Meng Tzeu
Les œuvres de Mencius
Mencius. Traduction de Séraphin Couvreur, Ho Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1895. Texte du domaine public, d'après Wikisource. Texte chinois d'après le Wikisource chinois, apparié passage par passage sur la numérotation traditionnelle des 章.
Passage 79 LIVRE IV. LI LEOU — CHAPITRE I
公孫丑曰:「君子之不教子,何也?」孟子曰:「勢不行也。教者必以正;以正不行,繼之以怒;繼之以怒,則反夷矣。『夫子教我以正;夫子未出於正也。』則是父子相夷也。父子相夷則惡矣。古者易子而教之,父子之間不責善,責善則離,離則不祥莫大焉。」
18. Koung suenn Tch’eou dit : « Pourquoi le sage ne fait il pas lui-même l’éducation de son fils ? » Meng tzeu répondit : « C’est impossible. Il devrait enseigner à son fils les règles de bonne conduite. Si son fils ne les suivait pas, il serait obligé d’user de sévérité ; et il blesserait le cœur de son fils (au lieu de se l’attacher, comme il le devrait). (Le fils se dirait à lui-même) : « Mon maître (mon père) m’enseigne comment on doit se conduire ; lui-même ne marche pas encore dans la voie droite. » Le père et le fils perdraient l’affection l’un de l’autre ; ce serait un grand mal. Les anciens envoyaient leurs fils à l’école de maîtres étrangers. Le père et le fils ne doivent pas se reprocher mutuellement leurs défauts. S’ils s’adressaient des reproches, l’un à l’autre, ils seraient bientôt désunis. La désunion est le plus grand de tous les malheurs. » Meng tzeu a dit ces paroles en général pour les hommes ordinaires, mais non pour les sages. Dans le Livre de la Piété filiale il est dit : Les devoirs mutuels que la nature prescrit au père et au fils sont les devoirs de justice qu’elle prescrit au prince et au sujet. Donnez à un fils un père sévère ; le père reprendra son fils. La bienveillance et la justice seront parfaites ; la bonté paternelle et la piété filiale ne laisseront rien à désirer. Se peut il rien de plus heureux ?
Passage 80 LIVRE IV. LI LEOU — CHAPITRE I
孟子曰:「事孰爲大?事親爲大。守孰爲大?守身爲大。不失其身而能事其親者,吾聞之矣;失其身而能事其親者,吾未之聞也。孰不爲事?事親,事之本也。孰不爲守?守身,守之本也。曾子養曾晳,必有酒肉;將徹,必請所與;問有餘,必曰『有』。曾晳死,曾元養曾子,必有酒肉;將徹,不請所與;問有餘,曰『亡矣』,將以復進也,此所謂養口體者也。若曾子,則可謂養志也。事親若曾子者,可也。」
19. Meng tzeu dit : « Quel est le plus important de tous les services ? C’est le service dû aux parents. Quelle est la plus importante de toutes les gardes ? C’est la garde de soi-même. J’ai entendu parler d’hommes qui, veillant avec soin sur eux mêmes, ont su servir leurs parents. Je n’ai jamais entendu dire qu’un homme ait su servir ses parents, après s’être perdu lui-même (par sa mauvaise conduite). Que de services n’y a-t-il pas ? Le service dû aux parents est le fondement de tous les autres. Que de choses ne doit on pas garder ? La garde de soi-même est le fondement de toutes les autres.
« Tseng tzeu soignant son père Tseng si, ne manquait jamais de lui servir du vin et de la viande. Au moment de desservir la table, il demandait toujours à qui il donnerait les restes (car il n’aurait pas voulu les servir de nouveau à son père). Quand son père lui demandait s’il y avait des restes, il répondait toujours qu’il y en avait, (désirant satisfaire son père, si celui-ci lui ordonnait de donner quelque chose à quelqu’un). Après la mort de Tseng Si, Tseng Iuen donna ses soins à Tseng tzeu. Il ne manquait pas de lui servir du vin et de la viande. Mais, au moment de desservir, il ne demandait pas à qui il donnerait les restes. Quand son père lui demandait s’il y avait des restes ; il répondait qu’il n’y en avait pas. C’est qu’il voulait les servir une seconde fois à son père. C’est ce qui s’appelle contenter la bouche et le corps de son père. Imiter Tseng tzeu, cela s’appelle contenter le cœur de son père. Servir ses parents comme Tseng tzeu, c’est vraiment bien. »
Passage 81 LIVRE IV. LI LEOU — CHAPITRE I
孟子曰:「人不足與適也,政不足與間也,惟大人爲能格君心之非。君仁莫不仁,君義莫不義,君正莫不正,一正君而國定矣。」
20. Meng tzeu dit : « Il ne suffit pas d’exposer à son prince les fautes des officiers et les défauts de l’administration. Un homme d’une vertu éminente peut seul rectifier les idées de son prince. Si le prince est humain, dans l’administration tout sera humain ; s’il est juste, tout sera juste ; s’il est irréprochable, tout sera irréprochable. Le prince une fois corrigé, le royaume sera bien réglé. »
Passage 82 LIVRE IV. LI LEOU — CHAPITRE I
孟子曰:「有不虞之譽,有求全之毀。」
21. Meng tzeu dit : « Parfois on loue des hommes qui ne méritent pas d’éloges, et l’on blâme des hommes qui s’appliquent à se perfectionner eux mêmes. »
Passage 83 LIVRE IV. LI LEOU — CHAPITRE I
孟子曰:「人之易其言也,無責耳矣。」
22. Meng tzeu dit : « Les hommes parlent sans réflexion, parce que personne ne les reprend (lorsqu’ils parlent mal). »
Passage 84 LIVRE IV. LI LEOU — CHAPITRE I
孟子曰:「人之患在好爲人師。」
23. Meng tzeu dit : « Un grand défaut, c’est d’aimer à donner des leçons aux autres, (de se croire très sage et de s’imaginer qu’on n’a plus besoin d’apprendre). »