Monnaie dans la Chine ancienne
Des cauris des Shang au dollar d'argent de la République, la monnaie chinoise a pris une vingtaine de formes en trois mille ans : coquillages, bêches et couteaux de bronze, pièces rondes à trou carré, plaques d'or, billets de papier, lingots d'argent. Cette fiche les passe en revue une à une, dans l'ordre du temps, avec leur inscription, leur époque, leur valeur et ce qu'il en reste.
SOMMAIRE

Kaiyuan tongbao des Tang, la sapèque modèle, coulée à partir de 621
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
La monnaie chinoise a une histoire d'environ trois mille ans, et elle ne ressemble à aucune autre. Là où le monde méditerranéen frappe au marteau des disques d'or et d'argent, la Chine coule dans des moules des pièces de bronze percées d'un trou carré, les enfile par centaines sur des cordes, et invente le papier-monnaie plusieurs siècles avant l'Europe. Entre les coquillages des Shang et le dollar d'argent de la République, une vingtaine de formes se sont succédé, chacune avec son inscription, sa dynastie et sa raison d'être.
Cette fiche les présente dans l'ordre du temps. Pour chaque forme : quand et où elle apparaît, qui l'émet, à quoi elle ressemble, ce qu'elle porte comme inscription, ce qu'elle vaut ou remplace, et ce qu'il en reste dans les musées et les collections. Les noms sont donnés en français avec leur transcription pinyin ; les caractères chinois ne figurent que lorsque l'inscription elle-même est le sujet.
Le bronze, le trou carré et la ligature de mille sapèques

Un porteur du Sichuan chargé de 13 500 sapèques en ligatures, photographié en 1917
Photo Sidney D. Gamble (1917), domaine public, Wikimedia Commons
Le mot « sapèque », par lequel les Français ont désigné la pièce chinoise, vient du malais, de sa (un) et paku (une série de cent pièces). Les Anglais disent cash, du portugais caixa, lui-même tiré du tamoul kāsu. La pièce ainsi nommée est ronde, en cuivre ou en bronze, percée au centre d'un trou carré. Elle n'est pas frappée mais coulée : le métal en fusion est versé dans des moules et, à partir du VIe siècle apr. J.-C., des « pièces mères » (mǔqián) gravées dans un métal tendre servent de modèle pour former dans le sable des « arbres de monnaie », dont on détache ensuite chaque pièce.
Le trou carré a deux fonctions. Il permet d'enfiler les pièces sur une cordelette, et il permet de limer les bords de centaines de pièces à la fois, enfilées sur une tige carrée qui les empêche de tourner. La corde de mille sapèques, la « ligature » (chuàn ou guàn), est l'unité de compte des grosses sommes : une ligature vaut, en principe, un tael d'argent. Dans les faits, elle compte rarement mille pièces : les changeurs professionnels qui les enfilent se paient en prélevant quelques sapèques sur chaque corde, et la ligature courante tombe à 990, 980, parfois 965 pièces suivant les régions.
L'alliage est de bronze jusqu'au début du XVIe siècle, puis surtout de laiton à partir de 1505. Les dernières sapèques sont coulées en 1912, première année de la République : la forme fixée par les Qin en 221 av. J.-C. aura tenu plus de deux mille ans.
Les cauris, monnaie-coquillage des Shang et des Zhou

Cauris de la tombe de Fu Hao, à Anyang (dynastie Shang), Musée national de Chine, Pékin
Photo Gary Todd, CC0, Wikimedia Commons
Le cauri (bèibì, « monnaie-coquillage ») est le premier signe monétaire de la Chine. Il y a plus de trois mille ans, sous les Shang (vers 1600 à 1046 av. J.-C.), ces petits coquillages blancs de l'océan Indien, Monetaria moneta et Monetaria annulus, parviennent dans la plaine centrale par les routes de l'Asie centrale. Les inscriptions et les tombes d'Anyang, dernière capitale des Shang, en témoignent : les cauris y sont comptés, offerts en récompense par le roi et enterrés avec les défunts. Sous les Zhou, ils restent un signe de richesse, donnés en présent ou en gratification par le roi et les seigneurs.
Le dos du coquillage est souvent découpé pour qu'on puisse l'enfiler, et les cauris circulent en chapelets. Leur trace la plus durable est dans l'écriture : le caractère bèi (貝), qui dessine un cauri, est devenu la clé de la plupart des caractères qui touchent à l'argent, le prix (價), la dépense (費), l'achat (買), la richesse (財), la marchandise (貨).
Les cauris sont abolis par les Qin lors de l'unification de 221 av. J.-C., quand la pièce ronde devient la seule monnaie légale. Ils survivent pourtant très longtemps aux marges : au Yunnan, tourné vers l'Asie du Sud-Est et l'océan Indien, le cauri reste une monnaie pour les grosses transactions du IXe au XVIIe siècle. Ce qu'il en reste : des milliers de coquillages sortis des tombes de Yinxu, à Anyang, dont celle de la reine Fu Hao ; les musées de Chine en exposent des tas entiers.
Les cauris d'imitation, en os, en pierre et en bronze

