Crypto-monnaie : la Chine a remplacé son interdiction de 2021 par un texte plus strict
L'avis de septembre 2021 que tout le monde cite encore a été abrogé le 6 février 2026. Le texte qui l'a remplacé ferme ce que le premier n'avait pas prévu, à commencer par les jetons stables adossés au yuan, même émis à l'étranger.
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Salle de machines de minage : des racks de calculateurs identiques, leurs faisceaux de câbles et la ventilation qui les refroidit.
Le texte que tout le monde cite n'existe plus
On lit partout que la Chine a interdit les crypto-monnaies en septembre 2021. C'est exact, et ce n'est plus le droit en vigueur.
Le 6 février 2026, huit administrations chinoises, dont la banque centrale, le régulateur des marchés et l'administration des changes, ont publié un avis conjoint qui abroge expressément celui de 2021 et le remplace. La clause figure noir sur blanc à la dernière ligne du texte, avant les signatures. Presque aucun compte rendu en français ne l'a relevé.
Ce n'est pas une libéralisation. C'est un durcissement.
Ce que le texte de 2021 interdisait
L'avis de 2021, daté du 15 septembre et publié le 24, portait la signature de dix organismes. Il posait trois choses : les crypto-monnaies n'ont pas cours légal et ne peuvent pas circuler comme monnaie ; les activités qui s'y rattachent, de l'échange à l'émission de jetons en passant par la tenue de marché et les produits dérivés, sont des activités financières illégales, strictement interdites ; et les plateformes établies hors de Chine qui servent des résidents du continent tombent elles aussi sous le coup du texte.
Le même mois, le minage rejoignait la liste des industries à éliminer, avec une surtaxe d'électricité de trente centimes de yuan par kilowattheure pour les installations existantes. La décision politique avait été prise en mai, lors d'une réunion du comité de stabilité financière du Conseil des affaires d'État.
Ce que celui de 2026 ajoute
Le nouvel avis reprend l'interdiction et l'étend à deux objets que 2021 ne connaissait pas.
Les jetons stables. Le texte relève qu'un jeton adossé à une monnaie officielle remplit, en circulant, une partie des fonctions de cette monnaie. Il en tire une règle sans équivalent : sans accord préalable des autorités compétentes, aucune entité ni personne, en Chine ou à l'étranger, ne peut émettre hors de Chine un jeton stable adossé au yuan. La portée extraterritoriale est explicite.
La tokenisation d'actifs réels, c'est-à-dire la conversion de droits de propriété ou de revenus en jetons échangeables, entre elle aussi dans le champ.
Le texte ajoute enfin que les actes de droit civil liés à ces placements sont nuls lorsqu'ils heurtent l'ordre public, et que les pertes qui en résultent restent à la charge de celui qui les a subies. C'est la formule la plus dissuasive du dispositif : elle prive le perdant de recours.
Le minage : parti, revenu, puis invisible
L'interdiction de 2021 a produit le déplacement industriel le plus rapide de l'histoire du secteur, et il a été mesuré.
La Chine concentrait 75,5 % de la puissance de calcul mondiale du bitcoin en septembre 2019, et encore 46 % en avril 2021. À l'été 2021, elle tombe à zéro dans les relevés. La puissance totale du réseau s'effondre à 57,5 exahachages par seconde le 27 juin.
Puis le mouvement s'inverse deux fois. Le réseau se reconstitue ailleurs et dépasse son niveau d'avant dès décembre 2021. Et la Chine réapparaît : dès septembre 2021, elle pèse de nouveau 22,3 % du total, deuxième rang mondial, derrière les États-Unis. L'interdiction avait déplacé le minage à l'étranger, puis une partie était rentrée, en silence.
Ce qu'il faut savoir ensuite, c'est qu'on ne sait plus. La carte de l'université de Cambridge qui produisait ces chiffres s'arrête en janvier 2022 : il n'existe plus de mesure publique de la répartition du minage par pays. Ce qui circule aujourd'hui vient d'acteurs privés du secteur, qui ne publient pas leur méthode. Le seul travail récent de l'équipe de Cambridge est une enquête déclarative auprès de quarante-neuf entreprises représentant 48 % de la puissance mondiale, qui chiffre la consommation du minage de bitcoin à 138 térawattheures par an, environ 0,54 % de l'électricité mondiale. La Chine n'y est pas mentionnée.
