Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 301 CHAPITRE XII. IEN IUEN
子貢問「友」。子曰:「忠吿而善道之,不可則止,毋自辱焉。」
22. Tzeu koung ayant interrogé Confucius sur l’amitié, le Maître dit : « Avertissez vos amis avec franchise, et conseillez les avec douceur. S’ils n’approuvent pas vos avis, arrêtez ; craignez de vous attirer un affront, (en perdant leur amitié par votre importunité). »
Passage 302 CHAPITRE XII. IEN IUEN
曾子曰:「君子以文會友,以友輔仁。」
23. Tseng tzeu dit : « Le sage se fait des amis par son érudition, et l’amitié est un moyen de perfection pour lui et pour eux. »
Passage 303 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
子路問政。子曰:「先之,勞之。」請益,曰:「無倦。」
1. Tzeu lou interrogea Confucius sur la manière de gouverner le peuple. Le Maître répondit : « Que le prince donne lui-même l’exemple de toutes les vertus, et prête secours au peuple dans ses travaux. » Tzeu lou pria le Maître de lui en dire davantage. Confucius répondit : « Que le prince s’applique sans relâche à faire les deux choses que je viens de dire. »
Passage 304 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
仲弓爲季氏宰,問政。子曰:「先有司。赦小過。擧賢才。」曰:「焉知賢才而擧之?」曰:「擧爾所知。爾所不知,人其舍諸?」
2. Tchoung koung était grand intendant du chef de la famille Ki. Il interrogea Confucius sur l’administration. Le Maître dit : « Mettez en avant les préfets, c’est à dire ne faites pas tout par vous même, mais servez vous des préfets, qui sont à vos ordres ; pardonnez les fautes légères ; mettez en charge des hommes sages et habiles. » Tchoung koung dit : « Comment connaîtrai-je les hommes sages et habiles, afin de leur confier les charges ? » Confucius répondit : « Mettez en charge ceux que vous connaissez. Quant à ceux que vous ne connaissez pas, est ce que d’autres ne vous les feront pas connaître ? »
Passage 305 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
子路曰:「衞君待子而爲政,子將奚先?」子曰:「必也正名乎!」子路曰:「有是哉?子之迂也!奚其正?」子曰:「野哉,由也!君子於其所不知,蓋闕如也。名不正,則言不順;言不順,則事不成;事不成,則禮樂不興;禮樂不興,則刑罰不中;刑罰不中,則民無所措手足。故君子名之必可言也,言之必可行也。君子於其言,無所苟而已矣。」
3. Tzeu lou dit : « Si le prince de Wei vous attendait pour régler avec vous les affaires publiques, à quoi donneriez vous votre premier soin ? » « A rendre à chaque chose son vrai nom, répondit le Maître. « Est ce raisonnable ? répliqua Tzeu lou. Maître, vous vous égarez loin du but. A quoi bon cette réforme des noms ? » Le Maître répondit : « Que Iou est grossier ! Un homme sage se garde de dire ou de faire ce qu’il ne sait pas. »
« Si les noms ne conviennent pas aux choses, il y a confusion dans le langage. S’il y a confusion dans le langage, les choses ne s’exécutent pas. Si les choses ne s’exécutent pas, les bienséances et l’harmonie sont négligées. Les bienséances et l’harmonie étant négligées, les supplices et les autres châtiments ne sont pas proportionnés aux fautes. Les supplices et les autres châtiments n’étant plus proportionnés aux fautes, le peuple ne sait plus où mettre la main ni le pied. »
« Un prince sage donne aux choses les noms qui leur conviennent, et chaque chose doit être traitée d’après la signification du nom qu’il lui donne. Dans le choix des noms il est très attentif. » K’ouai kouei, héritier présomptif de Ling, prince de Wei, honteux de la conduite déréglée et licencieuse de sa mère Nan tzeu, voulut la tuer. N’ayant pas réussi, il s’enfuit. Le prince Ling voulut nommer Ing son héritier. Ing refusa. A la mort du prince Ling, sa femme Nan tzeu nomma Ing héritier de la principauté. Ing refusa de nouveau. Elle donna la principauté à Tche, fils de K’ouai kouei, afin d’opposer le fils au père. Ainsi, Kouai kouei, en voulant tuer sa mère, avait encouru la disgrâce de son père ; et Tche, en prenant l’autorité princière, faisait opposition à son père K’ouai kouei. Tous deux étaient comme des hommes qui n’auraient pas eu de père. Evidemment, ils étaient indignes de régner. Si Confucius avait été chargé du gouvernement, il aurait commencé par corriger les appellations (celui-là seul aurait porté le nom de père ou de fils qui en aurait rempli les devoirs). Il aurait fait connaître au chef de l’empire l’origine et tous les détails de cette affaire ; il l’aurait prié d’ordonner à tous les seigneurs de la contrée de reconnaître Ing pour héritier de la principauté. Dès lors, la loi des relations entre le père et le fils aurait été remise en vigueur. Les noms auraient repris leur véritable signification, la loi naturelle aurait été observée, le langage aurait été exempt d’ambiguïté, et les choses auraient été exécutées.
