Civilisation chinoise

SOMMAIRE

La civilisation chinoise, l'une des plus anciennes civilisations au monde

La civilisation chinoise a environ 5 000 ans d'Histoire. Perpétués de génération en génération, grâce à la sacralisation de l'écrit et au poids de la tradition, elle constitue, de ce fait, l'une des plus anciennes civilisations au monde.

Dans un domaine purement politique, la Chine est toujours demeurée "chinoise" malgré les occupations étrangères au cours de son histoire (turques, mongoles, mandchoues, japonaises et celles des puissances occidentales (la Guerre de l'Opium : les Anglais – Les Huit Alliances Etrangères), pour les plus importantes.

Le berceau de la civilisation chinoise se situe dans le bassin du Fleuve Jaune où ont été trouvés les guerriers grandeur nature en terre cuite de l'Armée de la dynastie des Qin (221 av. J.-C. à 206 av. J.-C.)

Ce que le mot recouvre, et sur quoi se mesurent les cinq mille ans

Parler de civilisation chinoise, c'est désigner d'un seul mot un ensemble de techniques, d'institutions, de croyances et de formes écrites apparu en Asie orientale et resté vivant jusqu'à aujourd'hui. Le chiffre de cinq mille ans, repris partout, n'est pas une formule : il se mesure sur des vestiges datés, et il vaut la peine de savoir lesquels.

Les ruines de la cité de Liangzhu, dans le delta du Yangzi, sur la côte sud-est du pays, ont été bâties entre 3300 et 2300 avant notre ère. L'UNESCO, qui les a inscrites au patrimoine mondial en 2019, y reconnaît un État régional précoce : une économie fondée sur la riziculture, un système hydraulique de digues hautes et basses, une hiérarchie sociale lisible dans la différence des sépultures, et une série d'objets de jade qui atteste un système de croyances partagé. Cinq mille ans séparent ces digues du présent, et c'est de là que vient le chiffre.

L'histoire écrite, elle, est beaucoup plus jeune : les premiers textes chinois conservés datent d'environ 1300 avant notre ère. Entre les deux s'étendent dix-sept siècles de sociétés organisées dont on ne connaît que ce que la terre a rendu.

Deux berceaux, et non un seul

La formule ancienne place le berceau de la civilisation chinoise dans le bassin du fleuve Jaune. Elle reste juste et elle est devenue incomplète. Liangzhu se trouve à plus de mille kilomètres au sud, dans la plaine du lac Taihu, et l'UNESCO y voit la contribution du bassin du Yangzi aux origines de la civilisation chinoise. Le pays a donc deux foyers anciens plutôt qu'un, l'un au nord et l'autre au sud, et une bonne part de son histoire consiste ensuite à les relier.

Les premiers mots écrits

À Anyang, dans le Henan, sur les deux rives de la rivière Huan, s'étendent les ruines de Yin Xu, dernière capitale de la dynastie Shang. Le vingtième roi shang, Pan Geng, y installe sa cour vers 1300 avant notre ère ; la ville restera capitale deux cent cinquante-cinq ans, sous douze rois et huit générations, jusqu'en 1046. C'est le premier site de capitale attesté de l'histoire chinoise, confirmé à la fois par les textes anciens, par les inscriptions divinatoires et par la fouille.

Les fosses du quartier palatial ont livré des os et des carapaces de tortue gravés : ce sont les plus anciennes traces connues de la langue chinoise écrite. On y lit des questions posées aux ancêtres et aux puissances, sur les sacrifices, le temps qu'il fera, la récolte, la guerre, les départs et les retours. Inscrites au Registre de la Mémoire du monde en 2017, ces inscriptions datent de 1400 à 1100 avant notre ère ; elles ont permis de reconstituer la généalogie royale des Shang, et elles servent encore à étudier la forme première des caractères et l'état le plus ancien de la grammaire chinoise. Le système d'écriture qui en est sorti a sa propre page dans ce dossier.

La tombe de Fu Hao, seule sépulture intacte retrouvée à ce jour pour un membre de la famille royale des Shang, a livré des bronzes rituels, des jades et des objets sculptés dont la facture dit le niveau atteint par l'artisanat de l'âge du bronze.

L'unification, et la forme qu'elle a laissée

Les royaumes qui se disputaient la plaine depuis 475 avant notre ère sont réunis sous une seule autorité au troisième siècle avant notre ère. Le tombeau de celui qui les a réunis se trouve au pied du mont Li, à trente-cinq kilomètres au nord-est de Xi'an. Il a été commencé en 246 avant notre ère et les travaux ont duré jusqu'à la mort de l'empereur, en 210. Près de deux cents fosses l'accompagnent, où l'on a retrouvé des milliers de soldats et de chevaux de terre cuite grandeur nature, avec des chars et des armes de bronze. L'historien Sima Qian, qui écrit un siècle et demi plus tard, rapporte que des ouvriers venus de toutes les provinces y ont travaillé sans relâche.