Le yuan numérique n'est pas une crypto-monnaie
La confusion est constante, et elle est fausse sur les trois points qui définissent l'objet. Le yuan numérique est émis par la banque centrale, il représente la monnaie officielle et rien d'autre, et il est traçable par construction. Une crypto-monnaie n'est émise par personne, ne représente qu'elle-même, et son registre est public mais anonyme.
Le dispositif avance. Au 30 novembre 2025, la banque centrale annonçait 3,48 milliards d'opérations cumulées pour 16 700 milliards de yuans, 230 millions de portefeuilles individuels et 18,8 millions de portefeuilles d'entreprise. Un centre international d'exploitation a ouvert à Shanghai le 25 septembre 2025. Une nouvelle génération du mécanisme, avec des soldes rémunérés et une couverture par l'assurance-dépôts, est entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Le 17 août 2026, huit établissements opérateurs supplémentaires ont été agréés, portant le total à trente.
Le chiffre que la banque centrale a cessé de publier
Ces montants cumulés disent l'activité, pas le poids. Le chiffre qui dirait le poids est l'encours en circulation, et il n'a été publié qu'une fois : 13,61 milliards de yuans à la fin de 2022, soit 0,13 % de la monnaie en circulation.
Ce chiffre a ensuite été reproduit à l'identique dans les rapports de janvier 2023 et de janvier 2024, sans être actualisé. Puis la note a disparu des publications suivantes. Il n'existe aujourd'hui aucun encours officiel du yuan numérique, alors que la monnaie en circulation, elle, continue d'être publiée chaque mois. Six ans après les premiers essais, personne ne peut dire quelle place il occupe.
Hong Kong, à cent kilomètres, fait l'inverse
Le contraste est la vraie information de ce dossier. Pendant que Pékin fermait, Hong Kong construisait un régime d'autorisation pour les mêmes activités.
Les plateformes d'échange d'actifs virtuels y sont soumises à licence depuis le 1er juin 2023 ; le régulateur des marchés en comptait douze à la fin de son exercice, le 31 mars 2026. Les premiers fonds indiciels au comptant d'Asie sur bitcoin et sur ether ont été cotés le 30 avril 2024 ; à la même date d'arrêté, onze fonds au comptant totalisaient 4,3 milliards de dollars de Hong Kong, environ 470 millions d'euros, en hausse de 90 % depuis leur lancement. Treize produits tokenisés destinés au grand public portaient 10,8 milliards de dollars de Hong Kong d'encours.
Une ordonnance sur les jetons stables a été adoptée le 21 mai 2025 et son régime de licence est entré en vigueur le 1er août 2025. Deux licences seulement ont été délivrées à ce jour, toutes deux prenant effet le 10 avril 2026 : la première à une société financière locale, la seconde à une grande banque installée dans le territoire. La règle chinoise de février 2026 place donc une borne précise à cet essor : le jeton adossé au yuan reste hors d'atteinte sans accord préalable de Pékin.
Ce que le régulateur signale en même temps qu'il autorise
Le même rapport annuel qui recense les douze plateformes autorisées recense aussi ce contre quoi son auteur met en garde, et les deux comptes sont du même ordre de grandeur : douze entités ajoutées dans l'année à la liste d'alerte des plateformes suspectes, et trente-cinq produits d'investissement douteux signalés au public, dont des jetons adossés à de l'or et à des biens immobiliers.
Autrement dit, sur la même place et la même année, il s'est ouvert à peu près autant de choses licites que de choses signalées. C'est le renseignement le plus utile que cette matière puisse fournir à un lecteur, et il est public.
Le présent article se contente de décrire un cadre réglementaire et son évolution, à titre d'information générale. Il ne constitue pas un conseil en investissement.
La Rédaction