Cauri d'imitation en os, époque Shang ou antérieure, collection Gary Lee Todd
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
Quand le coquillage manque, on le copie. Dès les Shang et surtout sous les Zhou, des imitations de cauris sont taillées dans l'os, la pierre ou le jade, puis coulées en bronze : ce sont les tóngbèi, « cauris de bronze ». Les plus anciens cauris de bronze connus proviennent de la région d'Anyang et remonteraient à 900 av. J.-C. environ ; ils ne portent aucune inscription, et les spécialistes discutent encore de leur usage réel, entre objet de prestige et monnaie véritable.
Ces cauris de métal circulent largement pendant les Royaumes combattants (475 à 221 av. J.-C.) et, au royaume de Chu, ils reçoivent une inscription : c'est la monnaie nez de fourmi décrite plus bas. Ce qu'il en reste : des cauris d'os ou de pierre de quelques centimètres, percés d'un trou de suspension, et des cauris de bronze lisses, souvent classés parmi les objets funéraires.
Les monnaies-bêches des Zhou et des Royaumes combattants

Bêches à manche creux et épaules plates du domaine royal des Zhou, Printemps et Automnes, Musée de Shanghai
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
La bêche (bùbì) est la première monnaie de métal proprement dite. Elle descend d'un outil, la houe à sarcler, dont le bronze fut d'abord échangé tel quel : des bêches encore fonctionnelles sont trouvées dans les tombes des Shang et des Zhou occidentaux, entre 1200 et 800 av. J.-C. environ. Vers 700 av. J.-C. apparaissent les premières bêches inscrites ; vers 650 av. J.-C., dans le domaine royal des Zhou (sud du Hebei et nord du Henan), circulent par centaines des bêches « à épaules carrées » et à manche creux, dont l'emmanchure, restée ouverte, recevait autrefois un manche de bois. Elles portent trois lignes parallèles en relief et plus de deux cents inscriptions différentes : des chiffres, des signes du cycle sexagésimal, des noms de lieux ou de clans. Leur alliage est d'environ 80 % de cuivre, 15 % de plomb et 5 % d'étain.
Sous les Royaumes combattants (475 à 221 av. J.-C.), la bêche perd son manche creux et devient une plaque plate à deux « pieds » (píngshǒubù). Chaque État a son type : la bêche à pied arqué des royaumes de Wei et de Han, en coupures d'un demi, un ou deux jīn ; la bêche à pied pointu de Zhao ; la bêche à pied carré, la plus répandue, de la Mongolie intérieure au Zhejiang, pesant environ 14 grammes ; la rare bêche à trois trous, percée au manche et aux pieds, dont le revers indique le poids en liǎng ou en zhū. L'inscription donne le nom de la ville d'émission, parfois la valeur.
Wang Mang, l'usurpateur de l'an 9 de notre ère, tentera de ressusciter la bêche : sa réforme compte douze types de monnaies-bêches valant de 100 à 1 000 pièces, que personne n'accepte. Ce qu'il en reste : des dépôts par centaines (3 537 bêches de la ville de Gong dans un seul dépôt du Henan découvert en 1981) et de belles séries dans les musées de Shanghai et de Taiyuan.
Les monnaies-couteaux de Qi, de Yan et de Zhao

Couteaux du royaume de Yan : pointe d'aiguille, pointe effilée et couteau ming, VIe au IIIe siècle av. J.-C.
Photo David Hartill, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons
À l'est et au nord, un autre outil devient monnaie : le couteau (dāobì), lame courbe terminée par un anneau. Le royaume de Qi, dans l'actuel Shandong, coule de grands couteaux qui circulent peu hors de ses frontières. On les classe par le nombre de caractères de leur inscription : les couteaux « à trois caractères » portent qí fǎ huà (齊法化), « monnaie légale de Qi » ; les couteaux à cinq caractères nomment la ville émettrice, Jimo ou Anyang ; les grands couteaux à six caractères, de 18,2 à 18,5 centimètres et de 45 à 51 grammes, sont des émissions commémoratives finement coulées, que l'on situe vers 279 av. J.-C. L'alliage des couteaux à trois caractères est très chargé en plomb, environ 54 % de cuivre, 38 % de plomb et 8 % d'étain.
Le royaume de Yan, autour de l'actuelle Pékin, émet des couteaux « à pointe effilée » de 11 à 16 grammes, retrouvés par dépôts de deux mille pièces liées par paquets de 25, 50 ou 100, puis les innombrables « couteaux míng », plus petits et plus droits, marqués d'un caractère lu míng, pauvres en cuivre (40 % environ) et pesant 16 grammes. On les trouve du Hebei et du Shanxi jusqu'en Mandchourie, en Corée et au Japon. Le royaume de Zhao coule des couteaux droits, presque sans courbure. Les couteaux « à pointe d'aiguille », connus depuis un dépôt découvert à Chengde en 1932, étaient peut-être destinés au commerce avec les nomades Xiongnu.
Comme la bêche, le couteau revient brièvement sous Wang Mang, en l'an 7 : le « couteau qui vaut cinq mille » (yī dāo píng wǔ qiān), aux caractères incrustés d'or, et le « couteau de cinq cents ». Ce qu'il en reste : le couteau est, avec la bêche, la pièce la plus reconnaissable des collections chinoises, et les grands couteaux de Qi en sont les fleurons.
Les pièces rondes à trou rond de Wei, de Zhou et de Qin

