Coptis chinois
Nom scientifique : Coptis chinensis Franch. (Renonculacées) ; drogue de la Pharmacopée chinoise : Coptidis Rhizoma 黄连
Nom français : Coptis chinois, fil d'or de Chine
Nom chinois : Huang Lian 黄连
Partie de la plante utilisée : le rhizome, déterré à l'automne, débarrassé de la terre et des radicelles, séché puis frotté. Noueux, en chapelet, souvent recourbé « comme une patte de poule », il est gris-jaune à l'extérieur et d'un jaune d'or vif à la cassure : de là le nom anglais de goldthread, fil d'or. Outre le C. chinensis, dont la drogue est appelée WEI LIAN 味连, la Pharmacopée chinoise admet deux autres espèces de cette Renonculacée de montagne : C. deltoidea C. Y. Cheng et P. K. Hsiao (YA LIAN 雅连) et C. teeta Wall. (YUN LIAN 云连). La culture se fait entre 1 200 et 1 800 mètres d'altitude, principalement au Sichuan, à Chongqing, au Hubei et au Guizhou.
Zones d'influence sur le corps humain : les méridiens du cœur, de la rate, de l'estomac, du foie, de la vésicule biliaire et du gros intestin.
Saveur : amère. Le coptis est proverbialement la plante la plus amère de la pharmacopée. « Le muet qui mange du HUANG LIAN : l'amertume, il ne peut pas la dire » — 哑巴吃黄连,有苦说不出 — se dit en chinois de celui qui doit taire ce qu'il endure.
Nature : froide.
EFFETS :
La médecine traditionnelle chinoise lui attribue les actions suivantes, énoncées dans son propre système d'interprétation et qui ne constituent pas des effets démontrés :
- Clarifie la Chaleur et assèche l'Humidité 清热燥湿
- Purge le Feu et élimine la toxine 泻火解毒.
INDICATIONS DE LA MÉDECINE TRADITIONNELLE :
Les indications qui suivent sont celles de la médecine traditionnelle chinoise, rapportées ici à titre documentaire. Elles décrivent des tableaux propres à cette médecine et ne constituent pas des indications thérapeutiques démontrées par la recherche moderne.
- Plénitude et gonflement de l'épigastre par Humidité Chaleur, vomissements, régurgitations acides
- Diarrhées et dysenteries par Humidité Chaleur
- Jaunisse
- Fièvre élevée avec obnubilation
- Feu du Cœur exubérant : agitation, insomnie, palpitations
- Chaleur du Sang : hématémèse, épistaxis
- Yeux rouges, douleurs dentaires
- Soif inextinguible du XIAO KE 消渴, le tableau que la médecine classique rapproche du diabète
- Abcès, furoncles et inflammations cutanées par toxine
- En usage externe : eczéma, plaies suintantes, écoulement purulent du conduit auditif.
Posologie : de 2 à 5 g par jour en décoction, conformément à la Pharmacopée de la République populaire de Chine ; quantité appropriée en usage externe. C'est l'une des posologies les plus basses de la pharmacopée.

Rhizomes séchés de coptis, noueux et en chapelet, présentés au parc des plantes médicinales de Tamba, au Japon. Les photographies de cette fiche montrent C. japonica, espèce voisine du C. chinensis, faute d'image libre de ce dernier.
ACTIONS PHARMACOLOGIQUES MODERNES :
- Le rhizome doit sa couleur et l'essentiel de son activité à des alcaloïdes isoquinoléiques, au premier rang desquels la berbérine, accompagnée de coptisine, de palmatine et de jatrorrhizine ;
- Action antibactérienne à large spectre documentée in vitro, en particulier sur des germes entéropathogènes. Ces essais sont conduits sur boîte de culture et ne préjugent pas d'une efficacité chez le malade ;
- Action antidiarrhéique et antisécrétoire décrite chez l'animal dans des modèles de diarrhée infectieuse ;
- Effets hypoglycémiant et hypolipémiant : des essais cliniques, pour la plupart de petit effectif et conduits en Chine, ont mesuré chez des diabétiques de type 2 une baisse de la glycémie à jeun, de l'hémoglobine glyquée et du cholestérol LDL ;
- Leur qualité méthodologique est jugée faible par les revues systématiques, la biodisponibilité orale de la berbérine est très basse, et aucune agence du médicament n'a reconnu d'indication thérapeutique à cette substance ;
- Ces travaux ne permettent en aucun cas de remplacer un traitement antidiabétique ou hypolipémiant par du coptis ;
- Actions anti-inflammatoire et antiarythmique décrites chez l'animal, sans transposition établie à l'homme.
