-vous ? » Le pèlerin répondit : « Je suis venu par l’art de l’évasion. » Le garçon demanda : « Quel enseignement venez-vous me donner ? » Le pèlerin répondit : « Ce moine t’a vu entrer dans le coffre. S’il devine qu’il s’y trouve un novice taoïste, n’aurons-nous pas encore perdu ? Je suis spécialement venu en discuter avec toi : rasons-toi la tête, et nous lui ferons deviner que tu es un moine. » Le garçon dit : « Que le Maître fasse de moi ce qu’il veut, pourvu que nous l’emportions. Si nous perdons encore, non seulement notre réputation sera abaissée, mais je crains aussi que la cour cesse de nous respecter. » Le pèlerin répondit : « Tu as raison. Viens ici, mon enfant ; si nous l’emportons, je te récompenserai généreusement. » Il changea le bâton cerclé d’or en rasoir, prit le garçon dans ses bras et lui dit : « Sois sage, supporte la douleur sans faire de bruit, pendant que je te rase la tête. » En un instant, il lui rasa les cheveux, les roula en boule et les fourra dans un recoin au pied du coffre. Il rangea le rasoir, caressa le crâne nu du garçon et dit : « Mon enfant, ta tête ressemble maintenant à celle d’un moine, mais tes vêtements ne conviennent pas. Ôte-les et je vais les transformer. » Le novice taoïste portait une robe de plumes en soie fleurie vert pâle, ornée de nuages et bordée de brocart ; il l’ôta réellement. Le pèlerin souffla dessus une haleine immortelle et cria : « Change-toi ! » Elle devint aussitôt une robe droite couleur de terre jaune, qu’il lui fit enfiler. Puis il arracha deux poils, les changea en poisson de bois et le lui tendit : « Mon disciple, écoute bien. Si l’on appelle un novice taoïste, ne sors surtout pas. Mais si l’on appelle un moine, soulève le couvercle du coffre, frappe le poisson de bois, récite un texte bouddhique et sors : alors nous aurons réussi. » Le garçon répondit : « Je sais seulement réciter le Livre des Trois Officiers, le Livre de la Grande Ourse et le Livre de l’Éloignement des Calamités ; je ne connais aucun texte bouddhique. » Le pèlerin demanda : « Sais-tu invoquer le Bouddha ? » Le garçon répondit : « Amitābha ! Qui ne saurait le faire ? » Le pèlerin dit : « Cela suffira. Invoque donc le Bouddha, cela m’évitera de t’enseigner autre chose. Souviens-t’en bien. Je m’en vais. » Il se changea de nouveau en minuscule insecte, ressortit, vola près du pavillon de l’oreille du moine des Tang et dit : « Maître, devinez simplement que c’est un moine. » Sanzang répondit : « Cette fois, il est certain qu’ils gagneront. » Le pèlerin demanda : « Comment pouvez-vous l’affirmer ? » Sanzang répondit : « Il est dit dans les écritures : “Le Bouddha, la Loi et la Communauté sont les Trois Trésors.” Un moine est donc lui aussi un trésor. »

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Tandis qu’ils parlaient, le Grand Immortel Huli déclara : « Votre Majesté, la troisième fois, il s’agit d’un novice taoïste. » Il eut beau l’appeler, le garçon ne voulut pas sortir. Sanzang joignit les paumes et dit : « C’est un moine. » Bajie cria de toutes ses forces : « Il y a un moine dans le coffre ! » Le garçon souleva soudain le couvercle, frappa son poisson de bois, invoqua le Bouddha et sortit du coffre. Les fonctionnaires civils et militaires des deux rangs applaudirent tous d’une seule voix, tandis que les trois taoïstes, terrifiés, demeuraient bouche close et sans un mot.