Pièces rondes à trou rond du royaume de Wei, inscrites Yuan et Gong, IVe siècle av. J.-C.
Photo Zcm11, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons
Vers 350 av. J.-C., une forme nouvelle apparaît : la pièce ronde (huánqián, « monnaie-anneau »), percée en son centre. Elle naît dans les pays de la bêche, où elle porte un trou rond et se compte en jīn (釿) ou, à Qin, en liǎng (兩) ; dans les pays du couteau, à Qi et à Yan, elle prend un trou carré et se compte en huà (化). Les premières sont émises par le royaume de Wei et portent le nom de villes : yuán (垣, l'actuelle Yuanqu, au Shanxi) et gòng (共, l'actuel district de Hui, au Henan). Le domaine royal des Zhou et le royaume de Qin en coulent à leur tour.
Les dépôts montrent que ces pièces rondes ont circulé mêlées aux bêches et aux couteaux : le dépôt du Henan déjà cité livrait, avec ses 3 537 bêches, 1 180 pièces rondes de Yuan ; un autre, au Liaoning, contenait 2 280 pièces rondes yī huà avec 14 bêches et 120 couteaux míng. La pièce ronde à trou rond est l'ancêtre immédiat du banliang de Qin : il ne lui manque que le trou carré. Ce qu'il en reste : des pièces larges d'un peu plus de quatre centimètres, à l'inscription d'un ou deux caractères, nettement plus rares que les bêches et les couteaux.
La monnaie nez de fourmi du royaume de Chu

Monnaies nez de fourmi du royaume de Chu, tombe du lac Yezhu, Xiaogan (Hubei)
Photo Zhangmoon618, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons
Au sud, le royaume de Chu, sur le Yangzi, ne coule ni bêches ni couteaux. Sa petite monnaie de bronze reprend la forme du cauri : un ovale bombé, percé en haut d'un trou de suspension, de poids variable, dans un alliage riche en plomb. Elle porte au recto un caractère en creux dont le tracé anguleux a valu à ces pièces leurs surnoms : « monnaie nez de fourmi » (yǐbíqián) ou « monnaie face de fantôme » (guǐliǎnqián). La lecture de l'inscription reste discutée ; on y voit tantôt une forme du caractère du cauri, tantôt une indication de poids, et les musées en distinguent plusieurs types suivant le caractère qu'elles portent.
Elle circule de la fin des Printemps et Automnes au début des Royaumes combattants (VIe et Ve siècles av. J.-C.), au sud du fleuve Jaune, sur le territoire de Chu. Elle a bel et bien servi de monnaie : un seul dépôt en contenait environ 16 000. Ce qu'il en reste : des milliers de pièces sorties des tombes du Hubei, et des moules de bronze à empreintes multiples, comme celui que conserve le Musée de Shanghai.
Les plaques d'or de Chu

Plaque d'or de Chu aux poinçons ying yuan, Royaumes combattants, Musée numismatique de Chine, Pékin
Photo Baomi, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons
Chu est aussi le seul royaume de l'époque à posséder une monnaie d'or : le yǐngyuán, du nom de sa capitale, Ying. Ce sont des feuilles d'or de 3 à 5 millimètres d'épaisseur, de taille variable, sur lesquelles sont poinçonnées en damier de petites marques carrées ou rondes portant un ou deux caractères, le plus souvent yǐng yuán (郢爰) ; d'autres se lisent chén yuán (陳爰), du nom d'une autre ville. Le second caractère, lu yuán par la plupart des numismates, désigne une unité de poids ou de valeur. Les plus anciennes plaques remontent au VIe ou au Ve siècle av. J.-C., et la production court du IVe siècle à la fin du IIIe.
Contrairement à ce que l'on a longtemps cru, les poinçons ne marquent pas des lignes de découpe : ils valident la plaque entière, que l'on cisaillait ensuite au besoin et que l'on pesait. On a trouvé ces plaques sur tout le territoire de Chu, au sud du fleuve Jaune, et, dans les tombes, des répliques en cuivre, en plomb ou en argile qui sont des monnaies funéraires. Ce qu'il en reste : des fragments d'or aux bords cisaillés, ne portant souvent qu'un ou deux poinçons, et quelques plaques presque entières, comme celles du Musée numismatique de Chine, à Pékin, ou du Musée de Nankin.
Le banliang de Qin et l'unification de 221 av. J.-C.