PRÉCAUTIONS :
- La berbérine est contre-indiquée chez le nouveau-né et le nourrisson. Elle déplace la bilirubine de sa liaison à l'albumine plasmatique — environ dix fois plus puissamment, in vitro, que la phénylbutazone ;
- La fraction libre ainsi augmentée peut franchir la barrière hémato-encéphalique et expose à l'ictère nucléaire, c'est-à-dire à l'encéphalopathie bilirubinique ;
- Ni le coptis ni les préparations à base de berbérine ne doivent être donnés à un nourrisson, a fortiori s'il est ictérique ;
- Déficit en G6PD : le coptis a été mis en cause à Singapour, en 1978, dans des ictères néonatals graves chez des nouveau-nés déficients en glucose-6-phosphate déshydrogénase, ce qui avait conduit à son interdiction et à celle de la berbérine dans ce pays ;
- L'interdiction a depuis été levée au vu de données plus rassurantes chez l'adulte, mais la prudence reste la règle chez toute personne porteuse de ce déficit, en raison du risque d'hémolyse, et absolument chez le nouveau-né ;
- Contre-indiquée pendant la grossesse et pendant l'allaitement : la berbérine passe dans le lait maternel, franchit le placenta, et les données de sécurité fœtale sont insuffisantes ;
- Interactions médicamenteuses. La berbérine inhibe plusieurs cytochromes hépatiques, principalement le CYP3A4 et le CYP2D6, à un moindre degré le CYP2C9, ainsi que la glycoprotéine P ;
- Chez des transplantés rénaux traités par ciclosporine A, un essai contrôlé a mesuré une élévation d'environ 90 % des concentrations résiduelles du médicament ; une observation comparable a été publiée avec le tacrolimus chez l'enfant. L'association à un traitement immunosuppresseur est donc à proscrire hors surveillance médicale et dosages sanguins.
- La berbérine peut également majorer l'effet des antidiabétiques (metformine, sulfamides, insuline), avec un risque d'hypoglycémie, et modifier celui des anticoagulants et des antiagrégants plaquettaires ;
- Chirurgie : en raison de ces effets sur la glycémie et sur le métabolisme hépatique des médicaments, interrompre la prise au moins deux semaines avant une intervention chirurgicale ou un acte dentaire, et le signaler à l'anesthésiste ;
- Sur le foie, la base de données LiverTox classe la berbérine parmi les substances peu susceptibles de provoquer une atteinte hépatique manifeste, mais des cas isolés d'hépatite ont été rapportés avec des compléments alimentaires en contenant : la qualité et la traçabilité des préparations restent déterminantes ;
- Prudence chez les personnes atteintes d'une maladie du foie ou du rein, qui éliminent moins bien la substance ;
- Très froide et très amère, la plante lèse le QI de l'Estomac : pas de surdosage, pas d'usage prolongé, contre-indication en cas de Déficience de la Rate et de l'Estomac avec Froid ;
- Un diabète, une jaunisse, une fièvre élevée, une diarrhée sanglante ou une dysenterie sont des situations qui relèvent d'un diagnostic et d'un traitement médicaux. Le coptis ne s'y substitue pas et son emploi ne doit jamais retarder une consultation ;
- Signaler toute prise de coptis ou de berbérine à son médecin et à son pharmacien.
Ces informations sont données à titre documentaire et ne remplacent pas un avis médical.
Illustrations : Qwert1234, CC BY-SA 4.0 ; 松岡明芳, CC BY-SA 3.0 — via Wikimedia Commons.
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