L'empire fondé à ce moment-là n'a pas tenu quinze ans. Sa forme, elle, a tenu deux mille ans : les dynasties qui se succèdent reprennent le cadre unifié au lieu de le défaire, et c'est cette permanence du cadre, bien plus que la durée d'une famille régnante, que l'on désigne en parlant de continuité.

Recruter par l'examen

Une des institutions qui ont fait tenir cet ensemble est le concours. L'État recrute ses fonctionnaires par des examens compétitifs, organisés à l'échelon de la préfecture, de la province et du pays, et portant pour l'essentiel sur les textes confucéens. La pratique plonge ses racines dans l'université impériale fondée sous les Han, entre 206 avant notre ère et 220 de notre ère ; elle domine l'éducation à partir des Song, de 960 à 1279, et n'est abolie qu'en 1905.

On lui a reproché de récompenser la mémoire plus que la pensée, et la forme plus que le fond. Le reproche est fondé. Elle a pourtant produit ce qu'aucune autre institution n'aurait produit à cette échelle : une élite formée sur un même corpus d'un bout à l'autre du territoire, et une administration à laquelle on pouvait prêter une part de mérite. C'est une des clés de l'unité culturelle d'un pays grand comme un continent.

Une civilisation d'eau

Le Grand Canal relie Pékin, au nord, à la province du Zhejiang, au sud, et traverse huit provinces. Ses premières sections datent du cinquième siècle avant notre ère ; c'est au septième siècle de notre ère, sous les Sui, qu'il est pour la première fois conçu comme un moyen de communication unique pour tout l'empire. Au treizième siècle, sous les Yuan, il forme un réseau de plus de deux mille kilomètres de voies d'eau artificielles qui relie cinq des principaux bassins fluviaux du pays, dont celui du fleuve Jaune et celui du Yangzi.

L'UNESCO en fait le plus vaste ensemble de génie civil que le monde ait connu avant la révolution industrielle. Son entretien reposait sur un monopole impérial du transport des grains, qui servait aussi à taxer et à contrôler la circulation. Nourrir la capitale en riz, administrer un territoire d'un seul tenant, déplacer des troupes : trois fonctions tenues par le même ouvrage pendant plus de mille ans. Le canal sert encore.

Ce qui est entré, ce qui est sorti

Les routes de la soie ne sont pas une route mais un réseau, qui reliait les sociétés anciennes de l'Asie orientale, du sous-continent indien, de l'Asie centrale et de l'Asie occidentale. À vol d'oiseau, l'ensemble couvre quelque sept mille cinq cents kilomètres ; en suivant les itinéraires réels, plus de trente-cinq mille. Le volume des échanges augmente fortement à partir du deuxième siècle avant notre ère, et la Chine y détient un monopole, celui de la soie, qu'elle fournit à l'Asie centrale, au sous-continent, à l'Asie occidentale et au monde méditerranéen.

Le corridor qui va de Chang'an, en Chine centrale, au cœur de l'Asie centrale se met en place entre le deuxième siècle avant notre ère et le premier siècle de notre ère. Il connaît son plein essor du sixième au quatorzième siècle et reste en usage jusqu'au seizième. Ce qui a voyagé sur ces pistes n'était pas seulement de la marchandise : parmi les trente-trois éléments que l'UNESCO a retenus pour ce corridor figurent des temples rupestres bouddhiques, et ce sont des croyances, des connaissances scientifiques et des techniques qui ont circulé avec les caravanes.

Une continuité, et ce qu'elle n'est pas

La continuité dont il est question au début de cette page est réelle : une écriture dont on suit la trace jusqu'aux os divinatoires, un cadre administratif repris de dynastie en dynastie, un corpus de textes qui sert de référence commune. Elle n'est pas l'immobilité, et elle n'est pas l'absence de ruptures. Des dynasties venues du dehors ont régné sur le pays, des puissances étrangères y ont imposé leurs conditions, et le vingtième siècle a défait puis refait l'État.

Les pages suivantes de ce dossier reprennent ces épisodes un par un. Celle-ci n'avait qu'à poser le cadre : où cette civilisation commence, sur quoi repose le chiffre qu'on lui prête, et par quels moyens elle a tenu ensemble.

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