Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 97 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子使漆雕開仕。對曰:「吾斯之未能信。」子說。
5. Le Maître ayant engagé Ts’i tiao Kai (Tzeu Iou) à exercer une charge, celui-ci répondit : « Je ne suis pas encore parvenu à savoir parfaitement (l’art de gouverner moi-même et les autres). » Cette réponse réjouit le Maître. (qui fut heureux de voir que son disciple comprenait la nécessité d’apprendre à se gouverner soi-même et les autres, avant d’accepter une charge).
Passage 98 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子曰:「道不行,乘桴浮於海,從我者,其由與?」子路聞之喜。子曰:「由也,好勇過我,無所取材。」
6. Le Maître dit : « Ma doctrine n’est pas mise en pratique. Si (renonçant à enseigner inutilement les hommes, et fuyant le monde) je montais sur un radeau et me confiais aux flots de la mer, celui qui me suivrait, ne serait ce pas Iou (Tzeu Iou) ? » Tzeu Iou, entendant ces paroles, en éprouva une grande joie. Le Maître dit : « Iou a plus d’audace que moi ; mais il n’a pas le discernement nécessaire pour bien juger (s’il l’avait, il ne penserait pas que je voulusse fuir la société des hommes). »
Passage 99 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
孟武伯問:「子路仁乎?」子曰:「不知也。」又問,子曰:「由也,千乘之國,可使治其賦也;不知其仁也。」「求也何如?」子曰:「求也,千室之邑,百乘之家,可使爲之宰也;不知其仁也。」「赤也何如?」子曰:「赤也,束帶立於朝,可使與賓客言也;不知其仁也。」
7. Meng Ou pe demanda si la vertu de Tzeu Iou était parfaite. Le Maître répondit : « Je ne le sais pas. » Meng Ou pe renouvela la même question. Le Maître répondit : « Iou est capable de former les troupes d’une principauté qui possède mille chariots de guerre. Je ne sais pas si sa vertu est parfaite. » « Que pensez vous de K’iou ? » Le Maître répondit : « K’iou est capable de gouverner une ville de mille familles, ou la maison d’un grand préfet, qui a cent chariots de guerre. Je ne sais pas s’il est parfaitement vertueux. » Une principauté qui possède mille chariots de guerre est celle d’un grand prince. Une maison qui a cent chariots de guerre est celle d’un ministre d’État ou d’un grand préfet. Le titre de gouverneur désigne le préfet d’une ville et l’intendant de la maison d’un grand dignitaire. Le préfet d’une ville a la direction des personnes, et l’intendant d’une maison, celle des affaires.
(Meng Ou pe demanda) : « Que dites vous de Tch’eu ? » Le Maître répondit : « Tch’eu serait capable de se tenir en habits de cour auprès d’un prince, et de converser avec les hôtes et les visiteurs. Je ne sais pas si sa vertu est parfaite. »
Passage 100 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子謂子貢曰:「女與回也孰愈?」對曰:「賜也何敢望回!回也聞一以知十,賜也聞一以知二。」子曰:「弗如也。吾與女,弗如也。」
8. Le Maître dit à Tzeu koung : « Lequel des deux l’emporte sur l’autre, de vous ou de Houei ? » Tzeu koung répondit : « Comment oserais je me mettre en parallèle avec Houei ? Il suffit à Houei d’entendre expliquer une chose pour qu’il en comprenne dix. Moi, quand j’en ai entendu expliquer une, je n’en comprends que deux. » Le Maître dit : « Vous lui êtes inférieur ; je suis de votre avis, vous lui êtes inférieur. »
Passage 101 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
宰予晝寢。子曰:「朽木不可雕也,糞土之牆,不可杇也;於予與何誅!」子曰:「始吾於人也,聽其言而信其行;今吾於人也,聽其言而觀其行;於予與改是。」
9. Tsai Iu (était si paresseux qu’il) restait au lit pendant le jour. Le Maître dit : « Un morceau de bois pourri ne peut être sculpté ; un mur de fumier et de boue ne peut être crépi. Que sert de réprimander Iu (Tsai Iu) ? Auparavant, quand j’avais entendu parler un homme, je croyais que sa conduite répondait à ses paroles. A présent, quand j’ai entendu parler un homme, j’observe ensuite si ses actions répondent à ses paroles. C’est Iu qui m’a fait changer la règle de mes jugements. »
Passage 102 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子曰:「吾未見剛者。」或對曰:「申棖。」子曰:「棖也慾!焉得剛?」
10. Le Maître dit : « Je n’ai pas encore vu un homme qui eût une fermeté d’âme inflexible. » Quelqu’un dit : « Chenn Tch’ang (a cette fermeté d’âme). » Le Maître répondit : « Tch’ang est l’esclave de ses passions ; comment aurait il la fermeté d’âme ? »
Passage 103 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子貢曰:「我不欲人之加諸我也,吾亦欲無加諸人。」子曰:「賜也,非爾所及也!」
11. Tzeu koung dit : « Ce que je ne veux pas que les autres me fassent, je désire ne pas le faire aux autres. » Le Maître répondit : « Seu, vous n’avez pas encore atteint cette perfection. »
Passage 104 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子貢曰:「夫子之文章,可得而聞也;夫子之言性與天道,不可得而聞也。」
12. Tzeu koung dit : « Il est donné à tous les disciples d’entendre les leçons du Maître sur la tenue du corps et les bienséances, mais non ses enseignements sur la nature de l’homme et l’action du Ciel. » (Ce grand sage procédait avec ordre et graduellement).
Passage 105 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子路有聞,未之能行,唯恐有聞。
13. Quand Tzeu lou avait reçu un enseignement, il craignait d’en recevoir un nouveau, jusqu’à ce qu’il fût parvenu à mettre en pratique le premier.
Tzeu lou s’empressait moins d’apprendre du nouveau que de mettre en pratique ce qu’il savait déjà. Il désirait faire promptement ce qu’on lui avait enseigné et se préparer à recevoir plus tard de nouveaux enseignements. En voyant que, tant qu’il n’avait pas fait ce qu’on lui avait enseigné, il craignait d’apprendre du nouveau, on peut juger que, quand il l’avait fait, sa seule crainte était de ne pas recevoir de nouveaux enseignements.
Passage 106 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子貢問曰:「孔文子,何以謂之文也?」子曰:「敏而好學,不恥下問,是以謂之文也。」
14. Tzeu koung demanda pourquoi K’oung Wenn tzeu (grand préfet de la principauté de Wei.) avait reçu (après sa mort) le nom de Wenn, Poli ou Cultivé. Le Maître répondit : « Bien qu’il fût très intelligent, il aimait à être enseigné ; il n’avait pas honte d’interroger même ses inférieurs. C’est pour cette raison qu’il a reçu le nom posthume de Wenn. »
Passage 107 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子謂子產:「有君子之道四焉:其行己也恭,其事上也敬,其養民也惠,其使民也義。」
15. Le Maître dit que Tzeu tch’ang (Koung suenn K’iao, grand préfet de Tcheng) pratiquait parfaitement quatre vertus : à savoir, la déférence envers ses égaux, le respect envers ses supérieurs, la bienfaisance envers le peuple, la justice envers ses sujets.
Passage 108 CHAPITRE V. KOUNG IE TCH’ANG
子曰:「晏平仲善與人交,久而敬之。」
16. Le Maître dit : « Ien P’ing tchoung (nommé Ing, grand préfet de Ts’i) est admirable dans ses relations avec ses amis ; leur intimité eût-elle duré depuis longtemps, il les traite toujours, avec respect ».