Banliang de la dynastie Qin (221 à 206 av. J.-C.), 30 millimètres, collection Gary Lee Todd
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
Le royaume de Qin, à l'ouest, coule dès le IVe siècle av. J.-C. (peut-être dès 378) une pièce ronde à trou carré portant deux caractères lus de droite à gauche : bàn liǎng (半兩), « un demi-liang ». Le liang, l'once chinoise d'alors, se divise en 24 zhū ; le banliang vaut donc 12 zhū, soit 7 à 8 grammes suivant les estimations, et le poids réel des pièces des Royaumes combattants tourne autour de ce chiffre. Sept banliang ont été trouvés dans une tombe datée de 306 av. J.-C., et des tablettes de bambou antérieures à 242 av. J.-C. contiennent déjà le règlement monétaire de Qin : mille pièces, bonnes et mauvaises mêlées, sont mises en jarre et scellées du sceau du directeur. Une telle jarre, contenant mille banliang de poids divers, a été retrouvée à Zhangpu, au Shaanxi.
En 221 av. J.-C., Qin Shi Huangdi unifie la Chine et, avec les poids, les mesures et l'écriture, la monnaie : le banliang de bronze devient la monnaie basse de tout l'empire, l'or restant la monnaie haute. C'est à ce moment que la pièce ronde à trou carré devient la forme unique de la monnaie chinoise, pour deux mille ans. L'inscription des pièces impériales est en écriture sigillaire, aux caractères longs et étroits.
Les Han conservent le banliang, mais l'allègent sans cesse : dès 200 av. J.-C., on tolère de minuscules pièces dites « graines d'orme » ; en 186, le poids officiel tombe à 8 zhū, en 182 à 2,4 zhū, en 175 à 4 zhū. Le nom ne correspond plus à rien, et en 118 av. J.-C. le banliang cède la place au wuzhu. Ce qu'il en reste : des pièces très nombreuses, du grand banliang épais des Royaumes combattants (plus de trois centimètres, une dizaine de grammes) aux menues pièces des Han, et des moules de bronze à empreintes multiples découverts au Shaanxi.
Le wuzhu des Han, la plus longue série de l'histoire

Wuzhu des commanderies et principautés, Han occidentaux, Musée de Shanghai
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
En 118 av. J.-C., l'empereur Wu des Han remplace le banliang par une pièce de « cinq zhū » : wǔ zhū (五銖), inscription lue de droite à gauche, pour un poids d'environ 3,25 grammes. Les premières, dites « des commanderies et des principautés », sont coulées localement ; dès 113 av. J.-C., la fonte est réservée aux Trois Offices du parc Shanglin, près de la capitale, et la qualité devient remarquable : bord surélevé, caractères nets. Le volume est colossal : 28 milliards de wuzhu en 123 ans, soit en moyenne 220 millions de pièces par an sous les Han occidentaux. Le Livre des Han rapporte que, dans la capitale, les ligatures s'entassaient par centaines de millions jusqu'à ce que les cordes pourrissent.
Les prix de l'époque donnent l'échelle : un cheval vaut 4 400 à 4 500 pièces, un journalier gagne 150 pièces par mois. Le wuzhu survit à la chute des Han : interrompu seulement sous Wang Mang (9 à 23 apr. J.-C.), il est repris par les Trois Royaumes, les dynasties du Sud et du Nord, puis les Sui, qui fixent en 585 l'alliage à 60 % de cuivre, 30 % de plomb et 10 % d'étain. On en connaît près de 900 types et plus de 1 800 variétés. Il n'est retiré qu'en 621, par les Tang : plus de sept siècles de la même inscription, un record que rien n'égale ailleurs. Ce qu'il en reste : la pièce ancienne la plus commune de Chine, présente par milliers dans les dépôts.
Le Kaiyuan tongbao des Tang, modèle de toutes les sapèques

