Lavis à l’encre : Sun Wukong, le Roi Singe, debout au sommet d’un piton rocheux au-dessus d’une mer de nuages, vêtu d’une tunique ceinte, un cerceau d’or autour de la tête et son long bâton de fer à la main ; des pics émergent au loin.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

La Pérégrination vers l’Ouest

Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe

Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. Aucune traduction française du 西遊記 n’est dans le domaine public : le roman est absent du Wikisource français, et les deux traductions intégrales existantes (Louis Avenol, 1957 ; André Lévy, 1991) sont sous droits. Le texte français ci-dessous a donc été établi à partir du seul chinois de 1592, chapitre par chapitre, par le modèle OpenAI gpt-5.6-sol, puis relu ; le chinois en regard, lui, est recopié verbatim et permet de le contrôler caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 1 La racine spirituelle, nourrie en son sein, fait jaillir la source et son cours ; — Le cœur et la nature, cultivés par la pratique, font naître la grande Voie.

La racine spirituelle, nourrie en son sein, fait jaillir la source et son cours ;

Le cœur et la nature, cultivés par la pratique, font naître la grande Voie.

Un poème dit :

西》。

Quand le chaos n’était pas séparé, ciel et terre se confondaient ; dans l’immensité brumeuse, nul être ne se voyait.

Depuis que Pangu rompit la confusion primordiale, la création s’ouvrit et le pur se distingua du trouble.

Sous la voûte et sur la terre, tous les êtres révèrent la suprême bonté ; une fois manifestées, les dix mille créatures accomplissent leur nature bonne.

Pour connaître l’œuvre des cycles de la création, il faut lire La Pérégrination vers l’Ouest, récit de la délivrance des épreuves.

西:「。」。《:「。」:「。」

On rapporte que, selon les nombres du ciel et de la terre, cent vingt-neuf mille six cents ans forment une ère. Chaque ère se divise en douze périodes, correspondant aux douze rameaux terrestres : zi, chou, yin, mao, chen, si, wu, wei, shen, you, xu et hai. Chaque période compte dix mille huit cents ans. Prenons pour comparaison une seule journée : à l’heure zi naît le souffle yang ; à chou, le coq chante ; à yin, la lumière n’a pas encore percé ; à mao, le soleil se lève ; à chen vient le repas ; à si, chacun se met à l’ouvrage ; à wu, le soleil est au milieu du ciel ; à wei, il décline vers l’ouest ; à shen vient l’heure de la collation ; à you, le soleil se couche ; à xu tombe le crépuscule ; à hai, les hommes reposent. Il en va de même pour les grands nombres : à la fin de la période xu, le ciel et la terre s’obscurcissent et les dix mille êtres entrent en stagnation. Cinq mille quatre cents ans plus tard commence la période hai : tout est alors plongé dans les ténèbres, et il n’existe plus rien ni personne entre ciel et terre. C’est pourquoi on parle de chaos. Après cinq mille quatre cents autres années, lorsque la période hai approche de son terme, l’achèvement engendre un nouveau commencement ; à l’approche de la période zi, la clarté reparaît peu à peu. Shao Kangjie a dit : « Au solstice d’hiver, à mi-chemin de zi, le cœur du ciel demeure immuable. Au lieu où s’ébranle le premier yang, les dix mille êtres ne sont pas encore nés. » C’est alors que le ciel commence à prendre racine. Cinq mille quatre cents ans plus tard, au cœur de la période zi, ce qui est léger et pur s’élève : il y a le soleil, la lune, les étoiles et les constellations. Soleil, lune, étoiles et constellations sont appelés les Quatre Figures. C’est pourquoi l’on dit que le ciel s’ouvrit à zi. Après cinq mille quatre cents autres années, quand la période zi touche à sa fin et que la période chou approche, la matière se raffermit peu à peu. Le Livre des Mutations dit : « Grande est l’origine créatrice du Ciel ! Suprême est l’origine réceptive de la Terre ! Les dix mille êtres y puisent leur naissance, et la Terre suit le Ciel avec soumission. » C’est alors que la terre commence à se condenser. Cinq mille quatre cents ans plus tard, au cœur de la période chou, ce qui est lourd et trouble descend et se fige : il y a l’eau, le feu, les montagnes, les pierres et le sol. Eau, feu, montagnes, pierres et sol sont appelés les Cinq Formes. C’est pourquoi l’on dit que la terre s’ouvrit à chou. Après cinq mille quatre cents autres années, à la fin de la période chou et au début de la période yin, les dix mille êtres viennent à l’existence. Le Calendrier dit : « Le souffle du ciel descend, celui de la terre monte ; ciel et terre s’unissent, et tous les êtres naissent. » Alors le ciel devient pur, la terre sereine, et le yin s’unit au yang. Cinq mille quatre cents ans plus tard, au cœur de la période yin, naissent les hommes, les bêtes et les oiseaux : le ciel, la terre et l’homme, les Trois Puissances, prennent chacun leur place. C’est pourquoi l’on dit que l’homme naquit à yin.

西

Depuis que Pangu ouvrit le monde, que les Trois Souverains gouvernèrent les âges anciens et que les Cinq Empereurs fixèrent les rapports humains, le monde se divisa en quatre grands continents : le Continent divin de l’Est, le Continent du Bœuf à l’Ouest, le Continent du Jambu au Sud et le Continent de Kuru au Nord. Le présent livre ne parle que du Continent divin de l’Est. Au-delà des mers se trouvait un pays nommé royaume d’Aolai. Près de ce royaume s’étendait la mer, et dans cette mer se dressait une montagne célèbre appelée la Montagne des Fleurs et des Fruits. Elle était la veine ancestrale des dix continents et l’origine des chaînes conduisant aux trois îles ; elle se dressa lorsque le pur se sépara du trouble et prit forme après la division de la confusion primordiale. Quelle admirable montagne ! Une pièce descriptive en porte témoignage. Elle dit :

鹿

Sa masse contient l’immensité des eaux, sa majesté apaise la mer de jade.

