Lavis à l’encre : une estrade de pierre vide sous un abricotier en fleurs, ses pétales tombés sur la pierre usée, dans une cour close et déserte au petit matin.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Entretiens de Confucius

Les Analectes — Lunyu

Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.

Passage 277 CHAPITRE XI. SIEN TSIN

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24. Tzeu lou avait nommé Tzeu kao gouverneur de la ville de Pi. Le Maître dit : « C’est faire grand tort à ce jeune homme et à son père. » (Tzeu kao avait beaucoup de talent, mais il n’avait pas encore étudié). Tzeu lou répondit : « Il est chargé de diriger le peuple et les officiers, d’honorer les esprits qui président à la terre et aux moissons. Pour qu’il soit censé avoir appris l’art de gouverner, est il nécessaire qu’il étudie les livres ? » Le Maître répliqua : « Je hais ces beaux parleurs. »

Passage 278 CHAPITRE XI. SIEN TSIN

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25. Le Maître dit à Tzeu lou, à Tseng Si, à Jen Iou et à Koung si Houan, qui étaient assis à ses côtés : « Parlez moi franchement, sans considérer que je suis un peu plus âgé que vous. Laissés dans la vie privée, vous vous dites : « Les hommes ne me connaissent pas (s’ils connaissaient mes talents, ils me confieraient une charge). » Si les hommes vous connaissaient, que feriez vous ? » (Tseung Si, nommé Tien, était le père de Tseng tzeu).

Tzeu lou se hâta de répondre : « Supposons qu’une principauté, possédant mille chariots de guerre, soit tenue comme en servitude entre deux principautés voisines très puissantes ; que, de plus, elle soit envahie par une armée nombreuse ; qu’ensuite les grains et les légumes viennent à lui manquer ; si j’étais chargé de la gouverner, en trois ans, je pourrais inspirer du courage aux habitants, et leur faire aimer la justice. Le Maître sourit.

« Et vous, K’iou, dit-il, que feriez vous ? » Jen Iou répondit : « Si j’avais à gouverner un petit pays de soixante à soixante dix stades, ou de cinquante à soixante, en trois ans, je pourrais mettre le peuple dans l’aisance. Pour ce qui concerne les cérémonies et la musique, j’attendrais la venue d’un sage. »

(Confucius dit) : « Vous, Tch’eu, que feriez vous ? » Koung si Houa répondit : « Je ne dis pas que j’en sois capable, mais je désirerais l’apprendre. Je désirerais, portant la tunique noirâtre et le bonnet noir, remplir l’office de petit aide dans les cérémonies en l’honneur des ancêtres, et, dans les réceptions à la cour impériale, soit quand les princes s’y réunissent tous ensemble, soit quand ils y sont appelés dans une circonstance particulière. »

(Confucius dit) : « Vous, Tien, que feriez vous ? » Tseng Si cesse de toucher sa guitare ; mais les cordes vibrent encore. Il la dépose, se lève, et répond : « Je ne partage pas les aspirations des trois autres disciples. » Le Maître dit : Quel mal y a-t-il ? Chacun peut exprimer son sentiment. Tseng Si reprit : « A la fin du printemps, quand les vêtements de la saison sont achevés, aller avec cinq ou six jeunes gens de vingt ans ou plus, avec six ou sept autres un peu moins âgés, me laver les mains et les pieds à la source tiède de la rivière I, respirer l’air frais sous les arbres de Ou iu, chanter des vers, et revenir ; voilà ce que j’aimerais. » Le Maître dit en soupirant : « J’approuve le sentiment de Tien. »

Quand les trois autres disciples se furent retirés, Tseng Si, resté seul, dit : « Que faut il penser de ce qu’ont dit ces trois disciples ? » Le Maître répondit : « Chacun d’eux a exprimé son sentiment, et voilà tout. » Tseng Si dit : « Pourquoi le Maître a-t-il souri, après avoir entendu Iou ? » Le Maître répondit : « Celui qui gouverne un État doit montrer de la modestie. Le langage de Iou n’a pas été modeste. Voilà pourquoi j’ai souri. »

