L’Art de la guerre
Sun Tzu, le traité de stratégie
Sun Tzu, 400 av. J.-C.. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 4 軍形第四 — La disposition militaire
孫子曰:昔之善戰者,先為不可勝,以待敵之可勝。不可勝在己,可勝在敵。故善戰者,能為不可勝,不能使敵之必可勝。故曰:勝可知,而不可為。不可勝者,守也;可勝者,攻也。守則不足,攻則有餘。善守者,藏於九地之下;善攻者,動於九天之上,故能自保而全勝也。見勝不過衆人之所知,非善之善者也;戰勝而天下曰善,非善之善者也。故舉秋毫不為多力,見日月不為明目,聞雷霆不為聰耳。古之所謂善戰者,勝於易勝者也。故善戰者之勝也,無智名,無勇功。故其戰勝不忒。不忒者,其所措必勝,勝已敗者也。故善戰者,立於不敗之地,而不失敵之敗也。是故勝兵先勝而後求戰,敗兵先戰而後求勝。善用兵者,修道而保法,故能為勝敗之政。兵法:一曰度,二曰量,三曰數,四曰稱,五曰勝。地生度,度生量,量生數,數生稱,稱生勝。故勝兵若以鎰稱銖,敗兵若以銖稱鎰。勝者之戰民也,若決積水於千仞之溪者,形也。
Sun Tzu dit : jadis, ceux qui excellaient à la guerre commençaient par se rendre invincibles, puis attendaient que l’ennemi puisse être vaincu.
L’invincibilité dépend de soi ; la possibilité de vaincre dépend de l’ennemi.
Ainsi, ceux qui excellent à la guerre peuvent se rendre invincibles, mais ne peuvent contraindre l’ennemi à pouvoir être vaincu.
C’est pourquoi l’on dit : la victoire peut être discernée, mais elle ne peut être forcée.
Ne pouvoir être vaincu relève de la défense ; pouvoir vaincre relève de l’attaque.
On se défend quand les moyens sont insuffisants ; on attaque quand ils sont surabondants.
Celui qui excelle dans la défense se cache sous les neuf profondeurs de la terre ; celui qui excelle dans l’attaque se meut au-dessus des neuf hauteurs du ciel. Il peut ainsi se préserver et remporter une victoire complète.
Discerner la victoire sans dépasser ce que sait tout le monde n’est pas le comble de l’excellence ; vaincre au combat et être proclamé habile par le monde entier n’est pas le comble de l’excellence.
Soulever un duvet d’automne ne témoigne pas d’une grande force ; voir le soleil et la lune ne témoigne pas d’une vue perçante ; entendre le tonnerre ne témoigne pas d’une ouïe fine.
Ceux que les anciens disaient excellents à la guerre vainquaient des ennemis faciles à vaincre.
Ainsi, les victoires de celui qui excelle à la guerre ne lui valent ni renom d’intelligence ni mérite de bravoure.
Ainsi, lorsqu’il combat et vainc, il ne se trompe pas.
Il ne se trompe pas parce que tout ce qu’il met en œuvre conduit nécessairement à la victoire : il vainc un ennemi déjà défait.
Ainsi, celui qui excelle à la guerre se tient sur un terrain où il ne peut être défait et ne laisse pas échapper la défaite de l’ennemi.
C’est pourquoi l’armée victorieuse remporte d’abord la victoire, puis recherche le combat ; l’armée vaincue engage d’abord le combat, puis recherche la victoire.
Celui qui excelle dans l’emploi des troupes cultive la Voie et préserve la règle ; il peut ainsi régir la victoire et la défaite.
La règle de la guerre comporte premièrement la mesure, deuxièmement la quantité, troisièmement le nombre, quatrièmement la pesée et cinquièmement la victoire.
Le terrain engendre la mesure ; la mesure engendre la quantité ; la quantité engendre le nombre ; le nombre engendre la pesée ; la pesée engendre la victoire.
Ainsi, l’armée victorieuse est comme un poids de cinq cent soixante-seize grains pesé contre un grain ; l’armée vaincue, comme un grain pesé contre cinq cent soixante-seize.
Quand le vainqueur fait combattre ses hommes, c’est comme s’il libérait des eaux accumulées dans une gorge profonde de mille brasses : telle est la disposition.