Réformes et ouverture de la Chine

Ouverte en décembre 1978 par le retour de Deng Xiaoping, la politique de réforme et d'ouverture a fait en quarante ans d'un pays rural et fermé la deuxième économie du monde, sans desserrer le parti unique.

SOMMAIRE

Gratte-ciel du quartier de Futian à Shenzhen sous un ciel gris, avec le toit ondulé bleu du centre municipal et la tour Ping An
Le quartier de Futian, centre de Shenzhen, vu du parc Lianhuashan en 2016 : la zone économique spéciale de 1980 devenue métropole
Huangdan2060 / Wikimedia Commons, CC BY 3.0

Le tournant de décembre 1978

À la mort de Mao Zedong, en septembre 1976, Hua Guofeng lui succède et fait arrêter la Bande des Quatre, mais gouverne deux ans dans la continuité. Le véritable tournant est le troisième plénum du XIe Comité central, réuni du 18 au 22 décembre 1978 : Deng Xiaoping, deux fois purgé sous la Révolution culturelle, s'impose comme le dirigeant suprême du pays sans en occuper le premier poste. Le plénum abandonne la lutte des classes comme priorité et lance la politique de « réforme et d'ouverture », précédée d'une correction des erreurs de la période maoïste, réhabilitations comprises, que l'historiographie chinoise appelle le « redressement du chaos ».

Le cadre est fixé dès 1979 : les « quatre modernisations », de l'industrie, de l'agriculture, de la défense et des sciences, et les « quatre principes fondamentaux » énoncés par Deng, qui interdisent de remettre en cause le socialisme, la dictature du prolétariat, la direction du Parti et la pensée de Mao. La réforme sera économique, jamais politique. Le 1er janvier 1979, la Chine et les États-Unis établissent des relations diplomatiques, et Deng se rend en visite officielle en Amérique le même mois.

Rendre la terre aux familles

La première réforme est rurale. Le système de responsabilité des ménages, expérimenté en secret dans l'Anhui du vivant de Mao, puis officiellement en 1979 dans le Sichuan et l'Anhui, est adopté à l'échelle nationale en 1981 : la terre des communes populaires est répartie en lots entre les familles, qui livrent à l'État une part contractuelle de leur récolte et vendent le surplus au marché. Les communes populaires disparaissent en décembre 1985. La production agricole bondit, et les entreprises de bourgs et de villages, nominalement propriété des collectivités locales mais gérées comme des affaires privées, absorbent la main-d'œuvre libérée des champs.

Dans l'industrie, la réforme avance par la marge plutôt que par la privatisation. Dès 1979, les entreprises d'État sont autorisées à vendre au prix du marché ce qu'elles produisent au-delà du plan ; en 1985, le système des prix à deux voies est généralisé, avec un prix administré pour les quantités planifiées et un prix libre pour le reste. La restructuration des entreprises publiques ne vient que dans les années 1990, avec des licenciements massifs : entre 2001 et 2004, leur nombre recule encore de 48 %.

Les zones économiques spéciales

L'ouverture aux capitaux étrangers commence par une enclave. Le 31 janvier 1979, Li Xiannian approuve la zone industrielle de Shekou, à Shenzhen, face à Hong Kong, confiée à une société de transport maritime hongkongaise. La proposition d'ensemble est approuvée le 15 juillet, et les quatre premières zones économiques spéciales sont officiellement créées le 26 août 1979 : Shenzhen, Zhuhai et Shantou dans le Guangdong, Xiamen dans le Fujian. Les emplacements ne doivent rien au hasard : Shenzhen touche Hong Kong, Xiamen fait face à Taïwan, et les capitaux attendus sont d'abord ceux des Chinois d'outre-mer de Hong Kong, de Taïwan et d'Asie du Sud-Est.

Ce que ces zones offrent tient en quatre avantages : exonérations d'impôt, droits de douane réduits, terrains à bas prix, et une liberté de négocier les contrats de travail et les montages financiers que le reste du pays n'a pas. Le résultat se lit dans les chiffres de Shenzhen : 332 900 habitants et 270 millions de yuans de produit intérieur brut en 1980 ; 1 677 000 habitants et 17,167 milliards de yuans en 1990 ; 2 420 milliards de yuans en 2018, soit 372 milliards de dollars, davantage que Hong Kong. Le bourg de pêcheurs de la frontière est devenu l'une des grandes villes de Chine.

Le dispositif s'étend ensuite. En mai 1984, quatorze villes côtières, dont Shanghai, Canton, Tianjin, Dalian et Qingdao, sont déclarées ouvertes aux investissements étrangers. L'île de Hainan devient une cinquième zone en 1988, le nouveau district de Pudong, à Shanghai, une sixième en 1990, avec le droit inédit d'y laisser des banques étrangères travailler en yuans ; Kachgar, au Xinjiang, obtiendra le même statut en mai 2010. Selon la page anglaise consacrée à ces zones, elles ont depuis leur création apporté 22 % du produit intérieur brut du pays, 45 % des investissements étrangers directs et 60 % des exportations, et créé plus de trente millions d'emplois. Les critiques portent sur l'autre versant : les inégalités de développement entre la côte et l'intérieur, la perte de terres arables, la spéculation immobilière et les conflits du travail.