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Le roi dit : « Ce moine est assisté par des esprits et des divinités. Comment un taoïste entré dans le coffre a-t-il pu devenir un moine ? Même si un barbier de la cour s’y était glissé avec lui, il aurait seulement pu lui raser la tête ; comment ses vêtements pourraient-ils lui aller si bien, et comment saurait-il en outre invoquer le Bouddha ? Précepteurs du royaume, laissez-le partir. » Le Grand Immortel Huli répondit : « Votre Majesté, nous sommes comme deux joueurs d’échecs de force égale, comme deux bons généraux qui se rencontrent. Ce pauvre taoïste veut aller jusqu’au bout et rivaliser avec lui dans les arts qu’il apprit autrefois au mont Zhongnan. » Le roi demanda : « De quels arts s’agit-il ? » Huli répondit : « Mes deux frères et moi possédons quelques pouvoirs surnaturels. Nous pouvons nous faire trancher la tête et la remettre en place ; nous faire ouvrir le ventre et arracher le cœur, puis redevenir entiers ; nous pouvons même nous baigner dans une marmite d’huile bouillante. » Terrifié, le roi dit : « Ces trois épreuves conduisent toutes à la mort. » Huli répondit : « C’est parce que nous possédons ces pouvoirs que nous osons parler aussi franchement. Nous ne nous arrêterons pas avant de nous être mesurés à lui. » Le roi appela : « Moine venu des terres orientales, mes Précepteurs du royaume refusent de te laisser partir. Ils veulent encore rivaliser avec toi en se faisant trancher la tête, ouvrir le ventre et plonger dans une marmite d’huile bouillante. »

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Le pèlerin, toujours changé en minuscule insecte pour aller et venir porter les nouvelles, entendit soudain ces paroles. Il récupéra aussitôt son poil, reprit sa forme véritable et éclata de rire : « Quelle chance ! Quelle chance ! L’affaire vient d’elle-même à ma porte ! » Bajie demanda : « Ces trois épreuves coûtent toutes la vie ; pourquoi dis-tu qu’une affaire vient à ta porte ? » Le pèlerin répondit : « Tu ne connais toujours pas mes capacités. » Bajie dit : « Frère, toutes tes métamorphoses et tes tours sont déjà bien suffisants. Comment peux-tu encore posséder de tels talents ? » Le pèlerin répondit : « Moi… »

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La tête tranchée, je peux parler ; les bras coupés, je peux encore frapper.

Les jambes abattues, je sais marcher ; le ventre ouvert, je redeviens intact à merveille.

Comme lorsqu’on façonne chez soi des raviolis, une simple pression et chacun redevient entier.

Me baigner dans l’huile est encore plus facile : ce n’est pour moi qu’une eau tiède qui lave la poussière et les souillures.

En l’entendant, Bajie et le moine Sha éclatèrent de rire.

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Le pèlerin s’avança et dit : « Votre Majesté, ce petit moine sait se faire trancher la tête. » Le roi demanda : « Comment peux-tu savoir faire cela ? » Le pèlerin répondit : « Autrefois, quand je pratiquais dans un monastère, je rencontrai un maître de méditation accompli qui m’enseigna une méthode pour se faire trancher la tête. J’ignore si elle est bonne ou mauvaise ; profitons-en aujourd’hui pour l’essayer. » Le roi rit : « Ce jeune moine ne sait vraiment pas ce qu’il dit ! Comment essayer pour la première fois de se faire trancher la tête ? La tête est le sommet des six principes yang : sitôt coupée, on meurt. » Huli dit : « Votre Majesté, c’est précisément ce que nous voulons ; ainsi seulement pourrons-nous apaiser notre colère. » Le souverain aveuglé crut ses paroles et ordonna aussitôt de préparer le lieu d’exécution.

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À peine le décret transmis, trois mille soldats de la Garde des Plumes se rangèrent devant les portes de la cour. Le roi ordonna : « Que le moine aille se faire trancher la tête le premier. » Le pèlerin accepta joyeusement : « J’irai le premier ! J’irai le premier ! » Les mains jointes en salut, il cria : « Précepteur du royaume, pardonnez mon audace : je prends la première place. » Il tourna la tête et se dirigea vers la sortie. Le moine des Tang le saisit et dit : « Mon disciple, sois prudent ; ce n’est pas un endroit où l’on plaisante. » Le pèlerin répondit : « Que pourrais-je craindre d’eux ? Lâchez-moi et attendez mon retour. »