Sa masse contient l’immensité des eaux : la marée soulève des montagnes d’argent, et les poissons regagnent leurs grottes ;

Sa majesté apaise la mer de jade : les flots roulent des vagues de neige, et les dragons marins quittent les abysses.

Elle s’élève au-dessus des régions de l’eau et du feu ; au sein de la mer Orientale se dresse sa cime altière.

Falaises de cinabre et rochers étranges, parois abruptes et pics merveilleux.

Sur les falaises de cinabre, deux phénix aux couleurs éclatantes chantent de concert ;

Devant les parois abruptes, un qilin solitaire repose.

Au sommet des pics, on entend souvent chanter le faisan doré ; dans les grottes de pierre, on voit sans cesse entrer et sortir les dragons.

Dans les bois vivent des cerfs de longévité et des renards immortels ; dans les arbres nichent des oiseaux spirituels et de sombres grues.

Les herbes de jade et les fleurs merveilleuses ne se fanent jamais ; les pins verts et les cyprès d’émeraude connaissent un printemps éternel.

Les pêchers immortels portent toujours leurs fruits ; les hauts bambous retiennent sans cesse les nuages.

Dans un ravin profond s’enchevêtrent lianes et rotins ; sur les plateaux et les berges alentour, l’herbe garde une fraîche couleur.

C’est bien là, au confluent des cent rivières, le pilier qui soutient le ciel ; la racine de la vaste terre, immuable à travers dix mille âges.

便殿:「。」:「。」

Tout au sommet de cette montagne se trouvait une pierre immortelle. Elle mesurait trois zhang, six chi et cinq cun de haut, pour deux zhang et quatre chi de circonférence. Sa hauteur de trois zhang, six chi et cinq cun répondait aux trois cent soixante-cinq degrés de la révolution céleste ; sa circonférence de deux zhang et quatre chi répondait aux vingt-quatre périodes du calendrier. Elle avait neuf ouvertures et huit orifices, correspondant aux Neuf Palais et aux Huit Trigrammes. Aucun arbre alentour ne lui donnait d’ombre, mais des lingzhi et des orchidées l’agrémentaient de part et d’autre. Depuis l’ouverture du monde, elle recevait sans cesse la pureté du ciel, la beauté de la terre, l’essence du soleil et la splendeur de la lune. Longtemps pénétrée par elles, elle finit par acquérir une puissance spirituelle. Elle nourrit en son sein un embryon immortel ; un jour, elle éclata et donna naissance à un œuf de pierre, gros comme une balle ronde. Au contact du vent, celui-ci se changea en singe de pierre, pourvu des cinq traits du visage et de quatre membres complets. Il apprit aussitôt à ramper et à marcher, puis salua les quatre directions. De ses yeux jaillirent deux rayons d’or qui montèrent jusqu’au palais de la Grande Ourse. Ils émurent, au plus haut des cieux, le saint souverain d’immense compassion et de bonté, l’Auguste Vénérable de Jade, Grand Empereur du Profond Firmament, qui siégeait dans la salle précieuse de l’Empyrée, au palais de nuages aux portes d’or. Il réunit les dignitaires immortels et, voyant flamboyer cette lumière dorée, ordonna à Œil-qui-voit-à-mille-lieues et à Oreille-qui-suit-le-vent d’ouvrir la Porte céleste du Sud pour l’examiner. Les deux généraux obéirent, sortirent, regardèrent avec précision et écoutèrent distinctement. Peu après, ils revinrent faire leur rapport : « Sur l’ordre de Votre Majesté, vos sujets ont observé et écouté le lieu d’où vient cette lumière d’or. Il se trouve aux confins du petit royaume d’Aolai, à l’est des mers, sur le Continent divin de l’Est. Là se dresse la Montagne des Fleurs et des Fruits. Une pierre immortelle qui s’y trouvait a produit un œuf ; au contact du vent, celui-ci s’est changé en singe de pierre. Il salue les quatre directions, et de ses yeux jaillit une lumière dorée qui monte jusqu’au palais de la Grande Ourse. Maintenant qu’il absorbe de l’eau et de la nourriture, cette lumière va peu à peu s’éteindre. » L’Empereur de Jade abaissa sur eux son regard bienveillant et dit : « Cet être du monde inférieur est né de l’essence du ciel et de la terre ; il n’y a là rien d’étonnant. »

鹿,獼宿:「。」

Dans la montagne, ce singe savait marcher, courir et bondir. Il mangeait les plantes, buvait aux torrents, cueillait les fleurs sauvages et cherchait les fruits des arbres. Il avait pour compagnons les loups et les insectes, vivait en bande avec les tigres et les léopards, se liait avec les chevreuils et les cerfs, et tenait les macaques et les gibbons pour ses parents. La nuit, il dormait sous les falaises ; le matin, il jouait parmi les pics et les grottes. En vérité : « Dans les montagnes, on ne compte ni jours ni mois ; l’hiver s’achève sans qu’on sache l’année. »

Un jour qu’il faisait très chaud, il s’abritait avec la troupe des singes sous l’ombre des pins, où tous jouaient à leur guise. Voyez-les, chacun à sa manière :

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Ils sautent aux arbres, grimpent aux branches, cueillent des fleurs et cherchent des fruits ;

Ils lancent des boulettes, jouent avec des tessons ;

Ils courent dans le sable, bâtissent des pagodes ;

Ils poursuivent les libellules et attrapent les cigales ;

Ils saluent le vieux Ciel et se prosternent devant les bodhisattvas ;

Ils arrachent des lianes de kudzu et tressent des coiffures d’herbe ;

Ils cherchent leurs poux, les mordent et les pincent ;

Ils lissent leur pelage et se curent les ongles.

Les uns se serrent, les autres se frottent ; les uns se poussent, les autres s’écrasent ;

Ceux-ci se tiraillent, ceux-là se traînent :

Sous les pins verts, ils jouent en toute liberté ; au bord du clair torrent, ils se lavent à leur gré.