Tseng Si dit : « K’iou n’a-t-il pas aussi parlé du gouvernement d’un État (Pourquoi sa réponse ne vous a-t-elle pas fait sourire) ? » Confucius répondit : « Existe-t il un domaine féodal de soixante à soixante dix stades, ou de cinquante à soixante stades qui ne soit pas un État, une principauté (Sans doute, K’iou a parlé d’un État, mais pas avec la même suffisance que Tzeu Lou) ? » Tseng si dit : « Tch’eu n’a-t-il pas aussi parlé du gouvernement d’un État ? » Confucius répondit : « Les offrandes aux ancêtres des princes, les réunions soit particulières soit générales des princes, qui concernent elles, si ce n’est les princes ? » (Tch’eu a donc parlé du gouvernement d’un État, mais il l’a fait avec modestie ; car) si Tch’eu n’est qu’un petit assistant, qui pourra être grand assistant ? »

Passage 279 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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1. Ien Iuen ayant interrogé Confucius sur la vertu parfaite, le Maître répondit : « Se vaincre soi-même (maîtriser ses passions), rendre à son cœur l’honnêteté qu’il tenait de la nature, voilà la vertu parfaite. Si un jour vous parvenez à vous vaincre vous même, à recouvrer entièrement l’honnêteté du cœur, aussitôt tout l’univers dira que votre vertu est parfaite. Il dépend de chacun d’être parfaitement vertueux. Est ce que cela dépend des autres hommes ? » Ien Iuen dit : « Permettez moi de vous demander à quoi se résume la pratique de la vertu parfaite. » Le Maître répondit : « Que vos yeux, vos oreilles, votre langue, tout en vous soit maintenu dans les règles de l’honnêteté. » Ien Iuen dit : « Malgré mon incapacité, j’essaierai, si vous me le permettez, de mettre en pratique ce précepte. »

Passage 280 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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2. Tchoung koung interrogea Confucius sur la vertu parfaite. Le Maître répondit : « En sortant de la maison, soyez attentif, comme si vous voyiez un hôte distingué ; en commandant au peuple, soyez aussi diligent que si vous présidiez à un sacrifice solennel ; ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse à vous même. Dans la principauté, personne ne sera mécontent de vous ; dans la famille, personne ne se plaindra de vous. » Tchoung koung dit : « Malgré mon incapacité, si vous me le permettez, j’essaierai de suivre ce précepte. »

Passage 281 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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3. Seu ma Gniou ayant interrogé Confucius sur la vertu parfaite, le Maître répondit : « Un homme parfait parle difficilement, c’est à dire avec grande retenue, avec circonspection. » Seu ma Gniou dit : « Pour être parfait, suffit-il d’être circonspect dans ses paroles ? » Le Maître répondit : « Celui qui est circonspect dans ses actions, peut il ne l’être pas dans ses paroles ? »

Passage 282 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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4. Seu ma Gniou demanda à Confucius ce que c’était qu’un homme sage. Le Maître répondit : « L’homme sage est exempt de chagrin et de crainte. » Seu ma Gniou dit : « Pour être un sage, suffit il d’être exempt de chagrin et de crainte ? » Le Maître répondit : « Celui qui, examinant son cœur, ne reconnaît en lui aucune faute, quel chagrin, quelle crainte aurait il ? »

Passage 283 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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5. Seu ma Gniou dit avec chagrin : « Les autres hommes ont tous des frères ou plus âgés ou moins âgés qu’eux ; je suis le seul qui n’en aie pas. » Tzeu hia répondit : « J’ai entendu dire que la vie et la mort sont soumises aux décrets de la Providence, que les richesses et les honneurs dépendent du Ciel. L’homme sage veille sans cesse sur sa propre conduite ; il est poli, et remplit exactement ses devoirs envers les autres. Entre les quatre mers, tous les hommes sont ses frères. L’homme sage a t il lieu de s’affliger de n’avoir pas de frères ? » Seu ma Gniou était de la principauté de Soung. Voyant son second frère Hiang T’ouei exciter une révolte contre le prince de Soung, et ses autres frères Tzeu ki et Tzeu kiu prendre part à ce crime, il éprouvait une grande affliction, et disait : « Les autres hommes ont tous des frères ; je suis le seul qui n’en aie pas. »

