Entretiens de Confucius
Les Analectes — Lunyu
Confucius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 1 CHAPITRE I. HIO EUL
子曰:「學而時習之,不亦說乎?有朋自遠方來,不亦樂乎?人不知而不慍,不亦君子乎?」
1. Le Maître dit : « Celui qui cultive la sagesse et ne cesse de la cultiver n’y trouve-t-il pas de la satisfaction ? Si des amis de la sagesse viennent de loin recevoir ses leçons, n’éprouve-t-il pas une grande joie ? S’il reste inconnu des hommes et n’en ressent aucune peine, n’est il pas un vrai sage ? »
Passage 2 CHAPITRE I. HIO EUL
有子曰:「其爲人也孝弟,而好犯上者,鮮矣;不好犯上,而好作亂者,未之有也。君子務本,本立而道生;孝弟也者,其爲仁之本與?」
2. Iou tzeu dit : « Parmi les hommes naturellement enclins à respecter leurs parents, à honorer ceux qui sont au dessus d’eux (par le rang ou par l’âge), peu aiment à résister à leurs supérieurs. Un homme qui n’aime pas à résister à l’autorité, et cependant aime à exciter du trouble, ne s’est jamais rencontré. Le sage donne son principal soin à la racine. La racine, une fois affermie, donne naissance au tronc et aux branches. L’affection envers nos parents et le respect envers ceux qui sont au dessus de nous sont comme la racine de la vertu ». (Iou tzeu, nommé Jo, était disciple de Confucius).
Passage 3 CHAPITRE I. HIO EUL
子曰:「巧言令色,鮮矣仁。」
3. Le Maître dit : « Celui qui par des discours étudiés et un extérieur composé (cherche à plaire aux hommes) ruine ses vertus naturelles. » (Sien équivaut à la lettre wang).
Passage 4 CHAPITRE I. HIO EUL
曾子曰:「吾日三省吾身:爲人謀而不忠乎?與朋友交而不信乎?傳不習乎?」
4. Tseng tzeu dit : « Je m’examine chaque jour sur trois choses : Si, traitant une affaire pour un autre, je ne l’ai pas traitée avec moins de soin que si elle eût été ma propre affaire ; si, dans mes relations avec mes amis, je n’ai pas manqué de sincérité ; si je n’ai pas négligé de mettre en pratique les leçons que j’ai reçues. »
Passage 5 CHAPITRE I. HIO EUL
子曰:「道千乘之國,敬事而信,節用而愛人,使民以時。」
5. Le Maître dit : « Celui qui gouverne une principauté qui entretient mille chariots de guerre doit être attentif aux affaires et tenir sa parole, modérer les dépenses et aimer les hommes, n’employer le peuple aux travaux publics que dans les temps convenables, (afin de ne pas nuire aux travaux des champs). »
Passage 6 CHAPITRE I. HIO EUL
子曰:「弟子入則孝,出則弟,謹而信,汎愛眾,而親仁。行有餘力,則以學文。」
6. Le Maître dit : « Un jeune homme, dans la maison, doit aimer et respecter ses parents. Hors de la maison, il doit respecter ceux qui sont plus âgés ou d’un rang plus élevé que lui. Il doit être attentif aux affaires et sincère dans ses paroles ; aimer tout le monde, mais se lier plus étroitement avec les hommes vertueux. Ces devoirs remplis, s’il lui reste (du temps et) des forces, qu’il les emploie à l’étude des lettres et des arts libéraux. »
Passage 7 CHAPITRE I. HIO EUL
子夏曰:「賢賢易色;事父母,能竭其力;事君,能致其身;與朋友交,言而有信;雖曰未學,吾必謂之學已矣。」
7. Tzeu hia dit : « Celui qui, au lieu d’aimer les plaisirs, aime et recherche les hommes sages, qui aide ses parents de toutes ses forces, qui se dépense tout entier au service de son prince, qui avec ses amis parle sincèrement, quand même on me dirait qu’un tel homme n’a pas cultivé la sagesse, j’affirmerais qu’il l’a cultivée. »
Passage 8 CHAPITRE I. HIO EUL
子曰:「君子不重則不威,學則不固。主忠信,無友不如己者,過則勿憚改。」
8. Le Maître dit : « Si celui qui cultive la sagesse manque de gravité, il ne sera pas respecté et n’acquerra qu’une connaissance superficielle de la vertu. Qu’il mette au premier rang la fidélité et la sincérité ; qu’il ne lie pas amitié avec des hommes qui ne lui ressemblent pas (qui ne cultivent pas comme lui la sagesse) ; s’il tombe dans un défaut, qu’il ait le courage de s’en corriger. »
Passage 9 CHAPITRE I. HIO EUL
曾子曰:「愼終追遠,民德歸厚矣。」
9. Tseng tzeu dit : « Si le prince rend les derniers devoirs à ses parents avec un vrai zèle et honore par des offrandes ses ancêtres même éloignés, la piété filiale fleurira parmi le peuple. »
Passage 10 CHAPITRE I. HIO EUL
子禽問於子貢曰:「夫子至於是邦也,必聞其政,求之與?抑與之與?」子貢曰:「夫子溫、良、恭、儉、讓以得之。夫子之求之也,其諸異乎人之求之與?」
10. Tzeu k’in adressa cette question à Tzeu koung : « Quand notre maître arrive dans une principauté, il reçoit toujours des renseignements sur l’administration de l’État. Est-ce lui qui les demande au prince, ou bien est ce le prince qui les lui offre ? » Tzeu koung répondit : « Notre maître les obtient (non par des interrogations, mais) par sa douceur, son calme, son respect, sa tenue modeste et sa déférence. Il a une manière d’interroger qui n’est pas celle des autres hommes. » (Le nom de famille de Tzeu Koung était Touan mou, et son nom propre Seu)
Passage 11 CHAPITRE I. HIO EUL
子曰:「父在觀其志,父沒觀其行。三年無改於父之道,可謂孝矣。」
11. Le Maître dit : « Un fils doit consulter la volonté de son père, tant que son père est en vie, et ses exemples, quand il est mort. Si durant trois ans après la mort de son père, il imite sa conduite en toutes choses, on pourra dire qu’il pratique la piété filiale. »
Passage 12 CHAPITRE I. HIO EUL
有子曰:「禮之用,和爲貴;先王之道,斯爲美;小大由之。有所不行,知和而和,不以禮節之,亦不可行也。」
12. Iou tzeu dit : « Dans l’observation des devoirs mutuels, la concorde est d’un grand prix. C’est pour cette raison que les règles des anciens souverains sont excellentes. Toutes leurs prescriptions, grandes ou petites, ont été inspirées par le désir de la concorde. (Cependant,) il est une chose qu’il faut éviter : connaître le prix de la concorde, et faire tout pour la concorde, sans tenir compte du devoir, c’est ce qui n’est pas permis. »