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Après s’être amusée un moment, la troupe des singes alla se baigner dans le torrent. Ils virent son eau dévaler en bouillonnant, pareille à une avalanche de melons roulants et d’éclaboussures jaillissantes. Comme le dit l’ancien adage : « Les oiseaux ont leur langage, les bêtes ont leur parler. » Tous les singes dirent : « Nous ignorons d’où vient cette eau. Puisque nous avons aujourd’hui du loisir et rien à faire, remontons le torrent jusqu’à sa source : ce sera une promenade ! » À ce cri, ils entraînèrent mâles et femelles, appelèrent frères cadets et frères aînés, puis accoururent tous ensemble. Remontant le torrent et gravissant la montagne jusqu’à son origine, ils découvrirent une source jaillissante qui tombait en cascade. On voyait alors :

Un grand arc-en-ciel blanc se lever, mille toises de vagues neigeuses s’envoler.

Le vent marin ne peut les rompre ; la lune du fleuve les éclaire, elles demeurent.

Leur souffle froid se partage entre les escarpements bleus ; leur cours résiduel abreuve les pentes verdoyantes.

Ce murmure incessant porte le nom de cascade : on dirait vraiment un rideau suspendu.

:「。」:「。」:「。」

Les singes applaudirent et s’écrièrent avec admiration : « Quelle belle eau ! Quelle belle eau ! Elle communique donc au loin avec le pied de la montagne et rejoint directement les vagues de la grande mer. » Ils ajoutèrent : « Celui qui aura le talent de pénétrer là-dedans, d’en trouver la source et d’en ressortir sans blessure, nous le reconnaîtrons pour roi. » Ils répétèrent cet appel trois fois. Soudain, un singe de pierre jaillit des fourrés et cria en réponse : « J’y vais ! J’y vais ! » Quel excellent singe ! C’était bien pour lui :

Aujourd’hui, son illustre nom va se révéler ; l’heure est venue, sa grande fortune s’ouvre.

Le destin lui réserve de demeurer en ce lieu ; sa dignité royale l’envoie pénétrer dans le palais immortel.

Voyez-le fermer les yeux, ramasser son corps puis, d’une détente, bondir droit dans la cascade. Soudain, il rouvrit les yeux et leva la tête : à l’intérieur, il n’y avait ni eau ni vague, mais un pont parfaitement visible et baigné de lumière. Il s’immobilisa, reprit ses esprits et regarda attentivement : c’était un pont de plaques de fer. Sous le pont, l’eau traversait des ouvertures dans la roche, puis retombait vers l’extérieur, formant un rideau qui dissimulait l’entrée. Il se pencha, monta sur le pont et poursuivit son exploration. L’endroit semblait avoir été habité : c’était vraiment un séjour admirable. On y voyait :

滿竿竿

La mousse d’émeraude entasse ses bleus, les nuages blancs flottent comme du jade, et la lumière fait ondoyer les brumes irisées.

Fenêtres ouvertes sur le vide, chambres silencieuses, bancs polis où naissent des fleurs.

Aux grottes de stalactites pendent des perles de dragon ; partout alentour s’enroulent des fleurs merveilleuses.

Près de la falaise, marmites et fourneaux gardent des traces de feu ; contre les tables, vases et jarres conservent des restes de mets.

Sièges et lits de pierre sont vraiment charmants ; bassins et bols de pierre méritent plus encore les éloges.

On voit aussi une ou deux tiges de haut bambou, trois ou cinq fleurs de prunier.

Quelques pins verts portent toujours la pluie : l’ensemble ressemble exactement à une demeure humaine.

」。

Après avoir longuement contemplé les lieux, il franchit le milieu du pont et regarda de tous côtés. Juste au centre se dressait une stèle de pierre, où une ligne de grands caractères en écriture régulière avait été gravée : « Terre bénie de la Montagne des Fleurs et des Fruits, séjour céleste de la Grotte du Rideau d’Eau. »

便:「!」:「?」:「。」:「?」:「』。

Le singe de pierre, hors de lui de joie, fit vivement demi-tour. Il referma les yeux, ramassa son corps et bondit hors de l’eau. Il poussa deux éclats de rire et s’écria : « Quelle prodigieuse fortune ! Quelle prodigieuse fortune ! » Les singes l’entourèrent et demandèrent : « Comment est l’intérieur ? L’eau est-elle profonde ? » Le singe de pierre répondit : « Il n’y a pas d’eau ! Pas d’eau ! Il y a un pont de plaques de fer, et de l’autre côté se trouve une demeure créée par le ciel et disposée par la terre. » Les singes demandèrent : « Comment sais-tu que c’est une demeure ? » Le singe de pierre répondit en riant : « Cette eau traverse le dessous du pont de pierre, puis retombe devant l’entrée et la dissimule. Près du pont, il y a des fleurs et des arbres, ainsi qu’une maison de pierre. À l’intérieur se trouvent des foyers, un fourneau, des bols, des bassins, des lits et des bancs, tous en pierre. Au milieu, une stèle porte cette inscription : “Terre bénie de la Montagne des Fleurs et des Fruits, séjour céleste de la Grotte du Rideau d’Eau.” C’est véritablement un lieu où nous établir. L’intérieur est très vaste et pourrait abriter un millier de jeunes et de vieux. Entrons tous y demeurer : nous n’aurons plus à subir les caprices du ciel. Là-dedans :

耀。」

Quand souffle le vent, on trouve où s’abriter ; quand tombe la pluie, on peut aisément se protéger.

Du givre et de la neige, on ne craint absolument rien ; jamais on n’entend le tonnerre.

Les brumes irisées y répandent toujours leur éclat ; les heureux présages y exhalent sans cesse leurs vapeurs.

