Quanzhou

SOMMAIRE

Un chemin de ronde file au sommet d'un rempart de pierres grises assemblées à sec, qui ondule vers l'horizon ; à droite, en contrebas, les toits plats de maisons blanches, et au-dessus un ciel bleu pâle rayé de nuages fins.
Le chemin de ronde du rempart de pierres grises de Chongwu, dans le xian de Hui'an, les maisons blanches en contrebas. Illustration.

Quanzhou est une ville-préfecture du Fujian, sur la côte du détroit de Taïwan, à une centaine de kilomètres au nord-est de Xiamen. Le fleuve Jin la traverse, les monts Qingyuan la ferment au nord, et l'on y parle le minnan. Le recensement de 2020 lui donne 8 782 285 habitants, ce qui en fait la ville la plus peuplée de la province et sa première économie. Ces chiffres ne disent rien de ce qui la rend importante : pendant trois siècles, Quanzhou a été le plus grand port du monde connu.

Zayton, le port des Song et des Yuan

Son nom médiéval, Citong, est passé en arabe et dans les langues d'Europe sous la forme Zayton, et l'on fait généralement dériver de lui le mot « satin ». Aux douzième, treizième et quatorzième siècles, c'est de là que partaient les jonques vers l'Asie du Sud-Est, l'Inde, le golfe Persique et l'Afrique orientale. Marco Polo, Odoric de Pordenone et Ibn Battuta l'ont décrite, tous trois avec le même étonnement admiratif. La flotte de l'expédition mongole contre Java, en 1293, en est partie ; les escadres de Zheng He y ont relâché.

Le port a fait de la ville un lieu de mélange sans équivalent dans la Chine de l'époque. Des marchands arabes et persans s'y sont établis et y ont fait souche. Un évêché catholique y a été érigé dès le quatorzième siècle. On y trouve encore des tombes musulmanes, un temple manichéen à Cao'an, dans la ville de Jinjiang, daté de 1339, et des inscriptions dans plusieurs écritures.

Le bien du patrimoine mondial

L'UNESCO a inscrit le 25 juillet 2021 un bien en série sous le nom de Quanzhou : emporium mondial de la Chine des Song et des Yuan. Selon la description officielle, il « illustre le dynamisme de la ville en tant qu'emporium maritime pendant les périodes Song et Yuan et ses interconnexions avec l'arrière-pays chinois ». Il rassemble des édifices religieux, dont la mosquée Qingjing, bâtie en 1009 et l'une des plus anciennes constructions musulmanes de Chine, des tombes islamiques, des bâtiments administratifs, des quais de pierre qui servaient au commerce comme à la défense, des sites de production de céramique et de fer, des éléments du réseau de transport, des ponts anciens, des pagodes et des inscriptions.

Cette énumération est le meilleur guide de visite qui soit : le bien n'est pas un monument mais un système portuaire entier, de la montagne où l'on cuisait la porcelaine jusqu'aux appontements.

Ce que l'on va voir

Le temple de Kaiyuan, au centre de la vieille ville, est le monument le plus visité : ses deux pagodes de pierre, celle de l'Est et celle de l'Ouest, dominent le quartier. La mosquée Qingjing, dont le portail de pierre évoque la Syrie, est à quelques rues de là. Le musée de la Mer raconte le passé maritime de la ville et conserve des épaves.

Hors du centre, le pont d'Anping, à Jinjiang, construit entre 1138 et 1151, court sur deux mille deux cent vingt-cinq mètres à l'origine, un peu plus de deux mille aujourd'hui, portés par plus de trois cents piles. Le pont de Luoyang, achevé en 1053, en mesure environ mille deux cents. Les monts Qingyuan portent une statue monumentale de sage taoïste taillée dans le roc. La cité fortifiée de Chongwu, dans le xian de Hui'an, à l'est, oppose ses remparts de pierre sèche au vent du large : c'est elle que montre la photographie ci-dessus.

Quanzhou est enfin l'un des vingt-quatre lieux que l'État a désignés villes historiques et culturelles. Elle a ses formes d'opéra, le Liyuan et le Gaojia, et un théâtre de marionnettes à fils qui a son propre musée. Le xian de Dehua produit depuis des siècles les porcelaines blanches que l'Europe a appelées blanc de Chine ; le xian d'Anxi, le thé tieguanyin ; le xian de Hui'an, une sculpture sur pierre réputée.

La ville des émigrés

Le sud du Fujian a fourni une part considérable de la diaspora chinoise, et Quanzhou en est le foyer principal : on estime à six millions le nombre de Chinois d'outre-mer originaires de la préfecture, dont environ six cent mille à Hong Kong. C'est ce qui explique la densité des temples ancestraux, l'architecture des maisons construites avec l'argent envoyé de Manille ou de Singapour, et l'usage du minnan sur les deux rives du détroit.

Quand y aller

Le climat est subtropical, humide et chaud ; l'été apporte les typhons, l'hiver est doux. L'automne et le printemps sont les meilleures saisons. La ville est desservie par la ligne à grande vitesse qui longe la côte du Fujian, et l'aéroport de Jinjiang est à une vingtaine de kilomètres du centre. Il faut compter deux à trois jours pour voir la vieille ville et un ou deux sites périphériques.

Illustration : Vmenkov, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

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