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Le Grand Saint se rendit directement au lieu d’exécution. Les bourreaux le saisirent, le ligotèrent en boule et le maintinrent sur un haut tertre de terre. On entendit crier : « Frappez ! » et, dans un sifflement, sa tête fut tranchée. Un bourreau la chassa encore d’un coup de pied ; pareille à une pastèque qui roule, elle alla jusqu’à trente ou quarante pas. Pas une goutte de sang ne sortit du cou du pèlerin. On entendit seulement une voix monter de son ventre : « Tête, reviens ! » Le Grand Immortel Luli, affolé en voyant pareil pouvoir, récita aussitôt une formule et ordonna aux dieux du Sol et aux divinités locales : « Retenez cette tête. Lorsque j’aurai vaincu le moine, je présenterai une requête au roi pour que vos petits sanctuaires soient rebâtis en grands temples, et que vos statues d’argile soient remplacées par de véritables effigies dorées. » Comme ces dieux du Sol et ces divinités étaient soumis à ses ordres en raison de sa maîtrise de la Loi des Cinq Tonnerres, ils immobilisèrent réellement la tête du pèlerin en secret. Celui-ci cria encore : « Tête, reviens ! » Mais la tête semblait avoir pris racine et ne pouvait plus bouger. Impatient, le pèlerin serra les poings et donna une secousse qui rompit toutes ses cordes, puis cria : « Pousse ! » Dans un sifflement, une nouvelle tête lui poussa sur le cou. Tous les bourreaux en furent saisis d’effroi, et chacun des soldats de la Garde des Plumes trembla de peur. L’officier chargé de surveiller l’exécution courut faire son rapport à la cour : « Longue Vie, le petit moine s’est fait trancher la tête, mais une nouvelle lui a poussé ! » Bajie ricana : « Moine Sha, qui aurait cru que notre frère possédait encore un tel pouvoir ? » Le moine Sha répondit : « Puisqu’il possède soixante-douze métamorphoses, il doit aussi avoir soixante-douze têtes. »

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À peine avait-il fini de parler que le pèlerin revint et appela : « Maître ! » Sanzang, transporté de joie, demanda : « Mon disciple, as-tu beaucoup souffert ? » Le pèlerin répondit : « Pas du tout ; c’était même amusant. » Bajie demanda : « Frère, as-tu besoin d’un remède pour les blessures de sabre ? » Le pèlerin répondit : « Touche donc et vois s’il reste une cicatrice. » L’Idiot tendit la main, palpa son cou, puis ouvrit de grands yeux stupéfaits en riant : « Merveilleux ! Merveilleux ! Tout a parfaitement repoussé ; il ne reste pas même la moindre trace de coupure. »

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Les frères se réjouissaient encore lorsqu’ils entendirent le roi ordonner que le laissez-passer leur fût remis : « Je te pardonne tout crime. Pars vite, pars vite ! » Le pèlerin dit : « Même si nous recevons notre laissez-passer, il faut aussi que le Précepteur du royaume se rende au lieu d’exécution pour se faire trancher la tête et essayer à son tour cette nouveauté. » Le roi dit : « Premier Précepteur du royaume, ce moine refuse lui aussi de vous laisser partir. Puisque vous avez voulu rivaliser avec lui, prenez garde de ne pas nous effrayer. » Huli dut donc s’y rendre. Plusieurs bourreaux le ligotèrent et le renversèrent à terre ; d’un mouvement de leur lame, ils lui tranchèrent la tête, puis la chassèrent aussi d’un coup de pied. Elle roula sur plus de trente pas. Aucun sang ne sortit non plus de son cou, et il cria : « Tête, reviens ! » Le pèlerin arracha aussitôt un poil, souffla dessus une haleine immortelle et cria : « Change-toi ! » Le poil devint un chien jaune, qui courut sur le terrain, saisit la tête du taoïste dans sa gueule et l’emporta jusqu’à la Rivière des Eaux Impériales, où il la jeta. N’en parlons plus.

Le taoïste appela trois fois de suite, mais sa tête ne revint pas. Comme il n’avait pas les pouvoirs du pèlerin, il ne put en faire pousser une nouvelle, et une lumière rouge jaillit à gros bouillons de son cou. Le malheureux possédait en vain l’art d’appeler la pluie et de commander au vent : comment aurait-il pu égaler un véritable immortel ayant obtenu le fruit de la longue vie ? En un instant, il s’effondra dans la poussière. Lorsque la foule regarda, elle vit que c’était un tigre au pelage jaune et sans tête.

