Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 385 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「直哉史魚!邦有道,如矢;邦無道,如矢。君子哉蘧伯玉!邦有道,則仕;邦無道,則可卷而懷之。」
6. Le Maître dit : « Combien la droiture de l’historiographe Iu est admirable ! Que le gouvernement soit bien ou mal réglé, il suit toujours le droit chemin, comme une flèche. Que K’iu Pe iu est sage ! Quand le gouvernement est bien réglé, il exerce une charge. Quand le gouvernement est mal réglé, il sait se retirer et tenir sa vertu cachée. » L’historiographe était un annaliste officiel. Iu était tai fou dans la principauté de Wei ; il s’appelait Ts’iou. Après sa mort, devenu cadavre, il donna encore des avis à son prince. Malade et sur le point de mourir, il dit à ton fils : « A la cour du prince, je n’ai pu obtenir que les charges fussent confiées aux hommes sages et refusées aux hommes vicieux. Après ma mort, il ne faudra pas faire les cérémonies funèbres. Il suffira de déposer mon corps dans la salle qui est au nord. » Le prince, étant allé faire les lamentations ordinaires, demanda la raison de cette singularité. Le fils du défunt répondit avec un accent de douleur profonde : « Mon père l’a ainsi ordonné. » « Je suis en faute », dit le prince. Aussitôt il ordonna de revêtir le corps du défunt dans l’endroit où l’on rendait cet honneur à ses hôtes. Puis, il mit en charge Kiu Pe iu et éloigna Mi tzeu hia (son indigne ministre).
Passage 386 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「可與言,而不與之言,失人;不可與言,而與之言,失言。知者不失人,亦不失言。」
7. Le Maître dit : Si vous refusez d’instruire un homme qui a les dispositions requises, vous perdez un homme, c’est à dire vous laissez dans l’ignorance un homme que vous pourriez rendre vertueux et sage. Si vous enseignez un homme qui n’a pas les dispositions nécessaires, vous perdez vos instructions. Un homme prudent ne perd ni les hommes ni ses enseignements. »
Passage 387 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「志士仁人,無求生以害仁,有殺身以成仁。」
8. Le Maître dit : « Un homme qui est parfait ou résolu à le devenir ne cherche jamais à sauver sa vie au détriment de sa vertu. Il est des circonstances où il sacrifie sa vie, et met ainsi le comble à sa vertu. »
Passage 388 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子貢問爲仁。子曰:「工欲善其事,必先利其器。居是邦也,事其大夫之賢者,友其士之仁者。」
9. Tzeu koung demanda ce qu’il fallait faire pour devenir parfait. Le Maître répondit : « L’ouvrier qui veut bien faire son travail doit commencer par aiguiser ses instruments. (Ainsi, celui qui veut se rendre parfait doit d’abord chercher des secours auprès des autres). Dans la contrée où il demeure, qu’il se mette au service des tai fou les meilleurs ; qu’il contracte amitié avec les hommes les plus parfaits. »
Passage 389 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
顏淵問爲邦。子曰:「行夏之時,乘殷之輅,服周之冕,樂則韶舞。放鄭聲,遠佞人。鄭聲淫,佞人殆。」
10. Ien Iuen demanda à Confucius ce qu’il fallait faire pour bien gouverner un État. Le Maître répondit : L’empereur doit suivre le calendrier des Hia, (d’après lequel l’année commençait, comme sous les Ts’ing, au deuxième mois lunaire après le solstice d’hiver). Il doit adopter la voiture des In, (parce qu’elle était simple) et porter dans les cérémonies le bonnet des Tcheou, (parce qu’il est très orné). Il doit faire exécuter les chants de Chouenn (parce qu’ils portent à la vertu). Il doit bannir les chants de la principauté de Tcheng et écarter les beaux parleurs. Les chants de Tcheng sont obscènes ; les beaux parleurs (les flatteurs) sont dangereux. »
Passage 390 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「人無遠慮,必有近憂。」
11. Le Maître dit : « Celui dont la prévoyance ne s’étend pas loin sera bientôt dans l’embarras. »
Passage 391 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「已矣乎!吾未見好德如好色者也!」
12. Le Maître dit : « Faut il donc désespérer ? Je n’ai pas encore vu un homme qui aimât la vertu autant qu’on aime une belle apparence. »
Passage 392 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「臧文仲,其竊位者與!知柳下惠之賢,而不與立也。」
13. Le Maître dit : « Tsang Wenn tchoung, (ministre du prince de Lou), n’usa-t-il pas de sa dignité comme un voleur, (lui qui chercha son intérêt et non celui de l’État) ? Il connut la sagesse de Houei de Liou hia et ne le demanda pas pour collègue à la cour du prince. » Houei de Liou hia était Tchen Houe, nommé K’in, grand préfet de Lou. Il tirait ses appointements de la ville de Liou hia. Il reçut le nom posthume de Houei, qui signifie Bienfaisant.
Passage 393 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「躬自厚,而薄責於人,則遠怨矣!」
14. Le Maître dit : « Celui qui se reproche sévèrement ses fautes à lui-même et reprend les autres avec indulgence évite les mécontentements. »
Passage 394 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「不曰『如之何,如之何』者,吾末如之何也已矣!」
15. Le Maître dit : « Je n’ai rien à faire pour celui qui ne demande pas : Comment ferai-je ceci ? comment ferai-je cela (car il n’a pas un vrai désir d’apprendre) ? »
Passage 395 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「群居終日,言不及義,好行小慧,難矣哉!」
16. Confucius dit : « Ceux qui se réunissent en troupe et demeurent ensemble toute la journée, qui ne disent rien de bon et veulent suivre les lumières trompeuses de leur propre prudence, quelle difficulté n’auront ils pas ! » Ils ne peuvent pas entrer dans la voie de la vertu ; ils auront des chagrins et des peines.
Passage 396 CHAPITRE XV. WEI LING KOUNG
子曰:「君子義以爲質,禮以行之,孫以出之,信以成之。君子哉!」
17. Le Maître dit : « Le sage prend la justice pour base ; il la pratique d’après les règles établies par les anciens ; il la fait paraître modestement ; il la garde toujours sincèrement. Un tel homme mérite le nom de sage. »