Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 145 CHAPITRE VI. IOUNG IE
子見南子,子路不說。夫子矢之曰:「予所否者,天厭之!天厭之!」
26. Le Maître visita Nan tzeu. Tzeu lou en fut mécontent. Le maître dit, en prononçant une imprécation : « Si j’ai mal fait, que le Ciel me rejette ! que le Ciel me rejette ! » Nan tzeu, femme de Ling, prince de Wei, avait une conduite déréglée. Confucius étant arrivé à la capitale de Wei, Nan tzeu l’invita à aller la voir. Confucius s’excusa d’abord ; puis, contraint par la nécessité, il alla visiter la princesse. Anciennement, celui qui exerçait une charge dans une principauté devait, d’après les usages, faire visite à la femme du prince. Tzeu lou, ne connaissant pas cette coutume, trouvait que c’était une honte de visiter cette mauvaise femme.
Passage 146 CHAPITRE VI. IOUNG IE
子曰:「中庸之爲德也,其至矣乎!民鮮久矣!」
27. Le Maître dit : « La vertu qui se tient dans l’invariable milieu est la plus haute perfection. Peu d’hommes la possèdent, et cela depuis longtemps. »
Passage 147 CHAPITRE VI. IOUNG IE
子貢曰:「如有博施於民,而能濟眾,何如?可謂仁乎?」子曰:「何事於仁,必也聖乎?堯舜其猶病諸!夫仁者,己欲立而立人,己欲達而達人。能近取譬,可謂仁之方也已。」
28. Tzeu koung dit : « Que faut il penser de celui qui répandrait partout ses bienfaits parmi le peuple et pourrait aider tous les hommes sans exception ? Pourrait on dire qu’il est parfait ? » Le Maître répondit : « Aider tous les hommes sans exception, est ce une chose qui soit possible à la vertu parfaite ? (Pour y parvenir), ne faudrait-il pas la plus haute sagesse, unie à la plus grande puissance ? Iao et Chouenn eux mêmes avaient la douleur de ne pouvoir le faire. Un homme parfait veut se tenir ferme lui-même, et il affermit les autres ; il désire comprendre lui-même (ses devoirs), et il instruit les autres. La vertu parfaite consiste, (non pas à secourir tous les hommes sans exception, ce qui est impossible ; mais) à juger des autres par soi-même et à les traiter comme on désire être traité soi-même. »
Passage 148 CHAPITRE VII. CHOU EUL
子曰:「述而不作,信而好古,竊比於我老彭。」
1. Le Maître dit : « Je transmets (les enseignements des anciens), et n’invente rien de nouveau. Je m’attache à l’antiquité avec confiance et affection ; je me permets de me comparer à notre vieux P’eng. » Le vieux P’eng, dont le nom de famille est Ts’ien et le nom propre K’eng, était petit fils de l’empereur Tchouen hiu. A la fin de la dynastie des In, il avait plus de sept cents ans, et n’était pas encore cassé de vieillesse. Il reçut en fief la vallée de Ta p’eng dans la principauté de Han et, pour cette raison, fut appelé le vieux P’eng.
Passage 149 CHAPITRE VII. CHOU EUL
子曰:「默而識之,學而不厭,誨人不倦,何有於我哉?」
2. Le Maître dit : « Méditer et se graver dans la mémoire les préceptes de la sagesse, apprendre sans éprouver jamais de satiété, enseigner sans jamais se lasser, ces trois mérites se trouvent-ils en moi ? »
Passage 150 CHAPITRE VII. CHOU EUL
子曰:「德之不脩,學之不講,聞義不能徙,不善不能改,是吾憂也。」
3. Le Maître dit : « Ce que je crains, c’est de ne pas m’appliquer à la pratique de la vertu, de ne pas chercher à me faire expliquer ce que je dois apprendre, de ne pouvoir accomplir ce que je sais être de mon devoir, et de ne pouvoir me corriger de mes défauts. »
Passage 151 CHAPITRE VII. CHOU EUL
子之燕居,申申如也,夭夭如也。
4. Lorsque le Maître n’était pas occupé d’affaires, son maintien était plein d’aisance, son air affable et joyeux.
Passage 152 CHAPITRE VII. CHOU EUL
子曰:「甚矣,吾衰也!久矣,吾不復夢見周公!」
5. Le Maître dit : « J’ai beaucoup perdu de mon énergie. Depuis longtemps je ne vois plus en songe Tcheou koung. » Lorsque Confucius était dans la force de l’âge, il se proposait d’imiter Tcheou koung, et il le voyait en rêve. Quand il fut devenu vieux, et incapable d’imiter de si grands exemples, il n’eut plus les mêmes aspirations ni les mêmes songes.
Passage 153 CHAPITRE VII. CHOU EUL
子曰:『志於道,狎於德,依於仁,游於藝。』
6. Le Maître dit : « Proposez vous toujours de suivre la voie de la vertu ; demeurez dans cette voie ; ne vous écartez jamais de la perfection ; ayez pour délassements les six arts libéraux (l’urbanité, la musique, le tir à l’arc, l’art de conduire un char, l’écriture et le calcul). »
Passage 154 CHAPITRE VII. CHOU EUL
子曰:「自行束脩以上,吾未嘗無誨焉。」
7. Le Maître dit : « Chaque fois que quelqu’un est venu de lui-même à mon école, en m’apportant les présents d’usage, ne fussent que dix tranches de viande séchée, jamais je ne lui ai refusé mes enseignements. » — Siou, tranche de viande séchée. Dix tranches formaient un paquet. Chez les anciens, lorsqu’on faisait une visite, l’usage exigeait qu’on offrît un présent. Un paquet de dix tranches de viande était le moindre de tous les présents. Confucius désirait que tous les hommes sans exception entrassent dans la voie de la vertu. Mais il n’était pas d’usage que le maître allât enseigner celui qui ne savait pas venir recevoir des leçons. Si quelqu’un venait en observant les usages, Confucius lui donnait toujours ses enseignements.
Passage 155 CHAPITRE VII. CHOU EUL
子曰:「不憤不啟;不悱不發。擧一隅,不以三隅反,則不復也。」
8. Le Maître dit : « Je n’enseigne pas celui qui ne s’efforce pas de comprendre ; je n’aide pas à parler celui qui ne s’efforce pas d’exprimer sa pensée. Si quelqu’un, après avoir entendu exposer la quatrième partie d’une question, ne peut comprendre par lui-même et exposer les trois autres parties, je ne l’enseigne plus. »
Passage 156 CHAPITRE VII. CHOU EUL
子食於有喪者之側,未嘗飽也。子於是日哭,則不歌。
9. Lorsque le Maître mangeait à côté d’un homme qui venait de perdre un proche parent, sa douleur lui permettait à peine de prendre un peu de nourriture. Quand il avait été pleurer un mort, toute la journée sa douleur l’empêchait de chanter.