Schisandra
Nom scientifique : Schisandra chinensis (Turcz.) Baill. (Schisandracées) ; drogue de la Pharmacopée chinoise : Schisandrae Chinensis Fructus
Nom français : Schisandra de Chine, baie aux cinq saveurs
Nom chinois : Wu Wei Zi 五味子
Partie de la plante utilisée : le fruit mûr, récolté en automne, en septembre et octobre, quand les baies sont devenues rouge sombre, puis séché au soleil ou à l'étuve et débarrassé de ses pédoncules. La plante est une liane ligneuse et caduque, qui peut dépasser huit mètres, native des forêts du nord de la Chine, de l'Extrême-Orient russe, de Corée et du Japon ; elle supporte des froids de −30 °C et ne fructifie qu'au bout de quatre ou cinq ans. La Pharmacopée chinoise distingue deux drogues : 北五味子 (bei wu wei zi), le wu wei zi du Nord, tiré de S. chinensis, et 南五味子 (nan wu wei zi), celui du Sud, tiré de S. sphenanthera Rehder et E. H. Wilson, qui font l'objet de monographies séparées.
Zones d'influence sur le corps humain : les méridiens du poumon, du cœur et des reins.
Saveur : acide et douce. Le nom chinois, « graine aux cinq saveurs », vient de ce que la peau et la pulpe sont acides et sucrées, le noyau piquant et amer, l'ensemble laissant une arrière-note salée : la baie réunit à elle seule les cinq saveurs de la diététique chinoise, ce qui lui vaut d'être réputée agir sur les cinq organes.
Nature : tiède.
EFFETS :
La médecine traditionnelle chinoise lui attribue les actions suivantes, énoncées dans son propre système d'interprétation et qui ne constituent pas des effets démontrés :
- Resserre le Poumon et nourrit les Reins 敛肺滋肾
- Engendre les liquides et retient la transpiration 生津敛汗
- Retient l'Essence et arrête la diarrhée 涩精止泻
- Tonifie le QI, apaise le Cœur et calme l'esprit 补气宁心安神.
INDICATIONS DE LA MÉDECINE TRADITIONNELLE :
Les indications qui suivent sont celles de la médecine traditionnelle chinoise, rapportées ici à titre documentaire. Elles décrivent des tableaux propres à cette médecine et ne constituent pas des indications thérapeutiques démontrées par la recherche moderne.
- Toux chronique et essoufflement par déficience du Poumon et des Reins, toux sèche persistante après une bronchite, asthme ancien, dans les formules XIAO QING LONG TANG 小青龙汤 « Décoction du petit dragon vert » et DU QI WAN 都气丸
- Transpiration spontanée le jour, transpiration nocturne, épuisement des liquides après une forte fièvre ou un effort prolongé, avec soif, pouls faible et souffle court, dans la formule SHENG MAI SAN 生脉散 « Poudre qui engendre le pouls », où il accompagne le ginseng et l'ophiopogon
- Pertes séminales, spermatorrhée, mictions fréquentes, énurésie, leucorrhées par déficience des Reins
- Diarrhée chronique du petit matin, dite « diarrhée du chant du coq », dans la formule SI SHEN WAN 四神丸 « Pilule des quatre esprits »
- Palpitations, insomnie, rêves abondants, troubles de la mémoire par déficience du Yin et du Sang du Cœur, dans la formule TIAN WANG BU XIN DAN 天王补心丹.
Posologie : de 2 à 6 g par jour en décoction, conformément à la Pharmacopée de la République populaire de Chine ; de 1 à 3 g en poudre. Les baies sont écrasées avant décoction pour libérer les principes du noyau.

Baies séchées de S. chinensis : la drogue telle qu'elle est vendue sous le nom de wu wei zi, ridée et rouge sombre.
