Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 289 CHAPITRE XII. IEN IUEN
齊景公問「政」於孔子。孔子對曰:「君君,臣臣,父父,子子。」公曰:「善哉!信如君不君,臣不臣,父不父,子不子,雖有粟,吾得而食諸?」
11. King, prince de Ts’i, interrogea Confucius sur l’art de gouverner. Confucius répondit : « Que le prince remplisse ses devoirs de prince, le sujet ses devoirs de sujet, le père ses devoirs de père, le fils ses devoirs de fils. » « Très bien, dit le prince. En effet, si le prince ne remplit pas ses devoirs de prince, le sujet ses devoirs de sujet, le père ses devoirs de père, le fils ses devoirs de fils, quand même les grains ne manqueraient pas, pourrais je en avoir pour vivre ? »
Passage 290 CHAPITRE XII. IEN IUEN
子曰:「片言可以折獄者,其由也與!」子路無宿諾。
12. Le Maître dit : « Iou (Tzeu lou) est homme à terminer un procès en disant un seul mot. » Tzeu lou exécutait ses promesses sans retard. Tzeu lou était juste, sincère, perspicace, résolu. Dès qu’il dirait un mot, on se soumettait à sa décision avec confiance.
Passage 291 CHAPITRE XII. IEN IUEN
子曰:「聽訟,吾猶人也;必也使無訟乎!」
13. Le Maître dit : « Entendre les plaideurs et rendre la justice, je le puis, tout comme un autre. L’important serait de faire qu’il n’y eût plus de plaideurs. »
Passage 292 CHAPITRE XII. IEN IUEN
子張問「政」。子曰:「居之無倦,行之以忠。」
14. Tzeu tchang interrogea Confucius sur l’administration. Le Maître répondit : « Il faut appliquer son esprit aux affaires sans relâche, et les traiter avec justice. »
Passage 293 CHAPITRE XII. IEN IUEN
子曰:「博學以文,約之以禮;亦可以弗畔矣夫!」
Couvreur ne traduit pas ce passage ici : le Liun Iu le répète, et il le rend à sa première place, au chapitre VI.25.
Passage 294 CHAPITRE XII. IEN IUEN
子曰:「君子成人之美,不成人之惡。小人反是。」
15. Le Maître dit : « Le sage aide les autres à bien faire, mais non à mal faire. L’homme vulgaire tient une conduite tout opposée. »
Passage 295 CHAPITRE XII. IEN IUEN
季康子問「政」於孔子。孔子對曰:「『政』者,正也。子帥以正,孰敢不正?」
16. Ki K’ang tzeu interrogea Confucius sur l’art de gouverner. Confucius répondit : « Gouverner ou diriger les hommes, c’est leur faire suivre la voie droite. Si vous-même, Seigneur, marchez à leur tête dans la voie droite, qui osera ne pas la suivre ? »
Passage 296 CHAPITRE XII. IEN IUEN
季康子患盜,問於孔子。孔子對曰:「苟子之不欲,雖賞之不竊。」
17. Ki K’ang tzeu était dans l’embarras à cause des voleurs ; il consulta Confucius. Le philosophe lui répondit : « Seigneur, ne soyez ni cupide ni ambitieux, et il n’y aura plus de voleurs, quand même vous encourageriez le vol par des récompenses. »
Passage 297 CHAPITRE XII. IEN IUEN
季康子問政於孔子曰:「如殺無道,以就有道,何如?」孔子對曰:「子爲政,焉用殺?子欲善,而民善矣。君子之德,風;小人之德,草;草上之風,必偃。」
18. Ki K’ang tzeu, interrogeant Confucius sur la manière de gouverner, lui dit : « Ne ferais je pas bien de mettre à mort les malfaiteurs, afin de rendre le peuple vertueux ? » Confucius répondit : « Pour gouverner le peuple, Seigneur, avez vous besoin de la peine de mort ? Vous même veuillez sérieusement être vertueux, et votre peuple sera vertueux. La vertu du prince est comme le vent ; celle du peuple est comme l’herbe. Au souffle du vent, l’herbe se courbe toujours. »
Passage 298 CHAPITRE XII. IEN IUEN
