Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 337 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「有德者必有言,有言者不必有德。仁者必有勇,勇者不必有仁。」
5. Le Maître dit : « Un homme vertueux a certainement de bonnes paroles sur les lèvres ; un homme qui a de bonnes paroles sur les lèvres peut n’être pas vertueux. Un homme parfait est certainement courageux ; un homme courageux peut n’être pas parfait. »
Passage 338 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
南宮适問於孔子曰:「羿善射,奡盪舟,俱不得其死然。禹稷躬稼而有天下。」夫子不答。南宮适出,子曰:「君子哉若人!尙德哉若人!」
6. Nan Koung kouo (ou Nan Ioung) dit à Confucius : « I était un archer très habile ; Ngao poussait lui seul un navire sur la terre ferme. Tous deux (malgré cette habileté, cette force), ont péri de mort violente. Iu et Heou Tsi ont cultivé la terre de leurs propres mains ; cependant (à cause de leur vertu), ils ont obtenu l’empire. » Le Maître ne répondit pas ; mais, lorsque Nan Koung kouo se fut retiré, il dit de lui : « Cet homme est un sage ; cet homme met la vertu au dessus de tout. » Chouenn légua l’empire à Iu. Les descendants de Heou tsi l’obtinrent à leur tour en la personne de Ou Wang, prince de Tcheou.
Passage 339 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「君子而不仁者有矣夫!未有小人而仁者也!」
7. Le Maître dit : « On trouve des disciples de la sagesse qui ne sont pas parfaits ; on n’a jamais vu un homme sans principes qui fût parfait. »
Passage 340 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「愛之,能勿勞乎?忠焉,能勿誨乎?」
8. Le Maître dit : « Un père qui aime son fils peut-il ne pas lui imposer des exercices pénibles ? Un ministre fidèle peut-il ne pas avertir son prince ? »
Passage 341 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「爲命,裨諶草創之,世叔討論之,行人子羽脩飾之,東里子產潤色之。」
9. Le Maître dit : « Quand il fallait écrire une lettre au nom du prince, Pi Chenn en composait le brouillon ; Cheu chou en examinait avec soin le contenu ; Tzeu iu, qui présidait à la réception des hôtes, corrigeait et polissait le style ; Tzeu tch’an, de Toung li lui donnait une tournure élégante. » Ces quatre hommes étaient grands préfets dans la principauté de Tcheng. Quand le prince de Tcheng avait des lettres à écrire, elles passaient toutes successivement par les mains de ces quatre sages, qui les méditaient et les examinaient avec le plus grand soin, chacun d’eux déployant son talent particulier. Aussi, dans les réponses envoyées aux princes, on trouvait rarement quelque chose à reprendre.
Passage 342 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
或問子產,子曰:「惠人也。」問子西。曰:「彼哉彼哉!」問管仲。曰:「人也,奪伯氏騈邑三百,飯疏食,沒齒,無怨言。」
10. Quelqu’un ayant demandé à Confucius ce qu’il pensait de Tzeu tch’an, le Maître répondit : « C’est un homme bienfaisant. » Le même lui ayant demandé ce qu’il pensait de Tzeu si, il dit : « Oh ! celui-là ! celui-là ! (ne m’en parlez pas). » Le même lui ayant demandé ce qu’il pensait de Kouan tchoung, il répondit : « C’était un homme si vertueux que, le prince de Ts’i lui ayant donné la ville de P’ien qui comptait trois cents familles, le chef de la famille Pe, dépouillé de ce domaine et réduit à se contenter d’une nourriture grossière, n’eut jamais un mot d’indignation contre lui. » Tzeu si, fils du prince de Tch’ou, s’appelait Chenn. Il refusa la dignité de prince de Tchou, la fit donner au prince Tchao, et réforma l’administration publique. Il fut un sage et habile tai fou. Mais il ne sut pas faire supprimer le titre de Wang, que le prince de Tch’ou s’était arrogé. Le prince Tchao voulut mettre en charge Confucius. Tzeu si l’en détourna et l’en empêcha.
