Shapowei, l’ancien port de pêche devenu quartier d’artistes de Xiamen
Sur l’île de Xiamen, dans le Fujian, le bassin abrité de Shapowei a longtemps protégé les jonques et les sampans des typhons avant de fermer en 2015. Ses anciens entrepôts de traitement du poisson abritent aujourd’hui un quartier d’artistes né d’une rénovation menée entre 2013 et 2017.
SOMMAIRE

Le bassin abrité de Shapowei, à Xiamen, bordé de bâtiments à arcades — Image d'illustration
Un abri de pêcheurs sur la baie de Xiamen
Shapowei se trouve sur l’île de Xiamen, dans le Fujian, à quelques rues de l’université de la ville, sur la rue Daxue. Le nom désigne littéralement la queue d’une pente de sable : le quartier occupait l’extrémité d’une grande plage qui bordait autrefois la baie, un rivage en forme de croissant que l’on surnommait la pente de jade et de sable, pour la couleur dorée de son sable. Dès la dynastie Qing, un bassin abritait à cet endroit les jonques et les sampans des pêcheurs contre les typhons qui frappent régulièrement la côte du Fujian. Selon la tradition locale, le général Zheng Chenggong, plus connu sous le nom de Koxinga, aurait fait manœuvrer ses troupes près de l’étang de Yanwu tout proche, avant de partir combattre à Taïwan au milieu du XVIIe siècle.
D’une zone industrielle à la fermeture du port
Après la fondation de la République populaire de Chine, le secteur devient l’une des trois grandes zones industrielles de Xiamen : une centrale électrique, un chantier naval et une usine de traitement des produits de la mer s’installent au bord du bassin. L’activité de pêche culmine dans les années 1980. À partir des années 1990, les usines commencent à quitter l’île tandis que les ressources halieutiques côtières s’épuisent et que les prises reculent fortement. En 2003, la construction du pont de Yanwu barre l’entrée du bassin aux grands bateaux, précipitant le déclin du port. En 2015, les autorités municipales annoncent la fermeture officielle du port et accompagnent les derniers pêcheurs vers une reconversion professionnelle, mettant fin à plus d’un siècle d’activité de pêche continue.
La naissance d’un quartier d’artistes
À partir de 2013, un projet de rénovation transforme la partie occidentale de l’ancien port, où se trouvait l’usine de traitement des produits de la mer. Plutôt que de raser les bâtiments industriels, le projet réutilise leurs structures : chambres froides, locaux techniques, bassins de purification des coquillages et entrepôts, soit près de 10 000 mètres carrés reconvertis en ateliers et en salles d’exposition. Les travaux s’achèvent en 2017. Sculpture, céramique, gravure, création textile, travail du bois, animation, musique, papier découpé et art vidéo y trouvent leur place. Depuis 2014, le quartier est présenté comme le premier parc culturel et artistique dédié aux jeunes créateurs de Xiamen ; il a depuis reçu plusieurs distinctions touristiques, dont un prix de la meilleure destination décerné lors du Forum de Boao pour l’Asie.
Ce qu’il reste du port aujourd’hui
Le bassin abrité lui-même subsiste, avec son quai de pierre et des bateaux de pêche encore amarrés qui rappellent la vocation d’origine du site. Les anciennes arcades commerçantes qui bordaient le port n’ont pas été démolies : elles logent désormais des cafés indépendants, de petites galeries et des boutiques, à la place des poissonneries et des ateliers de réparation de filets. Le quartier propose aujourd’hui :
- une salle de concert d’environ 400 mètres carrés programmant plusieurs spectacles chaque mois
- un skatepark, le seul de ce type sur l’île de Xiamen
- des marchés de plein air organisés le week-end
- un accès libre au site, de jour comme de nuit, sans droit d’entrée
Situé au 84 de la rue Daxue, dans le district de Siming, l’ensemble reste l’un des rares endroits de Xiamen où se lisent encore, côte à côte, un bassin de pêche traditionnel et sa reconversion culturelle.