Pins et bambous verdissent d’année en année ; les fleurs merveilleuses se renouvellent chaque jour. »

:「。」:「。」:「,『。』?」」。」。

En entendant cela, tous les singes se réjouirent. Ils dirent : « Passe encore devant et conduis-nous à l’intérieur ! Entrons ! » Le singe de pierre referma les yeux, ramassa son corps et sauta de nouveau à l’intérieur en criant : « Suivez-moi tous ! Entrez ! » Les plus hardis bondirent aussitôt ; les peureux avançaient puis retiraient la tête, se grattaient les oreilles et les joues, criaient à tue-tête et s’attardaient, mais finirent tous par entrer. Dès qu’ils eurent franchi le pont, chacun arracha aux autres bassins et bols, s’empara du fourneau ou se disputa les lits ; ils transportaient ceci, déplaçaient cela. Telle est la nature indocile des singes : aucun ne resta tranquille un instant, et ils ne cessèrent que lorsque leurs forces et leur esprit furent épuisés. Le singe de pierre s’assit solennellement au-dessus d’eux et dit : « Messieurs, “on ne sait que faire d’un homme sans parole”. Vous avez déclaré tout à l’heure que celui qui aurait le talent d’entrer ici et d’en ressortir sans blessure serait reconnu pour roi. Or je suis entré puis ressorti, ressorti puis rentré ; j’ai trouvé pour vous ce séjour céleste où vous pourrez dormir en paix et goûter chacun le bonheur d’avoir un foyer. Pourquoi ne me reconnaissez-vous pas pour roi ? » À ces mots, tous les singes s’inclinèrent et se soumirent sans protester. Rangés par âge et par ordre, ils se prosternèrent devant lui en l’acclamant : « Vive notre grand roi pour mille ans ! » Dès lors, le singe de pierre monta sur le trône royal ; il retrancha le mot « pierre » de son appellation et prit le titre de Beau Roi des Singes. Un poème en témoigne. Il dit :

Les trois yang unis dans l’harmonie font naître tous les êtres ; l’embryon de la pierre immortelle contient l’essence du soleil et de la lune.

Empruntant un œuf, il devient singe et accomplit la grande Voie ; prenant nom et prénom, il parachève l’élixir.

Regardant au-dedans, il ne connaît pas, car il est sans forme ; s’accordant au-dehors, il sait clairement qu’il prend forme.

À travers toutes les générations, chaque homme relève de ce principe ; qu’il se nomme roi ou saint, libre à lui de parcourir le monde.

、獼使宿

Le Beau Roi des Singes prit la tête d’une troupe de gibbons, de macaques, de singes-chevaux et d’autres encore, auxquels il répartit les charges de souverain, de ministres, d’assistants et d’officiers. Le matin, ils parcouraient la Montagne des Fleurs et des Fruits ; le soir, ils dormaient dans la Grotte du Rideau d’Eau. Unis de cœur et de sentiment, ils ne se mêlaient ni aux bandes d’oiseaux ni aux espèces des bêtes terrestres. Seul maître chez lui, le Roi goûtait une joie sans bornes. Ainsi :

Au printemps, ils cueillent cent fleurs pour nourriture ; en été, ils cherchent tous les fruits pour subsister.

À l’automne, ils récoltent taros et châtaignes afin de prolonger la saison ; en hiver, ils trouvent du polygonatum pour traverser l’année.

:「?」:「。」:「?」:「?」

Le Beau Roi des Singes jouissait de son heureuse nature depuis peut-être trois à cinq cents ans lorsqu’un jour, au milieu d’un joyeux banquet avec sa troupe, il fut soudain saisi de tristesse et se mit à pleurer. Les singes, alarmés, se prosternèrent autour de lui et demandèrent : « Pourquoi notre roi se tourmente-t-il ? » Le Roi des Singes répondit : « Même au milieu de ma joie, je garde une lointaine inquiétude, et c’est pourquoi je m’afflige. » Les singes rirent encore : « Notre roi est vraiment difficile à satisfaire ! Chaque jour, nous festoyons dans une montagne immortelle et une terre bénie, au sein d’une antique grotte du Continent divin. Nous ne sommes ni assujettis au qilin, ni gouvernés par le phénix, ni soumis au trône des rois humains. Libres et indépendants, nous jouissons d’un bonheur sans mesure. Pourquoi donc prévoir si loin et s’en affliger ? » Le Roi des Singes dit : « Aujourd’hui, je ne relève certes pas des lois des rois humains et ne redoute pas l’autorité des oiseaux ni des bêtes ; mais lorsque viendront la vieillesse et le déclin du sang, le vieux roi Yama me tiendra secrètement sous sa juridiction. Si je meurs un jour, n’aurai-je pas vécu en vain dans ce monde, sans pouvoir demeurer longtemps au nombre des êtres célestes et des hommes ? » À ces paroles, tous les singes se couvrirent le visage et sanglotèrent, désormais préoccupés par l’impermanence.

:「。」:「?」:「。」:「?」:「。」滿:「。」使:「。」

Soudain, du milieu des rangs, jaillit un gibbon à longs bras, qui s’écria d’une voix forte : « Si notre roi nourrit une telle inquiétude, c’est vraiment que son cœur s’éveille à la Voie. Or, parmi les cinq catégories d’êtres, trois espèces seulement ne sont pas soumises au vieux roi Yama. » Le Roi des Singes demanda : « Sais-tu quelles sont ces trois espèces ? » Le gibbon répondit : « Ce sont les bouddhas, les immortels et les saints divins. Ils échappent au cycle des renaissances, ne naissent ni ne périssent, et vivent aussi longtemps que le ciel, la terre, les montagnes et les rivières. » Le Roi des Singes demanda : « Où demeurent-ils ? » Le gibbon répondit : « Ils se trouvent dans le monde de Jambudvipa, au sein d’antiques grottes et de montagnes immortelles. » À ces mots, le Roi des Singes fut transporté de joie : « Demain, je vous ferai mes adieux et descendrai de la montagne. Je parcourrai les confins des mers et voyagerai jusqu’aux extrémités du monde. Il me faut absolument trouver l’un de ces trois ordres, apprendre le moyen de vivre éternellement sans vieillir et échapper pour toujours aux calamités du seigneur Yama. » Ah ! Cette seule parole lui fit soudain bondir hors du filet des renaissances et permit au Grand Saint Égal du Ciel de s’accomplir. Les singes applaudirent et s’écrièrent tous : « Excellent ! Excellent ! Dès demain, nous franchirons monts et crêtes, chercherons quantité de fruits et préparerons un grand banquet pour le départ de notre roi. »

