Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 469 CHAPITRE XVIII. WEI TZEU
大師摯適齊,亞飯干適楚,三飯繚適蔡,四飯缺適秦。鼓方叔入於河,播鼗武入於漢,少師陽、擊磬襄入於海。
9. Tcheu, chef de tous les musiciens du prince de Lou, s’en alla dans la principauté de Ts’i. Kan, chef des musiciens qui jouaient pendant le deuxième repas, s’en alla dans la principauté de Tch’ou. Leao, chef de ceux qui jouaient au troisième repas, s’en alla dans la principauté de Ts’ai. K’iue, chef de ceux qui jouaient au quatrième repas, s’en alla dans la principauté de Ts’in. Fang chou, qui battait le tambour, se retira au bord du Fleuve jaune. Ou, qui agitait le petit tambour à manche, se retira au bord de la Han. Iang, aide du directeur en chef, et Siang, qui frappait le k’ing, se retirèrent au bord de la mer (dans une île). L’empereur et tous les princes avaient des musiciens qui jouaient pendant leurs repas, pour les exciter à manger. Les morceaux de musique et les directeurs de musique étaient différents pour les différents repas. La dynastie des Tcheou venant à déchoir, la musique tomba en décadence. Confucius, en revenant de Wei dans sa patrie, restaura la musique. Dès lors, tous les musiciens, depuis les premiers jusqu’aux derniers, connurent parfaitement les règles de leur art. L’autorité du prince de Lou devint de plus en plus faible ; les trois fils de Houan s’emparèrent du pouvoir et l’exercèrent arbitrairement. Alors tous les musiciens, depuis le directeur en chef jusqu’aux derniers, furent assez sages pour se disperser dans toutes les directions. Ils traversèrent les fleuves et passèrent les mers, fuyant loin de leur patrie troublée.
Passage 470 CHAPITRE XVIII. WEI TZEU
周公謂魯公曰:「君子不施其親,不使大臣怨乎不以。故舊無大故,則不棄也,無求備於一人。」
10. Tcheou koung, instruisant le prince de Lou (son fils Pe k’in), lui dit : « Un prince sage ne néglige pas ceux qui lui sont unis par le sang. Il a soin que les grands officiers ne puissent pas se plaindre (de n’avoir pas sa confiance, et) de n’être pas employés. A moins d’une raison grave, il ne rejette pas les membres des anciennes familles qui ont servi l’État de génération en génération. Il n’exige pas qu’un officier possède à lui seul tous les talents et toutes les qualités. » (Tcheou koung, créé prince de Lou, envoya son fils gouverner la principauté à sa place).
Passage 471 CHAPITRE XVIII. WEI TZEU
周有八士:伯達、伯适、仲突、仲忽、叔夜、叔夏、季隨、季騧。
11. La dynastie des Tcheou eut huit hommes remarquables : Pe ta, Pe kouo, Tchoung tou, Tchoung hou, Chou ie, Chou hia, Ki souei, Ki koua. Dans les temps prospères, au commencement de la dynastie des Tcheou, parurent huit hommes d’un grand talent et d’une rare vertu, qu’on appela les huit hommes remarquables. Ils étaient nés d’une même mère, deux à la fois d’une même couche.