Les bourses de Shanghai et de Shenzhen ouvrent en 1990. Le modèle est celui de l'atelier d'exportation : la Chine importe composants et savoir-faire, assemble à bas coût, et vend aux marchés occidentaux, tandis que des centaines de milliers d'étudiants partent se former à l'étranger et que des dizaines de millions de ruraux gagnent les usines de la côte.

Tiananmen et le voyage dans le Sud

La libéralisation économique nourrit l'inflation, la corruption et une demande de réformes politiques que le Parti refuse. Au printemps 1989, les étudiants occupent la place Tiananmen, à Pékin, pendant des semaines ; l'armée les disperse dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, au prix d'un nombre de morts jamais établi officiellement. Zhao Ziyang, secrétaire général jugé trop conciliant, est écarté au profit de Jiang Zemin, et les réformes marquent le pas sous la pression des conservateurs.

C'est Deng lui-même, à 87 ans, qui les relance. Au début de 1992, sa tournée d'inspection dans le Sud, à Shenzhen et à Zhuhai, réaffirme que « s'enrichir est glorieux » et que l'économie de marché n'est pas contraire au socialisme. Le XIVe congrès du Parti, la même année, adopte l'objectif d'une « économie socialiste de marché ». La croissance repart, supérieure à 8 ou 9 % par an pendant toutes les années 1990 et 2000 ; sur l'ensemble de la période 1978-2013, elle atteint 9,5 % par an en moyenne.

Hong Kong, l'OMC et la deuxième économie du monde

Sous Jiang Zemin, la Chine récupère les deux dernières concessions européennes : Hong Kong le 1er juillet 1997, au terme de la déclaration sino-britannique de 1984, et Macao le 20 décembre 1999, sous le principe « un pays, deux systèmes ». Le barrage des Trois-Gorges est lancé en 1994 et le programme de développement de l'Ouest en 1999. En décembre 2001, l'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce ouvre aux produits chinois les marchés du monde entier : en 2013, la Chine est devenue la première nation commerçante, avec 2 210 milliards de dollars d'exportations.

Hu Jintao succède à Jiang en 2002. Les Jeux olympiques de Pékin, en 2008, et l'Exposition universelle de Shanghai, en 2010, célèbrent le retour du pays au premier rang. En 2010, la Chine dépasse le Japon et devient la deuxième économie mondiale. Selon la page anglaise consacrée à la réforme économique, 800 millions de personnes sont sorties de l'extrême pauvreté entre 1978 et 2018. Le revers est mesuré aussi : un coefficient de Gini estimé au-dessus de 0,45, comparable à celui de certains pays d'Amérique latine, une pollution sévère, et un vieillissement accéléré par la politique de l'enfant unique, appliquée à partir du début des années 1980 et abandonnée depuis.

Le prix de la croissance

La réforme des entreprises d'État est la face sombre des années 1990. Autorisées dès 1979 à vendre au prix du marché ce qu'elles produisent au-delà du plan, elles vivent à partir de 1985 sous le système des prix à deux voies, un prix administré pour les quantités planifiées et un prix libre pour le reste, qui ouvre autant de possibilités d'enrichissement que de corruption. Leur restructuration, menée à partir du milieu de la décennie, jette à la rue des millions d'ouvriers du Nord-Est industriel ; entre 2001 et 2004 encore, le nombre d'entreprises d'État recule de 48 %.

Le second coût est social et démographique. La politique de l'enfant unique, appliquée à partir du début des années 1980 et abandonnée depuis, a produit le vieillissement le plus rapide qu'un grand pays ait connu. Le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités de revenu, est estimé au-dessus de 0,45, un niveau comparable à celui de certains pays d'Amérique latine. La pollution de l'air et de l'eau, le prix du logement dans les grandes villes et la condition des travailleurs migrants, qui n'ont pas dans les villes où ils travaillent les mêmes droits que les résidents, sont devenus les sujets de mécontentement les plus constants.

L'ère Xi Jinping

Xi Jinping devient secrétaire général du Parti en novembre 2012. Il concentre le pouvoir comme aucun dirigeant depuis Mao, mène une campagne anticorruption qui a poursuivi plus de deux millions de cadres en dix ans, et fait supprimer en 2018 la limite des deux mandats présidentiels que Deng avait instituée. La « prospérité commune », qu'il définit comme une exigence essentielle du socialisme, et le renforcement du rôle du Parti dans les entreprises, 288 sociétés ayant modifié leurs statuts en ce sens dès 2017, marquent un retour de l'État au cœur de l'économie.

Quarante ans après le plénum de 1978, le bilan de la période tient en un paradoxe. La réforme et l'ouverture ont produit la plus rapide sortie de la pauvreté de l'histoire et une puissance industrielle, commerciale et spatiale de premier rang ; elles ont laissé intact, et même renforcé, le monopole politique que Deng avait posé comme condition. Les fiches consacrées à Deng Xiaoping, à Jiang Zemin, à Hu Jintao et à Xi Jinping en détaillent les acteurs, celle de la Chine sous Mao Zedong le point de départ.

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