Kachgar
SOMMAIRE
Kachgar, ou Kashgar, est la grande ville de l'ouest du Xinjiang, posée à 1 290 mètres d'altitude à la limite occidentale du désert du Taklamakan. Elle comptait environ 400 225 habitants au recensement de 2010 et reste très majoritairement ouïghoure, autour de 90 % de sa population, même si la part des Hans progresse régulièrement. C'est la ville la plus occidentale de Chine, plus proche de Kaboul ou de Tachkent que de Pékin, et cela s'entend dans la rue autant que cela se voit sur la carte.
Un carrefour de deux mille ans
Kachgar doit son existence à sa position : depuis deux millénaires, elle est le point où se rejoignent les deux branches de la Route de la soie, celle qui contourne le Taklamakan par le nord et celle qui le longe par le sud. Tout ce qui traversait l'Asie centrale vers la Chine, ou l'inverse, passait par là. La ville a été tour à tour royaume indépendant, place bouddhique, puis foyer musulman après la conversion des Karakhanides.
La mosquée Id Kah
Fondée en 1442, la mosquée Id Kah est la plus grande de Kachgar et sans doute de Chine. Sa salle de prière repose sur 140 piliers de bois et l'ensemble peut accueillir jusqu'à dix mille fidèles. Sa façade jaune et son portail flanqué de deux minarets ferment la grande place centrale de la ville, qui est le point de repère naturel du visiteur. Elle se visite hors des heures de prière, dans une tenue couvrante.
Le mausolée d'Afaq Khoja
À quelques kilomètres au nord-est, le mausolée d'Afaq Khoja, élevé au dix-septième siècle, est l'un des lieux les plus vénérés du Xinjiang et le plus bel ensemble d'architecture islamique de la région : coupole de faïence verte, minarets cerclés de céramique, cour plantée. Il abrite les sépultures de plusieurs générations d'une famille de chefs religieux qui a dominé la région. Une tradition locale, très populaire mais contestée par les historiens, y situe le tombeau de la « concubine parfumée » de l'empereur Qianlong.
La vieille ville, et ce qu'il en reste
Le quartier ouïghour ancien, fait de ruelles de terre crue et de maisons à cour, était l'un des ensembles urbains les plus remarquables d'Asie centrale. Il a fait l'objet à partir de 2009 d'un vaste programme de démolition et de reconstruction : selon le magazine Time, plus de 85 % de la vieille ville était concernée, et une partie des habitants a été relogée à plusieurs kilomètres. Ce qui se visite aujourd'hui est donc pour l'essentiel une reconstruction, soignée et animée, mais qui n'a plus l'âge qu'on lui prête. Le savoir avant d'y entrer évite un malentendu.
Le marché du dimanche
Kachgar tient le plus grand marché d'Asie centrale, qui attire des commerçants du Kazakhstan, du Tadjikistan, du Kirghizstan, d'Afghanistan, du Pakistan et d'Inde. Il se dédouble : un grand bazar couvert, ouvert toute la semaine, et le marché aux bestiaux du dimanche, en périphérie, où se négocient moutons, chèvres, ânes et chevaux. Le second est de loin le plus mémorable, et il commence tôt.
Y venir, et repartir vers les cols
Kachgar est reliée au reste de la Chine par avion et par le train depuis Ürümqi. C'est surtout une tête de route vers les montagnes : la route du Karakorum descend vers Islamabad par le col de Khunjerab, en longeant le lac Karakul et le massif du Muztagh Ata, et deux autres passages, Torugart et Irkeshtam, mènent au Kirghizstan. Même sans franchir de frontière, la remontée jusqu'au lac Karakul se fait à la journée depuis la ville.
Deux jours suffisent pour la ville, trois avec la montagne. Le voyage au Xinjiang demande de se renseigner à l'avance sur les conditions d'accès et de circulation, qui varient et supposent souvent des contrôles fréquents ; une agence locale règle ce point plus vite qu'un voyageur seul.
Illustration : Hiroki Ogawa, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons.