L’Art de la guerre
Sun Tzu, le traité de stratégie
Sun Tzu, 400 av. J.-C.. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 7 軍爭第七 — La lutte des armées
孫子曰:凡用兵之法,將受命於君,合軍聚衆,交和而舍,莫難於軍爭。軍爭之難者,以迂為直,以患為利。故迂其途,而誘之以利,後人發,先人至,此知迂直之計者也。故軍爭為利,軍爭為危。舉軍而爭利,則不及;委軍而爭利,則輜重捐。是故卷甲而趨,日夜不處,倍道兼行,百里而爭利,則擒三軍將,勁者先,疲者後,其法十一而至;五十里而爭利,則蹶上軍將,其法半至;三十里而爭利,則三分之二至。是故軍無輜重則亡,無糧食則亡,無委積則亡。故不知諸侯之謀者,不能豫交;不知山林、險阻、沮澤之形者,不能行軍;不用鄉導者,不能得地利。故兵以詐立,以利動,以分合為變者也。故其疾如風,其徐如林,侵掠如火,不動如山,難知如陰,動如雷震。掠鄉分衆,廓地分利,懸權而動。先知迂直之計者勝,此軍爭之法也。《軍政》曰:「言不相聞,故為金鼓;視不相見,故為旌旗。」夫金鼓旌旗者,所以一民之耳目也。民既專一,則勇者不得獨進,怯者不得獨退,此用衆之法也。故夜戰多金鼓,晝戰多旌旗,所以變人之耳目也。三軍可奪氣,將軍可奪心。是故朝氣銳,晝氣惰,暮氣歸。故善用兵者,避其銳氣,擊其惰歸,此治氣者也;以治待亂,以靜待嘩,此治心者也;以近待遠,以佚待勞,以飽待饑,此治力者也;無邀正正之旗,無擊堂堂之陣,此治變者也。故用兵之法,高陵勿向,背丘勿逆,佯北勿從,銳卒勿攻,餌兵勿食,歸師勿遏,圍師必闕,窮寇勿迫,此用兵之法也。
Sun Tzu dit : En règle générale, dans l’emploi des armes, le général reçoit ses ordres du souverain, rassemble l’armée et concentre les troupes, puis établit le camp au contact de l’ennemi ; rien n’est plus difficile que la lutte des armées.
La difficulté de la lutte des armées consiste à faire du détour la voie directe et du danger un avantage.
Ainsi, détournez votre route tout en attirant l’ennemi par un avantage : parti après lui, vous arriverez avant lui. C’est savoir calculer le détour et la ligne directe.
Ainsi, la lutte des armées procure un avantage, mais elle présente aussi un danger.
Si l’armée entière lutte pour l’avantage, elle n’arrivera pas à temps ; si on laisse l’armée derrière soi pour lutter pour l’avantage, les bagages seront abandonnés.
Ainsi, si l’on roule les cuirasses pour courir, sans s’arrêter ni jour ni nuit, en parcourant une double étape d’une seule traite, et que l’on dispute un avantage à cent lieues, les généraux des trois armées seront capturés : les plus robustes arriveront les premiers, les autres suivront épuisés, et un homme sur dix seulement parviendra au but ; à cinquante lieues, le général de l’avant-garde sera défait et la moitié des hommes arrivera ; à trente lieues, les deux tiers arriveront.
Ainsi, une armée sans bagages périt ; sans vivres, elle périt ; sans réserves accumulées, elle périt.
Qui ignore les desseins des seigneurs ne peut conclure d’avance des alliances ; qui ignore la disposition des montagnes, des forêts, des passages difficiles, des défilés, des marais et des fondrières ne peut faire marcher une armée ; qui n’emploie pas de guides du pays ne peut tirer avantage du terrain.
Ainsi, la guerre repose sur la tromperie, se met en mouvement selon l’avantage et se transforme par la division et la concentration.
Soyez rapide comme le vent, lent comme la forêt ; dans l’attaque et le pillage, soyez comme le feu ; immobile, comme la montagne ; impénétrable, comme l’ombre ; en mouvement, comme le fracas du tonnerre.
Pour piller une région, divisez vos troupes ; pour étendre votre territoire, partagez les avantages. Pesez la situation avant d’agir.
Celui qui connaît le premier le calcul du détour et de la ligne directe l’emporte : telle est la règle de la lutte des armées.
L’Administration militaire dit : « Comme la parole ne peut être entendue de tous, on emploie les gongs et les tambours ; comme chacun ne peut être vu de tous, on emploie les étendards et les bannières. » Gongs, tambours, étendards et bannières servent à ramener à l’unité l’ouïe et la vue des hommes.
Une fois les hommes unifiés, les braves ne peuvent avancer seuls ni les lâches reculer seuls : telle est la règle de l’emploi des troupes nombreuses.
Ainsi, dans les combats de nuit, on emploie beaucoup les gongs et les tambours ; dans les combats de jour, les étendards et les bannières : c’est ainsi que l’on agit tour à tour sur l’ouïe et la vue des hommes.
On peut ravir son ardeur à toute une armée et sa résolution à son général.
Ainsi, le matin, l’ardeur est vive ; au milieu du jour, elle faiblit ; le soir, elle aspire au retour.
Celui qui excelle à employer les armes évite l’ardeur vive de l’ennemi et le frappe lorsqu’elle faiblit ou aspire au retour : c’est maîtriser l’ardeur ; il attend le désordre dans l’ordre et le tumulte dans le calme : c’est maîtriser la résolution ; il attend de près l’ennemi qui vient de loin, reposé l’ennemi épuisé, rassasié l’ennemi affamé : c’est maîtriser les forces ; il n’intercepte pas des étendards parfaitement ordonnés et n’attaque pas une formation imposante : c’est maîtriser les changements.
Ainsi, dans l’emploi des armes, n’attaquez pas les hauteurs, ne vous opposez pas à qui a une colline dans le dos, ne poursuivez pas une fuite feinte, n’attaquez pas des troupes à l’ardeur intacte, ne mordez pas à l’appât d’une troupe, ne barrez pas la route à une armée qui rentre, laissez toujours une ouverture à une armée encerclée et ne pressez pas un ennemi aux abois : telle est la règle de l’emploi des armes.