Passage 306 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
樊遲請學稼,子曰:「吾不如老農。」請學爲圃,曰:「吾不如老圃。」樊遲出,子曰:「小人哉,樊須也!上好禮,則民莫敢不敬;上好義,則民莫敢不服;上好信,則民莫敢不用情,夫如是,則四方之民,襁負其子而至矣,焉用稼?」
4. Fan Tch’eu pria Confucius de lui enseigner l’agriculture. Le Maître répondit : « Un vieux laboureur vous l’enseignerait mieux que moi. » Fan Tch’eu le pria de lui enseigner l’art de cultiver les jardins potagers. Confucius répondit : « Un vieux jardinier vous l’enseignerait mieux que moi. » Comme Fan Tch’eu se retirait, le Maître lui dit : « Que Fan Siu a l’esprit petit ! Si le prince aime l’urbanité et les convenances, aucun de ses sujets n’osera les négliger. Si le prince aime la justice, aucun de ses sujets n’osera lui refuser l’obéissance. Si le prince aime la sincérité, aucun de ses sujets n’osera agir de mauvaise foi. Les choses étant ainsi, les habitants de toutes les contrées accourront à lui, avec leurs petits enfants sur leurs épaules. Quel besoin a t il d’apprendre l’agriculture ? »
Passage 307 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
子曰:「誦詩三百,授之以政,不達。使於四方,不能專對;雖多,亦奚以爲?」
5. Le Maître dit : « Supposons qu’un homme ait appris les trois cents odes du Cheu king ; qu’ensuite, s’il est chargé d’une partie de l’administration, il manque d’habileté ; s’il est envoyé en mission dans les pays étrangers, il soit incapable de répondre par lui-même ; que lui sert toute sa littérature ? »
Passage 308 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
子曰:「其身正,不令而行;其身不正,雖令不從。」
6. Le Maître dit : « Si le prince est lui-même vertueux, le peuple remplira ses devoirs, sans qu’on le lui commande ; si le prince n’est pas lui-même vertueux, il aura beau donner des ordres, le peuple ne les suivra pas. »
Passage 309 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
子曰:「魯衞之政,兄弟也。」
7. Le Maître dit : « Les deux principautés de Lou et de Wei sont sœurs par leur administration, comme par leur origine. » La principauté de Lou était gouvernée par les descendants de Tcheou koung, et celle de Wei par les descendants de Kang chou. Les deux dynasties descendaient donc de deux frères. Au temps de Confucius, elles étaient en décadence, et les deux pays étaient également troublés.
Passage 310 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
子謂衞公子荊,「善居室:始有,曰:『苟合矣;』少有,曰:『苟完矣。』富有,曰:『苟美矣。』」
8. Le Maître disait que Koung Tzeu king, tai fou de la principauté de Wei, était toujours content de l’état de sa maison ; que, quand il commença à posséder quelque chose, il disait : « J’ai amassé un peu ; » que, quand il eut des ressources suffisantes, il disait : « Je suis presque au comble de l’opulence ; » que, quand il fut devenu riche, il disait : « Je suis presque dans la splendeur. »
Passage 311 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
子適衞,冉有僕。子曰:「庶矣哉!」冉有曰:「既庶矣,又何加焉?」曰:「富之。」曰:「既富矣,又何加焉?」曰:「教之。」
9. Le Maître alla dans la principauté de Wei avec Jen Iou, qui conduisait sa voiture. Le Maître dit : « Que les habitants sont nombreux ! » Maintenant qu’ils sont nombreux, dit Jen Iou, que faut il faire pour eux ? Le Maître répondit : « Les rendre riches. » Jen Iou reprit « Quand ils seront devenus riches, que faudra t il faire de plus pour eux ? » « Les instruire, répondit Confucius. »
Passage 312 CHAPITRE XIII. TZEU LOU
子曰:「苟有用我者,期月而已可也,三年有成。」
10. Le Maître dit : « Si un prince me chargeait de l’administration des affaires publiques, au bout d’un an, elle serait assez bien réglée ; au bout de trois ans, elle serait parfaite. »