Korla

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Un pont suspendu illuminé de guirlandes violettes franchit une rivière au crépuscule ; derrière lui se découpent les silhouettes noires des tours de la ville, et les lampes tracent de longues traînées orange sur l'eau.
Un pont illuminé sur la rivière du Paon, au crépuscule, à Korla.

Korla, que l'on écrit aussi Kuerle, est le chef-lieu de la préfecture autonome mongole de Bayingolin, dans le centre du Xinjiang. C'est une ville d'oasis posée à 900 mètres d'altitude, entre les contreforts du Tianshan au nord et le désert du Taklamakan au sud, à l'entrée nord du bassin du Tarim.

Elle comptait 779 352 habitants au recensement de 2020 sur un territoire de 7 219 kilomètres carrés, dont 246 pour la seule zone urbaine. La population est han pour deux tiers et ouïghoure pour un peu moins de trois dixièmes, le reste se partageant entre Hui, Mongols et autres groupes.

Une ville traversée par sa rivière

La particularité de Korla parmi les villes du Xinjiang est que sa rivière lui passe au milieu. La Kaidu, que l'on appelle aussi Konqi ou rivière du Paon, descend du Tianshan et traverse le centre-ville avant de se perdre vers le Tarim. Les quais et les ponts éclairés en sont le décor du soir.

Le climat est celui d'un désert froid : 12 degrés de moyenne annuelle, 59 millimètres de pluie par an, environ trois mille heures de soleil, jusqu'à 40 degrés l'été et moins 30 l'hiver, avec deux cent dix jours sans gel.

Une étape de la route de la soie

Sous les Han, la localité s'appelait Yuli, et les annales de la dynastie lui comptaient mille deux cents foyers, neuf mille six cents habitants et deux mille hommes en âge de porter les armes. Elle a été une étape de la route de la soie avant d'être constituée en district en 1940, en préfecture en 1954, et érigée en ville le 30 septembre 1979.

La passe de la Porte de fer

À huit kilomètres au nord de la ville, à la sortie des gorges de la rivière, s'ouvre la passe que l'on appelle la Porte de fer. C'est l'un des vingt-six cols historiques de Chine. Le poste doit son nom à ses défenses réputées inexpugnables ; il a été renforcé sous les Tang, et l'envoyé Zhang Qian comme le général Ban Chao y sont passés. Les sources hésitent sur son origine, certaines la faisant remonter aux Han, d'autres aux Jin.

Le poète Cen Shen, sous les Tang, en a décrit l'à-pic. Une légende locale y attache le souvenir de deux amants noyés dans la rivière, dont un tertre garde la mémoire. La route moderne contourne aujourd'hui le col par l'est ; le site historique, reconstruit en 1989 d'après les descriptions anciennes, reçoit environ trois cent mille visiteurs par an.

La poire fragrante

Korla est connue dans toute la Chine pour sa poire, un fruit petit, de quatre-vingts à cent cinquante grammes, à la peau fine et à la chair blanche très parfumée. La culture en est ancienne : les sources chinoises la font remonter à plus de deux mille ans et l'attachent à l'expédition de Zhang Qian, tandis que d'autres estimations, plus prudentes, parlent de treize siècles. Un arbre de deux cents ans a été retrouvé dans l'oasis en 1959.

Le fruit a reçu une appellation d'origine protégée chinoise le 13 décembre 2004, et il figure depuis juillet 2020 sur la liste des indications géographiques protégées conjointement par la Chine et l'Union européenne. L'aire de production optimale est limitée au bassin de la rivière du Paon, entre 850 et 1 125 mètres d'altitude. La récolte se fait environ cent quarante jours après la pleine floraison, autour du 20 septembre.

La route du désert

Korla sert de ville de départ pour la traversée du Taklamakan. La grande transversale, construite de 1993 à 1995 pour desservir les champs pétroliers, relie Luntai au nord à Minfeng au sud sur 552 kilomètres, dont environ 446 en dunes mouvantes : c'est la plus longue route de ce genre au monde. Une bande de peupliers irriguée la borde sur toute sa longueur pour fixer le sable, avec des postes d'entretien tous les quatre kilomètres. On y accède depuis un village situé à environ quatre-vingts kilomètres de Korla.

Aucun permis particulier n'est requis pour l'emprunter, mais l'isolement commande : eau pour plusieurs jours, roue de secours, et quelqu'un qui sache l'itinéraire. Le printemps et l'automne sont les seules saisons raisonnables.

Y aller

L'aéroport de Korla dessert quotidiennement Urumqi, ainsi que Pékin, Shanghai et Chengdu. La gare est reliée au réseau du Xinjiang méridional, à la ligne de Golmud et à celle de Hotan à Ruoqiang, avec des trains vers Urumqi, Turpan, Hami, et plus loin Xi'an et Chengdu. Par la route, les nationales 218 et 314 desservent la ville. Urumqi est à environ deux cents kilomètres à vol d'oiseau, mais le franchissement du Tianshan allonge considérablement le trajet réel.

La meilleure saison est la fin de l'été et le début de l'automne, en août et septembre, qui est aussi celle de la poire.

Illustration : liuzusai刘祖赛, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons.

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