Bourse de Hong Kong : les entreprises chinoises y pèsent 79 % de la capitalisation
La place de Hong Kong a repris en 2025 le premier rang mondial pour les introductions en bourse, et ce qui s'y échange est chinois à quatre cinquièmes. C'est par là que les capitaux étrangers atteignent aujourd'hui les entreprises chinoises, avec trois contraintes que le cours n'affiche pas.
SOMMAIRE

Le quartier des affaires de Hong Kong vu de la baie, un ferry à deux ponts au premier plan.
Une place qui a changé de contenu
À la fin de 2025, la Bourse de Hong Kong comptait 2 686 sociétés cotées. Mille cinq cent cinquante-deux d'entre elles étaient des entreprises de Chine continentale : 58 % du nombre, mais 79 % de la capitalisation et 91 % des échanges d'actions de la place. Sur les 119 sociétés introduites dans l'année, 109 venaient du continent.
Le décompte est celui de l'opérateur de la place lui-même, et il recouvre deux familles. D'un côté les actions H, émises par des sociétés constituées en Chine continentale et admises à la cote de Hong Kong. De l'autre, des sociétés immatriculées ailleurs, souvent aux Bermudes ou aux îles Caïmans, mais contrôlées depuis le continent.
La conséquence est simple à énoncer et rarement dite : acheter Hong Kong revient, pour l'essentiel, à acheter la Chine. La place n'est plus une porte ouverte sur le marché chinois, elle en est devenue une partie.
2025, le retour au premier rang mondial
L'année a été celle d'un renversement. Cent dix-neuf sociétés ont été introduites, contre soixante et onze en 2024. Elles ont levé 285,8 milliards de dollars de Hong Kong, soit environ 31 milliards d'euros au taux de référence de la Banque centrale européenne : trois fois et quart le montant de l'année précédente. Aucune autre place au monde n'a fait mieux en 2025.
Le reste a suivi. La capitalisation totale a fini l'année à 47 392 milliards de dollars de Hong Kong, environ 5 200 milliards d'euros, en hausse de 34 %. Les échanges quotidiens moyens ont presque doublé, à 249,8 milliards de dollars de Hong Kong par séance, soit quelque 27 milliards d'euros.
Deux introductions de l'année figurent parmi les cinq plus grosses du monde, et elles disent chacune une manière de faire : celle d'un industriel déjà coté à Shenzhen, venu chercher à Hong Kong ce que son marché domestique ne lui donne pas, des capitaux étrangers et une monnaie convertible ; celle d'une filiale minière détachée de sa maison mère chinoise pour être cotée à part. Sur les 109 sociétés du continent introduites dans l'année, 76 étaient constituées en Chine même, les autres sous des holdings immatriculées à l'étranger.
Et 2026 est déjà au-dessus
Le premier semestre 2026 a vu 87 nouvelles cotations et 210,2 milliards de dollars de Hong Kong levés, environ 23 milliards d'euros, en hausse de 92 % sur un an. À la fin juin, la place comptait 2 748 sociétés et les échanges quotidiens moyens atteignaient 283 milliards de dollars de Hong Kong.
Un cabinet d'audit a relevé début juillet sa prévision pour l'année entière à 380 milliards de dollars de Hong Kong, environ 42 milliards d'euros. Ce serait un nouveau record.
La nuance mérite d'être dite, parce qu'elle contredit le récit facile : sur ce même premier semestre, Hong Kong est deuxième au classement mondial, derrière le Nasdaq. Le premier rang de 2025 n'était pas un acquis, c'était un résultat annuel.
L'argent qui alimente la place vient surtout du continent
Deux liaisons relient les carnets d'ordres de Hong Kong à ceux du continent : celle de Shanghai depuis le 17 novembre 2014, celle de Shenzhen depuis le 5 décembre 2016. Dans l'une comme dans l'autre, le sens dit du sud permet aux investisseurs du continent d'acheter des titres cotés à Hong Kong, et le sens du nord permet l'inverse.
