Investissement étranger en Chine : le record de créations cache un repli des capitaux
La Chine a enregistré en 2025 le plus grand nombre d'entreprises étrangères jamais créées en un an, et l'une des plus faibles sommes apportées depuis des années. Les deux chiffres viennent du même communiqué officiel.
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Assemblage de cartes électroniques dans un atelier chinois, le long d'une rangée de fenêtres.
Deux flux qu'on appelle du même nom
Quand on dit qu'un capital étranger s'intéresse à la Chine, on désigne deux choses qui n'ont presque rien en commun. La première s'achète et se revend dans la journée : ce sont des actions, cotées à Hong Kong ou ailleurs, et ce marché-là bat des records. La seconde construit une usine, ouvre un laboratoire, rachète une filiale, et engage dix ans.
La seconde s'appelle l'investissement direct, et elle recule. Les deux mouvements sont simultanés, et c'est ce qui rend le sujet difficile à lire : selon le chiffre que l'on regarde, la Chine attire ou repousse.
La courbe des entrées
Le ministère chinois du Commerce publie chaque mois ce qu'il appelle les capitaux étrangers effectivement utilisés, c'est-à-dire l'argent réellement versé, et non annoncé. La série des dernières années est nette.
- 2023 : 1 133,9 milliards de yuans, en baisse de 8 %.
- 2024 : 826,3 milliards de yuans, en baisse de 27,1 %.
- 2025 : 747,7 milliards de yuans, soit environ 96 milliards d'euros, en baisse de 9,5 %.
- Premier semestre 2026 : 402,1 milliards de yuans, en baisse de 5 %.
Trois années de repli, donc, mais un repli qui s'atténue. Le recul du premier semestre 2026 est inférieur de dix points à celui de la même période de 2025, et deux mois de ce semestre sont repassés en territoire positif, dont juin, à plus 15,1 %. La haute technologie, elle, a capté 170,3 milliards de yuans sur ce semestre, en hausse de 33,2 %, soit plus de quatre dixièmes du total. Parmi les pays d'origine en progression figure la France, à plus 36,2 %.
Le paradoxe de 2025
Le communiqué du 23 janvier 2026 porte deux chiffres qui, mis côte à côte, disent tout du moment.
70 392 entreprises à capitaux étrangers ont été créées en Chine en 2025, en hausse de 19,1 %. C'est un record. Et l'argent apporté cette même année a baissé de 9,5 %.
Plus d'entrées, moins de capital : les projets rétrécissent. On ne construit plus le grand site industriel des années 2000, on ouvre un bureau, une filiale commerciale, une petite unité d'assemblage. Le mouvement n'est pas un départ, c'est un changement d'échelle, et il était déjà lisible en 2024, quand le nombre de créations progressait de 9,9 % pendant que les montants s'effondraient de plus d'un quart.
Ce que la balance des paiements ajoute
Les chiffres du ministère mesurent ce qui entre. La balance des paiements, tenue par l'administration des changes, mesure le solde, et elle est plus dure.
Les passifs d'investissement direct, c'est-à-dire l'argent que les étrangers placent dans des entreprises en Chine, ont progressé de 42,7 milliards de dollars en 2023, de 18,6 milliards seulement en 2024, point le plus bas de la série, puis de 80 milliards en 2025. Le premier semestre 2026 en enregistre 56,7, contre 23,2 un an plus tôt.
Un trimestre a marqué les esprits : au troisième trimestre 2023, cette ligne est passée en négatif de 11,8 milliards de dollars. C'était la première sortie nette jamais enregistrée. Elle n'a pas duré, mais elle a servi de repère à tous ceux qui suivent le sujet depuis.
Pendant ce temps, la Chine ouvrait
Le fait le plus contre-intuitif du dossier est là : le cadre s'est allégé au moment même où l'argent se retirait.
Depuis le 1er janvier 2020, une loi unique sur l'investissement étranger remplace les trois textes qui régissaient séparément les coentreprises et les entreprises à capitaux entièrement étrangers. Elle pose le traitement national hors des secteurs inscrits sur une liste négative, qui énumère limitativement ce qui reste fermé.
