Chine : Comment investir ? 5 façons de bénéficier (peut-être) de la croissance chinoise
Les cinq voies par lesquelles un investisseur étranger peut s'exposer à l'économie chinoise, le cadre réglementaire qui les encadre, et ce que la monnaie et l'impôt prélèvent au passage.
SOMMAIRE

Les tours de Lujiazui vues depuis la rive du Bund, à Shanghai, une barge sur le Huangpu.
Ce que le cadre chinois a de particulier
La croissance chinoise attise les convoitises, et beaucoup s'interrogent sur les moyens d'en tirer financièrement parti. La difficulté n'est pas la même qu'ailleurs : la Chine n'a jamais ouvert entièrement son compte de capital, et les mouvements de devises y restent administrés. Les voies d'accès sont donc des dispositifs, ouverts un par un, chacun avec ses conditions.
Elles se sont considérablement élargies depuis les années 2000. Là où l'accès aux marchés continentaux passait par un quota nominatif accordé à quelques très grandes institutions, il existe aujourd'hui un canal permanent entre les carnets d'ordres de Hong Kong et ceux de Shanghai et de Shenzhen, et le régime de quotas a été supprimé.
Cette fiche ne traite pas des investissements directs étrangers, qui relèvent d'une autre logique.
1. Investir directement sur les marchés de Chine continentale
Deux compartiments coexistent depuis l'origine. Les actions A sont les actions ordinaires des sociétés constituées et cotées en Chine continentale, souscrites et négociées en yuans. Les actions B sont des actions spéciales, libellées en yuans mais souscrites et négociées en devises étrangères, cotées elles aussi à Shanghai et à Shenzhen. C'est par ce compartiment B que les étrangers ont d'abord été admis.
Le compartiment B existe toujours, mais il s'éteint lentement, et un fait le résume : aucune action B n'a été introduite depuis le 27 octobre 2000. Au 19 août 2026, il restait 41 valeurs B à Shanghai, pour 103,3 milliards de yuans de capitalisation, et 38 à Shenzhen, pour 37,1 milliards — soit 79 sociétés, contre 96 en 2020. La plupart ont aussi une action A ; sept seulement n'existent qu'en B. Les autres sont sorties par absorption ou par conversion en actions de Hong Kong.
L'essentiel se joue donc ailleurs. Deux voies ont remplacé ce compartiment.
Le régime de l'investisseur étranger qualifié. Institué en 2002 sous le nom de QFII, puis doublé d'une version en yuans, il reposait sur un quota d'investissement que chaque institution devait demander à l'administration des changes. Ce quota a été supprimé en 2020. Les deux régimes ont ensuite fusionné en un seul, dit de l'investisseur étranger qualifié, par une ordonnance conjointe du régulateur des marchés, de la banque centrale et de l'administration des changes du 25 septembre 2020, entrée en vigueur le 1er novembre 2020, qui abroge les textes fondateurs de 2006 et 2013.
Le règlement de change applicable aujourd'hui n'est plus celui de 2020 : c'est l'annonce conjointe n° 7 du 26 juillet 2024, en vigueur depuis le 26 août 2024, dont l'article 31 abroge expressément le précédent. Elle maintient le régime sans quota — l'investisseur fait simplement enregistrer son activité par son déclarant principal — et le laisse libre du choix de sa devise et du moment de ses transferts.
Ce que ce régime pèse se lit dans le répertoire officiel : 999 institutions agréées en juillet 2026, établies dans 48 pays ou territoires, dont 361 à Hong Kong, 154 à Singapour, 91 aux États-Unis et 20 en France. Un investisseur étranger seul ne peut dépasser 10 % du capital d'une société cotée, et l'ensemble des investisseurs étrangers 30 %.
La liaison boursière avec Hong Kong. C'est la voie qui a changé la donne, et elle n'existait pas quand cette fiche a été écrite. Deux canaux relient les carnets d'ordres : celui de Shanghai depuis le 17 novembre 2014, celui de Shenzhen depuis le 5 décembre 2016. Le sens dit du nord permet d'acheter, depuis Hong Kong, des actions A éligibles ; le sens du sud permet aux investisseurs du continent d'acheter des titres cotés à Hong Kong.
Le point qui intéresse le plus un particulier est souvent passé sous silence : au sens du nord, l'accès est ouvert à tous les investisseurs de Hong Kong et internationaux, institutionnels comme particuliers. Deux compartiments font exception et restent réservés aux investisseurs professionnels institutionnels : le marché STAR de Shanghai et le ChiNext de Shenzhen. Le flux quotidien est borné par un plafond d'achat net, porté le 1er mai 2018 à 52 milliards de yuans dans le sens du nord et 42 milliards dans celui du sud, pour chacune des deux liaisons.
