Fengyang, la capitale du Milieu de Hongwu et le contrat de Xiaogang

District pauvre de l'Anhui, Fengyang est le pays natal du fondateur des Ming, qui voulut en faire sa capitale, et le village où dix-huit paysans ont mis fin en secret aux communes populaires en 1978.

SOMMAIRE

Mur de brique gris percé de trois arches, avec une chaussée dallée et des pelouses au premier plan, sous un ciel voilé
La porte du Midi de Zhongdu, la capitale du Milieu abandonnée en 1375, à Fengyang
Yumeto / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le pays natal d'un empereur mendiant

Zhu Yuanzhang naît en 1328 dans le village de Zhongli, sur le territoire de Haozhou, l'actuel district de Fengyang, au nord de l'Anhui. Il est le dernier des quatre fils d'une famille de paysans, Zhu Wusi et dame Chen. En 1344, ses parents et l'un de ses frères meurent dans une épidémie ; l'orphelin entre dans un monastère bouddhique voisin, puis erre trois ans comme novice mendiant avant d'y revenir en 1348 pour quatre années, pendant lesquelles il apprend à lire et à écrire. Quand l'armée des Yuan brûle le monastère en 1352, soupçonnant les moines de liens avec la secte du Lotus blanc, il rejoint les rebelles. Seize ans plus tard, le 23 janvier 1368, il se proclame empereur et fonde la dynastie des Ming sous le nom de règne de Hongwu.

Cette origine n'a jamais été oubliée sur place. Le tambour fleuri de Fengyang, un genre de chanson populaire né à la fin des Ming, est associé aux mendiants du district, que des inondations et des sécheresses répétées obligeaient à chanter pour vivre ; il était chanté par deux femmes assises, le plus souvent des belles-soeurs, qui se produisaient en public contre quelques pièces. Le pays de l'empereur est resté, pendant des siècles, un pays de gens qui partent.

Zhongdu, la capitale du Milieu inachevée

En 1369, un an après son avènement, Hongwu ouvre un débat sur le choix de la capitale. En août de la même année, il est décidé de la transférer à Fengyang, alors appelée Linhuai, sa terre natale. Le chantier de Zhongdu, la capitale du Milieu, est lancé : une enceinte, une cité impériale, un palais, à l'image de ce qui existe à Nankin. En 1375, l'empereur renonce au transfert et fait arrêter les travaux. Selon la version française de Wikipédia, le plan du palais prévu à Fengyang a servi de modèle à la Cité interdite de Pékin, et le site a encore été endommagé par un tremblement de terre en février 1644, quelques semaines avant la chute de la dynastie.

Ce qui subsiste de ce chantier est aujourd'hui dégagé et consolidé. La porte du Midi, la Wumen, ouvre trois arches de brique dans un mur épais qui se prolonge de part et d'autre, face à une chaussée dallée ; la porte du Grand Ming, la Damingmen, a été reconstruite avec sa toiture de tuiles orangées et ses trois portes cloutées. Un tour de la muraille et du site archéologique, que l'on visite à pied, donne l'échelle de ce que devait être une capitale impériale dessinée d'un seul jet, puis abandonnée avant d'avoir servi.

Huangling, le mausolée des parents de l'empereur

Longue allée dallée bordée de statues d'animaux en pierre et de cyprès, avec des colonnes au loin
La voie sacrée du mausolée Huangling, élevé par Hongwu pour ses parents à Fengyang
Yumeto / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

À sept kilomètres au sud du chef-lieu, Hongwu a fait élever pour son père, mort en 1344, et pour sa mère un mausolée de style impérial, le Huangling ou mausolée impérial des Ming. La voie sacrée y aligne des paires de lions, de licornes et de dignitaires de pierre entre deux rangées de cyprès, jusqu'aux colonnes qui marquent l'approche du tumulus ; les statues, dispersées, ont été remises en place à leur emplacement d'origine. Ce dispositif, une allée bordée d'animaux menant à une stèle et à un tertre, précède celui que l'empereur fera construire pour lui-même au tombeau de Xiaoling, à Nankin, à partir de 1381.

Xiaogang, dix-huit paysans contre la commune populaire

Six siècles plus tard, Fengyang est de nouveau un lieu de fondation. Le district a été l'un des plus durement frappés par la Grande famine : selon la version française de Wikipédia, quatre-vingt-dix mille personnes y sont mortes entre 1958 et 1961, et le village de Qinggang est passé de 175 à 39 habitants. En décembre 1978, après une mauvaise récolte et dans la crainte d'une nouvelle famine, dix-huit paysans du village de Xiaogang, conduits par Yan Jingchang, se réunissent dans la plus grande maison du village. Ils conviennent de partager les terres de leur brigade en lots familiaux : chaque famille cultivera le sien, livrera sa part à l'État et au collectif, et gardera le surplus. Le contrat, signé en secret, prévoit aussi que si l'un d'eux est arrêté et condamné à mort, les autres élèveront ses enfants jusqu'à dix-huit ans.

Le résultat est immédiat. En 1979, la récolte de céréales atteint 90 000 kilos, plus que les cinq années précédentes réunies, et le revenu par tête passe de 22 à 400 yuans. Les villages voisins s'en aperçoivent, puis les autorités, et la nouvelle direction de Deng Xiaoping, qui cherche à réformer l'économie, présente Xiaogang en modèle au reste du pays. La collectivisation des terres est abandonnée dans toute la Chine vers 1983. Un musée commémoratif du « grand forfait », du nom donné à ce système de responsabilité familiale, a été construit dans le village, et les historiens tiennent ce contrat pour le point de départ de la croissance rapide de la Chine continentale.

Le district aujourd'hui

Fengyang dépend de la ville-préfecture de Chuzhou, dans l'Anhui. Le district s'étend sur un peu moins de deux mille kilomètres carrés et comptait 689 320 habitants en 1999, soit une densité de 356 habitants au kilomètre carré. Il tient dans l'histoire chinoise une place sans rapport avec sa taille : un empereur en est sorti, une capitale y a été commencée, et la fin des communes populaires y a été décidée, la nuit, par dix-huit signatures.

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