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L’officier chargé de surveiller l’exécution revint présenter son rapport : « Longue Vie, le premier Précepteur du royaume n’a pu faire repousser sa tête après qu’elle eut été tranchée. Il est mort dans la poussière : c’est un tigre jaune sans tête. » À cette annonce, le roi pâlit d’effroi et fixa sans ciller les deux autres taoïstes. Luli se leva et dit : « La destinée de mon frère aîné était arrivée à son terme et ses mérites étaient épuisés, mais comment serait-il un tigre jaune ? Tout cela vient de ce moine malfaisant, qui a employé un sort d’illusion pour changer mon frère en bête. Cette fois, je ne lui pardonnerai certainement pas : je veux rivaliser avec lui en nous ouvrant le ventre et en nous arrachant le cœur. »

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À ces paroles, le roi reprit enfin ses esprits. Il appela de nouveau : « Petit moine, le deuxième Précepteur du royaume veut encore rivaliser avec toi. » Le pèlerin répondit : « Depuis longtemps, ce petit moine ne mange plus de nourriture cuite au feu. Avant-hier, alors que je venais de l’ouest, je rencontrai soudain un pieux bienfaiteur qui m’offrit à manger ; j’avalai quelques petits pains de trop, et depuis plusieurs jours mon ventre me fait souffrir. Des vers ont dû y naître. Je voulais justement emprunter le couteau de Votre Majesté pour m’ouvrir le ventre, en retirer les viscères, nettoyer ma rate et mon estomac, afin de pouvoir ensuite gagner le Ciel occidental et voir le Bouddha. » Le roi ordonna : « Conduisez-le au lieu d’exécution. » De nombreux hommes voulurent le soutenir ou le tirer, mais le pèlerin se dégagea : « Nul besoin de me soutenir, j’irai seul. Une seule chose : ne me liez pas les mains, afin que je puisse laver mes viscères. » Le roi transmit l’ordre de ne pas lui attacher les mains.

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Le pèlerin se rendit en se dandinant jusqu’au lieu d’exécution. Il s’adossa au grand poteau, dénoua sa ceinture et découvrit son ventre. Le bourreau lui passa une corde autour des épaules et du cou, lui lia les jambes avec une autre, puis agita un court couteau en forme d’oreille de bœuf. Il lui entailla le bas du ventre et y perça une ouverture. Le pèlerin écarta de ses deux mains les parois de son abdomen, en retira ses intestins et ses viscères, puis les démêla un à un pendant un bon moment. Il les remit ensuite à l’intérieur et les enroula comme auparavant. Pinçant la peau de son ventre, il souffla une haleine immortelle et cria : « Referme-toi ! » La plaie se referma entièrement.

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Le roi, frappé de stupeur, prit le laissez-passer dans ses mains et dit : « Saint moine, ne retardez plus votre voyage vers l’ouest. Prenez votre laissez-passer et partez. » Le pèlerin répondit en riant : « Le laissez-passer est peu de chose. Que le deuxième Précepteur du royaume vienne lui aussi se faire ouvrir le ventre et arracher le cœur. Qu’en dites-vous ? » Le roi dit à Luli : « Cette affaire ne nous regarde pas. C’est toi qui as voulu devenir son adversaire. Vas-y donc, vas-y. » Luli répondit : « Soyez sans inquiétude : je ne perdrai certainement pas contre lui. »

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Voyez-le : imitant le Grand Saint Sun, il entra en se dandinant sur le lieu d’exécution. Les bourreaux lui passèrent les cordes, puis, dans un bruit sec, ouvrirent son ventre avec le court couteau en forme d’oreille de bœuf. Lui aussi sortit son foie et ses intestins pour les arranger de ses mains. Le pèlerin arracha alors un poil, souffla dessus une haleine immortelle et cria : « Change-toi ! » Le poil devint aussitôt un aigle affamé qui déploya ailes et serres et, dans un sifflement, emporta tous ses viscères, son cœur et son foie. Nul ne sut où il s’envola pour les dévorer. Le taoïste ne fut plus qu’un spectre au ventre béant et à la poitrine vide, une âme errante sans viscères ni intestins. Les bourreaux abattirent le grand poteau et traînèrent le cadavre pour l’examiner. Ah ! C’était en réalité un cerf à cornes et au pelage blanc.