Les deux sens sont d'un poids très inégal, et c'est le fait le plus instructif du dispositif. Sur les douze mois clos en mars 2026, les achats nets venus du continent ont atteint 1 190 milliards de dollars de Hong Kong et représenté 24 % de l'ensemble des échanges de la place, contre 20 % l'année précédente. En sens inverse, les ordres venus de l'étranger ne pèsent que 6,3 % des échanges du marché continental. Depuis l'ouverture, le cumul des entrées nettes atteint 5 300 milliards de dollars de Hong Kong vers le sud, contre 1 470 milliards de yuans vers le nord.
2. Investir sur le marché de Hong Kong
Hong Kong offre une sécurité juridique et une liquidité que le continent n'a pas, et la place est devenue, statistiquement, un marché chinois. À la fin de 2025, elle comptait 2 686 sociétés cotées, dont 1 552 entreprises de Chine continentale : 58 % du nombre, mais 79 % de la capitalisation et 91 % des échanges d'actions. Sur les 119 sociétés introduites dans l'année, 109 venaient du continent.
Deux familles s'y distinguent, et la distinction tient au lieu d'immatriculation :
- les actions H, émises par des sociétés constituées en Chine continentale et admises à la cote de Hong Kong ;
- les sociétés immatriculées hors du continent mais contrôlées par des entités publiques ou des particuliers de Chine continentale, que l'usage appelle « red chips ».
L'indice de référence de ces valeurs, le Hang Seng China Enterprises, ne suivait à l'origine que des actions H. Il a été élargi en 2017 puis complété par étapes jusqu'en mars 2019 pour accueillir des sociétés immatriculées hors du continent, et il compte désormais un nombre fixe de 50 constituants.
La place a par ailleurs retrouvé le premier rang mondial pour les introductions en bourse en 2025, avec 285,8 milliards de dollars de Hong Kong levés, soit environ 31 milliards d'euros, en hausse de 225 % sur un an. Ces chiffres bougent chaque année et ne valent que datés.
3. Acheter des parts de fonds spécialisés
De nombreux gestionnaires proposent des fonds géographiques consacrés à la Chine ou à la Grande Chine. C'est la voie la plus simple d'accès, et celle où l'écart entre deux véhicules qui portent le même nom géographique peut être le plus grand : selon l'indice suivi, un fonds « Chine » peut être investi presque uniquement en titres cotés à Hong Kong, ou au contraire chercher les actions A du continent.
Un point de forme intéresse particulièrement l'épargnant français, et il est traité plus bas : la construction d'un fonds détermine son éligibilité au plan d'épargne en actions.
4. Prendre des participations dans des entreprises non cotées
Le cadre juridique décrit dans les éditions antérieures de cette fiche n'existe plus. L'ancien catalogue d'orientation, qui classait les secteurs en encouragés, restreints et interdits, et les trois lois distinctes sur les coentreprises et les entreprises à capitaux entièrement étrangers ont été remplacés par un texte unique.
La loi sur l'investissement étranger a été adoptée le 15 mars 2019 par l'Assemblée nationale populaire et est entrée en vigueur le 1er janvier 2020. Elle pose le traitement national de l'investissement étranger hors des secteurs figurant sur une liste négative, laquelle énumère limitativement ce qui reste fermé ou conditionné.
Cette liste se réduit. La version publiée le 8 septembre 2024 par la Commission nationale du développement et de la réforme et le ministère du Commerce, en vigueur depuis le 1er novembre 2024, ramène le nombre de mesures restrictives de 31 à 29 et supprime la totalité des restrictions dans l'industrie manufacturière : les deux dernières portaient sur l'impression d'ouvrages, qui devait être contrôlée par une partie chinoise, et sur certaines préparations de la pharmacopée traditionnelle. À titre de comparaison, la liste nationale comptait 93 mesures en 2017.
5. Les certificats cotés aux États-Unis
La cinquième voie de la version d'origine de cette fiche consistait à parier sur une réévaluation de la monnaie chinoise au moyen de contrats à terme non livrables, seuls instruments alors ouverts aux étrangers. Ce montage relevait de la spéculation plutôt que de l'investissement, et il reposait sur un marché des changes qui n'existe plus : la Banque des règlements internationaux ne range plus le yuan parmi les monnaies non livrables. Cette voie est donc remplacée ici par une voie réelle et mesurable.