Cette liste se réduit d'année en année. La version entrée en vigueur le 1er novembre 2024 ramène le nombre de mesures restrictives de 31 à 29 et supprime la totalité des restrictions dans l'industrie manufacturière : les deux dernières portaient sur l'impression d'ouvrages et sur certaines préparations de la pharmacopée traditionnelle. La liste nationale en comptait 93 en 2017. Un plan gouvernemental du 16 juin 2026 a ajouté quinze mesures, dont l'ouverture expérimentale de la formation professionnelle, de la santé et de l'économie numérique.
Autrement dit, ce n'est pas la règle qui décide. Elle n'a jamais été aussi ouverte, et les montants n'ont jamais été aussi bas.
Ce que disent les entreprises européennes et françaises
La Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine publie chaque année une enquête auprès de ses membres. L'édition parue le 27 mai 2026 marque une inflexion, la première depuis cinq ans : 68 % des entreprises interrogées trouvent qu'il est devenu plus difficile de faire des affaires en Chine, soit cinq points de moins que l'année précédente, et 17 % se disent optimistes sur leur rentabilité à deux ans, cinq points de plus. Le climat reste lourd pour autant : 47 % jugent l'environnement plus politisé, et 32 % déclarent avoir été touchées, elles ou un fournisseur, par les contrôles chinois à l'exportation.
Côté français, le tableau est à la fois plus solide et plus sombre. Les entreprises françaises comptent près de 2 100 filiales et plus de 307 000 salariés en Chine, et la France reste le premier investisseur européen du pays en nombre d'entreprises. Mais dans l'enquête menée en janvier 2026 auprès de 285 d'entre elles, 46,3 % estiment que le climat des affaires s'est détérioré, contre 34,2 % un an plus tôt. Elles restent pourtant : 87 % prévoient de maintenir ou d'augmenter leur investissement.
Ce qui a refroidi
Le printemps 2023 a laissé une trace que personne n'a oubliée dans les directions financières. Le 20 mars, les autorités perquisitionnent le bureau pékinois d'un cabinet américain spécialisé dans la vérification d'informations avant acquisition, et cinq de ses employés chinois sont placés en détention. En avril, les salariés du bureau de Shanghai d'un grand cabinet de conseil sont interrogés. Début mai, c'est un réseau d'experts qui est visité à Suzhou, Shanghai, Pékin et Shenzhen. En juillet, le premier cabinet écope d'une amende de 10,68 millions de yuans pour avoir mené des enquêtes statistiques sans autorisation. Ses cinq employés n'ont été libérés qu'en mars 2025, après près de deux ans.
Ces opérations ont coïncidé avec l'entrée en vigueur, le 1er juillet 2023, d'une loi révisée sur le contre-espionnage. Son article 4 vise la transmission de documents, données et informations touchant à la sécurité ou aux intérêts nationaux, y compris lorsqu'ils ne portent aucune mention de confidentialité. Or vérifier un fournisseur, un partenaire ou une cible d'acquisition consiste précisément à réunir des informations. Le métier qui précède tout investissement est devenu le métier le plus exposé.
L'argent va aussi dans l'autre sens, et il passe par la France
Le flux inverse, lui, remonte. Les investissements directs chinois en Europe ont progressé de 67 % en 2025, à 16,8 milliards d'euros, contre 10,1 milliards l'année précédente : le plus haut niveau depuis 2018. La Hongrie en reçoit 3,9 milliards, l'Allemagne 2,5 milliards, et la France arrive troisième avec 1,9 milliard, sa part passant de 5 % à 12 % du total européen.
L'automobile représente 45 % de ces montants, contre 52 % l'année précédente, et la quasi-totalité concerne la chaîne du véhicule électrique. Mais l'une des trois plus grosses opérations de l'année est française et n'a rien à voir avec l'automobile : l'achat, pour 1,1 milliard d'euros, d'un quart d'une filiale de jeu vidéo d'un éditeur français par un groupe chinois.
Un signal contraire figure dans le même relevé, et il ressemble à celui de l'autre sens : les nouveaux projets annoncés à partir de zéro tombent à 5,2 milliards d'euros, contre 16,9 milliards en 2023. Là aussi, on rachète des parts plutôt que de bâtir.
Le présent article se contente de décrire des flux et le cadre qui les encadre, à titre d'information générale. Il ne constitue pas un conseil en investissement.
La Rédaction