Lavis à l’encre : un vieux pin tordu, seul au bord d’une terrasse en pente, et à son pied de jeunes pousses sortant de la terre nue ; au loin, des collines noyées de brume au lever du soleil.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Meng Tzeu

Les œuvres de Mencius

Mencius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.

Passage 169 LIVRE VI. KAO TZEU — CHAPITRE II

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9. Meng tzeu dit : « De nos jours, ceux qui servent les princes disent : « Je puis, dans l’intérêt du prince, augmenter l’étendue des terres cultivées, remplir ses greniers et ses magasins. » De tels hommes sont considérés à présent comme de bons ministres ; les anciens les appelaient spoliateurs du peuple. Chercher à enrichir un prince qui ne suit pas la voie de la vertu et ne tend pas à la perfection, c’est enrichir Kie.

« (Quelques uns disent) : « Je puis, dans l’intérêt du prince, former des alliances, et par ce moyen, faire la guerre avec la certitude de remporter la victoire. » De tels hommes sont considérés à présent comme de bons ministres ; les anciens les appelaient fléaux du peuple. Vouloir faire la guerre avec acharnement pour un prince qui ne suit pas la voie de la vertu et ne tend pas à la perfection, c’est seconder Kie. Donnez l’empire d’un prince qui suit le courant et ne réforme pas les habitudes actuelles ; il ne pourra le garder l’espace d’un matin. »

Passage 170 LIVRE VI. KAO TZEU — CHAPITRE II

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10. Pe Kouei dit à Meng tzeu : « Je voudrais n’exiger en tribut que la vingtième partie des produits de la terre. Qu’en pensez vous ? » Meng tzeu répondit : « La mesure que vous proposez est bonne pour les barbares du nord. Dans une capitale qui compté dix mille familles, s’il n’y avait qu’un seul potier, serait-ce assez ? » « Non, dit Pe Kouei, les vases ne seraient pas en nombre suffisant. »

Meng tzeu reprit : « Dans le pays de ces barbares du nord, le millet à panicules est la seule espèce de grain qui arrive à maturité. Ils n’ont ni villes munies d’une double enceinte de murailles, ni édifices, ni maisons ; ni temples des ancêtres, ni sacrifices, ni princes à qui l’on offre des présents et des festins ; ils n’ont ni officiers ni employés du gouvernement. La vingtième partie des produits de la terre suffit pour les dépenses publiques.

« En Chine, serait il raisonnable de supprimer les relations sociales et de n’avoir plus d’officiers ? Si les potiers étaient trop peu nombreux, un État ne pourrait subsister commodément ; à plus forte raison, s’il n’avait pas d’officiers. Celui qui voudrait exiger moins d’impôt que Iao et Chouenn deviendrait un petit barbare formé sur le modèle des barbares du nord. Celui qui voudrait exiger plus que Iao et Chouenn, deviendrait un petit Kie formé à l’image du trop fameux Kie. »

Passage 171 LIVRE VI. KAO TZEU — CHAPITRE II

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11. Pe Kouei dit : « J’ai fait écouler les eaux mieux que Iu. » « Vous vous trompez, répondit Meng tzeu. Iu a fait suivre à l’eau son cours naturel ; il lui a donné les quatre mers pour déversoirs. Vous, vous l’avez fait déverser dans les principautés voisines (à leur grand détriment). L’eau qui déborde produit l’inondation. L’inondation est un fléau, qui excite l’horreur de tout homme vraiment humain. Je le répète, vous vous trompez. »

Passage 172 LIVRE VI. KAO TZEU — CHAPITRE II

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12. Meng tzeu dit : « Si celui qui s’applique à l’étude de la sagesse, n’a pas foi en ses principes, sur quel fondement appuiera-t-il sa conduite ? »

Passage 173 LIVRE VI. KAO TZEU — CHAPITRE II

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13. Meng tzeu ayant appris que le prince de Lou voulait donner à Io tcheng tzeu une part dans l’administration, dit : « Cette nouvelle m’a causé une telle joie que je n’ai pu dormir. » Koung suenn Tch’eou dit : « Io tcheng tzeu est il un homme énergique ? » « Non, dit Meng tzeu. » — « Est il prudent et fécond en ressources ? » « Non, dit Meng tzeu. » — « A-t-il beaucoup de connaissances, une grande expérience ? » « Non, dit Meng tzeu. » — « Alors pourquoi cette joie qui vous a empêché de dormir ? » « C’est un homme qui veut le bien, dit Meng tzeu. »

— « Suffit il d’aimer ce qui est bien ? » « L’amour du bien, dit Meng tzeu, est plus que suffisant pour gouverner l’empire ; à plus forte raison, pour gouverner la principauté de Lou. Si un ministre veut le bien, dans tout l’empire personne ne trouvera trop pénible un voyage de mille stades pour venir lui donner un bon avis.

« S’il n’aime pas ce qui est bien, chacun dira : « Il est plein de confiance en lui-même ; (si je lui donne un avis, il pensera) : je le savais déjà. » La voix et le visage d’un homme présomptueux repoussent tout le monde à mille stades de distance. Les hommes de bien se tiennent à distance, mais les détracteurs, les adulateurs, les flatteurs hypocrites approchent. Un ministre entouré de détracteurs, d’adulateurs et de flatteurs hypocrites, pourrait-il, quand il le voudrait, établir le bon ordre dans l’État ? »

Passage 174 LIVRE VI. KAO TZEU — CHAPITRE II

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14. Tch’enn tzeu dit : « Anciennement, dans quelles circonstances les sages acceptaient-ils les charges publiques ? » Meng tzeu répondit : « Il y avait trois cas dans lesquels ils acceptaient les offres des princes, et trois cas dans lesquels ils se retiraient. Quand ils étaient reçus avec beaucoup d’honneur et selon toutes les règles, et qu’ils avaient lieu d’espérer que le prince suivrait leurs avis ; ils acceptaient un emploi. Mais ensuite, s’ils voyaient que le prince ne suivrait pas leurs avis, les marques de respect fussent-elles encore les mêmes, ils se retiraient. (Voilà le premier cas).

« Voici le deuxième. Lors même que le prince ne leur paraissait pas encore disposé à suivre leurs avis, s’ils étaient reçus avec grand respect et selon toutes les règles, ils acceptaient un emploi ; mais si plus tard les témoignages de respect diminuaient, ils se retiraient.

« Le troisième cas était celui-ci. Un sage n’avait à manger ni le matin ni le soir ; il était tellement exténué, par la faim qu’il n’avait pas la force de sortir de sa maison. Le prince, informé de son indigence, disait : « Pour ce qui est du point principal, je ne puis ni faire pratiquer les enseignements de ce sage ni suivre ses avis. Mais j’ai honte de le laisser souffrir de la faim sur mon territoire. » Le prince offrait un secours. Le sage pouvait accepter ce qui lui était nécessaire pour ne pas mourir de faim, mais rien de plus. »

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