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Le lendemain, les singes allèrent effectivement cueillir des pêches immortelles et des fruits extraordinaires, déterrer des ignames et arracher du polygonatum. Lingzhi, orchidées, eupatoires parfumées, herbes de jade et fleurs merveilleuses : ils disposèrent chaque chose avec un ordre parfait, dressèrent tables et bancs de pierre, puis alignèrent vins immortels et mets divins. On voyait alors :

漿西滿

Billes d’or et perles rondes, rouges éclatants et jaunes charnus.

Billes d’or et perles rondes, les cerises d’hiver ont une couleur vive et une douceur exquise ;

Rouges éclatants et jaunes charnus, les prunes mûres ont une saveur réellement parfumée et acidulée.

Les longanes frais ont la chair douce et la peau fine ; les litchis de feu, un petit noyau sous une enveloppe rouge.

On offre sur leurs branches les fruits verts du pommier chinois ; on présente avec leurs feuilles les grappes jaune pâle des bibasses.

Poires à tête de lièvre et jujubes en cœur de poule apaisent la soif et les tourments, et dissipent même l’ivresse.

Pêches odorantes et abricots fondants, délicieux et doux comme une liqueur de jade ou un nectar précieux ;

Prunes croquantes et arbouses, acidulées et fraîches comme graisse onctueuse, crème et lait caillé.

La pastèque mûre enferme ses pépins noirs dans une pulpe rouge ; le gros kaki ouvre en quatre sa peau jaune.

La grenade éclate : ses grains de cinabre apparaissent comme des perles de cristal enflammé ;

Taros et châtaignes s’ouvrent : leur chair ferme forme des blocs d’agate dorée.

Noix et gingko peuvent accompagner le thé ; noix de coco et raisins peuvent servir à faire du vin.

Noisettes, graines de pin, torreya et pommes emplissent les plats ; mandarines, cannes à sucre, agrumes et oranges couvrent les tables.

Les ignames sont cuites lentement à point ; le polygonatum, longuement bouilli jusqu’à tendreté.

On pile ensemble poria et graines de larme-de-Job, puis, dans une marmite de pierre, on laisse doucement mijoter la soupe à petit feu.

Le monde des hommes aurait beau posséder les plus savoureux trésors, comment les comparer à la joie paisible des singes de la montagne ?

Les singes installèrent le Beau Roi des Singes à la place d’honneur, puis se rangèrent au-dessous de lui selon leur âge. L’un après l’autre, ils s’avancèrent pour lui offrir vin, fleurs et fruits, et burent à satiété durant toute la journée.

:「竿。」栰,

Le lendemain, le Beau Roi des Singes se leva de bonne heure et ordonna : « Petits, cassez pour moi quelques branches de pin sèches et assemblez-les en radeau ; prenez une tige de bambou pour en faire une perche et préparez quelques fruits et autres provisions. Je vais partir. » Il monta seul sur le radeau, poussa de toutes ses forces et, ballotté au fil des eaux, gagna directement la haute mer. Profitant du vent céleste, il entreprit de traverser vers le territoire du Continent du Jambu au Sud. Ce départ fut bien tel que le décrit ce poème :

Le singe immortel né du ciel possède une haute pratique de la Voie ; quittant sa montagne sur un radeau, il profite du vent céleste.

Il franchit les océans et traverse les mers pour chercher la voie des immortels ; résolu, l’esprit recueilli, il veut accomplir une grande œuvre.

Destin et affinités lui permettront de renoncer aux désirs profanes ; libre de souci et d’inquiétude, il rencontrera le maître véritable.

Il trouvera certainement celui qui saura le comprendre et lui révélera la source et le cours par lesquels se pénètrent les dix mille méthodes.

西𡤫穿穿宿

Sa fortune était arrivée et son heure était venue. Dès qu’il fut monté sur son radeau de bois, un fort vent du sud-est souffla plusieurs jours de suite et le poussa jusqu’à la côte nord-ouest, sur le territoire du Continent du Jambu au Sud. Il sonda l’eau avec sa perche et, l’ayant trouvée peu profonde, abandonna son radeau et sauta sur le rivage. Là, il vit des hommes qui pêchaient, chassaient les oies sauvages, déterraient des coquillages ou récoltaient du sel. Il s’approcha, fit quelques grimaces et prit une mine monstrueuse, si bien que ces gens jetèrent paniers et filets et s’enfuirent de tous côtés. Il en attrapa un qui ne courait pas assez vite, lui ôta ses vêtements et apprit à les porter lui-même. Se dandinant sur les routes, il traversa préfectures et provinces ; dans les marchés, il imita les manières et le langage des hommes. Mangeant le matin et dormant le soir là où il le pouvait, il ne songeait qu’à s’informer de la voie des bouddhas, des immortels et des saints divins, et à chercher une méthode de longue vie sans vieillesse. Mais il constata que les gens du monde ne recherchaient que renom et profit, sans que nul se souciât de sa propre vie. C’est bien ce que disent ces vers :

駿

Quand cesserez-vous de disputer le renom et d’arracher le profit ? Levés tôt, couchés tard, vous n’êtes jamais libres !

Montés sur ânes et mulets, vous rêvez de nobles coursiers ; parvenus au rang de ministre, vous convoitez celui de prince.

Vous ne craignez que de manquer de vêtements et de nourriture, et vous vous épuisez au labeur ; comment redouteriez-vous que le seigneur Yama vienne vous saisir ?

Vous comptez sur vos héritiers et protégez vos petits-fils dans l’espoir des richesses et des honneurs ; pas un seul ne consent à se retourner.

