Scutellaire du Baïkal
Nom scientifique : Scutellaria baicalensis Georgi (Scutellariae Radix)
Nom français : Scutellaire du Baïkal
Nom chinois : Huang Qin 黄芩
Partie de la plante utilisée : la racine, déterrée au printemps ou à l'automne, débarrassée de ses radicelles et de la terre, séchée au soleil, frottée pour ôter l'écorce grossière, séchée à nouveau et coupée en rondelles. Le commerce distingue deux qualités : la vieille racine, creuse et sombre au centre, dite KU QIN 枯芩, réputée agir sur le Foyer supérieur et la Chaleur du Poumon, et la racine jeune, pleine et compacte, dite ZI QIN 子芩 ou TIAO QIN 条芩, réservée à l'Humidité Chaleur du Foyer inférieur. La plante est une Lamiacée vivace des steppes de Mongolie, de Sibérie et du nord de la Chine, à feuilles étroites et entières et à fleurs bleu-violet groupées d'un seul côté de la tige — à ne pas confondre avec la scutellaire casquée (S. galericulata) de nos zones humides.
Zones d'influence sur le corps humain : les méridiens du poumon, de la vésicule biliaire, de la rate, du gros intestin et de l'intestin grêle.
Saveur : amère.
Nature : froide.
EFFETS :
La médecine traditionnelle chinoise lui attribue les actions suivantes, énoncées dans son propre système d'interprétation et qui ne constituent pas des effets démontrés :
- Clarifie la Chaleur et assèche l'Humidité 清热燥湿
- Purge le Feu et élimine la toxine 泻火解毒
- Arrête les hémorragies 止血
- Apaise le fœtus 安胎.
INDICATIONS DE LA MÉDECINE TRADITIONNELLE :
Les indications qui suivent sont celles de la médecine traditionnelle chinoise, rapportées ici à titre documentaire. Elles décrivent des tableaux propres à cette médecine et ne constituent pas des indications thérapeutiques démontrées par la recherche moderne.
- Tiédeur Humidité et Chaleur d'été Humidité : oppression de la poitrine, nausées, envie de vomir
- Plénitude et gonflement de l'épigastre par Humidité Chaleur, diarrhées et dysenteries
- Jaunisse par Humidité Chaleur
- Toux par Chaleur du Poumon, crachats épais et jaunes
- Fièvre élevée, agitation et soif
- Chaleur du Sang qui fait divaguer le Sang : hématémèse, épistaxis, hémoptysie. Vomir ou cracher du sang est une urgence médicale, jamais une indication d'automédication
- Abcès, furoncles et inflammations cutanées par toxine
- Agitation du fœtus et menace d'avortement (TAI DONG BU AN), la racine étant alors associée à d'autres plantes. Cet emploi historique n'a aucune valeur aujourd'hui : une menace d'avortement est une urgence obstétricale.
Posologie : de 3 à 10 g par jour en décoction. Crue, elle clarifie la Chaleur ; frite à l'alcool, elle porte son action vers le haut du corps ; carbonisée, elle arrête le sang. Elle entre dans de très nombreuses formules classiques, notamment XIAO CHAI HU TANG « Décoction mineure de bupleurum » et HUANG LIAN JIE DU TANG « Décoction de coptis pour éliminer les toxines », où elle est associée au coptis.

Pied sauvage de scutellaire du Baïkal en Chine : feuilles étroites et entières, fleurs bleu-violet d'un seul côté de la tige.
ACTIONS PHARMACOLOGIQUES MODERNES :
- La racine est riche en flavonoïdes propres au genre : la baicaline, hétéroside majoritaire dont la Pharmacopée chinoise exige au moins 9,0 % dans la drogue sèche, son aglycone la baicaléine, ainsi que la wogonine, la wogonoside et l'oroxyline A ;
- Action anti-inflammatoire attribuée notamment à l'inhibition de la NO-synthase inductible et de la cyclo-oxygénase 2, et à la modulation des voies MAPK et NF-κB ;
- Action antibactérienne à large spectre et action antivirale observées in vitro ;
- Action antioxydante marquée ;
- Effets hépatoprotecteurs et neuroprotecteurs de la baicaline et de la baicaléine dans des modèles animaux ;
- La faible hydrosolubilité et la faible biodisponibilité orale de la baicaline restent l'obstacle principal au passage de ces résultats à la clinique ;
- Toutes les données ci-dessus sont expérimentales : aucune n'établit que la scutellaire traite une infection, une inflammation ou une maladie du foie chez l'être humain ;
- Une activité antibactérienne ou antivirale observée dans une boîte de culture ne préjuge en rien de ce qui se produit dans l'organisme. Aucune indication thérapeutique n'est reconnue en Europe.
PRÉCAUTIONS :
- Très amère et très froide, la racine lèse le QI de l'Estomac : elle est contre-indiquée en cas de Déficience de la Rate et de l'Estomac avec Froid, selles liquides et absence de soif ;
- Pas de surdosage, pas d'usage prolongé sans surveillance ;
- Des atteintes hépatiques aiguës avec ictère ont été rapportées une à douze semaines après le début de la prise de compléments alimentaires contenant S. baicalensis ;
- L'atteinte est le plus souvent modérée et régresse rapidement à l'arrêt, mais quelques cas d'insuffisance hépatique aiguë ont été décrits, dont un ayant conduit à une transplantation ;
- La scutellaire est de ce fait contre-indiquée en cas de maladie du foie ou d'antécédent d'hépatite médicamenteuse ;
- Plusieurs de ces observations concernaient des produits adultérés par de la germandrée (Teucrium), plante hépatotoxique reconnue, ou mal étiquetés ;
- La traçabilité de la matière première est déterminante : il faut éviter les racines et les compléments achetés hors des circuits contrôlés ;
- En cas d'ictère, de fatigue inhabituelle, d'urines foncées ou de nausées persistantes sous traitement, arrêter la prise et consulter ;
- L'usage traditionnel « pour apaiser le fœtus » ne dispense en rien d'un avis médical, et ne doit surtout pas conduire à retarder une consultation : des saignements ou des douleurs pendant la grossesse imposent de joindre immédiatement une maternité ;
- Aucune automédication pendant la grossesse ni pendant l'allaitement ;
- Enfants : aucune posologie pédiatrique n'est établie, l'usage relève d'une prescription ;
- Interactions médicamenteuses : des modifications de l'activité de cytochromes P450 et de transporteurs d'efflux ont été observées expérimentalement avec la baicaline et la baicaléine ;
- La prudence s'impose avec les médicaments à marge thérapeutique étroite — anticoagulants, immunosuppresseurs, antiépileptiques, statines — dont l'effet peut être renforcé ou affaibli ; ne pas associer sans avis médical ;
- Le risque hépatique s'ajoute à celui des autres médicaments toxiques pour le foie et à celui de l'alcool ;
- La scutellaire est très souvent prescrite avec le coptis (HUANG LIAN) : la berbérine que celui-ci renferme est contre-indiquée chez le nouveau-né, en raison d'un risque d'ictère nucléaire, et chez la femme enceinte ;
- Comme toute plante médicinale, elle peut interférer avec un traitement en cours : signaler toute prise à son médecin et à son pharmacien.
Ces informations sont données à titre documentaire et ne remplacent pas un avis médical.
Illustrations : Krzysztof Ziarnek, Kenraiz, CC BY-SA 4.0 ; Alex Abair, CC BY 4.0 — via Wikimedia Commons.
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