Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 265 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
閔子侍側,誾誾如也;子路,行行如也;冉有、子貢,侃侃如也。子樂。「若由也,不得其死然!」
12. Un jour Min tzeu se tenait auprès de Confucius avec un air ferme et affable, Tzeu lou, avec l’air d’un homme brave et audacieux, Jen Iou et Tzeu koung, avec un air sérieux. Le Maître était content (de voir cette fermeté qui paraissait dans leur maintien). « Un homme comme Iou, dit-il, ne peut mourir de mort naturelle. » (Tzeu lou périt en combattant sous les murs de Ts’i tch’eng, à présent Ts’i tch’ent ts’uenn, situé à huit kilomètres au nord de K’ai tcheou, dans le sud du Tcheu li. On y voit encore sa tombe).
Passage 266 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
魯人爲長府。閔子騫曰:「仍舊貫,如之何?何必改作?」子曰:「夫人不言,言必有中。」
13. Les ministres de la principauté de Lou voulaient reconstruire à neuf le magasin appelé Tch’ang fou. Min Tzeu k’ien dit : « Si l’on réparait l’ancien bâtiment, ne serait ce pas bien ? Est il nécessaire d’élever une nouvelle construction ? » Le Maître dit : « Cet homme ne parle pas à la légère ; quand il parle, il parle très bien. »
Passage 267 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
子曰:「由之瑟,奚爲於丘之門?」門人不敬子路。子曰:「由也升堂矣,未入於室也!」
14. Le Maître dit : « Pourquoi la guitare de Iou (Tzeu lou) se fait-elle entendre dans mon école ? » Les disciples de Confucius, (ayant entendu ces paroles), conçurent du mépris pour Tzeu lou. Le Maître leur dit : « Iou est déjà monté au temple de la sagesse ; mais il n’a pas encore pénétré dans le sanctuaire. » Tzeu lou était d’un caractère raide et impétueux. Les sons de sa guitare imitaient les cris que poussent les habitants des contrées septentrionales au milieu des combats et des massacres. Le philosophe l’en reprit, en disant : « Dans mon école, le juste milieu et l’harmonie forment la base de l’enseignement. La guitare de Iou manque tout à fait d’harmonie. Pourquoi se fait elle entendre dans mon école ? » Les disciples de Confucius ayant entendu ces paroles, ne témoignèrent plus aucune estime à Tzeu lou. Le Maître, pour les tirer d’erreur, leur dit : « Tzeu lou, dans la voie de la sagesse, a déjà atteint une région pure, spacieuse, élevée, lumineuse ; seulement, il n’a pas encore pénétré profondément dans les endroits les plus retirés et les plus secrets. Parce qu’il manque encore une chose à sa perfection, on ne doit pas le mépriser. »
Passage 268 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
子貢問:「師與商也孰賢?」子曰:「師也過,商也不及。」曰:「然則師愈與?」子曰:「過猶不及。」
15. Tzeu koung demanda lequel des deux était le plus sage, de Cheu (Tzeu tchang) ou de Chang (Tzeu hia). Le Maître répondit « Cheu va au delà des limites ; Chang reste en deçà. » Tzeu koung reprit : « D’après cela, Cheu l’emporte-t-il sur Chang ? » Le Maître répondit : « Dépasser les limites n’est pas un moindre défaut que de rester en deçà. »
Passage 269 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
季氏富於周公,而求也爲之聚斂而附益之。子曰:「非吾徒也!小子鳴鼓而攻之,可也。」
16. Ki était devenu plus riche que ne l’avait été Tcheou koung. Cependant, K’iou (Jen lou) levait pour lui des taxes, et augmentait encore son opulence. Le Maître dit : « Jen Iou n’est plus mon disciple. Mes chers enfants, battez le tambour, (dénoncez hautement sa conduite), et attaquez-le, vous ferez bien. »
Passage 270 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
柴也愚,參也魯,師也辟,由也喭。
17. Confucius dit : « Tch’ai (Tzeu kao) est peu instruit, Chenn (Tseng tzen) peu perspicace, Cheu (Tzeu tchang) plus soucieux d’une belle apparence que de la vraie vertu ; Iou n’est pas assez poli. »
Passage 271 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
子曰:「回也其庶乎,屢空。賜不受命,而貨殖焉;億則屢中。」
