Tholing
SOMMAIRE

Les stupas et le mur d'enceinte de Tholing, au pied des reliefs érodés de Zanda.
Tholing est le plus ancien monastère de la préfecture de Ngari, à l'extrême ouest du Tibet, dans le district de Zanda. Il occupe un replat à 3 800 mètres d'altitude, au bord du grand canyon creusé par le Langchen Tsangpo, que l'on appelle la rivière de l'Éléphant et qui devient la Sutlej en aval. Autour, il n'y a rien d'autre que des terres ravinées, ocre et grises, qui forment ce que l'on nomme la forêt de terre de Zanda.
Le monastère du royaume de Gugé
Il a été fondé en 997 par Yeshe Ö, deuxième souverain du royaume de Gugé. C'est l'un des premiers temples élevés au début de ce que la tradition tibétaine appelle la seconde diffusion du bouddhisme, après le long effacement qui avait suivi la chute de l'empire.
Yeshe Ö a financé l'envoi en Inde de vingt et un jeunes moines, chargés d'étudier au grand monastère de Vikramashila et d'en rapporter les textes. Deux seulement sont revenus, les autres n'ayant pas survécu au voyage : Rinchen Zangpo et Lekpai Sherap. C'est à eux que l'on doit les grands temples du royaume, et Rinchen Zangpo est resté dans l'histoire tibétaine comme le grand traducteur.
En 1042, le maître indien Atisha est arrivé à Tholing, où il est resté trois ans ; c'est de son enseignement qu'est née l'école kadampa, qui a marqué durablement le bouddhisme tibétain. Peu de lieux au Tibet concentrent autant d'histoire religieuse dans un espace aussi restreint.
Ce que l'on voit
L'ensemble se compose de trois édifices principaux. Le temple de Yeshe Ö est bâti sur un plan de mandala, en briques de terre rouge, avec des chörtens aux angles. Le Lhakhang Karpo, la chapelle blanche, conserve des piliers de bois de cèdre. Le Dukhang est la salle d'assemblée. Les trois abritent des fresques, et c'est pour elles que l'on vient : elles mêlent les traditions tibétaine, cachemirie et népalaise, dans un style que l'on ne retrouve nulle part ailleurs.
Le monastère a beaucoup souffert. Pendant la Révolution culturelle, les temples ont été détruits ou laissés à l'abandon ; les peintures ne se sont conservées que dans deux chapelles, qui servaient alors de greniers à grain. Ce sont celles-là que le visiteur voit aujourd'hui, et l'ironie de leur survie fait partie de ce qu'il faut savoir avant d'entrer.
À l'extérieur, l'enceinte est bordée d'une file de chörtens de terre blanchie, alignés face aux falaises. C'est la vue la plus caractéristique du lieu.
Tsaparang, à côté
Les ruines de Tsaparang, capitale du royaume de Gugé, sont à dix-neuf kilomètres à l'ouest, dans la vallée de la Garuda que parcourt le haut cours de la Sutlej, à la même altitude. Une citadelle entière est creusée et bâtie dans un éperon de terre, avec ses salles peintes et ses galeries. Les deux sites se visitent ensemble, et c'est ainsi qu'il faut les prendre : Tholing était le monastère, Tsaparang la capitale.
Y aller
C'est l'un des lieux les plus difficiles d'accès du Tibet. On passe par Zanda, le chef-lieu du district, situé au bord du même canyon. Tsaparang est à 262 kilomètres de Darchen, le village de départ du tour du mont Kailash, ce qui donne l'ordre de grandeur des distances de la région : on ne vient pas à Tholing en excursion, on l'intègre à un voyage dans le Ngari, généralement associé au Kailash et au lac Manasarovar.
L'altitude, l'éloignement et les autorisations nécessaires imposent de préparer ce trajet longtemps à l'avance et de le faire encadrer. Les conditions d'accès au Tibet occidental changent, et se vérifient avant chaque départ.
Illustration : Jean-Marie Hullot, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.