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Affolé, l’officier chargé de surveiller l’exécution revint faire son rapport : « Le deuxième Précepteur du royaume a connu un triste sort. Au moment où on lui ouvrait le ventre, un aigle affamé a emporté ses viscères, son foie et ses intestins. Il est mort sur place, et sa forme véritable est celle d’un cerf blanc à cornes. » Effrayé, le roi demanda : « Comment peut-il être un cerf à cornes ? » Le Grand Immortel Yangli présenta une nouvelle requête : « Puisque mon frère aîné est mort, comment pourrait-il révéler une forme animale ? Tout cela vient des sortilèges dont ce moine use pour nous nuire. Laissez-moi venger mes frères. » Le roi demanda : « Quel pouvoir possèdes-tu pour le vaincre ? » Yangli répondit : « Je rivaliserai avec lui en nous baignant dans une marmite d’huile bouillante. » Le roi ordonna donc d’apporter une grande marmite, de la remplir d’huile parfumée et de les laisser s’affronter. Le pèlerin dit : « Je vous remercie de votre obligeance. Voilà longtemps que ce petit moine ne s’est pas baigné ; depuis deux jours, sa peau est sèche et le démange. Il lui faut absolument aller se tremper un peu. »

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L’officier de service installa réellement la marmite, empila dessous du bois sec et alluma un feu violent. Quand l’huile se mit à bouillir, il ordonna au moine d’y descendre le premier. Le pèlerin joignit les paumes et demanda : « Dois-je prendre un bain civil ou un bain martial ? » Le roi demanda : « Qu’est-ce qu’un bain civil, et qu’est-ce qu’un bain martial ? » Le pèlerin répondit : « Pour le bain civil, on garde ses vêtements. Les mains croisées comme ceci, on descend faire une roulade, puis on ressort, sans avoir le droit de tacher ses habits. La moindre trace d’huile fait perdre l’épreuve. Pour le bain martial, il faut apporter un portant et une serviette ; on se déshabille, on saute dans la marmite et l’on s’y amuse à faire autant de culbutes et d’équilibres sur la tête que l’on veut. » Le roi demanda à Yangli : « Veux-tu prendre avec lui un bain civil ou un bain martial ? » Yangli répondit : « Pour le bain civil, je crains que ses vêtements n’aient été traités par quelque procédé alchimique qui les protège de l’huile. Choisissons le bain martial. »

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Le pèlerin s’avança encore : « Pardonnez mon audace ; j’ai pris la première place à plusieurs reprises. » Voyez-le retirer sa robe de toile et sa jupe en peau de tigre, puis bondir dans la marmite. Il y souleva des vagues et brassa les flots, s’amusant comme s’il flottait sur l’eau. À cette vue, Bajie se mordit le doigt et dit au moine Sha : « Nous nous sommes trompés sur ce singe. D’ordinaire, nous le provoquons par nos railleries et nos sarcasmes, simplement pour nous amuser avec lui ; qui aurait cru qu’il possédait de si véritables pouvoirs ? » Tous deux chuchotèrent sans se lasser de faire son éloge.

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Le pèlerin les aperçut et pensa avec méfiance : « Cet Idiot doit se moquer de moi. Comme on dit : “L’habile se donne beaucoup de peine, tandis que le maladroit reste oisif.” Le vieux Sun accomplit ici tous ces tours pendant que lui se tient bien tranquille. Je vais lui tendre un piège et voir s’il prendra peur. » Tout en se baignant, il fit jaillir une éclaboussure, plongea jusqu’au fond de la marmite et se changea en un petit clou gros comme un noyau de jujube. Il ne remonta plus.

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L’officier chargé de surveiller l’exécution s’avança et présenta un nouveau rapport : « Longue Vie, le petit moine a été cuit à mort dans l’huile bouillante. » Le roi fut ravi et ordonna qu’on repêchât ses os pour les examiner. Le bourreau plongea dans la marmite une grande écumoire de fer. Mais les trous en étaient larges et le clou en lequel le pèlerin s’était changé était minuscule : il allait et venait en passant à travers les ouvertures, si bien qu’on ne put le repêcher. L’officier rapporta encore : « Le corps du moine était frêle et ses os tendres ; tout a fondu dans la friture. » Le roi ordonna : « Saisissez les trois autres moines ! » Trouvant Bajie d’aspect féroce, les officiers placés des deux côtés commencèrent par le renverser et lui lièrent les mains derrière le dos.