西栰,西西

Le Roi des Singes visita partout les maîtres de la voie immortelle, mais son destin ne lui permit aucune rencontre. Sur le Continent du Jambu au Sud, il parcourut de grandes cités fortifiées et visita de petites sous-préfectures ; huit ou neuf années passèrent ainsi sans qu’il s’en aperçût. Il arriva soudain au bord de la grande mer Occidentale et pensa que des immortels devaient certainement vivre au-delà des mers. Comme auparavant, il construisit seul un radeau, traversa encore la mer de l’Ouest et atteignit directement le territoire du Continent du Bœuf à l’Ouest. Après avoir débarqué, il chercha longtemps en tous lieux. Soudain, il aperçut une haute montagne d’une beauté remarquable, aux forêts profondes et retirées. Sans craindre loups ni insectes, tigres ni léopards, il gravit le sommet pour observer les alentours. C’était réellement une admirable montagne :

Mille pics dressent leurs hallebardes, dix mille hauteurs déploient leurs écrans.

Le soleil éclaire les brumes, qui voilent légèrement l’émeraude ; après la pluie, les teintes sombres gardent une fraîcheur bleutée.

De maigres lianes enlacent de vieux arbres ; un antique gué marque le chemin solitaire.

Fleurs merveilleuses et herbes propices, hauts bambous et pins majestueux.

Hauts bambous et pins majestueux, verts depuis dix mille ans, surpassent une terre bénie ;

Fleurs merveilleuses et herbes propices, jamais fanées au fil des quatre saisons, rivalisent avec Penglai et Yingzhou.

Tout près chantent les oiseaux des retraites profondes ; les sources originelles font entendre un clair ruissellement.

Dans chaque vallée sinueuse s’enroulent lingzhi et orchidées ; sur chaque falaise escarpée croissent mousses et lichens.

Sous les cimes ondoyantes court une excellente veine de dragon : quelque homme éminent doit assurément y cacher son nom.

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Tandis qu’il observait, il entendit soudain une voix humaine dans les profondeurs de la forêt. Il pressa le pas, pénétra sous les arbres et tendit l’oreille : quelqu’un chantait. Le chant disait :

》。」

« Je regarde jouer aux échecs jusqu’à ce que le manche de ma hache pourrisse ; le bois résonne sous les coups, et je marche lentement à l’entrée de la vallée, au bord des nuages.

Je vends mon bois pour acheter du vin ; par mes rires débridés, je réjouis mon propre cœur.

À l’automne, sur le sentier verdoyant, je contemple la lune ; la tête sur une racine de pin, je dors d’un trait jusqu’au jour.

Je reconnais mon ancienne forêt, gravis falaises et crêtes, et de ma hache tranche les lianes sèches.

Quand j’en ai réuni toute une charge, je vais chantant au marché l’échanger contre trois mesures de riz.

Je n’ai pas la moindre rivalité ; les prix du moment me conviennent toujours.

Je ne connais ni ruse ni calcul habile ; sans gloire ni humiliation, je prolonge paisiblement ma vie.

Ceux que je rencontre sont immortels ou hommes de la Voie ; assis dans la quiétude, nous parlons du Livre de la Cour jaune. »

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En entendant ces paroles, le Beau Roi des Singes fut transporté de joie : « Les immortels se cachent donc ici ! » Il bondit aussitôt au fond du bois et regarda attentivement. Ce n’était qu’un bûcheron qui levait sa hache pour couper du bois. Mais voyez son accoutrement peu commun :

穿綿

Sur sa tête, il porte un chapeau de bambou : c’est la gaine qu’une jeune pousse vient de quitter.

Sur son corps, il porte une tunique de toile : c’est un fil tiré du coton.

À sa taille, il noue une ceinture tressée : c’est la soie sortie de la bouche des vieux vers.

Sous ses pieds, il chausse des sandales d’herbe : ce sont de sèches laîches fendues et tressées.

À la main, il tient une hache d’acier massif ; sur l’épaule, une corde de chanvre.

Il courbe les pins et fend les arbres morts : quel bûcheron égalerait son adresse ?

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Le Roi des Singes s’approcha et l’interpella : « Vénérable immortel, ton disciple te salue. » Le bûcheron, effrayé, jeta vivement sa hache, se retourna et lui rendit son salut : « Je ne mérite pas ce titre ! Je ne le mérite pas ! Je suis un pauvre rustre qui n’a même pas de quoi se vêtir et se nourrir convenablement ; comment oserais-je accepter le nom d’immortel ? » Le Roi des Singes demanda : « Si tu n’es pas un immortel, comment peux-tu prononcer des paroles d’immortel ? » Le bûcheron répondit : « Quelles paroles d’immortel ai-je prononcées ? » Le Roi des Singes dit : « En arrivant à la lisière du bois, je t’ai entendu chanter : “Ceux que je rencontre sont immortels ou hommes de la Voie ; assis dans la quiétude, nous parlons du Livre de la Cour jaune.” Le Livre de la Cour jaune contient les paroles véritables de la Voie et de sa vertu. Si tu n’es pas un immortel, qu’es-tu donc ? » Le bûcheron répondit en riant : « À vrai dire, ce chant s’intitule Parfum emplissant la cour. Un immortel me l’a enseigné. Il habite près de ma demeure et, voyant combien mes affaires familiales me donnent de peine et de soucis chaque jour, il m’a appris à réciter ce chant quand je suis tourmenté : d’une part, cela me distrait ; d’autre part, cela dissipe ma fatigue. J’avais justement quelques tracas en tête et je le récitais pour cette raison, sans m’attendre à ce que tu m’entendes. » Le Roi des Singes dit : « Puisque ta maison voisine avec celle d’un immortel, pourquoi ne pratiques-tu pas auprès de lui ? Ne serait-il pas bon d’apprendre une méthode pour ne jamais vieillir ? » Le bûcheron répondit : « Mon destin a toujours été pénible. Mes parents m’ont élevé jusqu’à l’âge de huit ou neuf ans, quand je commençais à comprendre les choses humaines ; malheureusement, mon père est mort et ma mère est restée veuve. Je n’ai ni frère ni sœur, je suis seul et n’ai d’autre choix que de la servir matin et soir. À présent qu’elle est âgée, j’ose moins encore l’abandonner. Comme nos champs et notre jardin restent en friche et que nous manquons de vêtements et de nourriture, je dois couper quelques fagots, les porter au marché, les vendre pour quelques sapèques et acheter quelques mesures de riz. Je cuisine moi-même, prépare thé et repas, et nourris ainsi ma vieille mère. Voilà pourquoi je ne peux pratiquer la Voie. »

