Le repas du réveillon
La veille du Nouvel An chinois, les familles dînent ensemble et veillent : le repas que l'UNESCO place au cœur de la fête du printemps, et le poisson qu'on laisse volontairement inachevé.
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Le poisson n'est pas terminé, et ce n'est pas un oubli.
Le moment
La fête du printemps tombe le premier jour du premier mois du calendrier chinois. Elle marque le début de la nouvelle année, et elle donne lieu, selon la notice de l'UNESCO qui l'a inscrite en 2024 au patrimoine culturel immatériel, à « toute une série de pratiques sociales visant à inaugurer la nouvelle année, à prier pour la bonne fortune, à célébrer les réunions de famille et à promouvoir l'harmonie au sein de la communauté ». L'ensemble de ce processus porte un nom : le guonian, le passage de l'année.
Le repas dont il est question ici se tient la veille de ce premier jour. Il n'appartient donc pas au Nouvel An mais à ce qui le précède immédiatement, et cette place compte : tout ce que la fête célèbre est déjà réuni autour de la table avant que l'année ne change.
Ce que la veille demande
Les jours qui précèdent sont occupés, et la notice de l'UNESCO les décrit dans cet ordre : « les gens nettoient leurs maisons, font des provisions et préparent la nourriture ». Le portail du Conseil des affaires de l'État chinois précise le sens du premier geste — on nettoie « pour balayer la malchance et préparer un nouveau départ ».
Le nettoyage n'est donc pas un ménage de printemps déplacé : c'est un acte de la fête, au même titre que le repas qu'il prépare.
La pièce centrale de la fête
Le portail gouvernemental chinois ne s'embarrasse pas de nuance sur ce point : le dîner de réunion de la veille du Nouvel An est « la pièce centrale de la fête du printemps ». Et il en donne la règle sociale d'un trait — « quelle que soit la distance, les familles font l'effort de se réunir et de partager ce repas ».
C'est ce qui explique le plus grand mouvement de population annuel du monde, que le guide traite ailleurs : le voyage n'est pas un aléa de la fête, il en est la condition. La notice de l'UNESCO dit la même chose en une ligne : « La veille du Nouvel An, les familles dînent ensemble et se couchent tard pour accueillir la nouvelle année ».
Le poisson qu'on ne finit pas
Le repas est copieux et comprend traditionnellement du poulet. Il comprend aussi du poisson, et le poisson obéit à une règle particulière : on ne le termine pas, et ce qui reste est gardé pour la nuit. La raison est de langue, et c'est le seul endroit de cette fiche où la langue commande la coutume — la formule nian nian you yu est homophone d'expressions qui peuvent signifier « être béni chaque année » ou « avoir du profit chaque année ». Un plat achevé fermerait la formule ; un plat entamé la laisse ouverte sur l'année suivante.
Le guide traite à part les plats du Nouvel An, le gâteau de l'année et les raviolis ; on ne les reprend pas ici.
Veiller
Après le repas vient la veille proprement dite. « Une autre coutume consiste à se coucher tard, voire à ne pas dormir du tout, la nuit du réveillon », note le portail gouvernemental. La notice de l'UNESCO en fait le prolongement direct du dîner : on dîne ensemble et l'on se couche tard, d'un même mouvement.
Ce que le repas ouvre
Le lendemain, les gestes changent de nature. Selon la notice de l'UNESCO, « pendant le festival, les gens portent de nouveaux vêtements, font des offrandes au ciel, à la terre et aux ancêtres, et saluent les anciens, les parents, les amis et les voisins ». Le portail gouvernemental ajoute l'usage des enveloppes rouges garnies d'argent, remises par les générations aînées aux plus jeunes — le guide leur consacre une fiche.
Les célébrations courent du premier au dixième jour de l'année, et se referment à la fête des Lanternes, le premier jour de pleine lune. Le repas de la veille est donc le premier acte d'une séquence de deux semaines, et non un point final.
Ce que l'inscription de 2024 reconnaît
La fête du printemps a été inscrite en 2024, lors de la dix-neuvième session du comité, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, sous l'intitulé « Le festival du printemps, pratiques sociales du peuple chinois pour célébrer le Nouvel An traditionnel ». Ce qui est reconnu n'est pas une date au calendrier mais un ensemble de pratiques sociales — et le repas de la veille en est la plus dense.
Sources
- UNESCO, patrimoine culturel immatériel, « Le festival du printemps, pratiques sociales du peuple chinois pour célébrer le Nouvel An traditionnel », Liste représentative, inscrit en 2024 (19.COM)
- Conseil des affaires de l'État de la République populaire de Chine, portail officiel, « How do Chinese people celebrate Spring Festival? », 28 janvier 2025
- en.chinaculture.org, « The New Year's Eve - Reunion Dinner », consulté le 17 août 2026