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Affolé, Sanzang cria : « Votre Majesté, accordez encore un instant de grâce à ce pauvre religieux. Depuis qu’il s’est soumis à l’enseignement, mon disciple a accumulé les mérites tout au long du chemin. Aujourd’hui, pour avoir offensé le Précepteur du royaume, il est mort dans cette marmite d’huile. Or celui qui meurt le premier devient un esprit. Comment ce pauvre religieux oserait-il s’attacher à la vie ? De même que tous les fonctionnaires sous le ciel gouvernent les populations du monde, si Votre Majesté ordonne à son sujet de mourir, comment oserait-il refuser ? Je sollicite seulement votre généreuse faveur : accordez-moi un demi-bol d’eau de riz fermentée avec un peu de nourriture, ainsi que trois chevaux de papier. Permettez-moi d’aller devant la marmite, d’y brûler une liasse de monnaie funéraire et d’exprimer ainsi les sentiments qui unissent maître et disciple. Ensuite, j’accepterai mon châtiment. » Le roi répondit : « Soit. Les gens de l’Empire du Milieu ont souvent un profond sens du devoir. » Il ordonna qu’on lui apportât de la nourriture, de l’eau de riz et de la monnaie de papier. Tout fut réellement préparé et remis au moine des Tang.

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Le moine des Tang demanda au moine Sha de l’accompagner. Lorsqu’ils arrivèrent au bas des degrés, plusieurs officiers tenaient Bajie par les oreilles et le traînaient au bord de la marmite. Sanzang adressa cette prière à la marmite : « Mon disciple Sun Wukong… »

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Depuis que tu reçus les préceptes et rejoignis la communauté de méditation, profonde fut ta bonté en me protégeant sur la route de l’ouest.

J’espérais que nous accomplirions ensemble la Grande Voie ; comment aurais-je prévu qu’aujourd’hui tu rejoindrais le royaume des ombres ?

De ton vivant, tu ne songeais qu’à chercher les écritures ; après ta mort, garde encore un cœur qui invoque le Bouddha.

Que ton âme héroïque m’attende au terme des dix mille lis : même fantôme aux enfers, monte avec nous à Leiyin.

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En l’entendant, Bajie dit : « Maître, ce n’est pas ainsi qu’il faut prier. Moine Sha, verse à ma place l’offrande d’eau de riz et laisse-moi prononcer la prière. » L’Idiot, ligoté à terre, déclama d’un ton furieux : « Maudit singe qui attires le malheur ! Bimawen (« palefrenier céleste ») ignorant ! Maudit singe qui méritais la mort ! Bimawen (« palefrenier céleste ») cuit dans l’huile ! Le singe a réglé son compte, le palefrenier céleste a perdu sa lignée ! » Au fond de la marmite, le pèlerin Sun entendit l’Idiot l’accabler d’injures. Incapable de se contenir, il reprit sa forme véritable et se dressa, tout ruisselant, au fond de la marmite : « Lourdaud gavé d’ordures ! Qui es-tu en train d’insulter ? » En le voyant, le moine des Tang s’écria : « Mon disciple, tu m’as fait mourir de peur ! » Le moine Sha dit : « Notre frère a vraiment pris l’habitude de feindre la mort. »

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Affolés, les fonctionnaires civils et militaires des deux rangs s’avancèrent pour faire leur rapport : « Longue Vie, le moine n’est pas mort ; il vient de ressortir de la marmite d’huile. » Craignant d’avoir trompé la cour, l’officier chargé de surveiller l’exécution présenta une autre explication : « Il est bien mort, mais comme la date était néfaste, le petit moine revient manifester son âme. » À ces mots, le pèlerin entra dans une grande colère. Il sauta hors de la marmite, essuya l’huile, remit ses vêtements, tira son bâton, saisit l’officier et lui en asséna un coup sur la tête, le réduisant en une masse de chair : « Quelle âme serais-je donc venu manifester ? » Terrifiés, les nombreux fonctionnaires détachèrent vivement Bajie, puis s’agenouillèrent en implorant : « Pardonnez notre faute ! Pardonnez notre faute ! » Le roi descendit de son trône du dragon, mais le pèlerin monta dans la salle et le retint : « Votre Majesté, ne partez pas. Ordonnez d’abord à votre troisième Précepteur du royaume de descendre lui aussi dans la marmite d’huile. » Tremblant de tous ses membres, l’empereur dit : « Troisième Précepteur du royaume, sauvez-nous ! Descendez vite dans la marmite et ne laissez pas le moine nous frapper. »

