Sandu, le pays des Shui

SOMMAIRE

Une maison de bois sombre se tient au bord de terrasses inondées dont l'eau vert clair reflète le ciel ; des bananiers occupent le premier plan et des collines boisées se perdent dans la brume.
Une maison de bois au bord de terrasses inondées, des bananiers au premier plan et des collines boisées dans la brume. Illustration.

Sandu est un district autonome du sud-est du Guizhou, placé sous l'autorité de la préfecture autonome bouyei et miao de Qiannan. C'est le seul district autonome shui de Chine, et le cœur du peuplement de cette minorité : soixante-trois pour cent des Shui du pays y vivent. Une publication du gouvernement du district datée de 2022 y compte 381 000 habitants, dont quatre-vingt-dix-sept pour cent appartiennent à des minorités et soixante-sept pour cent sont shui. Les Han y représentent trois pour cent de la population.

Le nom prête à confusion, et il faut le dire tout de suite : ce Sandu du Guizhou n'a rien à voir avec le village flottant de Sandu'ao, sur la côte du Fujian.

Un pays de karst et de forêt

Le district est montagneux, entaillé de reliefs karstiques qui font varier fortement le climat d'une vallée à l'autre. Il appartient tout entier au bassin de la rivière Liu, affluent de la rivière des Perles ; la rivière Duliu y prend sa source. La forêt couvre la plus grande partie du territoire, et l'air y est réputé pur. On y exploite de l'antimoine. Le mont Laowang, au nord-ouest, sur le territoire de l'ancien bourg de Fengle, est le massif de randonnée du district.

C'est l'un des districts les plus pauvres de la province, mais il n'est plus enclavé : la ligne à grande vitesse de Guiyang à Canton le dessert et met le chef-lieu à cinquante minutes de Guiyang, dont il est distant de 177 kilomètres par la route. L'autoroute de Xiamen à Chengdu le traverse également. Duyun, chef-lieu de la préfecture, est à 68 kilomètres.

L'écriture shui

Les Shui possèdent une écriture propre, le shuishu, dont le nom signifie simplement « le livre des Shui ». C'est une écriture logographique d'au moins cinq cents signes, peut-être près de mille en comptant les variantes, tracée au pinceau sur du papier épais, de droite à gauche et en colonnes, sans ponctuation.

Environ la moitié des caractères sont empruntés à l'écriture chinoise, mais retournés, inversés de haut en bas ou déformés : d'où l'autre nom que le chinois lui donne, l'écriture à l'envers. Les autres sont pictographiques, un oiseau, un poisson, ou représentent une propriété de la chose désignée, l'escargot par une spirale rentrante. Certains changent de sens selon le sens de lecture : le signe de l'être humain se lit homme ou femme selon le contexte, et horizontalement il signifie le mort.

Ce n'est pas une écriture d'usage courant, et elle ne l'a jamais été. Seuls les maîtres du shuishu, spécialistes rituels, savent la lire, et elle sert à la divination et à la géomancie ; le texte ne note pas complètement la langue et demande la connaissance du maître pour être interprété. Elle est aujourd'hui gravement menacée. Le shuishu a été inscrit en 2006 sur la première liste nationale du patrimoine culturel immatériel. La Chine a demandé en 2015 l'encodage de 485 de ses signes dans le standard Unicode, et deux blocs leur ont été provisoirement réservés en 2017 ; ils n'y étaient toujours pas définitivement inscrits en 2024.

La fête du Duan, la plus longue du monde

Le Duan est le nouvel an des Shui, l'équivalent de la fête du printemps chez les Han : on y célèbre la récolte, on y renvoie l'année ancienne et l'on y honore les ancêtres. Il se tient à la fin et au début de l'année du calendrier shui, ce qui tombe entre le dixième et le onzième mois du calendrier lunaire chinois, toujours un jour du signe du cochon.

Sa particularité est que les villages ne le célèbrent pas ensemble : ils passent par vagues successives, neuf autrefois, sept aujourd'hui, si bien que du premier au dernier il s'écoule environ quarante-neuf jours. C'est ce qui lui vaut d'être appelée la plus longue fête du monde, un titre qu'une agence de certification britannique lui a reconnu en 2017. Elle figure depuis 2006 sur la première liste nationale du patrimoine culturel immatériel.

Le rite du soir et du matin est une offrande aux ancêtres dont sont exclues toute viande et toute graisse animale, mais non le poisson : le plat central est un poisson farci de ciboule de Chine, ficelé de paille de riz et cuit à la vapeur une dizaine d'heures, jusqu'à ce que les arêtes s'amollissent. L'après-midi vient la course de chevaux, l'événement le plus attendu, sur un tertre appelé la pente du Duan, terrain collectif que nul n'a le droit de s'approprier. Les anciens y font d'abord une offrande aux fondateurs, puis l'un d'eux parcourt la piste et donne le départ. La course shui n'est pas une course de vitesse : les cavaliers se bousculent dans un vallon, en sortent et montent au sommet de la pente. Suivent les combats de buffles, les danses au lusheng et au tambour de bronze, et un grand banquet.

Quand y aller

La fête du Duan tombe à la fin de l'automne, sur les dixième et onzième mois du calendrier lunaire, et c'est le moment où le district a le plus à montrer. Le climat est humide et brumeux une grande partie de l'année, comme sur la photographie ci-dessus. L'hébergement est simple et se trouve au chef-lieu.

Illustration : 龙歌谷, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Partager cette page