18. Le Maître dit : « Houei avait presque atteint la plus haute perfection. Il était ordinairement dans l’indigence, (et n'en éprouvait aucune peine). Seu (Tzeu tchang) ne s’abandonne pas à la Providence ; il amasse des richesses ; mais il est judicieux »
Passage 272 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
子張問「善人」之道。子曰:「不踐跡,亦不入於室。」
19. Tzeu tchang interrogea Confucius sur la vertu de ceux qui sont naturellement bons. Le Maître répondit : « Ils ne marchent pas sur les traces des sages (puisqu'ils ne connaissent même pas leurs préceptes) ; ils n'entreront pas dans le sanctuaire de la sagesse. »
Passage 273 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
子曰:「論篤是與,君子者乎?色莊者乎?」
20. Le Maître dit : « De ce qu’un homme fait des dissertations solides sur la vertu, on ne doit pas juger aussitôt qu’il est vertueux. Il faut examiner s’il est vraiment un sage, ou s’il en a seulement l’apparence. »
Passage 274 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
子路問:「聞斯行諸?」子曰:「有父兄在,如之何其聞斯行之?」冉有問:「聞斯行諸?」子曰:「聞斯行之。」公西華曰:「由也問:『聞斯行諸?』子曰:『有父兄在。』求也問:『聞斯行諸?』子曰:『聞斯行之。』赤也惑,敢問。」子曰:「求也退,故進之;由也兼人,故退之。」
21. Tzeu lou dit à Confucius : « Quand je reçois un enseignement utile, dois je le mettre en pratique immédiatement ? » Le Maître répondit : « Vous avez encore votre père et des frères plus âgés que vous (vous devez les consulter, avant de rien faire). Conviendrait il de mettre aussitôt à exécution tout ce que vous apprenez d’utile ? » Jen Iou demanda aussi s’il devait mettre en pratique sans retard tout ce qu’il apprenait de bon. Le Maître répondit : « Faites le tout de suite. » Koung si Houa dit : « Iou a demandé s’il devait mettre aussitôt à exécution tout ce qu’il apprenait d’utile à faire. Le Maître lui a répondu qu’il avait encore son père et des frères plus âgés que lui. K’iou a adressé la même question dans les mêmes termes. Le Maître a répondu qu’il devait mettre en pratique sur le champ ce qu’il apprenait de bon. Moi, Tch’eu, je suis dans l’incertitude (je ne vois pas comment ces deux réponses s’accordent entre elles) ; j’ose vous prier de me l’expliquer. » Confucius dit « K’iou (naturellement timide) n’ose pas avancer ; je l’ai poussé en avant. Iou a autant d’ardeur et de hardiesse que deux ; je l’ai arrêté et tiré en arrière. »
Passage 275 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
子畏於匡,顏淵後。子曰:「吾以女爲死矣!」曰:「子在,回何敢死?」
22. Le Maître avait couru un grand danger dans le bourg de K’ouang. Ien Iuen était resté en arrière. Confucius lui dit : « Je vous croyais mort. » Ien Iuen répondit : « Quand vous vivez encore, comment me serais je permis de m’exposer à la mort, (en me jetant au milieu de la mêlée ? Ne devais-je pas prendre tous les moyens de sauver ma vie, afin de recevoir encore vos enseignements) ? »
Passage 276 CHAPITRE XI. SIEN TSIN
季子然問:「仲由、冉求可謂大臣與?」子曰:「吾以子爲異之問,曾由與求之問?所謂大臣者,以道事君,不可則止。今由與求也,可謂具臣矣。」曰:「然則從之者與?」子曰:「弒父與君,亦不從也。」
23. Ki Tzeu jen demanda à Confucius si Tzeu lou et Jen Iou avaient les talents nécessaires pour être de grands ministres. Le Maître répondit : « Je pensais que vous alliez me parler d’hommes extraordinaires, et vous me parlez de Iou et de K’iou. Un grand ministre est celui qui sert son prince selon les règles de la justice, et qui se retire dès qu’il ne peut plus le faire. Iou et K’iou peuvent remplir d’une manière ordinaire les fonctions de ministres. » Ki Tzeu jen ajouta : « Seront ils obéissants à leurs maîtres ? » Confucius répondit : « (Bien qu’ils ne soient pas d’une vertu extraordinaire), leur obéissance n’ira pas jusqu’à tremper dans un parricide ou un régicide. » Ki Tzeu jen était fils de Ki P’ing tzeu et frère puîné de Ki Houan tzeu. Il croyait que sa famille avait beaucoup gagné en attirant à son service Tzeu lou et Jen Iou. Ki Houan tzeu était le chef de la famille Ki. (Voir Ch. III, 1, 2 et 6.)