Xibaipo, le dernier quartier général rural du Parti
Un village de terre au bord de la Hutuo, dans le Hebei, d'où le Parti communiste chinois a dirigé les trois campagnes qui ont décidé de la guerre civile avant d'entrer à Pékin, en mars 1949.
SOMMAIRE

Le mémorial de Xibaipo, dans le Hebei : l'obélisque à l'étoile rouge, le groupe de bronze et les visiteurs.
N509FZ / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Un village au pied des Taihang
Xibaipo est un bourg du district de Pingshan, rattaché à Shijiazhuang dans le Hebei, à environ quatre-vingt-dix kilomètres de la ville, au pied oriental des monts Taihang et au bord de la rivière Hutuo. C'est un fond de vallée agricole, sans industrie et sans garnison, ce qui est précisément la raison de son choix.
Le Comité de travail central, dirigé par Liu Shaoqi et Zhu De, s'y installe dès 1947, tandis que Mao Zedong et l'état-major restent dans le Shaanxi. C'est là que se tient, la même année, la conférence nationale sur la terre, où Liu Shaoqi prépare le canevas de la loi agraire qui abolit la propriété semi-féodale : la réforme qui rallie la paysannerie du Nord au parti au moment décisif.
Mai 1948 : le centre du dispositif
En mai 1948, Mao Zedong, Zhou Enlai et Ren Bishi transfèrent à Xibaipo le Comité central et le commandement de l'Armée populaire de libération. Le quartier général tient dans des maisons de terre à toit de tuiles, autour d'une cour ; les ordres partent par télégraphe, et la salle où l'on rédige les dépêches est aujourd'hui l'une des pièces les plus visitées de Chine.
De ce hameau sont conduites en quatre mois et demi les trois campagnes qui décident de la guerre civile. La campagne du Liaoshen, du 12 septembre au 2 novembre 1948, livre la Mandchourie à Lin Biao et coûte aux nationalistes quelque quatre cent soixante-douze mille hommes. La campagne du Huaihai, du 6 novembre 1948 au 10 janvier 1949, menée par Su Yu, Liu Bocheng, Chen Yi et Deng Xiaoping, leur en coûte cinq cent cinquante-cinq mille, dont plus de trois cent vingt mille prisonniers ou ralliés. La campagne de Pingjin, du 29 novembre 1948 au 31 janvier 1949, prend Tianjin en vingt-neuf heures d'assaut le 15 janvier et obtient la reddition sans combat de Pékin, remise par le général Fu Zuoyi : environ cinq cent vingt mille hommes perdus. En quatre mois, l'essentiel de l'armée nationaliste a cessé d'exister.
Le plénum de mars 1949
C'est encore à Xibaipo que se tient, en mars 1949, la deuxième session plénière du septième Comité central. Elle acte le basculement du parti, jusque-là rural et clandestin, vers l'administration des villes qu'il vient de prendre, et fixe la ligne à suivre pour achever la conquête du pays.
Mao y formule ce que le parti appelle depuis les deux impératifs : garder un style d'humilité et de travail acharné, conserver une attitude de lutte devant les difficultés. L'avertissement vise l'ivresse de la victoire, et il a été repris par tous ses successeurs. Le 23 mars 1949, les dirigeants quittent le village pour Pékin ; Mao dit ce jour-là qu'on part « passer l'examen dans la capitale ». La formule est restée le mot d'ordre du lieu.
Un village déplacé, un mémorial

Le groupe sculpté de Xibaipo et son inscription rouge : la Chine nouvelle est partie d'ici.
wanghongliu / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Le Xibaipo que l'on visite n'est pas tout à fait celui de 1949. Entre 1956 et 1958, la construction du réservoir de Gangnan sur la Hutuo oblige à déplacer le village, comme une vingtaine d'autres, de quelques centaines de mètres vers le sud-ouest ; les maisons du quartier général ont été relevées à l'identique sur le nouvel emplacement, au-dessus du niveau de l'eau.
Le mémorial ouvre en 1978. Autour du site d'origine reconstitué, il rassemble une salle d'exposition, un obélisque surmonté d'une étoile rouge et de grands ensembles sculptés, dont le plus célèbre porte la phrase devenue le slogan du lieu : la Chine nouvelle est partie d'ici. Classé au niveau touristique le plus élevé, c'est l'une des étapes majeures du tourisme rouge : les délégations d'entreprises et d'administrations y viennent prêter serment devant le drapeau du parti, et l'endroit sert à rappeler la frugalité des origines.
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