Kaiyuan tongbao de l'empereur Gaozu des Tang, 25 millimètres, collection Gary Lee Todd
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
En août 621, l'empereur Gaozu, fondateur des Tang, émet une pièce nouvelle : kāi yuán tōng bǎo (開元通寶), « monnaie courante de l'ouverture d'une ère nouvelle », quatre caractères qui se lisent en croix, de haut en bas puis de droite à gauche. La calligraphie est de Ouyang Xun, l'un des plus grands calligraphes de la dynastie, dans un style de chancellerie (lìshū) qui rompt avec l'écriture sigillaire des pièces antérieures. Lus dans un autre ordre, les quatre caractères donnent kāi tōng yuán bǎo, et c'est de cette inscription que vient le mot yuánbǎo, qui désignera plus tard les lingots.
La rupture est aussi monétaire. La pièce pèse 2,4 zhū, soit un dixième de liang : dix pièces font un liang, et le poids d'une pièce devient une unité de poids nouvelle, le qián, le « mace » des Européens. La valeur de la pièce n'est plus son poids en métal, c'est celle que l'État lui donne : un wén. L'alliage prescrit est de 83 % de cuivre, 15 % de plomb et 2 % d'étain ; la fonte privée est punie de mort. En 739, dix ateliers et 89 fourneaux coulent quelque 327 000 ligatures par an. Les petits croissants en creux visibles au revers de certaines pièces, que la légende attribue à l'ongle d'une impératrice enfoncé dans le modèle de cire, sont des marques de contrôle des ateliers.
Le Kaiyuan tongbao est coulé pendant près de trois siècles, et son modèle survit treize siècles : toutes les sapèques ultérieures, jusqu'aux dernières des Qing, portent les quatre caractères d'un nom d'ère suivis de tōng bǎo ou de yuán bǎo, et l'Indochine française en frappait encore dans les années 1940. Le Japon, dès le VIIIe siècle, la Corée, le Vietnam et les Ryukyu copient la pièce. Ce qu'il en reste : des millions d'exemplaires, dans des dizaines de variétés ; c'est la pièce la plus accessible des collections chinoises.
La monnaie volante des Tang, une lettre de change et non un billet
Le « papier-monnaie des Tang » dont parlent souvent les manuels n'en est pas un. La « monnaie volante » (fēiqián), attestée chez les marchands dès 804 et reconnue par l'État en 812, est une lettre de change : le marchand dépose ses pièces auprès d'une administration de la capitale, reçoit un certificat, et le présente en province pour toucher la somme, moins un droit de 100 wén par ligature. Elle épargne le transport de tonnes de bronze, mais elle n'a pas cours légal et ne circule pas de main en main. Le vrai billet naît deux siècles plus tard, au Sichuan.
Le jiaozi des Song, premier papier-monnaie du monde

Planche pour l'impression d'un billet des Song du Nord, Musée de l'imprimerie de Chine, Pékin
Photo Popolon, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons
Le Sichuan des Song est une province à part : elle paie en fer, non en bronze, et une ligature de pièces de fer est trop lourde pour un achat courant. Vers l'an mille, des marchands de Chengdu émettent des reçus de dépôt qui circulent à la place des pièces : le jiāozǐ. Seize grandes maisons se regroupent en une « maison des jiaozi » pour en normaliser l'émission. Quand des faillites menacent le système, l'État le nationalise : en 1023 est créé à Chengdu le Bureau des jiaozi (jiāozǐ wù), et en 1024 sort la première série de billets officiels, en coupures d'une à dix ligatures. Chaque billet vaut deux ans, puis trois à partir de 1199, après quoi il doit être échangé.
Le billet est imprimé à la planche gravée, avec des motifs difficiles à copier. La tentation est immédiate : pour 700 000 pièces de fer en réserve, 3 780 000 ligatures de billets circulent. En 1105, l'empereur Huizong remplace le jiaozi par le qiányǐn ; les Song du Sud, repliés à Hangzhou, émettent en 1160 le huìzǐ, en coupures d'une ligature puis, dès 1163, de 200, 300 et 500 wén, valables trois ans. Sa masse enfle de 41 millions de ligatures au début du XIIIe siècle à 329 millions en 1231 ; à la fin de la dynastie, un billet de 200 wén ne paie plus une sandale de paille. Ce qu'il en reste : le dessin du jiaozi n'est connu que par une planche ancienne et par les épreuves qu'on en a tirées ; les billets de papier des Song n'ont pas traversé les siècles.
Le jiaochao des Jin

Planche de bronze pour un jiaochao de dix ligatures, dynastie Jin, Musée de Shanghai
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
Au nord, les Jurchen de la dynastie Jin (1115 à 1234) ont conquis Kaifeng et la moitié de l'empire des Song. Pauvres en cuivre, ils font circuler les pièces des Song et des Liao, et font une chose inédite : en 1154, sous Wanyan Liang, ils émettent du papier-monnaie, le jiāochāo, trois ans avant de couler leur première pièce, le Zhenglong yuanbao de 1158. Le jiaochao existe en dix coupures : 100, 200, 300, 500 et 700 wén, puis 1, 2, 3, 5 et 10 ligatures. Il est d'abord valable sept ans ; en 1189, cette limite est abolie et le billet circule sans terme, moyennant un droit de 15 wén par ligature à l'échange.
La planche d'impression est de bronze, gravée en creux : le Musée de Shanghai en conserve une pour un billet de dix ligatures. Mais la guerre contre les Mongols ruine le système : en 1214 sont imprimés des billets de mille ligatures ; en 1215, le jiaochao est remplacé par le bǎoquàn, qui subit le même sort, puis par d'autres émissions que la population refuse, n'acceptant plus que l'argent jusqu'à la conquête mongole de 1234. Le billet de deux ligatures de l'ère Xingding (1218), dont le musée du Liaoning expose une épreuve, promet encore la décapitation au faussaire et une récompense au dénonciateur. Ce qu'il en reste : des planches de bronze et quelques épreuves, mais presque aucun billet.
Le papier-monnaie des Yuan et le lingot d'argent