De nombreuses entreprises chinoises sont cotées à New York sous forme de certificats représentatifs d'actions. La commission parlementaire américaine qui en tient le compte en recensait 286 au 7 mars 2025, pour environ 1 100 milliards de dollars de capitalisation. Plus aucune entreprise d'État chinoise n'y figure depuis les huit retraits de 2022 et 2023.
Cette voie a une particularité qu'il faut connaître : une loi américaine de 2020 impose le retrait de la cote des sociétés dont le régulateur comptable américain ne peut pas inspecter les auditeurs deux années consécutives. L'accès aux dossiers d'audit a été rétabli fin 2022, mais il est réexaminé chaque année.
Beaucoup de ces sociétés reposent en outre sur un montage dit « entité à intérêt variable » : l'actionnaire détient une société immatriculée hors de Chine, reliée à la société chinoise qui exploite réellement l'activité par un jeu de contrats, et non par la détention de son capital. Le recensement américain signale les sociétés concernées.
La monnaie, l'impôt et l'enveloppe fiscale française
La monnaie n'est pas celle qu'on croit. Le dollar de Hong Kong est arrimé au dollar américain depuis le 17 octobre 1983, à l'intérieur d'une bande de 7,75 à 7,85 pour un dollar tenue par l'autorité monétaire du territoire. Acheter une action à Hong Kong depuis la zone euro, ce n'est donc pas prendre un risque de change sur le yuan : c'est en prendre un sur le dollar américain.
Le yuan n'est plus arrimé au dollar, contrairement à ce qu'affirmaient les éditions antérieures de cette fiche. L'ancrage a pris fin le 21 juillet 2005 : la Banque populaire de Chine a annoncé ce jour-là que la monnaie cesserait d'être rattachée au dollar américain pour flotter, de manière administrée, en référence à un panier de devises. La marge de variation quotidienne autorisée autour du cours pivot a ensuite été élargie par étapes, de 0,3 % à 0,5 % en mai 2007, à 1 % en avril 2012, puis à 2 % depuis le 17 mars 2014, niveau toujours en vigueur.
Un marché du yuan hors de Chine s'est ouvert en parallèle : depuis l'accord de règlement révisé du 19 juillet 2010, les fonds en yuans circulent librement entre comptes à Hong Kong, quel qu'en soit l'objet. Il existe donc deux cours, celui du marché intérieur et celui du marché extérieur. Le résultat se lit dans l'enquête triennale de la Banque des règlements internationaux d'avril 2025 : le yuan y est la cinquième monnaie la plus échangée au monde, avec 817,5 milliards de dollars par jour et 8,5 % du volume mondial, et la paire dollar-yuan est devenue la troisième du marché.
L'impôt chinois est prélevé avant le versement, contrairement à ce qu'affirmaient les éditions antérieures de cette fiche. La loi sur l'impôt sur les sociétés, adoptée le 16 mars 2007 et entrée en vigueur le 1er janvier 2008, soumet les revenus des entreprises non résidentes dépourvues d'établissement en Chine à une retenue à la source, ramenée à 10 % par l'article 91 de son règlement d'application. Le même taux vaut pour les plus-values de cession. Hong Kong, de son côté, ne prélève aucune retenue sur les dividendes.
Pour un résident fiscal français, la convention signée avec la Chine le 26 novembre 2013 et en vigueur depuis le 28 décembre 2014 plafonne cette retenue à 10 % sur les dividendes, et à 5 % lorsque le bénéficiaire est une société détenant directement au moins un quart du capital de la société distributrice. Les intérêts et les redevances sont plafonnés à 10 %.
Le plan d'épargne en actions n'accueille aucun de ces titres. Il est réservé aux sociétés dont le siège est établi dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen, et aux fonds qui investissent plus de 75 % de leur actif dans de telles sociétés. Une action cotée à Hong Kong, à Shanghai ou à New York se détient donc sur un compte-titres ordinaire. Certains fonds domiciliés dans l'Union reproduisent néanmoins un indice chinois par un contrat d'échange adossé à un portefeuille européen, ce qui leur permet de rester éligibles ; le procédé est courant et ajoute au risque de marché celui de la contrepartie du contrat.
Ce que cette fiche ne dit pas
Les chiffres cités portent tous leur date, et ils vieillissent : une capitalisation, un flux annuel, un nombre de sociétés cotées se vérifient à la source avant d'être réemployés. Les dispositifs, eux, sont plus stables, et ce sont eux que cette fiche décrit.
Elle décrit des marchés et le cadre qui les encadre, à titre d'information générale. Elle ne constitue pas un conseil en investissement.