对联 [duì lián] sentences parallèles

J’ai toujours été frappée par l’omniprésence de l’écriture dans la rue et dans les appartements chinois. La pose des sentences parallèles 对联 [duì lián] qui accompagnent la fête du printemps en témoigne (on les appelle alors 春联 [chūn lián]).

Ces maximes me semblent très révélatrices d’un usage quasiment magique de l’écriture, censée faire advenir dans les faits ce qu’elle proclame de manière symbolique dans ses caractères. Elles relayent les sortilèges de la parole efficace (les linguistes parlent d'énoncés "performatifs") : voeux, sorts, bénédictions, malédictions, etc., qui existent dans toutes les cultures traditionnelles, et dont elles renforcent paradoxalement l'efficacité sonore (écrire le nom des dieux et des héros, dans l'antiquité grecque, par exemple, c'était renforcer leur "renom sonore").

Y a-t-il un répertoire traditionnel de ces sentences parallèles dans lequel viendraient puiser les Chinois pour décorer leurs portes ou leurs appartements ou bien chacun les compose-t-il à sa guise ?
Y a-t-il d’autres circonstances dans lesquelles on les emploie ?
Je vous propose, en tout cas, de citer les sentences parallèles que vous connaissez, d’en donner la transcription en chinois simplifié ainsi qu’en pinyin et de les accompagner d’une traduction mot à mot et, si possible, d'une traduction plus littéraire.

Je commence :

氣暖先開富貴花,人和共祝承平曲
气暖先开富贵花,人和共祝承平曲
qì nuǎn xiān kāi fù guì huā, rén hé (hè ?) gòng zhù chéngpíng qǔ

Mot à mot : « le temps est doux, d’abord s’ouvrent les pivoines, les hommes en harmonie ensemble souhaitent la paix en chanson ».

Mais si l’on voulait faire entendre toutes les résonances symboliques de ces sentences parallèles, il faudrait passer par la périphrase, qui existe en chinois, car les pivoines, « fù guì huā », sont littéralement des fleurs [huā] de richesse [fù] et de noblesse [guì] : quant au caractère 和, il signifie tout à la fois, prononcé au deuxième ton, « être en paix » et, prononcé au quatrième ton, « se joindre au chant collectif » ou « composer un poème en réponse » .Il faudrait donc traduire peut-être ainsi :

« Il commence à faire doux, les pivoines – fleurs de prospérité -, sont les premières à s’épanouir ; l’harmonie règne entre les hommes, qui, tous ensemble, entonnent des hymnes de paix »

A vous maintenant !

1 réponse

  1. Zhou Jianguo

    Chère laoshi,

    Votre question me touche, car j'en écris moi-même au pinceau chaque année pour ma porte et pour celles de mes voisins. Je réponds à vos trois interrogations dans l'ordre.

    1. Y a-t-il un répertoire ? Oui, et non.

    Oui : dans toutes les rues avant le Nouvel An, on vend des sentences imprimées en or sur papier rouge, par milliers. Les almanachs en donnent des listes. Les plus courantes sont si connues qu'elles ne surprennent plus personne :
    天增岁月人增寿,春满乾坤福满门
    « Le ciel ajoute des saisons, l'homme ajoute des années ; le printemps emplit l'univers, le bonheur emplit la maison. »

    Non : l'honneur est d'en composer une soi-même, ou de la faire écrire par quelqu'un qui sait. Autrefois, dans chaque village, c'était le maître d'école ou le lettré qui s'installait à une table les derniers jours de l'année et écrivait pour tout le monde, contre un peu de thé. Cela existe encore : on voit des tables installées dans les parcs et les gares. Une sentence composée pour vous, qui mentionne votre métier ou un événement de l'année, vaut infiniment plus que celle qu'on achète.

    2. Les règles, car il y en a.

    Un vrai 对联 obéit à des contraintes strictes :


    • les deux vers ont exactement le même nombre de caractères ;
    • les catégories grammaticales se répondent, mot à mot : nom face à nom, verbe face à verbe, nombre face à nombre, couleur face à couleur ;
    • les sens s'opposent ou se complètent : ciel et terre, printemps et automne, monter et descendre ;
    • les tons s'opposent, et surtout : le dernier caractère du premier vers est d'un ton oblique, celui du second vers d'un ton plat. C'est ainsi qu'on sait lequel va à droite.

    Car il y a un ordre, et les étrangers s'y trompent toujours : quand on fait face à la porte, le premier vers se colle à droite, le second à gauche, et la bande horizontale 横批 se pose au-dessus. On lit de droite à gauche, comme un livre ancien.

    3. Les autres occasions.

    Elles sont nombreuses, et la couleur du papier vous dit tout de suite de quoi il s'agit :


    • 春联 : Nouvel An, papier rouge.
    • 婚联 : mariage, rouge également, collées à la porte de la chambre.
    • 寿联 : anniversaire d'un ancien.
    • 挽联 : deuil, papier blanc ou bleu... c'est le contraire absolu du rouge, on ne peut pas se tromper.
    • 楹联 : les sentences gravées ou peintes sur les colonnes des temples, des pavillons, des jardins. Celles-là sont permanentes et souvent très belles ; dans un jardin de Suzhou, elles nomment ce que le paysage veut dire.
    • Et les sentences de boutique, et celles du cabinet de travail, que le lettré composait pour lui-même.

    L'origine, puisque vous parlez d'écriture efficace, va dans votre sens : avant le papier, on suspendait aux montants de la porte deux planchettes de bois de pêcher portant le nom de deux divinités gardiennes. Le papier rouge a remplacé le bois, la formule a remplacé le nom, mais la fonction n'a pas bougé... c'est une protection. La première sentence de nouvel an dont on garde le souvenir est attribuée à un souverain du Xe siècle, quelques mois avant que son royaume ne disparaisse.

    Enfin, un jeu, puisque vous invitez à en citer. Composer des paires est un exercice d'écolier : on apprend par coeur des manuels de rimes, et le maître lance un vers auquel l'élève doit répondre. Il y a une histoire célèbre : à l'examen d'entrée d'une grande université, dans les années trente, un professeur donna pour sujet 孙行者, le nom du Roi des singes. La meilleure réponse fut 胡适之, le nom d'un philosophe alors très en vue : trois caractères qui répondent aux trois autres, ton pour ton, catégorie pour catégorie, avec en prime l'insolence. On en parle encore.

    En voici une, très simple, que j'écris souvent pour les jeunes ménages :
    一元复始,万象更新
    « Un cycle recommence, les dix mille formes se renouvellent. »
    Mot à mot : un / commencement / de nouveau / débute, dix mille / apparences / encore / neuves.

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