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Yangli descendit de la salle, ôta ses vêtements à l’exemple du pèlerin et sauta dans la marmite d’huile. Lui aussi s’y agita comme s’il se baignait. Le pèlerin relâcha le roi, s’approcha de la marmite et ordonna aux hommes chargés du feu d’ajouter du bois. Puis il plongea la main dans l’huile. Ah ! Toute cette huile prétendument bouillante était glacée. Il songea : « Quand je me baignais, elle était brûlante ; quand c’est lui, elle devient froide. Je comprends : je ne sais quel Roi-Dragon le protège ici. » Il bondit aussitôt dans les airs, récita la formule du caractère « Om » et fit venir Ao Shun, Roi-Dragon de la mer du Nord : « Espèce de ver de terre cornu, de loche couverte d’écailles ! Pourquoi aides-tu ce taoïste ? Tu as placé un dragon froid sous la marmite afin qu’il manifeste sa sainteté et me batte ! » Terrifié, le Roi-Dragon multiplia les salutations : « Ao Shun n’oserait pas lui venir en aide. Le Grand Saint ignore ce qui se passe. Cette créature malfaisante s’est soumise à une longue ascèse et a réussi à se défaire de son enveloppe originelle ; mais seule sa transmission de la Loi des Cinq Tonnerres est authentique. Pour tout le reste, elle s’est engagée dans des voies latérales et ne saurait rejoindre la Voie des immortels. Il a appris au mont Xiaomao cette technique appelée Grand Dépouillement. Le Grand Saint a déjà brisé les pouvoirs des deux autres et leur a fait révéler leur forme véritable. Celui-ci a lui-même dressé ce dragon froid ; cela suffit à tromper les gens ordinaires et à les divertir, mais comment pourrait-il tromper le Grand Saint ? Ce petit dragon va maintenant reprendre son dragon froid : je garantis que ses os voleront en éclats et que sa peau brûlera. » Le pèlerin dit : « Reprends-le vite, si tu veux éviter les coups. » Le Roi-Dragon se changea en un tourbillon, gagna le bord de la marmite, saisit le dragon froid et l’emporta dans la mer. N’en parlons plus.

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Le pèlerin redescendit et se tint devant la salle avec Sanzang, Bajie et le moine Sha. Ils virent le taoïste se débattre dans la marmite d’huile bouillante sans pouvoir en sortir. Il glissa et retomba ; en un instant, ses os se déboîtèrent, sa peau brûla et sa chair se décomposa.

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L’officier chargé de surveiller l’exécution vint encore présenter son rapport : « Longue Vie, le troisième Précepteur du royaume a lui aussi fondu dans la friture. » Les yeux pleins de larmes, le roi frappa de la main la table impériale et éclata en sanglots :

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Il est difficile, vraiment difficile, d’obtenir un corps humain ; sans rencontrer la transmission véritable, gardez-vous de pratiquer l’alchimie.

On possède en vain l’art de commander aux esprits et d’enchanter les eaux, si l’on n’a pas la pilule qui prolonge les jours et préserve la vie.

Quand la parfaite clarté se trouble, comment atteindre le nirvana ? On épuise en vain son esprit et l’existence demeure sans paix.

Si j’avais su plus tôt qu’ils périraient si facilement, mieux aurait valu qu’ils vécussent cachés dans les montagnes, se nourrissant en sûreté.

C’est bien ce que disent ces vers :

À quoi bon changer la pierre en or et raffiner le mercure ? Appeler la pluie et commander au vent, tout cela n’est que vide !

On ignore finalement comment le maître et ses disciples se tirèrent de cette situation. Écoutez-en l’explication au prochain chapitre.

Texte chinois de Wou Tcheng-en (1592), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/西遊記.

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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