À Ningbo, cinquante-sept rendez-vous organisés entre usines et intelligence artificielle
Au seizième Salon de la ville intelligente et de l'économie intelligente, la municipalité de Ningbo a lancé la deuxième version de son programme d'accompagnement pour faire entrer l'intelligence artificielle dans ses usines. Objectif affiché : cent projets industriels emblématiques d'ici trois ans.
SOMMAIRE

Contrôle qualité par intelligence artificielle sur une chaîne de fabrication, illustration d'usine connectée en Chine.
Un stylo inspecté en 1,4 seconde
Sur l'un des stands du salon, Deli Group, fabricant chinois de fournitures de bureau installé à Ningbo et connu pour ses agrafeuses et ses articles scolaires vendus bien au-delà de la Chine, a fait la démonstration d'un système de contrôle qualité fondé sur la vision par ordinateur. Chaque lot de huit stylos passe sous la caméra en 1,4 seconde, le temps pour l'intelligence artificielle de repérer quinze catégories de défauts possibles, un geste que l'inspection à l'œil ne pouvait ni répéter à cette vitesse ni avec la même régularité. Depuis sa mise en service, le taux de produits défectueux est tombé de 3,2 % à 0,5 %, et le contrôle qualité va 42 fois plus vite qu'auparavant.
« L'intelligence artificielle n'est pas un concept lointain, c'est un outil qui s'intègre dans chaque étape d'un métier et qui crée une valeur concrète », a résumé Xu Ziya, directrice des applications d'intelligence artificielle chez Deli Group. L'entreprise a constitué des équipes dédiées dans douze de ses lignes d'activité, chargées de repérer elles-mêmes, atelier par atelier, où l'automatisation peut remplacer une inspection manuelle. Ces équipes ne partent pas d'un cahier des charges dicté par la direction : les scénarios remontent des ateliers eux-mêmes, sous forme de propositions faites par les employés qui connaissent la chaîne de production de l'intérieur.
Cinquante-sept rendez-vous pour sept cent cinquante besoins
L'exemple de Deli Group illustre ce que la municipalité de Ningbo veut désormais généraliser à toute son industrie. Le seizième Salon de la ville intelligente et de l'économie intelligente, ouvert le 11 septembre dans la ville, a servi de cadre au lancement de la deuxième version d'un programme nommé « action d'accompagnement de mise en relation offre-demande, intelligence artificielle plus fabrication ». Le mot chinois qui désigne ce type de dispositif, pei pao, signifie littéralement « courir aux côtés de » : l'image emprunte à l'entraîneur qui accompagne un coureur sur la distance plutôt qu'au vendeur qui livre un produit fini et s'en va.
Liu Jianmin, qui dirige l'équipe chargée de l'industrie numérique chez China Mobile Zhejiang Ningbo, a détaillé le calendrier : 57 séances de mise en relation doivent se tenir au second semestre 2026, organisées en fonction des spécialités industrielles propres à chaque secteur de la ville, pour répondre à 750 besoins déjà recensés auprès des entreprises. Rapporté au nombre de rencontres prévues, cela représente une bonne dizaine de besoins traités à chaque séance, loin d'un unique grand projet vitrine. Le principe reste celui qu'a suivi Deli Group : une usine formule un problème concret, un fournisseur d'intelligence artificielle vient le résoudre sur place, sous le regard de la municipalité qui organise la rencontre.
Cent projets emblématiques en trois ans
Le nom même du programme, « version 2.0 », indique qu'il en existait une première mouture avant celle-ci. Ningbo affiche désormais un objectif chiffré : cent projets industriels jugés emblématiques d'ici trois ans. Pour y parvenir, le bureau municipal de l'informatisation économique, dont le directeur de la transformation numérique industrielle, Zheng Bo, a présenté la démarche au salon, a mis en place deux mécanismes nouveaux, des « classes pépinières » et des « camps d'entraînement », censés pousser fournisseurs d'intelligence artificielle et industriels à travailler ensemble sur un même problème plutôt que l'un après l'autre. Les noms mêmes des deux dispositifs, une « classe de semence » et un « camp d'entraînement », disent la logique retenue : préparer un projet avant de le lancer plutôt que le corriger après coup.
