Consommation, automobile électrique, robots : les chiffres que Pékin déroule aux entreprises américaines
Reçue à Pékin le 1er septembre 2026, une délégation du Conseil national des échanges commerciaux américano-chinois a entendu la partie chinoise dérouler ses arguments pour retenir les entreprises américaines : un marché de consommation qui a dépassé 50 000 milliards de yuans en 2025, et des filières encore en construction, des voitures électriques aux robots humanoïdes.
SOMMAIRE

Illustration : rue commerçante en Chine, avec une voiture électrique en recharge.
Une délégation reçue en pleine partie de négociation
Le 1er septembre 2026, la partie chinoise a reçu à Pékin une délégation du conseil d'administration du Conseil national des échanges commerciaux américano-chinois (US-China Business Council), l'organisation qui représente à Washington les intérêts des entreprises américaines implantées en Chine. La rencontre, organisée par les services du ministère chinois du Commerce, intervient trois mois après la visite du président américain en Chine, en mai 2026, dans un climat où chaque camp cherche encore à peser sur les intentions d'investissement de l'autre, entre droits de douane maintenus et restrictions américaines sur l'exportation de semi-conducteurs avancés.
Devant les visiteurs américains, les responsables chinois ont plaidé pour un marché qu'ils présentent comme unique en son genre : à la fois immense par sa taille, et encore jeune par tout ce qu'il reste à y construire. Ni le nom ni la fonction précise du responsable qui s'est exprimé n'ont été communiqués : le compte rendu officiel attribue les propos à « la partie chinoise ».
« Le seul marché à la fois grand et nouveau »
La formule résume l'argument central de la rencontre : à l'échelle mondiale, la Chine serait le seul marché à fort potentiel réunissant ces deux qualités. Pour l'étayer, la partie chinoise a aligné des statistiques sur la consommation intérieure, l'automobile et les technologies émergentes, un argumentaire construit pour convaincre des entreprises américaines que leur avenir commercial continue de se jouer en Chine, malgré des années de tensions commerciales entre les deux pays. Contrairement à d'autres grands marchés émergents, souvent cités pour leur seule taille, la Chine revendique donc de cumuler les deux atouts à la fois : le volume et la nouveauté technologique.
Cinquante mille milliards de yuans de ventes en 2025
Premier chiffre avancé : les ventes au détail de biens de consommation ont dépassé, en 2025, 50 000 milliards de yuans, soit environ 6 400 milliards d'euros. Deux catégories ont franchi, chacune séparément, le seuil des 1 000 milliards de yuans, environ 130 milliards d'euros, de chiffre d'affaires annuel : l'électroménager et les équipements de télécommunication.
Pékin y ajoute un objectif chiffré pour la fin de la décennie : porter ce total à environ 60 000 milliards de yuans, soit près de 7 700 milliards d'euros, d'ici 2030. Cette trajectoire s'appuierait sur une classe moyenne que les autorités chinoises disent vouloir voir dépasser 800 millions de personnes dans les dix prochaines années, un total supérieur à la population actuelle cumulée des États-Unis et de l'Union européenne.
23 millions de voitures vendues, et déjà 65 % d'électriques
L'automobile occupe une place à part dans cet argumentaire. Plus de 23 millions de véhicules particuliers ont trouvé preneur en Chine en 2025, et la bascule vers l'électrique s'est nettement accélérée depuis : en juillet 2026, les véhicules particuliers à énergies nouvelles, qui regroupent les modèles tout électriques et les hybrides rechargeables, représentaient 65,1 % des ventes au détail sur le marché intérieur chinois. La Chine est aujourd'hui le premier marché automobile du monde, et le principal exportateur mondial de véhicules électriques.
C'est ce basculement rapide que la partie chinoise présente comme la preuve du caractère « nouveau » de son marché : un pays où, en quelques années à peine, la majorité des voitures vendues sont passées à l'électricité, quand ce type de motorisation restait marginal ailleurs dans le monde.
Le pari sur les robots humanoïdes
Autre filière mise en avant : les robots dotés d'intelligence artificielle, présentés comme le prochain relais de croissance de la consommation chinoise. Le cabinet d'études IDC est cité pour une projection selon laquelle les dépenses des utilisateurs chinois en robots incarnés atteindront 77 milliards de dollars, environ 71 milliards d'euros, d'ici 2030.
Le secteur de l'intelligence artificielle dans son ensemble avait déjà dépassé, en 2025, 1 200 milliards de yuans de chiffre d'affaires en Chine, soit environ 155 milliards d'euros, pour plus de 6 200 entreprises recensées dans la filière, selon les chiffres avancés par la partie chinoise. C'est ce même secteur, technologies de pointe et robotique combinées, que les restrictions américaines à l'exportation visent en priorité.
Six familles d'opportunités listées aux entreprises étrangères
Au-delà des grands totaux, la partie chinoise a détaillé les segments dans lesquels elle dit vouloir accueillir des investissements étrangers, dont ceux des entreprises américaines représentées ce jour-là : la vie quotidienne intelligente, entre maisons connectées et objets portables ; la mobilité verte, portée par les véhicules électriques ; l'intelligence artificielle appliquée à la consommation ; la consommation dite intelligente ; la consommation dite verte ; et la consommation liée à la santé. Cette liste dessine, en creux, les secteurs que Pékin juge les plus porteurs pour la décennie à venir, et où elle dit vouloir des partenaires étrangers plutôt que des concurrents tenus à distance.
Un sondage qui va dans le sens de Pékin
Ce discours trouve un écho, au moins partiel, du côté américain. Selon un sondage réalisé par la Chambre de commerce américaine en Chine (AmCham China), qui publie chaque année un rapport sur l'environnement des affaires dans le pays, près de six entreprises américaines sur dix installées en Chine prévoient d'y augmenter leurs investissements.
Ce chiffre, mis en avant par Pékin lui-même, doit être lu pour ce qu'il est : un argument choisi dans un rapport plus large, au moment précis où la Chine cherche à convaincre des investisseurs américains qui pourraient être tentés de relocaliser une partie de leur production ailleurs en Asie.
Ce que les chiffres ne disent pas
Aucune de ces statistiques n'est indépendante : elles viennent des autorités chinoises elles-mêmes, présentées dans le cadre d'une rencontre diplomatique destinée à rassurer un partenaire commercial inquiet. Elles ne disent rien des droits de douane toujours appliqués entre les deux pays, ni des restrictions américaines sur l'exportation de semi-conducteurs avancés, qui ont justement pesé sur les mêmes filières technologiques que Pékin met aujourd'hui en avant.
Elles montrent en revanche ce que la Chine veut que les entreprises américaines retiennent de ce début septembre 2026 : un marché intérieur qui continue de grossir, et qui se déplace vite vers l'électrique et l'intelligence artificielle, deux domaines où Pékin entend ne plus dépendre de personne.
La Rédaction