Tourfan

SOMMAIRE

Un versant de grès rose orangé, creusé de haut en bas de longues cannelures verticales, se détache d'un ciel bleu ; pas un arbre ni une ombre sur la pente, et une route file au pied du relief.Tourfan, que l'on écrit aussi Turpan, est une oasis du Xinjiang oriental posée dans l'une des dépressions les plus basses du monde. La ville se tient à une trentaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, mais le point le plus bas de la dépression, à cinquante kilomètres de là, descend à 154 mètres au-dessous. Cette cuvette de 240 kilomètres de long est le trait qui explique tout le reste : le climat, l'irrigation, la vigne et l'histoire du lieu.

Le climat, et ce qu'il impose

Le régime est continental et extrêmement sec : 35 millimètres de précipitations par an, des hivers dont la moyenne descend vers moins onze degrés et des étés dont la moyenne atteint vingt-sept degrés, avec des pointes bien supérieures en journée. Il n'y a pas de demi-mesure : de mi-juin à fin août, la visite se fait tôt le matin et en fin d'après-midi, ou pas du tout. Le printemps et l'automne sont les bonnes saisons, avec une mention particulière pour septembre, quand le raisin sèche.

Les karez, l'invention qui a fait l'oasis

Sans eau, rien de tout cela n'existerait. Tourfan est irriguée par un réseau de galeries souterraines, les karez, alimentées par des puits qui captent la fonte des montagnes voisines et conduisent l'eau sous terre jusqu'aux cultures, à l'abri de l'évaporation. Le réseau totalise quelque 1 600 kilomètres de conduits. Le principe, d'origine perse, se retrouve d'Iran en Asie centrale ; c'est ici qu'il a rendu possible une agriculture au milieu d'un désert brûlant. Plusieurs sites aménagés permettent de descendre dans une galerie et de comprendre le dispositif.

Ce que l'eau produit, c'est d'abord le raisin. Tourfan est la principale région viticole et raisinière de Chine, et ses treilles courent sur les rues entières de certains villages ; les séchoirs à claire-voie, en brique ajourée, ponctuent les collines autour de la vallée du Raisin.

Deux villes mortes et des grottes

La région conserve deux cités en ruine parmi les plus impressionnantes de la Route de la soie, toutes deux inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO le 22 juin 2014, au sein du bien en série du corridor Chang'an-Tianshan, qui réunit trente-trois sites répartis sur trois pays.

  • Jiaohe, capitale régionale jusqu'au cinquième siècle, occupe une terrasse de loess entre deux bras de rivière ; ses rues et ses maisons ont été creusées dans le sol plutôt que bâties dessus, ce qui explique leur conservation.
  • Gaochang, fondée au sixième siècle, fut un grand carrefour caravanier ; l'enceinte de terre, beaucoup plus vaste, se parcourt en partie en voiturette.

S'y ajoutent les grottes bouddhiques de Bezeklik, taillées dans une falaise au-dessus d'un canyon, dont une grande partie des peintures a été emportée par les expéditions archéologiques du début du vingtième siècle, et les tombes d'Astana, nécropole des habitants de Gaochang.

Les montagnes de Flamme et le minaret Emin

Le relief de grès rouge qui borde la dépression au nord porte le nom de montagnes de Flamme, et il le doit autant à sa couleur qu'à la chaleur qu'il renvoie. C'est l'un des décors du roman classique La Pérégrination vers l'Ouest, ce qui en fait un lieu très visité par les voyageurs chinois.

En ville, le minaret Emin, élevé de 1777 à 1778, dresse ses 44 mètres de brique nue à côté de sa mosquée. Sa silhouette effilée, décorée uniquement par les appareillages de brique, est le monument le plus photographié de Tourfan.

Population et accès

La préfecture comptait 693 988 habitants en 2020. Au recensement de 2000, la population se répartissait entre Ouïghours pour 70 %, Hans pour 22 % et Hui pour 7 %. La langue de la rue est le ouïghour, l'affichage est bilingue, et la vie s'organise autour des marchés et des vergers.

Tourfan est reliée à Ürümqi par la ligne à grande vitesse et par l'autoroute, ce qui met la ville à un peu plus d'une heure de train de la capitale régionale. Elle se visite en deux jours, davantage si l'on veut prendre le temps des sites archéologiques, qui sont dispersés et sans ombre.

Illustration : liuzusai刘祖赛, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons.

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