Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 349 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子路曰:「桓公殺公子糾,召忽死之,管仲不死。」曰:「未仁乎?」子曰:「桓公九合諸侯,不以兵車,管仲之力也。如其仁!如其仁!」
17. Tzeu lou dit : « Houan, prince de Ts’i, tua le prince Kiou . Chao Hou ne voulut pas survivre au prince Kiou (son frère puîné, qui lui avait disputé la principauté. Parmi les partisans de Kiou étaient Chao Hou et Kouan Tchoung). Kouan Tchoung ne se donna pas la mort. Il me semble que sa vertu n’a pas été parfaite. » Le Maître répondit : « Le prince Houan réunit sous son autorité tous les princes feudataires, sans employer ni armes ni chariots de guerre ; ce fut l’œuvre de Kouan Tchoung. Quel autre fut aussi parfait que lui, (quel autre rendit autant de services à son pays) ? »
Passage 350 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子貢曰:「管仲非仁者與?桓公殺公子糾,不能死,又相之。」子曰:「管仲相桓公,霸諸侯,一匡天下,民到于今受其賜;微管仲,吾其被髮左衽矣!豈若匹夫匹婦之爲諒也,自經於溝瀆,而莫之知也!」
18. Tzeu koung dit : « Kouan Tchoung n’a pas été parfait, ce semble. Le prince Houan ayant tué le prince Kiou, Kouan Tchoung n’a pas eu le courage de se donner la mort ; de plus, il a servi le prince Houan. » Le Maître répondit : « Kouan Tchoung aida le prince Houan à établir son autorité sur tous les princes. Il a réformé le gouvernement de tout l’empire, et jusqu’à présent le peuple jouit de ses bienfaits. Sans Kouan Tchoung, nous aurions les cheveux épars et le bord de la tunique fixé au côté gauche (comme les barbares, dont nous imiterions les mœurs et les usages). Devait il montrer sa fidélité (au prince Kiou) comme un homme vulgaire, s’étrangler lui-même dans un fossé ou un canal et se dérober à la connaissance de la postérité ? »
Passage 351 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
公叔文子之臣大夫僎,與文子同升諸公。子聞之曰:「可以爲文矣!」
19. L’intendant de la maison du tai fou Koung chou Wenn tzeu, Tchouen, qui fut lui-même plus tard tai fou, montait au palais du prince avec son maître (comme s’ils avaient été de même rang, le maître le voulant ainsi, afin d’honorer la sagesse de son intendant). Le Maître l’ayant appris, dit : « Koung chou est vraiment Wenn un homme d’un esprit cultivé. »
Passage 352 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子言衞靈公之無道也。康子曰:「夫如是,奚而不喪?」孔子曰:「仲叔圉治賓客,祝鮀治宗廟,王孫賈治軍旅。夫如是,奚其喪?」
20. Le Maître ayant dit que Ling, prince de Wei, ne s’appliquait pas à faire régner la vertu, Ki K’ang tzeu demanda comment il n’avait pas encore perdu ses États. Confucius répondit : « Tchoung chou Iu est chargé de recevoir les hôtes et les étrangers ; T’ouo dirige les cérémonies et prend la parole dans le temple des ancêtres ; Wang suenn Kia s’occupe de l’armée. Comment perdrait-il ses États ? »
Passage 353 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「其言之不怍,則爲之也難!」
21. Le maître dit : « Celui qui ne craint pas de promettre de grandes choses a de la peine à les exécuter. »
Passage 354 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
陳成子弒簡公。孔子沐浴而朝,吿於哀公曰:「陳恆弒其君,請討之。」公曰:「吿夫三子。」孔子曰:「以吾從大夫之後,不敢不吿也!君曰:『吿夫三子』者!」之三子吿,不可。孔子曰:「以吾從大夫之後,不敢不吿也!」
22. Tchenn Tch’eng tzeu avait mis à mort le prince Kien. Confucius, après s’être lavé la tête et le corps, alla au palais informer Ngai, prince de Lou. « Tch’enn Heng, dit il, a tué son prince ; je vous prie de le faire châtier. » Le prince répondit : « Adressez vous à ces trois grands seigneurs. » Confucius se dit en lui-même : « Parce que (j’ai éta tai fou, et que) j’ai encore rang parmi les tai fou, je n’aurais pas osé me dispenser d’avertir. Le prince me répond de m’adresser à ces trois seigneurs ! » Confucius alla faire son rapport aux trois grands seigneurs, qui rejetèrent sa demande. Il leur dit : « Parce que j’ai encore rang parmi les tai fou, je n’aurais pas osé ne pas avertir. » Trois ministres, chefs de trois grandes familles, s’étaient arrogé tout le pouvoir et gouvernaient en maîtres la principauté de Lou. Le prince n’était pat libre de décider par lui-même. Il répondit à Confucius : « Vous pouvez vous adresser à ces trois grands seigneurs. » C’étaient les chefs des trois grandes familles Meng suenn, Chou suenn et Ki suenn.
Passage 355 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子路問事君,子曰:「勿欺也,而犯之。」
23. Tzeu lou demanda comment un sujet devait servir son prince. Le Maître répondit : « Il doit éviter de le tromper et ne pas craindre de lui résister, (s'il agit mal). »
Passage 356 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「君子上達,小人下達。」
24. Le Maître dit : « Le sage tend toujours en haut ; un homme sans principes tend toujours en bas. »
Passage 357 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「古之學者爲己,今之學者爲人。」
25. Le Maître dit : « Anciennement, on s’appliquait à l’étude de la sagesse pour devenir vertueux ; à présent, on s’y livre pour acquérir l’estime des hommes. »
Passage 358 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
蘧伯玉使人於孔子,孔子與之坐而問焉。曰:「夫子何爲?」對曰:「夫子欲寡其過而未能也。」使者出。子曰:「使乎!使乎!」
26. K’iu Pe iu envoya saluer Confucius. Le philosophe (par honneur pour K'in Pe iu), invita le messager à s’asseoir, et lui demanda à quoi son maître s’appliquait. « Mon maître, répondit-il, désire diminuer le nombre de ses fautes, et il n’y parvient pas. » Quand l’envoyé se fut retiré, le Maître dit : « O le sage messager ! O le sage messager ! » K’iu Pe ia, nommé Iuen, était grand préfet dans la principauté de Wei. Confucius avait reçu l’hospitalité dans sa maison. Lorsqu’il fut de retour dans le pays de Lou, Pe iu lui envoya un messager. Pe iu s’examinait lui-même et travaillait à soumettre ses passions, comme s’il craignait sans cesse de ne pouvoir y parvenir. On peut dire que l’envoyé connaissait à fond le cœur de ce sage, et qu’il remplit bien ton mandat. Aussi Confucius dit deux fois : « O le sage messager ! » pour marquer son estime.
Passage 359 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「不在其位,不謀其政。」
27. Le Maître dit : « Ne vous mêlez pas des affaires publiques dont vous n’avez pas la charge. »
Passage 360 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
曾子曰:「君子思不出其位。」
28. Tseng tzeu dit : (On lit dans le I king) : « Les pensées, les projets du sage restent toujours dans les limites de son devoir, de sa condition. »