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Le Roi des Singes dit : « À t’entendre, tu es un homme de bien qui pratique la piété filiale ; plus tard, tu en recevras certainement une heureuse récompense. Mais je te prie de m’indiquer la demeure de cet immortel, afin que j’aille lui rendre visite. » Le bûcheron répondit : « Ce n’est pas loin, pas loin. Cette montagne se nomme le mont du Cœur et de l’Esprit, et elle abrite une grotte appelée Grotte de la Lune oblique et des Trois Étoiles. Un immortel y demeure, que l’on nomme le Patriarche Subhūti. Les disciples qui ont quitté son école sont déjà innombrables, et trente ou quarante autres pratiquent encore aujourd’hui auprès de lui. Suis ce petit sentier vers le sud pendant sept ou huit li environ : tu arriveras chez lui. » Le Roi des Singes saisit le bûcheron par la main : « Mon frère, accompagne-moi donc. Si j’en retire quelque bienfait, je n’oublierai jamais que je le dois à tes indications. » Le bûcheron répondit : « Quel homme incapable de comprendre les circonstances ! Je viens de tout t’expliquer et tu ne saisis toujours pas ? Si je partais avec toi, ne manquerais-je pas mon travail ? Qui nourrirait ma vieille mère ? Je dois couper du bois. Va donc seul ! Va ! »

À ces mots, le Roi des Singes dut prendre congé de lui. Sorti de la forêt profonde, il retrouva le sentier, franchit un versant et, après sept ou huit li environ, aperçut effectivement une grotte servant de résidence. Il se redressa pour l’examiner : quel lieu admirable ! On voyait :

鹿

Les brumes irisées dispersent leurs couleurs, le soleil et la lune font ondoyer leur lumière.

Mille vieux cyprès, dix mille nœuds de hauts bambous.

Mille vieux cyprès, chargés de pluie, étendent au milieu du ciel leur lente verdure ;

Dix mille nœuds de hauts bambous, enveloppés de brume, emplissent le vallon de teintes sombres.

Devant la porte, des fleurs merveilleuses déploient leur brocart ; au bord du pont, les herbes de jade exhalent leur parfum.

Les falaises saillantes luisent de mousse verte ; aux parois suspendues s’étendent de longs lichens d’émeraude.

On entend parfois crier les grues immortelles ; on voit souvent les phénix prendre leur essor.

Quand crient les grues immortelles, leur voix ébranle les neuf marais et porte jusqu’aux lointaines hauteurs célestes ;

Quand s’élèvent les phénix, leurs plumes aux cinq couleurs brillent comme des nuages diaprés.

Gibbons noirs et cerfs blancs apparaissent ou se cachent à leur gré ; lions d’or et éléphants de jade vont et viennent librement.

À bien contempler cette terre de félicité spirituelle, elle surpasse véritablement le paradis.

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Il vit aussi que la porte de la grotte était hermétiquement fermée. Tout demeurait silencieux, sans la moindre trace humaine. Se retournant soudain, il aperçut au bord de la falaise une stèle de pierre, haute de plus de trois zhang et large de plus de huit chi. Dix grands caractères y formaient une ligne : « Mont du Cœur et de l’Esprit, Grotte de la Lune oblique et des Trois Étoiles. » Le Beau Roi des Singes se réjouit grandement : « Les gens d’ici sont vraiment sincères : cette montagne et cette grotte existent bel et bien. » Après les avoir contemplées longtemps, il n’osa pas frapper à la porte. Il bondit donc à la cime d’un pin, cueillit des pignons et les mangea en s’amusant.

姿

Peu après, il entendit un grincement : la porte de la grotte s’ouvrit et un jeune serviteur immortel en sortit. Il avait vraiment noble allure et prestance, un visage pur et singulier, bien différent des gens ordinaires. Voyez-le :

Deux cordons nouent ses doubles chignons ; le vent emplit les manches de sa large robe.

Son visage est paisible, son corps naturellement distinct ; son cœur et son apparence sont également vides.

Depuis de longues années, il vit hors du monde ; dans la montagne, c’est un enfant d’éternelle longévité.

Pas un grain de poussière ne le souille ; les cycles peuvent se succéder à leur gré.

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Le jeune serviteur franchit la porte et cria : « Qui vient faire du tapage ici ? » Le Roi des Singes sauta brusquement de l’arbre, s’avança et s’inclina : « Jeune immortel, je suis un disciple venu chercher la Voie et étudier l’immortalité. Je n’oserais nullement causer du tapage ici. » Le garçon sourit : « Tu viens chercher la Voie ? » Le Roi des Singes répondit : « Oui. » Le garçon dit : « Mon maître venait de quitter sa couche et de monter sur l’estrade pour enseigner la Voie. Avant même d’en expliquer la raison, il m’a ordonné de venir ouvrir la porte en disant : “Quelqu’un qui veut pratiquer vient d’arriver dehors ; va le recevoir.” Ce doit être toi, n’est-ce pas ? » Le Roi des Singes répondit en riant : « C’est moi ! C’est moi ! » Le garçon dit : « Suis-moi à l’intérieur. »

Le Roi des Singes rajusta ses vêtements, prit une tenue grave et suivit le garçon au plus profond du séjour céleste. Il vit, étage après étage, de hauts pavillons et des tours de jade ; cour après cour, des palais de perles et des portes de nacre. Il serait impossible de décrire toutes ces chambres silencieuses et ces retraites cachées. Enfin, ils arrivèrent au pied d’une terrasse de jade. Là, le Patriarche Subhūti siégeait avec dignité sur l’estrade, tandis qu’une trentaine de petits immortels se tenaient debout de part et d’autre. Il était vraiment tel que le décrivent ces vers :

姿西

Immortel d’or du grand Éveil, son aspect ne porte aucune souillure ; merveilleuse figure d’Occident, le Patriarche Subhūti.