Les deux sens ne se ressemblent pas. Sur les douze mois clos en mars 2026, les achats nets venus du continent ont atteint un record de 1 190 milliards de dollars de Hong Kong, environ 131 milliards d'euros. Ces ordres ont représenté 24 % de l'ensemble des échanges de la place, contre 20 % l'année précédente. Depuis l'ouverture du dispositif, le cumul est de 5 300 milliards de dollars de Hong Kong dans le sens sud, soit près de 580 milliards d'euros, contre 1 470 milliards de yuans dans le sens nord, environ 188 milliards d'euros.
Dans l'autre direction, la part est marginale : les ordres venus de l'étranger ne pèsent que 6,3 % des échanges du marché continental. La Bourse de Shanghai reste, pour l'essentiel, un marché d'épargnants chinois. Celle de Hong Kong est le lieu où les deux mondes se rencontrent, et l'essentiel du carburant y monte du nord.
Trois portes, et le plan d'épargne en actions n'en ouvre aucune
Pour un épargnant français, belge ou suisse, la première chose à savoir est une règle fiscale française, et elle est nette. Le plan d'épargne en actions n'accueille que des titres de sociétés dont le siège est dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen, et des fonds qui placent plus de 75 % de leur actif dans de telles sociétés. Aucune action cotée à Hong Kong ni sur le continent ne remplit cette condition. Elle se détient donc sur un compte-titres ordinaire, imposé comme tel.
La deuxième porte est le fonds indiciel. Certains fonds domiciliés dans l'Union reproduisent un indice chinois non pas en achetant les titres qui le composent, mais par un contrat d'échange adossé à un portefeuille d'actions européennes. C'est cette construction, et elle seule, qui leur permet de rester éligibles au plan d'épargne en actions tout en suivant un marché qui ne l'est pas. Le procédé est légal et courant ; il ajoute au risque de marché celui de la contrepartie du contrat.
La troisième est le certificat américain. Deux cent quatre-vingt-six entreprises chinoises étaient cotées à New York en mars 2025, pour 1 100 milliards de dollars de capitalisation, selon la commission parlementaire américaine qui en tient le compte. Elles relèvent d'un régime à part : une loi de 2020 impose leur retrait de la cote si le régulateur comptable américain ne peut pas inspecter leurs auditeurs deux années consécutives. L'accès aux dossiers a été rétabli fin 2022, mais il se vérifie chaque année.
Deux choses que le cours n'affiche pas
La première est la monnaie. Le dollar de Hong Kong est arrimé au dollar américain depuis le 17 octobre 1983, à l'intérieur d'une bande de 7,75 à 7,85 pour un dollar. Acheter une action à Hong Kong depuis la zone euro, ce n'est donc pas prendre un risque de change sur le yuan : c'est en prendre un sur le dollar américain. Beaucoup de ceux qui cherchent une exposition à la Chine par cette voie l'ignorent.
La seconde est le dividende. Hong Kong ne prélève rien à la source sur les dividendes. Mais lorsqu'une société constituée en Chine continentale verse un dividende à un actionnaire non résident, la Chine prélève 10 % avant que la somme ne quitte le pays, et les conventions fiscales ne réduisent ce taux que dans certains cas. Le rendement affiché n'est pas celui qui arrive sur le compte.
Ce que la vitalité d'une place ne mesure pas
Une bourse mesure l'argent qui vient à elle, pas l'économie qui l'entoure. Le record des introductions dit qu'un capital important cherche aujourd'hui à s'exposer aux entreprises chinoises par un marché ouvert, en monnaie convertible et sous un droit qu'il connaît. Il ne dit rien de la croissance chinoise, ni de la santé des sociétés cotées, ni de ce que les capitaux étrangers font par ailleurs : l'investissement direct, celui qui construit une usine ou rachète une filiale, suit une courbe qui lui est propre et qui n'a pas suivi celle-ci. Cette série y reviendra.
Le présent article se contente de décrire un marché et le cadre qui l'encadre, à titre d'information générale. Il ne constitue pas un conseil en investissement.
La Rédaction