Tiangong Zhiqing, un service pensé pour les usines qui n'ont pas de service informatique
China Mobile Zhejiang a profité du même salon pour présenter Tiangong Zhiqing, un centre d'applications d'intelligence artificielle industrielle construit sur sa plateforme d'internet des objets Tiangong. Sa fonction est de produire des solutions déjà adaptées à un secteur donné plutôt que des outils génériques que chaque usine devrait ensuite configurer elle-même.
« Face à cette nouvelle phase où l'intelligence artificielle s'intègre rapidement dans l'industrie manufacturière, nous nous appuierons sur les besoins réels des entreprises pour fournir en continu des services intelligents à bas coût, à faible barrière d'entrée et accessibles au plus grand nombre », a expliqué Xu Mengqiang, vice-président de China Mobile Zhejiang. La formule vise directement les usines de taille moyenne ou petite, qui n'ont ni budget ni personnel pour bâtir seules un système d'intelligence artificielle. C'est ce type d'offre que les 57 séances de mise en relation doivent faire connaître aux entreprises qui n'auraient pas, seules, l'idée d'aller la chercher.
Geely tire toute sa chaîne automobile vers le haut
Le constructeur automobile Geely a de son côté présenté une plateforme d'agents intelligents pour l'industrie automobile, développée avec China Mobile. Sa vocation dépasse Geely lui-même : en tant que donneur d'ordres au centre de sa chaîne d'approvisionnement, l'entreprise veut s'en servir pour entraîner ses fournisseurs, des équipementiers aux ateliers de sous-traitance, à adopter l'intelligence artificielle à leur tour. Les autorités locales appellent ce mécanisme l'« effet du chef de chaîne » : une entreprise dominante entraîne derrière elle tout un réseau de sous-traitants qui, seuls, n'auraient pas la taille critique pour investir dans l'intelligence artificielle. C'est le même raisonnement que celui de Ningbo pour l'ensemble de son industrie, appliqué cette fois à l'intérieur d'une seule chaîne de production : une grande entreprise sert de levier pour faire monter en gamme des dizaines de plus petites.
Un mot d'ordre : moteur intelligent, Ningbo en mouvement
Ningbo n'en est pas à son coup d'essai. Grand port et l'un des principaux centres manufacturiers du Zhejiang, où l'économie privée occupe une place particulièrement importante, la ville organise depuis plusieurs années ce salon consacré aux villes intelligentes et à l'économie intelligente. L'édition 2026 avait pour mot d'ordre officiel « moteur intelligent, Ningbo en mouvement : un nouveau chapitre pour la fabrication », un slogan qui résume le pari de la municipalité : faire de l'intelligence artificielle un outil de travail plutôt qu'une vitrine.
Trois acteurs, une même méthode
Sa seizième édition n'a pas mis en avant de nouvelle prouesse technique, mais une méthode reprise par tous les acteurs présents. Deli Group automatise son propre contrôle qualité. China Mobile construit un service que des usines sans service informatique peuvent utiliser plutôt que développer elles-mêmes. Geely s'en sert pour entraîner l'ensemble de sa chaîne de sous-traitants. Dans les trois cas, ce n'est pas un produit d'intelligence artificielle fini qui est vendu aux usines : c'est un accompagnement, au sens propre du mot chinois qui donne son nom au programme, où c'est le besoin de l'entreprise, comme celui de Deli Group pour ses stylos, qui détermine ce qui sera construit. Au total, ce sont 57 rencontres, 750 besoins recensés et l'ambition de cent projets en trois ans qui doivent transformer, usine après usine, une intention politique en gestes concrets sur les chaînes de production.
La Rédaction