Ni naissance ni extinction dans sa conduite aux trois fois trois degrés ; souffle et esprit parfaitement entiers, compassion multipliée dix mille fois.

Vide et quiétude, spontanéité naturelle, il se conforme aux transformations ; nature originelle de l’ainsité véritable, il agit à son gré.

Corps majestueux qui partage la longévité du ciel ; grand maître qui, d’âge en âge, illumine le cœur.

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Dès qu’il l’aperçut, le Beau Roi des Singes se jeta à terre et se prosterna, frappant du front un nombre incalculable de fois, tout en répétant : « Maître ! Maître ! Ton disciple te rend hommage de tout son cœur ! De tout son cœur ! » Le Patriarche demanda : « De quelle contrée es-tu ? Expose clairement ton lieu d’origine et ton nom, puis seulement prosterne-toi. » Le Roi des Singes répondit : « Ton disciple vient de la Grotte du Rideau d’Eau, sur la Montagne des Fleurs et des Fruits, dans le royaume d’Aolai du Continent divin de l’Est. » Le Patriarche cria : « Chassez-le ! C’est certainement un menteur qui fabrique des impostures. Comment pourrait-il cultiver quelque fruit de la Voie ? » Le Roi des Singes, affolé, se prosterna sans relâche : « Ton disciple dit la vérité et ne profère aucune imposture. » Le Patriarche dit : « Si tu dis vrai, comment peux-tu prétendre venir du Continent divin de l’Est ? De là jusqu’ici, deux grandes mers et tout le Continent du Jambu au Sud nous séparent. Comment aurais-tu pu arriver jusqu’à moi ? » Le Roi des Singes répondit en frappant du front : « Ton disciple a franchi océans et mers, débarqué en diverses contrées et voyagé en tous lieux. Il lui a fallu plus de dix ans pour parvenir enfin jusqu’ici. »

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Le Patriarche dit : « Puisque tu es venu peu à peu par tes propres moyens, soit. Quel caractère portes-tu pour nom ? » Le Roi des Singes répondit : « Je n’ai pas de caractère. Si quelqu’un m’injurie, je ne m’emporte pas ; s’il me frappe, je ne me fâche pas. Je lui présente seulement mes excuses, et tout est dit. De toute ma vie, je n’ai eu aucun caractère. » Le Patriarche dit : « Ce n’est pas de ce caractère-là que je parle. Quel était le nom de famille de tes parents ? » Le Roi des Singes répondit : « Je n’ai pas non plus de parents. » Le Patriarche demanda : « Sans parents, serais-tu né sur un arbre ? » Le Roi des Singes répondit : « Je ne suis pas né sur un arbre, mais j’ai grandi dans une pierre. Je me rappelle seulement qu’une pierre immortelle se trouvait sur la Montagne des Fleurs et des Fruits. Une année, cette pierre se brisa, et je naquis. » En entendant cela, le Patriarche se réjouit secrètement : « Dans ce cas, tu es donc un être engendré par le ciel et la terre. Lève-toi et marche un peu, que je t’examine. » Le Roi des Singes bondit sur ses pieds et marcha deux fois de long en large d’une démarche claudicante. Le Patriarche sourit : « Bien que ton corps soit grossier, tu ressembles à un singe qui mange des pignons. Je vais tirer de ton apparence même un nom de famille. Je songe d’abord à te donner le nom Hu, “macaque”. Si l’on ôte au caractère hu son radical de la bête, il reste gu et yue, “ancien” et “lune”. L’ancien désigne la vieillesse, et la lune relève du yin. Or le vieux yin ne peut engendrer ni nourrir. Mieux vaudrait donc te donner le nom Sun, “singe”. Si l’on ôte à ce caractère son radical de la bête, il reste zi et xi, “enfant” et “lignée”. Zi désigne le fils, et xi ce qui est petit et nouveau-né : cela s’accorde exactement avec la doctrine de l’enfant originel. Tu porteras donc le nom de famille Sun. » À ces paroles, le Roi des Singes fut rempli de joie. Il se prosterna devant le Patriarche : « Bien ! Bien ! Bien ! C’est aujourd’hui seulement que je connais mon nom de famille. Puisque, dans sa compassion, mon maître m’en a donné un, je le supplie encore de m’accorder un nom personnel par lequel on puisse m’appeler. » Le Patriarche dit : « Mon école possède une suite de douze caractères qui servent, selon les générations, à nommer les disciples. Tu appartiens à la dixième génération de mes jeunes élèves. » Le Roi des Singes demanda : « Quels sont ces douze caractères ? » Le Patriarche répondit : « Ce sont Guang, Da, Zhi, Hui, Zhen, Ru, Xing, Hai, Ying, Wu, Yuan et Jue. Ton rang correspond précisément au caractère Wu, “Éveil”. Je te donnerai donc pour nom religieux Sun Wukong. Cela te convient-il ? » Le Roi des Singes répondit en riant : « Bien ! Bien ! Bien ! Désormais, je m’appellerai Sun Wukong ! » C’est bien ce que disent ces vers :

À l’ouverture de la confusion primordiale, il était par nature sans nom ;

Pour briser le vide obstiné, il faut s’éveiller au vide.

Mais quelles réalisations de la Voie allait-il désormais cultiver ? Écoutez les explications du prochain chapitre.

Texte chinois de Wou Tcheng-en (1592), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/西遊記.

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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