Guerre de l'Opium
La première guerre de l'opium s'achève le 29 août 1842 par le traité de Nankin, signé à bord d'un vaisseau britannique : il cède Hong Kong, ouvre cinq ports et inaugure la série des traités inégaux.
SOMMAIRE

La signature du traité de Nankin à bord du Cornwallis, d'après John Platt, gravure publiée en 1846.
John Platt, gravure de John Burnet / Wikimedia Commons, domaine public
Une signature à bord du Cornwallis
À l'été 1842, l'expédition britannique a remonté le Yangzi, pris Zhenjiang, coupé le Grand Canal et menace Nankin. La cour de Pékin cède. Le 29 août 1842, à bord du vaisseau de ligne HMS Cornwallis mouillé sur le fleuve devant la ville, le plénipotentiaire Henry Pottinger signe avec trois représentants de l'empereur Daoguang, Qiying, Yilibu et Niu Jian, le traité qui clôt la première guerre de l'opium. L'empereur le ratifie le 27 octobre 1842, la reine Victoria le 28 décembre, et les ratifications sont échangées à Hong Kong le 26 juin 1843. Les exemplaires originaux sont conservés aux Archives nationales britanniques et, pour la copie chinoise, au musée national du Palais de Taipei.
Ce que disent les treize articles
Le texte tient en treize articles. L'île de Hong Kong est cédée à la Couronne britannique, selon les termes du traité, « pour être possédée à perpétuité ». Cinq ports, Canton, Xiamen (Amoy), Fuzhou, Ningbo et Shanghai, sont ouverts au commerce et à la résidence des sujets britanniques, avec des consuls. Le monopole du Cohong, la guilde des marchands de Canton qui seule pouvait traiter avec les étrangers, est aboli : les Britanniques peuvent désormais commercer avec qui bon leur semble. Les prisonniers britanniques sont libérés, et les Chinois qui ont servi l'ennemi pendant la guerre sont amnistiés.
La Chine doit en outre payer une indemnité de vingt et un millions de dollars d'argent en quatre ans : six millions pour l'opium confisqué et détruit à Humen en 1839, trois millions pour les dettes des marchands hong envers les négociants britanniques, douze millions pour les frais de guerre, avec un intérêt de cinq pour cent sur les versements en retard. La version anglaise de Wikipédia y ajoute les six millions déjà versés en 1841 comme rançon de Canton, pour un total de vingt-sept millions. En gage de paiement, les troupes britanniques évacuent Nankin, le Grand Canal et Zhenhai, mais gardent l'île de Gulangyu, devant Xiamen, et Zhaobaoshan jusqu'au règlement complet.
Deux paradoxes
L'opium, cause de la guerre, n'est pas nommé une seule fois dans le traité, et son commerce reste illégal en droit chinois ; il ne sera légalisé qu'en 1860, après la seconde guerre de l'opium. Le second paradoxe tient à la langue : les versions anglaise et chinoise divergent sur le droit de résidence dans les ports, permanent pour l'une, temporaire pour l'autre. L'Europe n'enseignait pas encore le chinois, et les diplomates dépendaient de missionnaires pour traduire.
Le traité du Bogue et les traités américain et français
Nankin ne règle pas tout, et un traité supplémentaire vient le compléter le 8 octobre 1843 à Humen, la Bocca Tigris des Européens, d'où son nom de traité du Bogue. Signé par Pottinger et Qiying, il accorde aux Britanniques l'extraterritorialité, c'est-à-dire le jugement de leurs ressortissants par leurs consuls, la clause de la nation la plus favorisée, un tarif douanier fixe et le droit d'acheter des biens et de s'installer en famille dans les cinq ports, sans pouvoir toutefois voyager à l'intérieur du pays.
Les autres puissances réclament aussitôt les mêmes avantages sans avoir combattu. Le 3 juillet 1844, au temple de Kun Iam à Macao, l'envoyé américain Caleb Cushing signe avec Qiying le traité de Wanghia, qui reprend l'extraterritorialité et la clause de la nation la plus favorisée, lève l'interdiction faite aux étrangers d'apprendre le chinois et d'acheter des livres, autorise la construction d'églises et d'hôpitaux dans les ports, et retire la protection consulaire aux Américains qui feraient le commerce de l'opium ; le président Tyler le ratifie le 17 janvier 1845. Le 24 octobre 1844, à bord de la corvette à vapeur L'Archimède mouillée près de l'île de Huangpu, en aval de Canton, Théodore de Lagrené signe pour la France le traité de Huangpu, avec le père Joseph-Marie Callery pour interprète : mêmes cinq ports, même extraterritorialité, même tarif, et une convention annexe qui protège les missionnaires catholiques et leurs convertis chinois. La France s'installe ainsi dans le rôle de protectrice des missions, qu'elle tiendra pendant un siècle.
Le premier des traités inégaux
Le traité de Nankin est le premier de ce que l'historiographie chinoise appelle les traités inégaux, imposés par la force et sans réciprocité, dont le dernier sera le protocole des Boxers de 1901. Il prive la Chine de sa souveraineté douanière et judiciaire dans les ports ouverts, y installe les concessions étrangères, et fixe pour un siècle le modèle que chaque puissance obtiendra par simple alignement sur la précédente. Le ressentiment qu'il nourrit compte, selon la version française de Wikipédia, parmi les causes lointaines de la révolte des Taiping, dix ans plus tard. Pour la Chine contemporaine, il ouvre le siècle d'humiliation, qui ne se ferme qu'en 1997 avec le retour de Hong Kong.