Loulan, la cité perdue du lac Lop

Ville-oasis de la route du sud, Loulan a été abandonnée vers 330 quand le Tarim a changé de cours. Le désert l'a rendue intacte à Sven Hedin en 1900, avec ses documents sur bois et sur papier ; le site est aujourd'hui en zone militaire.

SOMMAIRE

Carte ancienne en noir et rouge montrant les anciens lits du Tarim, des forts, des tombes et la garnison chinoise près du marais salant
Les ruines de Loulan relevées d'après Sven Hedin et Aurel Stein, avec les forts et les anciens lits du fleuve
Albert Herrmann et Georg Westermann / Wikimedia Commons, domaine public

Un royaume entre deux empires

Loulan naît au deuxième siècle avant notre ère comme cité d'oasis, à la pointe nord-est du désert du Taklamakan, à environ trois cents kilomètres au sud-sud-est de Turfan, près du lac Lop où les eaux du Tarim venaient se perdre. Elle commande le débouché de la route qui va de Dunhuang vers Korla, et de là vers Khotan et Yarkand : autant dire qu'elle est sur le chemin de tout ce qui circule entre la Chine et l'Asie centrale.

Cette position lui vaut d'être écartelée. Les Xiongnu la revendiquent, les Han l'exigent, et le petit royaume paie tribut aux deux et laisse passer les caravanes des deux. Après l'interception et le meurtre de plusieurs envoyés chinois, une délégation Han conduite par Fu Jiezi fait assassiner le roi en 77 avant notre ère, au cours d'un banquet où l'on venait offrir des soieries ; sa tête est pendue au-dessus de la porte nord. Le royaume est rebaptisé Shanshan et passe dans l'orbite chinoise. Vers 119 de notre ère, l'officier Ban Yong recommande d'y installer une colonie militaire de cinq cents hommes ; une garnison sera bien établie par la suite.

La ville que l'eau a quittée

Loulan est abandonnée vers 330 de notre ère. La cause n'est pas une guerre : le Tarim se déplace, le lac Lop s'assèche, et la ville se retrouve sans eau. La garnison recule vers le sud, à Haitou, et le sable prend le reste. Un poste de douane, un temple, des maisons de bois et de roseaux, des vergers morts : tout est resté sur place, dans un air si sec que le bois n'a pas pourri.

Sven Hedin, Aurel Stein et les plus anciens papiers écrits

C'est ainsi que l'explorateur suédois Sven Hedin la retrouve à la toute fin du dix-neuvième siècle et en dresse le plan. Il y ramasse des tablettes de bois portant des inscriptions en kharosthi, l'écriture des royaumes du Gandhara, et des manuscrits chinois des Jin occidentaux, dynastie qui règne de 266 à 420 : ce sont, avec ceux de sites voisins, les plus anciens documents écrits sur papier que l'on connaisse. Aurel Stein revient fouiller le site en 1906 puis en 1914. Ces papiers et ces bois ont fait de Loulan une source de premier ordre sur l'administration, le commerce et les langues du Tarim.

La Beauté de Loulan

En 1980, une équipe chinoise venue tourner un film sur la route de la soie exhume près du lac Lop le corps d'une femme d'environ trente-cinq siècles antérieur à l'époque du royaume : elle est datée de 1800 avant notre ère environ, soit près de trois mille huit cents ans. Le sel et la sécheresse l'ont conservée au point que l'on distingue ses cheveux auburn, son bonnet de feutre orné d'une plume, ses mocassins de cuir et le sac tissé où elle portait des grains de blé. Elle serait morte l'hiver, d'une défaillance pulmonaire après avoir respiré sable, poussière et charbon.

Longtemps, ces momies du Tarim aux traits jugés européens ont nourri l'hypothèse d'une migration venue de l'ouest. Une étude génétique publiée en 2021 a renversé la lecture : les plus anciennes portent pour l'essentiel une ascendance nord-eurasienne ancienne, environ 72 pour cent, complétée d'une ascendance nord-est-asiatique pour le reste ; ce sont des populations locales, isolées, et non des colons venus de loin. La Beauté de Loulan est conservée au musée du Xinjiang, à Urumqi.

Un site interdit

Le bassin de Lop Nur, qui couvrait encore 3 100 kilomètres carrés en 1928, s'est vidé au fur et à mesure que les barrages retenaient l'eau en amont ; l'achèvement du réservoir de Daxihaizi, en 1972, a coupé la dernière arrivée. Il n'en reste qu'une croûte de sel de trente à cent centimètres d'épaisseur, blanche sur les images satellite. La région a servi de site d'essais nucléaires : le premier tir chinois a eu lieu le 16 octobre 1964, le dernier le 29 juillet 1996, quarante-cinq en tout. Des zones y restent sous administration militaire et fermées au public, et Loulan ne se visite qu'avec une autorisation. C'est la seule grande cité de la route de la soie que l'on connaisse mieux par ses archives que par ses ruines.

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