Passage 472 CHAPITRE XIX. TZEU TCHANG
子張曰:「士見危致命,見得思義,祭思敬,喪思哀,其可已矣。」
1. Tzeu tchang dit : « Celui-là est un vrai disciple de la sagesse, qui, en face du péril, expose sa vie, en face d’un avantage à recueillir, consulte la justice, dans les cérémonies en l’honneur des esprits, a soin d’être respectueux et, dans le deuil, ne pense qu’à sa douleur. »
Passage 473 CHAPITRE XIX. TZEU TCHANG
子張曰:「執德不弘,信道不篤,焉能爲有?焉能爲亡?」
2. Tzeu tchang dit : « Celui qui entreprend de pratiquer la vertu, mais dans des limites étroites, qui croit aux principes de la sagesse, mais avec hésitation, doit il être compté pour quelque chose ? doit il être compté pour rien ? »
Passage 474 CHAPITRE XIX. TZEU TCHANG
子夏之門人,問「交」於子張。子張曰:「子夏云何?」對曰:「子夏曰:『可者與之,其不可者拒之。』」子張曰:「異乎吾所聞;『君子尊賢而容眾,嘉善而矜不能。』我之大賢與,於人何所不容?我之不賢與,人將拒我,如之何其拒人也?」
3. Les disciples de Tzeu hia ayant interrogé Tzeu tchang sur l’amitié, Tzeu tchang leur demanda ce qu’en disait Tzeu hia. « Il dit, répondirent ils, qu’on doit faire société avec les hommes dont l’amitié peut être utile, et qu’il faut repousser les autres. » Tzeu tchang répliqua : « Ce principe ne s’accorde pas avec les enseignements que j’ai reçus. Le sage honore les hommes vertueux, et ne rejette personne ; il encourage par des éloges ceux qui sont avancés dans la vertu et a compassion de ceux qui sont encore faibles. Suis je un grand sage ? Quel est l’homme que je devrai repousser ? Suis je dépourvu de sagesse ? Les hommes sages me repousseront ! Convient il de repousser quelqu’un ? » Le principe de Tzeu hia est trop étroit. Tzeu tchang a raison de le blâmer. Mais ce qu’il dit lui-même a le défaut d’être trop large. Sans doute le sage ne rejette personne ! mais il doit repousser toute amitié nuisible.
Passage 475 CHAPITRE XIX. TZEU TCHANG
子夏曰:「雖小道,必有可觀者焉,致遠恐泥,是以君子不爲也。」
4. Tzeu hia dit : « Les métiers, les arts, même les plus humbles (comme la culture des champs ou des jardins, la médecine, la divination), ne sont nullement à mépriser. Mais si quelqu’un les exerçait en vue de plus grandes choses (pour se perfectionner lui-même et les autres), cette occupation lui serait peut être un obstacle, au lieu d’être un secours. Pour cette raison le sage n’exerce pas ces métiers. »
Passage 476 CHAPITRE XIX. TZEU TCHANG
子夏曰:「日知其所亡,月無忘其所能,可謂好學也已矣。」
5. Tzeu hia dit : « Celui qui chaque jour examine, étudie ce qu’il n’a pas encore pu comprendre ou pratiquer parfaitement, et qui chaque mois examine s’il n’a rien oublié ou négligé de ce qu’il a appris, celui-là désire vraiment apprendre. »
Passage 477 CHAPITRE XIX. TZEU TCHANG
子夏曰:「博學而篤志,切問而近思,仁在其中矣。」
6. Tzeu hia dit : « Étendez vos connaissances et ayez une volonté ferme ; interrogez sur les choses pratiques (et non sur celles qui sont purement curieuses et inutiles) ; pensez aux choses qui vous touchent de près (et non à celles qui vous sont étrangères). Là se trouve la vertu parfaite. »
Passage 478 CHAPITRE XIX. TZEU TCHANG
子夏曰:「百工居肆以成其事,君子學以致其道。」
7. Tzeu hia dit : « Les artisans demeurent constamment dans leurs ateliers sur la place publique, afin (de ne pas distraits dans leurs travaux et) de faire des ouvrages parfaits. De même, le disciple de la sagesse apprend et s’exerce assidûment, afin de rendre sa vertu parfaite. »
Passage 479 CHAPITRE XIX. TZEU TCHANG
子夏曰:「小人之過也必文。」
8. Tzeu hia dit : « L’homme vulgaire colore toujours d’une belle apparence les fautes qu’il a commises. »
Passage 480 CHAPITRE XIX. TZEU TCHANG
子夏曰:「君子有三變:望之儼然,卽之也溫,聽其言也厲。」
9. Tzeu hia dit : « L’apparence du sage est sujette à trois changements. Vu de loin, il paraît grave et sérieux ; vu de près, il paraît affable ; quand il parle, il paraît inflexible dans ses principes. »