Minfeng

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Des poteaux de bois blanchis, tordus et à demi ensevelis, sortent d'une crête de sable ondulée ; au-delà, les dunes s'étirent jusqu'à l'horizon sous un ciel bleu pâle rayé de nuages fins.
Des poteaux de bois blanchis et à demi ensevelis sortent d'une crête de sable, les dunes courant jusqu'à l'horizon. Illustration.

Minfeng, que les Ouïghours appellent Niya, est un district de la préfecture de Hotan, dans le sud du Xinjiang. Le chef-lieu est une petite oasis posée sur la bordure méridionale du Taklamakan, là où les eaux descendues du Kunlun se perdent dans le sable. On y vient rarement pour la ville ; on y vient parce que c'est le point de départ vers l'un des grands sites archéologiques de l'Asie centrale, et parce que c'est là que débouche la route qui traverse le désert.

Une oasis au bord du sable

Le district couvre 56 726 kilomètres carrés, dont l'essentiel est du désert : la partie nord n'est qu'un champ de dunes. La population, un peu plus de quarante-deux mille personnes au recensement de 2020, se concentre sur les oasis irriguées par les rivières du sud. Elle est très majoritairement ouïghoure. On y cultive le blé, le maïs et le coton, on y élève des moutons, et le climat est celui de tout le pourtour du Taklamakan : étés brûlants, hivers glacés, écarts de température considérables d'un jour à l'autre, et poussière presque permanente.

Le nom chinois, adopté en 1944 lorsque le territoire fut érigé en district, se traduit par « peuple prospère et ressources abondantes ». Le nom ouïghour, lui, est bien plus ancien : il vient d'un village que les habitants ont fondé en remontant la rivière lorsque la cité de Niyang, en aval, a été abandonnée sous les Ming.

Le site de Niya

À une centaine de kilomètres au nord du bourg, en plein désert, s'étendent les ruines de Niya, identifiées au royaume de Jingjue que les annales des Han décrivent parmi les cités-oasis de la route de la soie. Ce que l'on en voit aujourd'hui, ce sont des charpentes de maisons et des vergers pétrifiés que le sable découvre et recouvre tour à tour, comme sur la photographie ci-dessus.

L'explorateur britannique Aurel Stein y arrive en 1901 et y revient à plusieurs reprises. Les fouilles chinoises, puis les campagnes sino-japonaises menées à partir de 1989, y ont donné des résultats importants. Le moine Xuanzang, sur le chemin du retour, était passé par là et notait déjà que la ville était abandonnée, prise par le désert. La trouvaille la plus célèbre date d'octobre 1995 : dans une tombe double, un brassard de soie de Shu portant une inscription brodée que l'on traduit par « lorsque les cinq astres se lèvent à l'est, cela profite au royaume du Milieu ». La pièce est devenue l'un des objets les plus connus de l'archéologie du Xinjiang.

Le site est en plein désert, à l'écart des routes, et ne se visite pas sans organisation préalable.

La route du désert et le train

Minfeng est l'extrémité méridionale de la première route transdésertique du Taklamakan, celle qui relie Luntai à Minfeng. Ouverte par tronçons entre 1993 et 1995 pour desservir les gisements pétroliers du centre du désert, elle mesure 522 kilomètres, dont 466 sur des dunes mobiles : c'est la plus longue route du monde construite sur du sable en mouvement. Sa survie tient à un ouvrage patient de fixation, des millions de mètres carrés de damiers de roseaux, des barrières et une ceinture de tamaris et de saxaouls arrosés au goutte-à-goutte le long de la chaussée.

Depuis le 16 juin 2022, le district a aussi une gare voyageurs sur la ligne de Hotan à Ruoqiang, longue de 825 kilomètres. En se raccordant aux lignes existantes, elle a fermé la première boucle ferroviaire du monde autour d'un désert, 2 712 kilomètres au total autour du Taklamakan.

Quand y aller

Le printemps est la saison des tempêtes de poussière, et l'été écrase tout : mai, et surtout septembre et octobre, sont les moments les plus supportables. Il faut prévoir des vêtements couvrants contre le sable, une réserve d'eau, et accepter que le désert commande le programme plutôt que l'inverse.

Illustration : Vic Swift, CC BY-SA 1.0, via Wikimedia Commons.

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