Billet des Yuan de deux ligatures avec sa planche, 1287, Musée de la monnaie de Tokyo
Photo PHGCOM, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons
Les Mongols font du billet la monnaie principale de tout l'empire, une première dans l'histoire. En 1260, Kubilai Khan émet deux jiaochao : celui de juillet, gagé sur la soie, échoue ; celui d'octobre, le Zhongtong yuanbao jiaochao, gagé sur l'argent, réussit et devient le premier papier-monnaie servant de moyen d'échange principal dans l'histoire de Chine. Suivent le Zhiyuan tongxing baochao de 1287, imprimé en chinois et en écriture 'phags-pa, puis le Zhida (1309 à 1311), émis quand le Trésor est vide, et enfin le Zhizheng de 1350, pur papier sans contrepartie, que la population rejette. Les pièces de cuivre sont un temps interdites, seuls les temples bouddhiques gardant le droit d'en couler pour leurs offrandes ; les rares monnaies des Yuan, comme le Zhida tongbao, sont des exceptions.
L'inflation atteint 80 % sous Külüg Khan, et à la fin de la dynastie il faut des charrettes de billets pour un achat ordinaire ; le troc redevient la règle. Derrière le billet, la vraie réserve est l'argent : les Yuan instaurent un double étalon, cuivre pour les échanges locaux, argent pour le commerce lointain, et l'argent circule en lingots coulés par des orfèvres privés, du tael au lingot de 50 taels, en forme de barque, de selle ou de fleur. Ces lingots, les sycee des négociants européens (du cantonais sai-si, « soie fine »), prennent le nom de yuánbǎo, emprunté à l'inscription des sapèques des Tang. Leur histoire, leur forme et leur postérité comme porte-bonheur sont racontées dans la fiche consacrée au yuanbao, lingot traditionnel chinois. Ce qu'il en reste : des billets des Yuan, très rares, dans quelques grandes bibliothèques, dont un fragment de 500 wén de l'ère Zhongtong à la British Library, et des planches d'impression.
Les tongbao des Ming, de Hongwu à Yongle

Hongwu tongbao du fondateur des Ming (1368 à 1398), 22,5 millimètres, collection Gary Lee Todd
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
Le fondateur des Ming coule dès 1368 le Hongwu tongbao (洪武通寶), du nom de son ère, en cinq valeurs : 1, 2, 3, 5 et 10 wén, la pièce de 10 pesant un liang. À partir de 1375, chaque atelier provincial doit marquer au revers la valeur et le lieu de fonte ; le seul atelier du Jiangxi compte 115 fourneaux. Mais l'empereur veut imposer son papier-monnaie : en 1393, la fonte des pièces est suspendue et leur usage interdit au profit des billets.
Le Yongle tongbao, coulé à partir de 1408 à Pékin, à Nankin, au Fujian, au Zhejiang et au Guangdong, n'est pas destiné au marché intérieur : il sert au commerce et aux dons diplomatiques, embarqué par les flottes de Zheng He (on en a trouvé au Kenya) et exporté en masse vers le Japon, où il devient l'Eiraku tsūhō, monnaie courante jusqu'à son interdiction en 1608. Les Ryukyu s'en servent de pièce mère dès 1461. Après 1450, les Ming renoncent au papier ; les ères Jiajing, Wanli et Chongzhen coulent de nouveau des tongbao, mais l'argent, venu d'Amérique par les galions espagnols, supplante peu à peu la sapèque dans les gros paiements. Ce qu'il en reste : le Hongwu tongbao dans ses dizaines de variétés d'atelier, et le Yongle tongbao, que l'on retrouve de l'Afrique orientale au Japon.
Le Da Ming baochao, le plus grand billet jamais imprimé en Chine

