L’Art de la guerre
Sun Tzu, le traité de stratégie
Sun Tzu, 400 av. J.-C.. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 6 虛實第六 — Le vide et le plein
孫子曰:凡先處戰地而待敵者佚,後處戰地而趨戰者勞。故善戰者,致人而不致於人。能使敵自至者,利之也;能使敵不得至者,害之也。故敵佚能勞之,飽能饑之,安能動之。出其所不趨,趨其所不意。行千里而不勞者,行於無人之地也。攻而必取者,攻其所不守也;守而必固者,守其所不攻也。故善攻者,敵不知其所守;善守者,敵不知其所攻。微乎微乎!至于無形;神乎神乎!至于無聲,故能為敵之司命。進而不可禦者,沖其虛也;退而不可追者,速而不可及也。故我欲戰,敵雖高壘深溝,不得不與我戰者,攻其所必救也;我不欲戰,雖畫地而守之,敵不得與我戰者,乖其所之也。故形人而我無形,則我專而敵分。我專為一,敵分為十,是以十攻其一也,則我衆而敵寡。能以衆擊寡者,則吾之所與戰者,約矣。吾所與戰之地不可知,不可知,則敵所備者多,敵所備者多,則吾之所與戰者寡矣。故備前則後寡,備後則前寡,備左則右寡,備右則左寡,無所不備,則無所不寡。寡者,備人者也;衆者,使人備己者也。故知戰之地,知戰之日,則可千里而會戰;不知戰之地,不知戰之日,則左不能救右,右不能救左,前不能救後,後不能救前,而況遠者數十里,近者數里乎!以吾度之,越人之兵雖多,亦奚益於勝敗哉!故曰:勝可擅一作「為」也。敵雖衆,可使無鬥。故策之而知得失之計,作之而知動靜之理,形之而知死生之地,角之而知有餘不足之處。故形兵之極,至於無形。無形,則深間不能窺,智者不能謀。因形而措勝於衆,衆不能知。人皆知我所以勝之形,而莫知吾所以制勝之形。故其戰勝不復,而應形於無窮。夫兵形象水,水之行,避高而趨下;兵之勝,避實而擊虛。水因地而制行,兵因敵而制勝。故兵無成勢,無恒形,能因敵變化而取勝者,謂之神。故五行無常勝,四時無常位,日有短長,月有死生。
Sun Tzu dit : Quiconque occupe le premier le champ de bataille et y attend l’ennemi est reposé ; quiconque y arrive plus tard et se hâte au combat est épuisé.
Ainsi, celui qui excelle au combat fait venir l’ennemi et ne se laisse pas faire venir par lui.
Ce qui peut faire venir l’ennemi de lui-même, c’est l’avantage qu’on lui présente ; ce qui peut l’empêcher de venir, c’est le dommage dont on le menace.
Ainsi, si l’ennemi est reposé, on peut l’épuiser ; s’il est rassasié, on peut l’affamer ; s’il est immobile, on peut le mettre en mouvement.
Surgissez là où il ne se hâte pas ; hâtez-vous là où il ne vous attend pas.
Celui qui parcourt mille lieues sans s’épuiser avance dans un pays où nul ne lui résiste.
Celui qui attaque et prend à coup sûr attaque ce que l’ennemi ne défend pas ; celui qui défend avec une solidité assurée défend ce que l’ennemi n’attaque pas.
Ainsi, contre celui qui excelle dans l’attaque, l’ennemi ne sait où se défendre ; contre celui qui excelle dans la défense, il ne sait où attaquer.
Quelle subtilité, quelle subtilité !
On atteint l’absence de disposition. Quel mystère, quel mystère !
On atteint l’absence de tout son et l’on peut ainsi décider du destin de l’ennemi.
Si l’on avance sans pouvoir être arrêté, c’est que l’on fond sur son vide ; si l’on se retire sans pouvoir être poursuivi, c’est que l’on va trop vite pour être rejoint.
Ainsi, si je veux combattre, l’ennemi aura beau élever ses remparts et creuser ses fossés, il devra m’affronter, car j’attaquerai ce qu’il doit absolument secourir ; si je ne veux pas combattre, même si je ne défends qu’une ligne tracée sur le sol, il ne pourra m’affronter, car je détournerai la direction qu’il suit.
Ainsi, si je fais apparaître la disposition de l’ennemi tout en restant moi-même sans disposition, je me concentre tandis qu’il se divise.
Si je me concentre en un seul corps tandis que l’ennemi se divise en dix, j’attaque chacun avec dix hommes contre un : je suis donc nombreux et l’ennemi peu nombreux.
Si je peux frapper le petit nombre avec le grand, ceux que j’aurai à combattre seront peu nombreux.
L’ennemi ne doit pas savoir où je livrerai bataille ; s’il l’ignore, il devra se préparer en de nombreux endroits, et s’il se prépare en de nombreux endroits, ceux que j’aurai à combattre seront peu nombreux.
S’il se prépare à l’avant, il sera faible à l’arrière ; s’il se prépare à l’arrière, il sera faible à l’avant ; s’il se prépare à gauche, il sera faible à droite ; s’il se prépare à droite, il sera faible à gauche ; s’il se prépare partout, il sera faible partout.
Le petit nombre appartient à celui qui se prépare contre autrui ; le grand nombre, à celui qui oblige autrui à se préparer contre lui.
Ainsi, si l’on connaît le lieu et le jour du combat, on peut parcourir mille lieues pour livrer bataille ; si l’on ne connaît ni le lieu ni le jour, la gauche ne peut secourir la droite, ni la droite la gauche, ni l’avant l’arrière, ni l’arrière l’avant : que dire alors des unités éloignées de plusieurs dizaines de lieues, ou même de quelques lieues seulement !
À mon estime, les troupes de Yue ont beau être nombreuses, quel secours apportent-elles à la victoire ?
Ainsi dit-on : « On peut se rendre maître de la victoire. » Une autre version porte : « On peut produire la victoire. »
Même nombreux, les ennemis peuvent être empêchés de combattre.
Évaluez l’ennemi pour connaître les calculs qui lui valent gain ou perte ; provoquez-le pour connaître les principes de son mouvement et de son repos ; faites apparaître sa disposition pour connaître les lieux de mort et de vie ; mesurez-vous à lui pour connaître les points où il a trop ou trop peu.
La disposition suprême des troupes atteint l’absence de disposition.
Sans disposition, on ne peut être percé par les espions les plus profonds ni déjoué par les plus sages.
En s’adaptant à la disposition, on remporte la victoire sous les yeux de tous, mais nul ne sait comment.
Tous connaissent la disposition par laquelle j’ai remporté la victoire, mais nul ne connaît celle par laquelle j’en ai assuré la maîtrise.
Ainsi, les victoires ne se répètent pas : elles répondent aux dispositions dans leur infinie diversité.
La disposition des troupes ressemble à l’eau : dans son cours, l’eau évite les hauteurs et se porte vers le bas ; dans la victoire, les troupes évitent le plein et frappent le vide.
L’eau règle son cours d’après le terrain ; les troupes règlent leur victoire d’après l’ennemi.
Ainsi, les troupes n’ont pas d’impulsion fixe ni de disposition constante ; celui qui sait se transformer selon l’ennemi et remporter la victoire est appelé divin.
Ainsi, aucun des cinq éléments ne l’emporte constamment, aucune des quatre saisons n’occupe une place constante ; les jours sont courts ou longs, la lune connaît mort et renaissance.