Passage 343 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「貧而無怨,難;富而無驕,易。」
11. Le Maître dit : « Il est plus difficile de se défendre du chagrin dans la pauvreté que de l’orgueil dans l’opulence. »
Passage 344 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「孟公綽,爲趙、魏老則優,不可以爲滕、薛大夫。」
12. Le Maître dit : « Meng koung Tch’o, (tai fou de la principauté de Lou), excellerait dans la charge d’intendant de la maison de Tchao ou de Wei ; il ne serait pas capable de remplir la charge de tai fou dans la principauté de T’eng ou de Sie. »
Passage 345 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子路問成人。子曰:「若臧武仲之知,公綽之不欲,卞莊子之勇,冉求之藝,文之以禮樂,亦可以爲成人矣!」曰:「今之成人者,何必然?見利思義,見危授命,久要不忘平生之言,亦可以爲成人矣!」
13. Tzeu lou pria Confucius de lui dire ce que c’est qu’un homme parfait. Le Maître répondit : « Celui qui aurait la prudence de Tsang Ou tchoung, l’intégrité de Koung tch’o, le courage de Tchouang tzeu, préfet de Pien, l’habileté de Jen K’iou, et qui de plus cultiverait les cérémonies et la musique, pourrait être regardé comme un homme parfait. » Confucius ajouta : « A présent, pour être un homme parfait, est il nécessaire de réunir toutes ces qualités ? Celui qui, en présence d’un profit à retirer, craint de violer la justice, qui, en face du danger, s’offre lui-même à la mort, qui, même après de longues années, n’oublie pas les engagements qu’il a pris dans le cours de sa vie ; celui-là peut aussi être considéré comme un homme parfait. »
Passage 346 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子問公叔文子於公明賈,曰:「信乎?夫子不言不笑不取乎?」公明賈對曰:「以吿者過也!夫子時然後言,人不厭其言;樂然後笑,人不厭其笑;義然後取,人不厭其取。」子曰:「其然!豈其然乎?」
14. Le Maître, parlant de Koung chou Wenn tzeu (tai fou de la principauté de Wei) à Koung ming Kia (qui était de la même principauté), lui dit : « Est il vrai que votre maître ne parle pas, ne rit pas et n’accepte rien ? » Koung ming Kia répondit : « Ceux qui lui ont fait cette réputation ont exagéré. Mon maître parle, quand il est temps de parler, et ses paroles ne fatiguent personne. Il rit, quand il est temps de se réjouir, et son rire ne déplaît à personne. Il accepte, quand la justice le permet, et personne n’y trouve à redire. » Le Maître reprit : « Est ce vrai ? Cela peut il être vrai (sa vertu est-elle si parfaite) ? »
Passage 347 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「臧武仲以防,求爲後於魯,雖曰不要君,吾不信也。」
15. Le Maître dit : « Tsang Ou tchoung, maître du pays de Fang, a demandé au prince de Lou de lui constituer un héritier et un successeur de sa propre famille. Il a beau dire qu’il n’a pas fait violence à son prince, je n’ajoute pas foi à son affirmation. » Tsang Ou tchoung, nommé Ho, était grand préfet dans la principauté de Lou Fang, domaine ou fief qui avait été constitué par le prince de Lou et donné à Ou tchoung. Ou tchoung, ayant offensé le prince de Lou, se réfugia dans la principauté de Tchou. Mais, après, il revint de Tchou à Fang et députa au prince de Lou des envoyés pour lui présenter d’humbles excuses, le prier de lui constituer un successeur de sa propre famille et lui promettre de se retirer ensuite. En même temps il laissait voir que, s’il n’obtenait par sa demande, redevenu possesseur de son fief, il se mettrait en révolte. C’était faire violence à son prince.
Passage 348 CHAPITRE XIV. HIEN WENN
子曰:「晉文公譎而不正,齊桓公正而不譎。」
16. Le Maître dit : « Wenn, prince de Tsin, était fourbe et manquait de droiture ; Houan, prince de Ts’i, était plein de droiture et sans duplicité. »