Lavis à l’encre : une estrade de pierre vide sous un abricotier en fleurs, ses pétales tombés sur la pierre usée, dans une cour close et déserte au petit matin.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Entretiens de Confucius

Les Analectes — Lunyu

Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.

Passage 133 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「。」

14. Le Maître dit : A moins d’avoir le talent de l’orateur « T’ouo et la beauté de Tchao (fils du prince) de Soung, il est difficile d’échapper à la haine dans ce siècle. » L’orateur T’ouo, grand préfet dans la principauté de Wei, était chargé de faire l’éloge des ancêtres du prince, de leur adresser des prières et de transmettre leurs réponses. Il était très habile à parler. Tchao, fils du prince de Soung, était remarquable par sa beauté. Ces deux hommes étaient en grand renom, à l’époque des événements racontés dans le Tch’ouenn Ts’iou. Confucius dit en gémissant : « A présent les hommes ne sont plus comme autrefois. Ils n’aiment pas la franchise, mais la flatterie ; ils n’aiment pas la vertu, mais la beauté. A moins d’avoir l’habileté de l’orateur T’ouo et la beauté de Tchao, fils du prince de Soung, il est impossible de plaire aux hommes de notre époque, et très difficile d’échapper à la haine et à l’envie. »

Passage 134 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「!」

15. Le Maître dit : « Quelqu’un peut il sortir de la maison, si ce n’est par la porte ? Pourquoi personne ne marche-t-il par la voie de la vertu ? » Les hommes savent que, pour sortir, il faut passer par la porte, et ils ne savent pas que, pour bien agir, il faut passer par la voie de la vertu (suivre la loi naturelle).

Passage 135 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「。」

16. Le Maître dit : « Celui chez qui les qualités naturelles l’emportent sur la politesse des manières et du langage est un homme agreste. Celui chez qui la politesse des manières et du langage l’emporte sur les vertus intérieures est comme un copiste de tribunal. Celui qui possède à un égal degré la vertu et la politesse est un sage. »

Passage 136 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「。」

17. Le Maître dit. « Tout homme en naissant a la rectitude du cœur. Si celui qui la perd ne perd pas en même temps la vie, il a un bonheur qu’il n’a pas mérité. » (Il a perdu ce par quoi l’homme est vraiment homme, et n’a plus sa raison d’être).

Passage 137 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「。」

18. Le Maître dit : « Il vaut mieux aimer la vertu que de la connaître seulement, et il vaut encore mieux en faire ses délices que de l’aimer seulement. »

Passage 138 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「。」

19. Le Maître dit : « Un homme d’une vertu plus qu’ordinaire peut entendre des enseignements relevés. Un homme d’une vertu moins qu’ordinaire n’en est pas capable. »

Passage 139 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「。」:「。」

20. Fan Tch’eu l’interrogea sur la prudence. Le Maître dit : « Remplir les devoirs propres à l’homme, honorer les esprits, mais s’en tenir à distance (c’est-à-dire, n’aller pas sans cesse à eux, comme les courtisans à leur prince, pour obtenir des faveurs), cela peut s’appeler prudence. » Honorer les esprits, c’est s’appliquer de tout cœur à leur témoigner sa reconnaissance et à leur faire des offrandes. Les esprits, dont il est ici parlé, sont ceux auxquels on doit faire des offrandes. Se tenir à l’écart, c’est ne pas chercher à faire en quelque sorte la cour aux esprits pour en obtenir des faveurs. L’homme a des règles constantes à observer dans toutes ses actions chaque jour de sa vie. Si quelqu’un, guidé par la lumière de la raison, donne toute son application aux devoirs qu’il doit remplir et aux choses qu’il doit faire ; s’il honore les esprits par des hommages sincères, tans leur faire la cour ni solliciter leurs faveurs ; la prospérité et l’infortune ne sont plus capables de le toucher ; ne doit-on pas l’appeler prudent ?

Fan Tch’eu l’interrogea ensuite sur la perfection de la vertu. Confucius répondit : « Un homme parfait met en premier lieu ce qui est le plus difficile (à savoir, la victoire sur ses passions) ; il met en second lieu les avantages qu’il en doit retirer ; alors il mérite d’être appelé parfait. »

Passage 140 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「。」

21. Le Maître dit : « L’homme prudent aime l’eau, et l’homme parfait les montagnes. L’homme prudent se donne du mouvement, (comme l’eau qui coule) ; l’homme parfait demeure immobile, (comme une montagne). L’homme prudent vit heureux ; l’homme parfait vit longtemps. » L’homme prudent a l’esprit exempt de tout préjugé et de toute passion, très perspicace et libre de toute entrave. Il a une ressemblance avec l’eau ; c’est pour cela qu’il aime l’eau. L’homme parfait est grave et ferme par caractère ; rien ne peut l’émouvoir ni l’agiter. Il a une ressemblance avec les montagnes, et il les aime. L’homme prudent pénètre toutes choses par l’intelligence ; son activité atteint presque le plus haut degré possible. L’homme parfait pratique toutes les vertus sans aucun effort ; son cœur n’est ni troublé ni tourmenté par les passions. Son repos est presque absolu. Un homme dont le cœur est attaché aux choses extérieures, comme par des liens, rencontre des obstacles à ses désirs et éprouve mille soucis. L’homme prudent, dont l’âme est toujours pure et sereine, n’est arrêté par aucun obstacle. Comment ne serait-il pas heureux ? Un homme qui ne met pas de frein à ses passions ni à ses désirs se conduit mal et abrège sa vie. L’homme parfait jouit d’une santé forte et vigoureuse, qu’aucun excès ne vient altérer. Comment ne vivrait-il pas longtemps ?

Passage 141 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「。」

22. Le Maître dit : « Si la principauté de Ts’i s’améliorait d’un degré, elle vaudrait pour les mœurs celle de Lou. Si la principauté de Lou devenait meilleure d’un degré, elle serait parfaite. »

Passage 142 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「!」

23. Le Maître dit : « Un vase à vin qu’on nomme kou, c’est à dire vase à angles, s’il n’a pas d’angles, doit il être appelé kou ? » Confucius voyait que dans le monde beaucoup de choses avaient un nom sans réalité. C’est pour cela qu’il exprima sa douleur à propos du vase de vin nommé kou. Pour qu’un fils mérite le nom de fils, il faut qu’il pratique la piété filiale. Pour qu’un sujet mérite le nom de sujet, il faut qu’il soit fidèle à son prince. Il en est de même de toute autre chose.

Passage 143 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「:『。』?」:「。」

24. Tsai Ngo dit : « Un homme parfait, apprenant qu’il est tombé quelqu’un dans un puits, se précipitera t il lui-même dans le puits pour l’en retirer ? » Le Maître dit : « Pourquoi agirait-il ainsi ? Un homme sage, en recevant cette annonce, pourra se déterminer à aller au bord du puits, (pour en retirer un homme qui se noie), mais il ne s’y jettera pas lui-même (avec la certitude d’y laisser sa vie, sans pouvoir sauver celle d’un autre). Il pourra être trompé (par un faux avis), mais non être aveuglé (au point de confondre ce qui est louable avec ce qui ne l’est pas). »

Passage 144 CHAPITRE VI. IOUNG IE

:「!」

25. Le Maître dit : « Le disciple de la sagesse étudie les livres (le Cheu king, le Chou king, ...), afin d’acquérir des connaissances étendues, et il règle sa conduite d’après les vrais principes ; il parvient ainsi à ne pas s’écarter de la voie droite. »

Partager cette page