L’Art de la guerre
Sun Tzu, le traité de stratégie
Sun Tzu, 400 av. J.-C.. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 8 九變第八 — Les neuf changements
孫子曰:凡用兵之法,將受命於君,合軍聚眾。圮地無舍,衢地合交,絕地無留,圍地則謀,死地則戰。途有所不由,軍有所不擊,城有所不攻,地有所不爭,君命有所不受。故將通於九變之利者,知用兵矣;將不通於九變之利,雖知地形,不能得地之利矣;治兵不知九變之術,雖知地利,不能得人之用矣。是故智者之慮,必雜於利害,雜於利而務可信也,雜於害而患可解也。是故屈諸侯者以害,役諸侯者以業,趨諸侯者以利。故用兵之法,無恃其不來,恃吾有以待之;無恃其不攻,恃吾有所不可攻也。故將有五危︰必死,可殺也﹔必生,可虜也﹔忿速,可侮也﹔廉潔,可辱也﹔愛民,可煩也。凡此五者,將之過也,用兵之災也。覆軍殺將,必以五危,不可不察也。
Sun Tzu dit : selon la règle générale de l’emploi des armes, le général reçoit ses ordres du souverain, réunit l’armée et rassemble les troupes.
Sur un terrain impraticable, ne campe pas ; sur un terrain de carrefour, noue des alliances ; sur un terrain coupé, ne t’attarde pas ; sur un terrain encerclé, élabore des plans ; sur un terrain mortel, combats.
Il est des routes à ne pas suivre, des armées à ne pas attaquer, des villes à ne pas assiéger, des terrains à ne pas disputer et des ordres du souverain à ne pas recevoir.
Ainsi, le général qui maîtrise les avantages des neuf changements connaît l’emploi des armes ; celui qui ne les maîtrise pas ne saura pas tirer parti du terrain, même s’il en connaît la disposition. Celui qui dirige une armée sans connaître l’art des neuf changements ne saura pas tirer parti des hommes, même s’il connaît les avantages du terrain.
C’est pourquoi la réflexion du sage mêle toujours l’avantage et le dommage : quand l’avantage entre dans son calcul, son entreprise devient sûre ; quand le dommage y entre, ses difficultés peuvent se résoudre.
Ainsi, on fait plier les seigneurs par le dommage, on les accapare par des entreprises et on les fait accourir par l’avantage.
Selon la règle de l’emploi des armes, ne compte pas sur le fait que l’ennemi ne viendra pas, mais sur les moyens que tu as de l’attendre ; ne compte pas sur le fait qu’il n’attaquera pas, mais sur ce qui, chez toi, est inattaquable.
Le général est donc exposé à cinq dangers : s’il veut à tout prix mourir, il peut être tué ; s’il veut à tout prix vivre, il peut être capturé ; s’il s’emporte promptement, il peut être provoqué ; s’il est jaloux de son intégrité, il peut être humilié ; s’il aime le peuple, il peut être tourmenté.
Ces cinq dangers sont les fautes du général et les fléaux de l’emploi des armes.
L’anéantissement d’une armée et la mort de son général proviennent nécessairement de ces cinq dangers : il faut les examiner avec soin.