Darchen, le départ du tour du mont Kailash

SOMMAIRE

Une plaine d'herbe rase et de cailloux court vers des collines ocre ; à droite, un sommet couvert de neige domine un hameau bas posé au ras du sol.
Darchen, posée au ras de la plaine, et la calotte neigeuse du mont Kailash au-dessus des collines ocre.

Darchen, aussi transcrit Tarchen ou Taqin et appelé Kangsa en tibétain, est un village du canton de Baga, dans le district de Burang, préfecture de Ngari, à l'extrême ouest de la région autonome du Tibet. Il est posé face au mont Kailash, sur une plaine caillouteuse, aux alentours de 4 600 mètres d'altitude : les relevés publiés donnent 4 575 mètres pour les uns, 4 670 pour les autres.

Ce que le lieu est

Darchen n'est pas une ville et n'a jamais prétendu l'être. C'était une station de bergers nomades, avec deux bâtiments en dur, dont un seul a survécu à la Révolution culturelle et sert aujourd'hui à loger les pèlerins tibétains. Le village avait auparavant un statut singulier : il a été pendant près de trois siècles une enclave du Bhoutan, qui y levait des revenus, jusqu'à son rattachement à la République populaire de Chine en 1959.

Aujourd'hui, on y trouve quelques restaurants, plusieurs auberges, des boutiques, des terrains de campement, un dispensaire de médecine et d'astrologie tibétaines, et le poste de la sécurité publique où les autorisations de circuler se font tamponner et où l'on acquitte le droit d'accès au circuit.

Le mont Kailash

La montagne domine tout. Elle appartient à la chaîne du Gangdise, que l'on nomme aussi le Transhimalaya. Son altitude est souvent donnée à 6 714 mètres, mais des mesures plus récentes la ramènent à 6 638 mètres. Quatre des grands fleuves d'Asie, l'Indus, le Sutlej, le Brahmapoutre et la Karnali, prennent leur source à proximité, et les lacs Manasarovar et Rakshastal sont à quelques dizaines de kilomètres, tous deux au-dessus de 4 500 mètres.

Quatre traditions religieuses la tiennent pour sacrée, et c'est ce qui en fait un lieu de pèlerinage sans équivalent. Les hindous y voient la demeure de Shiva ; les bouddhistes tibétains celle du bodhisattva de la compassion ; les jaïns le lieu où le fondateur de leur religion reçut l'illumination ; le bön, la religion tibétaine antérieure au bouddhisme, le symbole de l'âme. Certains y reconnaissent le mont Mérou, l'axe du monde des cosmologies indiennes.

Le tour de la montagne

C'est ce qui amène ici. La circumambulation, que les Tibétains appellent la kora, fait environ cinquante et un kilomètres et part de l'ouest de Darchen. Bouddhistes et hindous en font le tour dans le sens des aiguilles d'une montre, bönpos et jaïns dans l'autre. Elle se marche ordinairement en trois jours ; certains Tibétains la bouclent en un seul ; les plus fervents, qui se prosternent de tout leur corps tous les trois pas, y mettent environ un mois. Les pèlerins tiennent qu'un tour complet efface les fautes d'une vie, et que cent huit tours mènent à la délivrance dans celle-ci.

L'itinéraire passe par le mât de Tarboche, à 4 750 mètres, couvert de drapeaux de prières et renouvelé chaque année pour la fête de Saga Dawa, puis remonte une vallée de roches rouges où se tient, à 4 860 mètres et face à la montagne, un petit monastère kagyu fondé au treizième siècle. La première nuit se passe presque toujours vers 5 080 mètres, à Dira Puk, en vue de la face nord. Le lendemain vient la longue montée du col de Drolma La, à 5 636 mètres, point culminant du parcours, précédé d'un lieu-dit où le pèlerin est censé mourir symboliquement avant de renaître au col.

La tradition veut que l'on ne mange pas de viande dans la région, par égard pour la montagne et le lac.

Comment y aller

Darchen est à environ mille quatre cents kilomètres de Lhassa par la route, et à quelque trois cent trente kilomètres, soit une journée d'autocar, de Shiquanhe, chef-lieu de la préfecture de Ngari. L'aéroport de Gunsa, ouvert le 1er juillet 2010 près de cette dernière, propose deux vols par semaine vers Lhassa et Chengdu, ce qui a considérablement raccourci le voyage. Une piste carrossable prolonge la route de Darchen jusqu'à quelques kilomètres au-delà de Dira Puk.

Quand y aller

De mai à début octobre. En dehors de cette période, le col de Drolma La est enneigé et le circuit devient dangereux. La fête de Saga Dawa, qui marque l'anniversaire du Bouddha selon le calendrier tibétain et se tient au printemps, rassemble une foule de pèlerins au mât de Tarboche : c'est le moment le plus intense de l'année, et le plus difficile pour se loger.

Ce qu'il faut savoir avant de partir

  • Le circuit se déroule entièrement au-dessus de 4 500 mètres et franchit un col à plus de 5 600. Une acclimatation de plusieurs jours en amont est indispensable, et l'oedème d'altitude est un risque réel.
  • Il faut, outre le visa chinois, une autorisation d'entrée au Tibet, un permis militaire pour la préfecture de Ngari et un permis de zone frontalière, tous obtenus à l'avance par une agence.
  • Le seul recours médical sur place est le dispensaire de médecine tibétaine du village ; le premier hôpital est à Shiquanhe, à une journée de route.
  • C'est un pèlerinage avant d'être une randonnée : on tourne dans le sens des fidèles que l'on suit, on ne double pas ceux qui avancent en se prosternant, et l'on reste au bas de la montagne. Le sommet n'a jamais été atteint, et la Chine a déclaré en 2001 qu'elle interdirait toute tentative d'ascension.

Illustration : Ondřej Žváček, CC BY 2.5, via Wikimedia Commons.

Partager cette page