Billet d'une ligature Da Ming tongxing baochao, 1375, British Museum
Photo BabelStone, CC0, Wikimedia Commons
Le « billet précieux de la grande dynastie Ming », dà míng bǎo chāo (大明寶鈔), est émis en 1375, un an après la création d'un Bureau du papier-monnaie. Il est imprimé sur un papier d'écorce de mûrier, en coupures de 100, 200, 300, 400 et 500 wén et d'une ligature (1 000 pièces) ; en 1389 s'y ajoutent des coupures de 10 à 50 wén. Le billet d'une ligature mesure 36,4 sur 22 centimètres : c'est le plus grand billet de l'histoire chinoise. Il porte, dessinée, la ligature de pièces qu'il représente, la date d'émission par ère, année, mois et jour, et la mise en garde habituelle contre les faussaires, avec la récompense promise au dénonciateur. Contrairement aux billets des Song et des Jin, il n'a ni limite géographique ni date d'expiration.
Il n'a pas non plus de contrepartie : aucune réserve ne le garantit, et rien ne limite son impression. Sa valeur s'effondre ; en 1535, une ligature de papier ne vaut plus que 0,28 pièce, et les empereurs Hongzhi et Zhengde en abandonnent l'émission. Ce qu'il en reste : des exemplaires dans plusieurs grands musées, dont celui du British Museum, d'une ligature, aux sceaux rouges encore visibles.
Les sapèques des Qing, de Kangxi à Qianlong

Qianlong tongbao (1736 à 1795), nom de l'atelier en mandchou au revers, collection Gary Lee Todd
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
Les Mandchous conservent la sapèque telle quelle et lui ajoutent leur écriture. Dès Shunzhi (1644 à 1661), deux ateliers de Pékin, celui du ministère des Finances (bǎoquán) et celui du ministère des Travaux (bǎoyuán), coulent quelque 400 000 ligatures par an ; après 1660, les ateliers de province marquent le revers en mandchou. Sous Kangxi (1662 à 1722), la pièce porte au recto les quatre caractères kāng xī tōng bǎo (康熙通寶) et au revers, pour les ateliers provinciaux, le nom de l'atelier en mandchou à gauche et en chinois à droite ; les deux ateliers de la capitale n'écrivent qu'en mandchou. Les collectionneurs ont composé avec ces noms d'atelier un quatrain, le « poème des vingt ateliers ». En 1684, le poids officiel est fixé à un qián. Le taux est théoriquement de mille sapèques pour un tael d'argent ; au XIXe siècle, il oscille en réalité entre 700 et 2 200.
Le Qianlong tongbao (乾隆通寶), coulé de 1736 à 1795, est l'une des sapèques les plus répandues de toutes. La fin de la dynastie voit la sapèque coulée et la pièce frappée coexister : dès 1899, Canton frappe à la machine des pièces de cuivre, et en 1906 quinze ateliers mécanisés fonctionnent dans douze provinces. Les dernières sapèques traditionnelles sont coulées en 1912. Ce qu'il en reste : des quantités innombrables ; les sapèques de Kangxi et de Qianlong sont celles que l'on rencontre le plus souvent dans les collections.
Les lingots d'argent des Qing et le système du tael

Lingot d'argent des Qing, Musée de Shanghai
Photo Gary Lee Todd, CC0, Wikimedia Commons
Jusqu'aux années 1890, l'État Qing ne frappe pas d'argent. Le métal blanc circule sous deux formes : les piastres étrangères, espagnoles puis mexicaines, entrées par le commerce, et les lingots coulés par des orfèvres privés, les sycee, dont la valeur se calcule en taels (liǎng) et en ses subdivisions, mace, candareen et cash. Les poids courants sont de 50, 10, 5 et 1 tael ; la forme la plus fréquente est celle d'une barque aux bords relevés, mais on connaît des lingots carrés, ovales, en fleur ou en tortue. Chaque lingot porte les poinçons de son fondeur et des essayeurs qui l'ont pesé et contrôlé, car le titre et le poids varient d'une province à l'autre, et tout paiement suppose une conversion. L'État contrôle le cuivre ; il laisse le marché fixer le prix de l'argent.
Le tael n'est pas une pièce : c'est un poids et une unité de compte, et la même somme s'exprime en taels réels ou en taels nominaux suivant la place et le métier. Ce qu'il en reste : des lingots aux poinçons lisibles, très recherchés, et le mot yuanbao, resté dans le vocabulaire des porte-bonheur du Nouvel An.
La piastre-dragon de Canton

