Mahjong
Le jeu national chinois : 144 tuiles, quatre joueurs, une main de quatorze tuiles à réunir. Ce que contient la boîte, comment se joue une donne, d'où vient le jeu et pourquoi ses règles changent d'une province à l'autre.
SOMMAIRE

Le tapis vert, les murailles de tuiles, les deux dés et les tuiles écartées au centre : une donne en cours.
Photo yui*, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Un jeu de tuiles pour quatre joueurs
Le Mahjong est un jeu de société d'origine chinoise qui se joue à quatre joueurs, avec 144 tuiles spéciales. Le mot vient du chinois 麻將 (májiāng en mandarin). En japonais, on écrit plutôt 麻雀.
Autres graphies souvent rencontrées : Mah-jongg (marque de commerce américaine), majong (rectifications orthographiques du français proposée en 1990) et une multitude d'approximations empruntées à l'anglais : Mah-Jong, Mahjong, Mah Jong, etc.
Le Mahjong est le jeu national en Chine. Il est parfois aussi appelé, le jeu chinois des quatre vents.
C'est un jeu de combinaisons et non un jeu de plateau : on ne déplace rien, on assemble. Chaque joueur garde une main cachée, pioche une tuile, en jette une, et cherche à réunir le premier une figure de quatorze tuiles. Le hasard de la pioche compte ; la lecture des défausses adverses compte davantage.
Ce que contient une boîte