ACTIONS PHARMACOLOGIQUES MODERNES :
- Le fruit renferme des lignanes dibenzocyclooctadiéniques — schisandrine (schisandrol A), schisandrines B et C, désoxyschisandrine, gomisines — auxquels s'ajoutent une huile essentielle, des polysaccharides et des acides organiques ;
- Effets hépatoprotecteurs et antioxydants largement documentés sur des modèles animaux d'atteinte du foie (tétrachlorure de carbone, ménadione) : baisse des transaminases, stimulation des enzymes antioxydantes, accélération de la régénération hépatique ;
- Ces observations sont expérimentales et n'autorisent pas à présenter la baie comme un traitement des maladies du foie ;
- De la schisandrine C, la recherche pharmaceutique chinoise a tiré deux médicaments de synthèse, le bifendate (diphényl-diméthyl-dicarboxylate, ou DDB) et le bicyclol, employés en Chine pour faire baisser les transaminases dans les hépatites chroniques et les atteintes hépatiques médicamenteuses ;
- Ce sont des molécules de synthèse, dosées et contrôlées : leurs effets ne sont pas ceux de la baie séchée, dont la teneur en lignanes varie fortement ;
- L'existence de ces médicaments ne valide en rien l'usage du fruit contre une hépatite ;
- Effets adaptogènes et anti-inflammatoires étudiés en laboratoire ; chez l'homme, les essais restent rares et de faible effectif.
PRÉCAUTIONS :
- Interactions médicamenteuses, principal danger de cette drogue. La schisandra modifie l'activité de plusieurs enzymes hépatiques du groupe des cytochromes P450 — inhibition du CYP3A4, du CYP3A5 et du CYP1A2, induction du CYP3A4 lors d'une prise prolongée — ainsi que celle de la glycoprotéine P ;
- Chez des transplantés du foie, un extrait de S. sphenanthera, l'espèce du Sud, a multiplié par plus de trois les concentrations sanguines de tacrolimus. Un effet du même ordre est à redouter avec la ciclosporine et le sirolimus. La schisandra ne doit jamais être associée à un traitement immunosuppresseur.
- La même prudence s'impose avec les anticoagulants, les antiépileptiques, les hypolipémiants, les antirétroviraux et, plus généralement, avec tout médicament à marge thérapeutique étroite ;
- Grossesse : contre-indiquée. Des constituants de la baie stimulent les contractions utérines — la tradition chinoise en faisait d'ailleurs usage pour faciliter l'accouchement —, ce qui expose à un risque d'accouchement prématuré ou de fausse couche ;
- Allaitement : à éviter, faute de données. Enfant : pas d'usage sans avis médical ;
- Chirurgie : interrompre la prise au moins deux semaines avant une intervention ou un acte dentaire, et le signaler à l'anesthésiste : l'action sur le CYP3A4 modifie le métabolisme de nombreux produits d'anesthésie ;
- Maladie du foie : une hépatite, une cirrhose, une élévation des transaminases relèvent d'un diagnostic et d'un suivi médicaux. La schisandra ne les traite pas et peut interférer avec les médicaments prescrits ;
- Asthme et toux persistante : l'asthme est une maladie potentiellement grave qui exige un traitement médical ; une toux qui dure plus de trois semaines doit être explorée. La schisandra ne remplace aucun traitement de fond ni aucun bronchodilatateur ;
- La tradition la contre-indique au début d'une attaque externe, tant que le pervers n'est pas dispersé, en cas de Chaleur-plénitude interne, au début d'une éruption de rougeole, et en cas d'ulcère gastro-duodénal évolutif ou de reflux acide, sa saveur acide pouvant les aggraver ;
- Les effets indésirables rapportés dans les essais sont rares et bénins — brûlures d'estomac, troubles digestifs, urticaire —, mais la plante reste peu étudiée chez l'homme ;
- Ne pas confondre la drogue du Nord, tirée de S. chinensis, avec celle du Sud, tirée de S. sphenanthera : leurs teneurs en lignanes diffèrent, leur profil d'interaction n'est pas identique, et la Pharmacopée chinoise les sépare depuis son édition de 2000.
Ces informations sont données à titre documentaire et ne remplacent pas un avis médical.
Illustrations : Vladimir Kosolapov, CC BY 3.0 ; Korea.net, CC BY-SA 2.0 — via Wikimedia Commons.
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