Monnaies de la fin des Qing : piastre-dragon d'un dollar, sapèques coulées et pièces de cuivre frappées à Canton et au Jiangnan
Photo Donald Trung Quoc Don, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons
La première monnaie d'argent frappée par l'État chinois sort de Canton. En 1887, la firme Heaton and Sons de Birmingham obtient le contrat d'équiper un atelier moderne au Guangdong ; le vice-roi Zhang Zhidong l'inaugure le 25 mai 1889, pour un coût d'un million de dollars. Avec 90 presses, capables de 2,7 millions de pièces par jour, c'est alors le plus grand atelier monétaire du monde. Il frappe la première « piastre-dragon » : d'un côté, les quatre caractères guāng xù yuán bǎo (光緒元寶) en chinois et en mandchou, avec la province et le poids ; de l'autre, un dragon impérial et une légende en anglais, KWANG-TUNG PROVINCE, 7 MACE AND 3 CANDAREENS. Ce premier dollar, un peu plus lourd que la piastre mexicaine qu'il devait remplacer, est aussitôt retiré de la circulation par les changeurs et fondu pour son argent ; en 1890, la série est reprise au poids de 7 mace et 2 candareens, soit environ 27 grammes d'argent au titre de 900 millièmes, le poids même de la piastre espagnole.
Les autres provinces suivent, chacune avec son dragon, et le dollar Guangxu yuanbao est normalisé à 7 mace et 2 candareens. Sous Xuantong (1908 à 1912), sapèques coulées et pièces frappées circulent ensemble jusqu'à la chute de la dynastie. Ce qu'il en reste : les dollars-dragons de Canton de 1889 et de 1890 sont d'une grande rareté, la plupart ayant été fondus ; les émissions provinciales ultérieures sont courantes.
La République : le dollar Yuan Shikai, les billets et les lingots d'or

Dollar Yuan Shikai de l'an 3 de la République (1914), Museums Victoria
Photo Museums Victoria, domaine public, Wikimedia Commons
La République proclamée en 1912 coule ses dernières sapèques la même année, puis se donne, par le règlement monétaire de 1914, un dollar national destiné à chasser les piastres étrangères. Frappé à partir de décembre 1914, il porte d'un côté le profil gauche de Yuan Shikai en uniforme, gravé par l'Italien Luigi Giorgi, et de l'autre la valeur yī yuán (壹圓) dans une couronne d'épis. Il pèse 0,72 tael Kuping, soit 26,857 grammes, pour 39 millimètres de diamètre ; le titre, prévu à 900 millièmes, est ramené à 890 pour absorber les vieux dollars provinciaux refondus. Les collectionneurs anglophones l'appellent le Fatman dollar, le « dollar du gros homme ». Environ 1,1 milliard d'exemplaires sont frappés entre 1914 et 1954, à Tianjin, Nankin, Canton, Wuchang, Hangzhou et ailleurs ; la production officielle cesse après 1928, mais des ateliers régionaux continuent, et la République populaire elle-même en frappe jusqu'en 1954 pour le Tibet.
En 1935, la réforme du fǎbì (« monnaie légale ») abandonne l'étalon-argent : le billet des banques d'État, Banque centrale, Banque de Chine et Banque des Communications, devient la seule monnaie. La guerre en fait un papier sans valeur : le 1er janvier 1948, il faut 140 000 fabi pour un dollar américain au marché noir de Shanghai.
C'est dans ce contexte que la Monnaie centrale, installée à Shanghai en 1920, repliée pendant la guerre à Chengdu, Guilin, Kunming, Lanzhou et Wuchang, puis revenue à Shanghai en 1946, coule ses lingots d'or : de petites barres d'un tael, d'environ 31 grammes, au titre de plus de 99 %, poinçonnées d'un numéro de série, du titre, du poids en taels et d'une bêche stylisée, avec au revers la marque de la Monnaie centrale. Un lingot de l'atelier de Chongqing, vers 1945, porte ainsi le numéro CK91106, le titre 996,8 et le poids 0,992 tael. Ces lingots sont aujourd'hui très recherchés des collectionneurs. En 1949, une partie de la Monnaie centrale suit le gouvernement nationaliste à Taïwan ; ce qui reste à Shanghai devient la Monnaie du peuple.
Du yuan-or au renminbi
Le 19 août 1948, le gouvernement nationaliste remplace le fabi par le « yuan-or » (jīnyuánquàn) au taux de trois millions de fabi pour un yuan-or, promet une couverture à 40 % en or, en argent et en devises, et oblige les particuliers à livrer leur or, leur argent et leurs devises avant le 30 septembre. Le yuan-or s'effondre en quelques mois ; en juin 1949, il est retiré au profit d'un éphémère yuan-argent, tandis que Taïwan adopte le nouveau dollar taïwanais. De l'autre côté, la Banque populaire de Chine, créée le 1er décembre 1948, émet le renminbi, qui remplace toutes les monnaies des zones communistes ; en 1955, une réforme échange 10 000 anciens yuans contre un nouveau. C'est cette monnaie qui a cours aujourd'hui, et dont la fiche Yuan ou Renminbi (RMB), monnaie chinoise décrit les billets, les pièces et le change.
De la coquille au billet, la monnaie chinoise a ainsi traversé trois mille ans en gardant deux constantes : le bronze coulé, jusqu'en 1912, et le papier, dont la Chine a fait à trois reprises, sous les Song, les Jin et les Yuan, l'expérience complète, de l'invention à l'inflation. Les musées de Shanghai, de Pékin et de Nankin, le British Museum et la Bibliothèque nationale de France, dont le Cabinet des médailles a catalogué 538 pièces préimpériales, en conservent les séries les plus complètes.
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