Tuiles blanches à dos jaune : au premier plan la famille des caractères, au bord de l'image celle des cercles.
Photo yui*, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Un jeu complet porte 144 tuiles, dont 136 servent à toutes les variantes et 8 sont des bonus que certaines écartent.
- Trois familles de 36 tuiles, numérotées de 1 à 9 en quatre exemplaires chacune : les bambous (ou bâtons), les cercles (ou points) et les caractères.
- Seize tuiles de vents : quatre Est, quatre Sud, quatre Ouest, quatre Nord.
- Douze tuiles de dragons : quatre rouges, quatre verts, quatre blancs.
- Quatre fleurs et quatre saisons, les huit tuiles de bonus, qui ne se combinent pas et se remplacent dès qu'on les tire.
S'y ajoutent deux dés, un marqueur de vent dominant, et des jetons ou des bâtonnets pour tenir les comptes. Les jeux anciens étaient en os monté sur bambou ; ceux d'aujourd'hui sont en résine, avec un dos de couleur.
Comment se déroule une donne
Les quatre joueurs bâtissent chacun devant soi une muraille de tuiles face cachée, deux étages de dix-huit piles, puis un jet de dés désigne l'endroit où la muraille s'ouvre. Chacun reçoit treize tuiles ; celui qui tient le vent d'Est en reçoit une de plus et ouvre le jeu.
Le tour est simple : on pioche une tuile, on la garde ou non, on en défausse une, face visible, au centre de la table. Trois figures se construisent avec ce qui passe.
- Le chow : une suite de trois tuiles d'une même famille.
- Le pung : trois tuiles identiques.
- Le kong : quatre tuiles identiques, qui donne droit à une pioche supplémentaire.
Une main gagnante réunit quatre de ces figures et une paire, soit quatorze tuiles. Celui qui la complète annonce mahjong, et la donne s'arrête. Le décompte des points, lui, varie d'une règle à l'autre, et c'est là que les variantes se séparent. Une donne se comprend plus vite qu'elle ne se lit : la table de mahjong ouverte sur ce site tient les trois autres places.
Les origines du jeu
De nombreuses théories quant à ses origines existent, mais aucune n'est plus fiable ou plus valable qu'une autre. On croit savoir que le jeu découle d'un jeu de cartes ancien et comportait à ses origines quarante pièces appelées Pai (prononcer paille) (en français, le terme le plus souvent employé est tuile, c'est celui que nous utiliserons ici) lesquelles étaient tout à fait différentes du jeu d'aujourd'hui.
Au XVIIIème siècle le nombre de tuiles augmenta pour atteindre les 108 tuiles, lesquelles représentaient les portraits des 108 brigands d'un roman fameux de l'époque.
Au fil du temps, le nombre de tuiles augmenta encore pour atteindre les 160 tuiles, avec toutes sortes de tuiles de bonus, y compris les tuiles de fleurs. Des réformistes apparurent et limitèrent le nombre de tuiles du jeu pour le rendre plus attractif. Les règles du jeu furent alors entérinées et cellées jusqu'à ce jour. Les tuiles de fleurs telles que nous les connaissons encore aujourd'hui sont des vestiges de cette période antérieure aux réformes.
Voilà ce que la tradition transmet. Les objets, eux, disent autre chose et disent moins : les plus anciens jeux conservés dans les collections datent des années 1870, et ils ont été acquis à Fuzhou, à Shanghai et à Ningbo. Aucune trace du jeu n'apparaît ailleurs qu'aux abords du delta du Yangzi avant 1900, ce qui place sa naissance à la fin des Qing plutôt qu'au siècle précédent.
Ningbo revendique le berceau. La tradition locale attribue le jeu à Chen Yumen, fonctionnaire des douanes maritimes du milieu du XIXème siècle, qui aurait transposé sur des tuiles d'os et de bambou un jeu de cartes plus ancien, le madiao : sur le pont d'un navire, les cartes s'envolent, les tuiles restent. Sa maison ancestrale abrite aujourd'hui un musée consacré à l'histoire du jeu.
Du salon de thé au reste du monde
Le Mahjong fut introduit au Japon en 1907 pour la première fois et jouit immédiatement d'un succès grandissant jusqu'en 1929. De nombreux clubs de Mah Jong furent créés dans les grands centres urbains et des compétitions furent organisées entre la Chine et le Japon. Suite à la guerre sino-japonaise le jeu fut dûment interdit mais à la fin de la guerre, l'interêt du public pour ce jeu refit surface et il devint encore plus populaire qu'il ne le fût avant guerre.
L'Occident le découvre au même moment. Les premiers jeux vendus aux États-Unis le sont à partir de 1920, et l'homme d'affaires Joseph Park Babcock publie la même année un manuel de règles simplifiées sous le nom déposé de Mah-Jongg, avec deux g. La mode qui suit est considérable : pendant quelques années, les importations de tuiles ne suffisent pas à la demande américaine.
Interdit, puis reconnu comme une discipline
En Chine populaire, le mahjong paie sa réputation de jeu d'argent. L'interdiction des jeux de hasard qui suit 1949 fait reculer la pratique ; la Révolution culturelle, de 1966 à 1976, la proscrit entièrement. Le jeu revient dans les années 1980, d'abord dans les familles, puis dans les salons de thé et les parcs.
Le retournement est complet en 1998 : la commission d'État aux sports publie un jeu de règles officielles de compétition, destiné à donner un cadre commun à une pratique qui n'en avait aucun. Ce sont ces règles, dites règles chinoises officielles ou règles internationales, que suivent les championnats du monde, où le mahjong est traité comme un sport de l'esprit au même titre que le bridge ou les échecs.
Autant de règles que de provinces
Il n'existe pas une règle du mahjong mais une famille de règles, et l'écart porte presque toujours sur le décompte des points plutôt que sur la mécanique du jeu. Les plus répandues :
- les règles de Hong Kong, les plus simples et les plus jouées hors de Chine continentale ;
- les règles du Sichuan, où l'on retire une des trois familles et où la partie continue après le premier gagnant ;
- le riichi japonais, très codifié, avec ses tuiles de prime et son annonce obligatoire ;
- le mah-jongg américain, normalisé en 1937 par la National Mah Jongg League, qui ajoute des jokers et publie chaque année une nouvelle carte des mains autorisées ;
- les règles internationales de 1998, employées en compétition.
Ce site publie les règles en trois temps, du plus court au plus complet, et il vaut mieux les prendre dans cet ordre : les bases du jeu, puis les règles simplifiées, puis le décompte détaillé des combinaisons.
Un homonyme : le solitaire de tuiles
Une bonne part de ce qui s'appelle mahjong sur ordinateur n'en est pas. Le jeu où l'on retire deux à deux des tuiles identiques d'un tas empilé est un solitaire, né avec l'informatique : il emprunte les tuiles du mahjong et rien d'autre, ni les quatre joueurs, ni la pioche, ni les combinaisons. Il se trouve ici sous son nom, le mahjong solitaire, et il n'y a aucune raison de s'en priver, à condition de savoir que ce n'est pas au mahjong que l'on joue.
La place du mahjong en Chine

Une partie sur une table de pierre à Dali, au Yunnan, et deux passants qui s'arrêtent pour regarder.
Photo Alexander Savin, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Le mahjong se joue en famille au Nouvel An, entre voisins dans les cours, dans les parcs sur des tables de pierre, et dans des salons qui louent la table à l'heure. Le Sichuan en a fait une image de marque : à Chengdu, les tables installées sous les arbres des maisons de thé font partie du paysage au même titre que le thé au jasmin.
Le bruit des tuiles que l'on brasse avant la donne est un son de rue autant qu'un son de salon. C'est ce qui explique qu'un jeu né au bord d'un fleuve soit devenu, en un siècle et demi, celui que le pays entier connaît.
Les photos de cet article (3)