Passage 284 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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6. Tzeu tchang demanda en quoi consiste la perspicacité. Le Maître répondit : « Ne pas admettre les calomnies qui s’insinuent peu à peu dans les esprits, ni les accusations qui font ressentir à ceux qui les écoutent comme la douleur d’une blessure ou d’une piqûre ; cela peut s’appeler perspicacité. Ne pas admettre les insinuations adroites des calomniateurs, ni les plaintes qui font éprouver comme la douleur d’une blessure ou d’une piqûre ; c’est la perspicacité d’un homme qui voit loin. »

Passage 285 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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7. Tzeu koung interrogea Confucius sur l’administration des affaires publiques. Le Maître répondit : « (Celui qui administre les affaires publiques), doit avoir soin que les vivres ne manquent pas, que les forces militaires soient suffisantes, que le peuple lui donne sa confiance. » Tzeu koung dit : « S’il est absolument nécessaire de négliger une de ces trois choses, laquelle convient il de négliger ? » « Les forces militaires, répondit Confucius. » Et s’il est absolument nécessaire d’en négliger encore une seconde, dit Tzeu koung, quelle sera-t-elle ? « Les vivres, répondit Confucius, car de tout temps les hommes ont été sujets à la mort, mais si le peuple n’a pas confiance en ceux qui le gouvernent, c’en est fait de lui. »

Passage 286 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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8. Ki Tzeu tch’eng dit : Que le sage ait des vertus solides, cela suffit. Qu’a t il à faire de l’urbanité et de tout ce qui ne servirait que comme d’ornement à sa personne ? Tzeu koung répondit : « C’est bien dommage ! Vous parlez ordinairement, Seigneur, en homme sage, (mais cette fois vous êtes dans l’erreur). Un attelage de quatre chevaux ne saurait aller aussi vite que la langue (et faire rentrer une parole qui a été dite sans avoir été assez pesée). On doit soigner l’extérieur comme l’intérieur, et l’intérieur comme l’extérieur. Une peau de tigre ou de léopard ne se distingue pas d’une peau de chien ou de brebis, quand le poil est raclé. (Enlevez ce qui fait l’ornement extérieur de la personne; l’homme sage ne se distinguera plus de l’homme vulgaire). »

Passage 287 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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9. Ngai, prince de Lou, dit à Iou jo : « Cette année les récoltes ont manqué ; je n’ai pas assez pour mes dépenses ; que faut il faire ? » Iou jo répondit : « Pourquoi ne percevez vous pas la dixième partie des produits de la terre ? » Le prince dit : « Les deux dixièmes ne me suffisent pas. Comment puis je n’exiger qu’un dixième ? » lou jo répliqua : « Quand le peuple a le suffisant, le prince ne l’a-t-il pas aussi avec tous ses sujets ? Quand le peuple manque du suffisant, le prince ne manque t il pas aussi du suffisant ? » (Les impôts onéreux rendent la culture impossible, ruinent le peuple et l’État).

Passage 288 CHAPITRE XII. IEN IUEN

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10. Tzeu tchang demanda à Confucius ce qu’il fallait faire pour acquérir une grande vertu et pour reconnaître l’erreur. Le Maître répondit : « Le moyen d’acquérir une grande vertu, c’est de s’appliquer principalement à garder la fidélité et la sincérité, et d’observer la justice. Désirer la conservation de ceux que vous aimez et la mort d’un homme dont vous désiriez auparavant la conservation, c’est vous tromper, (car c’est vouloir une chose qui ne dépend pas de vous, mais du Ciel, à savoir, la vie ou la mort de l’homme). »

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