子張問:「士何如斯可謂之『達』矣?」子曰:「何哉,爾所謂『達』者?」子張對曰:「在邦必聞,在家必聞。」子曰:「是『聞』也,非『達』也。夫『達』也者,質直而好義,察言而觀色,慮以下人,在邦必達,在家必達。夫『聞』也者:色取仁而行違,居之不疑。在邦必聞,在家必聞。」
19. Tzeu tchang demanda à Confucius ce que devait faire le disciple de la sagesse pour mériter d’être appelé illustre. Le Maître dit : « Qu’appelez vous homme illustre ? » Tzeu tchang répondit : « Celui qui a du renom auprès de son prince, de ses concitoyens, et de tous ses parents. » Le Maître reprit : « Celui-là a du renom, il n’a pas une gloire véritable. Un homme illustre est simple, droit, ami de la justice. Il fait attention aux paroles qu’il entend, et il observe l’air du visage (afin de connaître ce qu’on approuve et ce qu’on désapprouve de lui). Il a soin de se mettre au dessous des autres. Il est illustre auprès de ses concitoyens et de ses parents. Un homme qui a seulement du renom revêt une apparence de vertu, mais ses actions sont opposées à la vertu. Il se flatte d’être vertueux et s’en tient assuré. Il a du renom auprès de ses concitoyens et de ses parents. » (La renommée et la gloire semblent être la même chose, et ne le sont pas. Elles diffèrent entre elles comme le vrai du faux).
Passage 299 CHAPITRE XII. IEN IUEN
樊遲從遊於舞雩之下曰:「敢問崇德,脩慝,辨惑?」子曰:「善哉問!先事後得,非『崇德』與?攻其惡,無攻人之惡,非『脩慝』與?一朝之忿,忘其身以及其親,非『惑』與?」
20. Fan Tch’eu, accompagnant Confucius dans une promenade au pied de la colline nommée Ou iu, lui dit : « Permettez moi de vous demander comment on peut acquérir une grande vertu, corriger ses défauts, reconnaître ses erreurs. » Le Maître répondit : « Quelle excellente question ! Avoir en vue la pratique plutôt que la possession de la vertu, n’est ce pas le moyen d’acquérir une grande vertu ? Faire la guerre à ses propres défauts, et non à ceux d’autrui, n’est ce pas le moyen de se corriger ? Dans un moment de colère, mettre en danger sa vie et celle de ses parents, n’est ce pas illusion ? »
Passage 300 CHAPITRE XII. IEN IUEN
樊遲問「仁」。子曰:「愛人。」問「知」。子曰:「知人。」樊遲未達,子曰:「擧直錯諸枉,能使枉者直。」樊遲退,見子夏曰:「鄉也吾見於夫子而問『知』,子曰:『擧直錯諸枉,能使枉者直』,何謂也?」子夏曰:「富哉言乎!舜有天下,選於眾,擧皋陶,不仁者遠矣。湯有天下,選於眾,擧伊尹,不仁者遠矣。」
21. Fan Tch’eu demanda en quoi consiste la vertu d’humanité. « Elle consiste à aimer les hommes, répondit le Maître. » Fan Tch’eu demanda en quoi consiste la prudence. « Elle consiste à connaître les hommes, répondit Confucius. » Fan Tch’eu ne comprenant pas, le Maître dit : « En élevant aux charges les hommes vertueux, et en laissant de côté les méchants, on peut déterminer les méchants à se corriger. » Fan Tch’eu s’étant retiré, alla trouver Tzeu hia, et lui dit : « Tout à l’heure, j’ai été voir le Maître, et lui ai demandé en quoi consiste la prudence. Il m’a répondu : En élevant aux charges les hommes de bien et en écartant les hommes vicieux, on peut déterminer les méchants à se corriger. Que signifient ces paroles ? » Tzeu hia dit : « Ces paroles sont pleines de sens. Chouenn, devenu maître de l’empire, choisit entre tous ses sujets et promut Kao iao ; les méchants s’en allèrent bien loin. T’ang, parvenu à l’empire, choisit entre tous ses sujets et promut I in ; tous les méchants disparurent. »